C'est pas mon idée !

vendredi 7 juin 2019

Robo-advisors, les promesses non tenues

Forrester
À l'occasion de la fermeture [PDF], le mois dernier, de la plate-forme d'investissement Click & Invest, Oliwia Berdak (directrice de recherche pour Forrester) propose dans un court entretien filmé son analyse de l'inquiétante tendance qui semble se dessiner ces derniers temps avec la disparition de plusieurs robo-advisors autour du monde.

Comme dans la plupart des cas similaires, son propriétaire, Investec, indique que sa décision de mettre fin au service, moins de 2 ans après son lancement, est motivée par le manque d'intérêt des consommateurs, qui se traduit par un nombre de clients décevant. Il préfère donc passer le projet par pertes et profits, ce qui, en cas de généralisation du mouvement, laisse augurer d'une triste perspective pour les quelques 2 milliards de dollars injectés collectivement dans le secteur au cours de la décennie écoulée.

Et tel est bien le scénario qu'envisage Oliwia, en prédisant un douloureux cycle de consolidation à court terme. Une partie de la centaine d'acteurs qu'elle a identifiés mettront la clé sous la porte, d'autres seront absorbés, tandis que beaucoup d'entre eux tenteront de se reconvertir en fournisseurs de technologies à l'intention des institutions financières. Ces hypothèses sont déjà à l'œuvre aujourd'hui et le phénomène n'est pas seulement dû à la saturation caractéristique d'un marché émergent.

Ainsi, selon l'analyste, l'échec des robo-advisors est à imputer principalement à la difficulté largement sous-estimée que représentait leur vision d'origine de transformer des épargnants en investisseurs. La promesse d'ouvrir à madame et monsieur tout le monde l'accès à un conseil financier jusqu'alors réservé aux personnes les plus aisées ne suffit pas à faire accepter l'idée de transférer les économies d'un livret A vers un portefeuille d'ETF et de laisser un automate s'occuper de les faire fructifier…

Forr in 3 Video

Le raisonnement est aussi implacable qu'incontestable. Mais il mérite d'en explorer les racines… Car j'estime que le cœur du problème est, en réalité, un renoncement à l'innovation. Tout d'abord, tout le monde semble oublier que dans tous les métiers liés à l'argent, surtout les plus innovants, acquérir la confiance des clients est la clé de la réussite et que c'est un effort qui prend très longtemps. Espérer des résultats en deux ou trois ans est le signe d'une incompréhension totale du domaine considéré.

D'autre part, une majorité d'initiatives a adopté un positionnement incohérent. En synthèse, il paraît extraordinairement déraisonnable de croire possible de séduire des individus essentiellement préoccupés de leurs projets de vie (qu'ils préparent avec leur épargne) en leur offrant des outils qui, trop souvent, restent fondamentalement conçus par et pour des investisseurs professionnels. La première faute du robo-advisor n'est pas son choix de cible mais son incapacité à adapter son modèle aux besoins de sa clientèle.

Alors, plutôt que de citer en exemple les approches de Charles Schwabb ou Vanguard, qui réussissent grâce à leur conservatisme (en s'adressant à leurs clients de toujours et en maintenant une dimension de conseil humain), il vaudrait mieux souligner, afin de réellement changer la donne et démocratiser l'investissement financier, l'impérieuse nécessité d'apprendre des revers passés, de relever le niveau d'ambition, qui ne peut être que profondément disruptif, et de 100 fois remettre l'ouvrage sur le métier.

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