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lundi 23 décembre 2019

Bientôt 2020, la guerre anti-agrégateur continue

PNC Bank
En Europe, 2019 devait être l'année de l'ouverture des données bancaires, grâce à la DSP2. Il faudra attendre. Aux États-Unis, où le premier agrégateur (Yodlee) est né il y a 20 ans, la situation ne fait qu'empirer et les institutions financières persistent à bloquer les accès externes aux comptes de leurs clients. Mais la résistance s'organise.

La dernière escarmouche en date est à porter à l'actif de PNC Bank, il y a quelques semaines. Du jour au lendemain, les adeptes du porte-monnaie mobile Venmo perdent la connexion directe à leur compte, qui est jusqu'alors assurée par la plate-forme spécialisée de Plaid. Fidèle à la tradition de désinformation du secteur, la banque explique que sa manœuvre a pour objectif de préserver la sécurité des informations et de l'argent de ses clients, qui serait menacée par des tiers peu scrupuleux.

Mais le vernis craque immédiatement puisque, quand les premières plaintes d'utilisateurs émergent sur le web, ses encouragements à abandonner Venmo au profit de Zelle, la solution concurrente de l'industrie bancaire, révèlent crûment la motivation profonde de PNC. Par contraste, à aucun moment n'est envisagée la possibilité d'engager une collaboration avec les entreprises concernées afin de chercher à maîtriser les risques, résoudre les difficultés et éviter tout désagrément pour les consommateurs.

Information PNC Bank

Ce pourrait n'être qu'un épisode supplémentaire dans une guerre qui dure depuis des années. Or, quelque chose est peut-être en train de changer. En effet, en réponse à l'acte d'hostilité de leur établissement, Venmo en a invité les victimes à manifester leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Depuis, le flot de messages ne se tarit plus, notamment sur Twitter, et a déjà un premier effet : la réponse de PNC ne fait plus mention de Zelle et se contente de messages (automatisés ?) visant à apaiser le conflit.

Rien ne confirme à ce stade que la réaction des internautes conduira la banque à revoir sa position. Pourtant, elle doit actuellement ressentir une pression inaccoutumée, qui devrait l'inciter à s'interroger sur sa stratégie. Car elle se trouve vraisemblablement à un point de bascule décisif entre sa culture historique, de règne sans partage sur les données de ses clients, et l'exigence de ces derniers de reprendre le pouvoir sur leur destin, avec les outils qu'ils choisissent et non ceux qui leurs sont imposés.

Selon toute probabilité, PNC commet en outre une erreur majeure en imaginant être en capacité d'interdire aux consommateurs d'utiliser les solutions qu'ils préfèrent. Aujourd'hui, le marché est suffisamment riche pour offrir une multitude d'options de contournement aux obstacles dressés artificiellement par leur fournisseur habituel. Est-il raisonnable, de la part d'une banque, d'inciter de la sorte ses clients à explorer la concurrence naissante, sous le prétexte fallacieux de les protéger des dangers de la banque ouverte ?

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