C'est pas mon idée !

jeudi 9 juillet 2015

Des autos, des services financiers et du partage

Ford
L'économie du partage est là et elle transforme les comportements des consommateurs. En face, les entreprises qui y sont confrontées s'apprêtent à connaître de profondes mutations auxquelles elle doivent s'adapter rapidement. Dans le secteur automobile, Ford choisit une voie originale – autour du financement – afin de profiter de cette tendance.

Le constructeur a en effet récemment conclu deux partenariats, avec Getaround, dans 6 villes des États-Unis, et easyCar Club, dans l'agglomération de Londres. Aux termes de ces accords, les deux entreprises – leaders, dans leurs pays respectifs, de la location de véhicules entre particuliers (« P2P ») – seront largement mises en avant auprès des clients de Ford, de manière à inciter ces derniers à louer leur voiture à leurs pairs et, ainsi, gagner un peu d'argent (pour référence, le « loueur » Getaround régulier gagne en moyenne 600 dollars par mois, environ).

Là où la démarche devient plus intéressante, c'est que la cible privilégiée pour l'opération est celle des bénéficiaires d'un financement de la part de la filiale de crédit du constructeur. De là à percevoir une stratégie visant à garantir le remboursement de l'emprunt contracté grâce aux ressorts du partage, il n'y a qu'un pas. Et, d'un petit saut supplémentaire, il est aisé d'imaginer les déclinaisons possibles de cette idée, jusqu'à un modèle dans lequel Ford deviendrait lui-même opérateur d'une plate-forme de location, répartissant les mensualités entre les utilisateurs réels du véhicule…

Partenariat Getaround - Ford

Pour l'instant, il s'agit plutôt d'une simple expérimentation. Les quelques 14 000 clients américains concernés vont aider le constructeur à qualifier leur appétence globale pour la location P2P, identifier les modèles de voiture les plus populaires sur ce marché, mesurer l'impact financier de cette activité… À partir de ces informations, il est facile d'envisager une première application pratique, qui consisterait à réduire les garanties exigées lors des demandes de crédit, soit pour permettre à des personnes a priori non éligibles d'y accéder, soit pour offrir des conditions plus avantageuses.

Les opportunités sont doubles. De toute évidence, il y a d'abord, pour Ford, l'enjeu de vendre plus d'automobiles dans un contexte de faible croissance, qui pourrait même se transformer en récession – justement à cause de l'économie de partage et ses répercussions sur l'envie et/ou le besoin de posséder son véhicule parmi les jeunes générations. D'autre part, sur le plan financier, les possibilités d'augmentation des montants des crédits accordés et de captation d'une population jusqu'à maintenant considérée comme trop risquée ne sont pas négligeables non plus.

Comme les autres manifestations de la révolution numérique en cours, les impacts des nouvelles solutions de location P2P déploient leurs ramifications dans une multitude de domaines connexes, et il devient de plus en plus urgent de les prendre en compte. Le secteur financier, en particulier, est probablement plus concerné qu'il n'y paraît. Pour prolonger la réflexion, l'exemple de Ford dans l'automobile pourrait certainement donner des idées aussi dans l'immobilier, en restant sur un modèle proche…

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