C'est pas mon idée !

dimanche 15 novembre 2020

Seulement 7% de banques digitalisées

EFMA
Comme chaque année, l'EFMA vient de livrer son rapport sur l'innovation dans la banque de détail, élaboré avec Infosys-Finacle sur la base d'une enquête menée auprès de responsables dans plus de 750 institutions financières sur la planète. Premier enseignement : la crise sanitaire semble avoir fait prendre conscience à l'industrie du retard qu'elle a pris dans ses efforts de « digitalisation ».

La pandémie et la mutation des comportements qu'elle engendre dans les populations, notamment la transition accélérée vers l'adoption des services numériques, infléchissent sensiblement les stratégies du secteur. Interrogées sur les trois priorités de leur établissement d'ici à la fin de 2021, les sondés placent ainsi très largement en tête (à 75%) la transformation « digitale », suivie par l'expérience client (pour la moitié), la maîtrise des coûts (qui suscite pourtant beaucoup d'annonces) arrivant juste derrière.

Une raison de l'empressement constaté réside certainement dans l'évaluation que font les personnes consultées de leur maturité actuelle : elles ne sont en effet que 7% à considérer avoir atteint un stade avancé, à l'échelle, correspondant aux attentes initiales, tandis que la majorité (62%) reconnaissent rencontrer des difficultés à atteindre les objectifs fixés et/ou à dépasser une phase de déploiements partiels… et plus d'une sur cinq se situe encore, au mieux, dans les étapes de planification ou d'expérimentation.

Les principaux obstacles rencontrés dans les démarches entreprises sont, sans surprise, le temps et le coût de mise en œuvre (qui peuvent, naturellement, être reliés à tous les autres), les défis de l'intégration des systèmes et le patrimoine technologique historique (« legacy »). Si, sur le deuxième point, les travaux initiés autour des APIs et de la banque ouverte esquissent un début de solution, la modernisation des composants critiques obsolètes reste étonnamment absente des grands chantiers envisagés.

EFMA - Innovation in Retail Banking

Les mêmes constats mitigés se retrouvent lorsque l'étude prend du recul, sur l'innovation en général. Par exemple, les répondants se déclarent de plus en plus circonspects sur le positionnement en pointe de la banque où ils exercent. Moins d'un sur dix estime faire partie des pionniers et à peine un sur trois se perçoit parmi les suiveurs rapides, deux catégories en baisse notable depuis 2019, avec un décalage important des opinions vers la masse des conservateurs et un socle relativement stable de 20% de retardataires.

En revanche, les domaines privilégiés d'innovation suivent une tendance continue. La distribution accentue sa très large avance, accompagnée d'investissements en augmentation sur les canaux d'interaction et sur l'expérience client dans la plupart des banques, laissant la portion congrue aux nouveaux produits ou même à l'émergence d'une autre forme de concurrence. Dans ce but, les approches préférées sont la création d'une banque « digitale » indépendante et les projets de banque ouverte.

Enfin, signe probable de déception après un emballement quasi universel ces dernières années, l'attirance pour la FinTech est en déclin marqué. Qu'il s'agisse d'acquisition, de collaboration ou d'investissement, voire d'incubation interne, les startups perdent la cote. Un tel repli sur soi, s'il devait se prolonger et, peut-être, s'accentuer, constituera une très mauvaise nouvelle pour toutes les jeunes pousses qui, en cette période difficile, orientent leurs modèles d'affaires vers la vente de solutions aux acteurs en place.

Afin de conclure sur une note positive, je retiendrai une observation (discrète) de l'EFMA qui représente, selon moi, le meilleur signe d'une progression de la maturité du secteur financier en matière d'innovation : apparemment, les responsables sont désormais plus enclins à mesurer le succès de leurs initiatives à l'aune de leur réception par la clientèle et beaucoup moins, comme ils en avaient coutume jusqu'à maintenant, en comparaison de la situation de leurs pairs (entretenant de la sorte un statu quo généralisé).

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