C'est pas mon idée !

vendredi 7 novembre 2014

Quand une banque partage ses logiciels…

CommBank
Alors que les écosystèmes du logiciel se tournent de plus en plus vers le partage et la collaboration, les institutions financières restent encore trop à l'écart des grandes tendances de « l'open source ». Dès lors, l'accord de coopération que mettent en place Barclays et Commbank est d'autant plus exemplaire qu'il ne concerne pas que l'utilisation…

Car, en quelques années, la situation a tout de même évolué et il faut bien reconnaître que le logiciel libre a fini par pénétrer, à petits pas, dans les Systèmes d'Information des banques et compagnies d'assurance, notamment pour quelques composants (généralement techniques) pour lesquels il n'existe pas d'alternative crédible. En revanche, offrir à la communauté le code des applications développées en interne reste aujourd'hui un tabou dans la plupart de ces organisations.

Chez CommBank (« Commonwealth Bank of Australia »), qui démontre ainsi, une fois de plus, son avance sur ses consœurs, il n'existe plus de barrières, au moins dans les domaines (informatiques) suffisamment industrialisés pour ne pas être facteurs de différentiation concurrentielle. Et c'est donc de cette manière que Barclays a conclu un accord avec elle afin d'utiliser et participer au développement de sa solution d'« ETL » (« Extract, Transform & Load », dont le rôle est, pour simplifier, de gérer des échanges massifs de données).

Ce genre de produit est devenu incontournable dans toutes les entreprises possédant de gigantesques réserves de données, disséminées dans une multitude de systèmes, dont elles souhaitent toujours mieux exploiter le potentiel. Les principaux éditeurs de logiciel ont certes des réponses à leur proposer, mais les coûts de leurs plates-formes sont devenus tellement exorbitants que CommBank a décidé, il y a 3 ans, de créer sa propre solution (dans le contexte spécifique de ses projets « big data » basés sur Hadoop).

Notons, à ce stade, deux réserves sur la démarche de la banque australienne. D'une part, il est peu vraisemblable qu'elle parvienne à une optimisation économique réelle en choisissant la voie d'un coûteux développement propriétaire (quand tous les paramètres sont pris en compte), même face aux prix élevés des produits du marché. D'autre part, il existe (et il existait déjà au moment de sa décision) des solutions libres qui pouvaient probablement répondre à ses besoins et lui auraient permis de réaliser des économies substantielles (en dollars et en délais).

Toujours est-il que, après 2 ans d'efforts, CommBank a fait le choix de partager avec la communauté « open source » l'outil développé par ses équipes, motivé par trois raisons principales. En premier lieu, figure certainement une volonté – pas totalement explicite – de réduire les coûts du projet grâce à la participation de contributeurs volontaires externes. Le partenariat établi avec Barclays, qui s'affirme prête à y consacrer des ressources non négligeables, est une belle concrétisation de cette ambition.

Passer au logiciel libre est aussi une manière élégante pour l'entreprise d'offrir une reconnaissance publique à ses collaborateurs. Mais cet argument a également son pendant négatif, crûment énoncé par le CDO (« Chief Data Officer ») de la banque britannique : les développeurs internes ne sont pas nécessairement tous brillants, or la qualité de leurs réalisations n'est que très rarement vérifiée. Ouvrir leur code au monde entier est alors autant un moyen de réaliser un contrôle à moindres frais qu'une incitation à l'excellence…

L'approche esquissée par les 2 banques – situées aux antipodes l'une de l'autre, et ce n'est peut-être pas un hasard – est loin d'être dans les gènes des institutions financières. A l'aube d'une ère de profondes transformations dans leurs Systèmes d'Information, celles-ci seraient pourtant avisées de combiner leurs forces (ainsi qu'avec les communautés du logiciel libre) autour des composants standards et relativement banalisés dont elles ont toutes besoin, ce qui leur permettrait de dégager plus de moyens pour les initiatives à forte valeur ajoutée…

Barclays

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