C'est pas mon idée !

jeudi 22 janvier 2015

Groupama Banque parie sur le crowdfunding

Groupama Banque
Dix ans après son invention, le « crowdfunding » s'affirme progressivement comme un instrument incontournable du secteur financier. En devenant la première institution française à adopter ce modèle à grande échelle (avec la jeune pousse Unilend), Groupama Banque renforce aujourd'hui cette tendance dans l'hexagone.

L'annonce est en effet significative, puisque la filiale de l'assureur mutualiste déclare vouloir investir 100 millions d'euros sur les 4 années à venir, somme qui sera destinée à contribuer au financement des projets exposés par les entrepreneurs sur la plate-forme d'Unilend. Rappelons que cette dernière offre une solution de crédit P2P (de « pair à pair ») aux petites et moyennes entreprises, pour des montants pouvant atteindre 250 000 euros. La banque participera donc aux prêts accordés aux sociétés demandeuses, aux côtés des particuliers qui constituent la cible initiale de la startup.

Par rapport au concept original de « crowdfunding », il s'agit de fait d'une transition vers une approche hybride, où le grand public et des institutionnels se répartissent les opportunités d'investissement. Une telle évolution a déjà été opérée par quelques poids-lourds de la finance participative, au point de pouvoir même affirmer que Lending Club lui doit l'essentiel de son succès. La raison en est simplement l'effet d'échelle que représente l'intervention d'entreprises au portefeuille bien garni (il suffit de comparer les 100 millions promis aux 7,5 millions prêtés à ce jour par Unilend).

Partenariat Groupama Banque - Unilend

La preuve est ainsi apportée, comme le souligne Groupama Banque, que le « crowdfunding » ne doit pas nécessairement être perçu comme une menace (ou une nouvelle concurrence) par les établissements traditionnels et qu'une stratégie de partenariat est non seulement viable mais probablement bénéfique pour toutes les parties : les fonds mis à disposition des entrepreneurs sont plus importants, la startup atteindra plus rapidement un volume critique (et son point d'équilibre), tandis que la banque s'ouvre à un marché qu'elle ne sait pas adresser seule.

Sur cet aspect spécifique, il faut d'ailleurs souligner la lucidité de Groupama, qui reconnaît implicitement à travers cet accord la valeur du modèle de la finance participative et sa propre incapacité à le reproduire efficacement, malgré son expérience du crédit. La démarche pourrait encore être prolongée, comme le suggère l'exemple tout frais de RBS au Royaume-Uni (certes fortement stimulé par les menaces réglementaires), en intégrant les prêts P2P d'Unilend aux solutions de financement offertes aux entreprises, en particulier lorsque leurs demandes « classiques » sont rejetées.

Ce premier partenariat sera-t-il suivi par d'autres ? Il est assez logique pour un établissement de taille moyenne de choisir cette voie pour son développement car, ses capacités d'investissement étant relativement limitées, il est plus enclin à combiner ses forces avec d'autres acteurs. Cependant, pour des raisons différentes, les grands groupes auraient tout intérêt à copier son exemple : selon une analyse publiée par The Economist, la différence de coûts entre Lending Club et les banques montre l'impossibilité structurelle pour les secondes de se lancer profitablement dans ce genre d'activité.

3 commentaires:

  1. Bonjour, Quand j'ai vu ce partenariat dans la presse, je me suis dit que le fait que les banques interviennent, détruisait le modèle du crowdfunding qui signifie "financement par la foule" et non par une banque. Dans la logique, les porteurs de projets paient 2 fois puisqu'il y a 2 intermédiaires. Mais effectivement Lending Club a utilisé la même technique pour grossir et les emprunteurs et épargnants ont suivi. Ne pensez-vous pas qu'une fois sa masse critique atteinte, il se séparera des banques qui seront incapables de lutter ? Il déclarait dans envoyé spécial « On construit la société comme une alternative aux banques et comme un remplacement du système bancaire américain. On y travaille pour les 15 ans à 20 ans qui viennent. ». Merci pour votre avis d'expert.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Sandrine et merci pour ce commentaire.

    Il est vrai que l'irruption des banques dans le modèle de P2P lending peut apparaître comme une régression, au premier abord. Pourtant, il me semble que ce modèle est durable (même s'il n'est pas éternel) car vertueux pour tous les acteurs.

    Pour la plate-forme de crwodfunding, l'apport de fonds de la part d'un gros acteur est une condition quasi-indispensable de survie : seul le volume peut leur assurer un modèle économique viable et les particuliers ne suffisent apparemment pas (ou pas assez rapidement) à atteindre la taille critique.

    Pour la banque, il s'agit d'un moyen complémentaire d'investissement, dans un segment de marché qu'elle ne sait pas adresser actuellement. Elle peut ainsi y entrer à moindre coût, en maîtrisant ses risques.

    Les consommateurs y trouvent tout leur intérêt : pour placer leurs économies, ils peuvent choisir d'investir directement dans les TPE-PME, avec un rendement élevé mais en étant conscient des risques, ou de passer par leur banque, qui les rémunère beaucoup moins en contrepartie d'une sécurité totale de leur épargne. Ce sont eux qui payent l'intervention d'un intermédiaire supplémentaire (et non les porteurs de projets) et c'est la sécurité qu'ils achètent ainsi.

    Il n'en sera peut-être (probablement ?) pas toujours ainsi mais je pense que cet équilibre est suffisamment stable pour perdurer un certain temps.

    RépondreSupprimer
  3. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer

Afin de lutter contre le spam, les commentaires ne sont ouverts qu'aux personnes identifiées et sont soumis à modération (je suis sincèrement désolé pour le désagrément causé…)