C'est pas mon idée !

mardi 16 juillet 2019

La pression monte sur les cœurs bancaires

EY
Mis en lumière par l'inquiétante croissance du nombre d'incidents informatiques observés ces derniers temps, y compris en France, le sujet du renouvellement de leurs cœurs de système commence (enfin !) à être reconnu comme un enjeu stratégique majeur par les dirigeants des banques. Mais en prennent-ils vraiment toute la mesure ?

Le constat ne date pas d'hier. Alors même que la « digitalisation » des services explose, que les points de contact numériques entre les institutions financières et leurs clients se multiplient et que des applications toujours plus sophistiquées sont développées sans relâche pour répondre aux nouvelles attentes des consommateurs, les logiciels (invisibles) qui en constituent les fondations sont souvent restés plus ou moins les mêmes que ceux des débuts de l'informatisation du secteur, il y a plusieurs décennies.

S'il n'est pas question de les dénigrer simplement en raison de leur âge, surtout quand ils ont fait preuve de leur robustesse au cours du temps, il faut se rendre à l'évidence : les évolutions successives de la banque ont accentué la pression qu'ils subissent, au point de mettre aujourd'hui en danger tout l'édifice qu'ils supportent. Car, en réalité, le principal problème qu'ils représentent dorénavant est de constituer le socle inadapté d'un assemblage inextricable de myriades de composants hétéroclites.

Un exemple de ce défaut est donné par le besoin émergent de gestion en temps réel des comptes, pour lequel les plates-formes d'antan n'ont pas été conçus. Des couches intermédiaires ont alors été bâties pour offrir un suivi immédiat des opérations ou prendre en charge, tant bien que mal, les impacts de la transition vers les transferts instantanés. Or ces ajouts introduisent automatiquement des complexités dans l'architecture globale des systèmes, qui génèrent à la fois fragilité d'exploitation et rigidité structurelle.

L'actualité récente nous donne de tristes occasions de vérifier cette hypothèse. Ainsi, l'analyse que faisait il y a peu Tink, startup de la banque ouverte, de la mauvaise qualité des API livrées par les établissements européens dans le cadre de la DSP2 peut confirmer la seconde, tandis que l'explication de BNP Paribas à ses gros incidents, selon laquelle sa plus grande difficulté consiste à remettre en route une machine extraordinairement complexe une fois la panne identifiée, illustre la première.

EY - Why banks can’t delay upgrading core legacy banking platforms

Selon le compte-rendu rédigé par le cabinet de conseil EY de deux rencontres de professionnels (dans le cadre du Bank Governance Leadership Network), la prise de conscience de l'exigence (l'urgence ?) de modernisation des cœurs informatiques a donc eu lieu et ils sont désormais nombreux à réfléchir aux moyens d'y faire face concrètement. Pourtant, les solutions envisagées et autres pistes esquissées laissent entrevoir que tous les paramètres de l'équation ne sont pas encore correctement appréhendés.

L'apparente croyance en la magie des nouvelles technologies en est un des indices les plus alarmants. En effet, s'il est raisonnable de considérer qu'elles ont un rôle de catalyseur dans les transformations, il paraît absurde d'imaginer que, comme le citent les auteurs, une migration infonuagique (vers le « cloud computing ») en soit le moteur grâce aux gains d'efficacité opérationnelle qu'elle apporte. La seule valeur réelle qu'elle peut produire au niveau stratégique est de contraindre à repartir de zéro.

Là réside justement le nœud des réflexions. Une majorité de dirigeants estiment qu'il reste possible d'adopter une démarche incrémentale, sans comprendre (ou intégrer) que chaque processus additionnel développé « à côté » des systèmes existants est aussi un facteur supplémentaire de complexité de l'ensemble… jusqu'à ce que tous les anciens composants aient pu être remplacés. Conséquence, les coûts s'accumulent, les dangers de ruptures augmentent, mais les bénéfices attendus ne se matérialisent pas.

Il est rassurant de savoir que le débat de la modernisation des cœurs est maintenant ouvert et qu'il est jugé suffisamment critique – après tout il engage l'avenir de l'entreprise – pour voir sa responsabilité confiée aux directions générales et non plus aux seuls DSI. Toutefois, pour faire les bons choix, il faudra encore que ces acteurs embrassent l'étendue de la problématique, en particulier dans ses dimensions technologiques. Je ne suis pas certain que leur culture informatique soit suffisante à ce stade…

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