C'est pas mon idée !

samedi 11 juillet 2020

Arkéa crée un nouveau moyen de paiement

Communiqué de presse Arkéa [PDF]
Pendant qu'un consortium de grandes banques européennes planche sur l'EPI, un concurrent de Visa et Mastercard qui ne devrait voir le jour que, au mieux, dans deux ou trois ans, Arkéa expérimente [PDF] dès aujourd'hui une alternative opérationnelle, elle aussi basée sur les services d'initiation de paiement imposés par la réglementation.

Destinée en priorité aux indépendants et aux très petites entreprises qui sont relativement peu équipés de moyens d'encaissement par carte, la nouvelle solution leur propose un substitut simple et sécurisé aux règlements en espèces, par chèque ou par virement. Pour le mettre en place, le professionnel est invité à générer un QR-Code sur son espace de banque en ligne, que ses clients capturent alors avec leur téléphone intelligent pour réaliser un transfert depuis leur compte bancaire, en quelques gestes.

Le dispositif s'appuie sur la technologie d'agrégation de Budget Insight, acquise par Arkéa l'année dernière. Celle-ci permet d'offrir au consommateur une interface unifiée, qui lui permet de, successivement, valider ou saisir le montant à payer, sélectionner l'établissement à partir duquel seront émis les fonds, s'identifier et s'authentifier (y compris dans le cas où un système à deux facteurs est implémenté) et, enfin, valider la transaction, dont le commerçant est immédiatement notifié de la bonne fin.

Communiqué de presse Arkéa [PDF]

À ce jour, le service est déployé auprès de quelques clients du Crédit Mutuel de Bretagne. Si ces tests préliminaires sont concluants, il sera généralisé à l'ensemble du groupe. Mais soyons réaliste : l'expérience utilisateur dans son état actuel – avec ses étapes de connexion au compte bancaire, sachant que l'individu lambda ne mémorise pas ses identifiants – constituera évidemment un obstacle à une adoption massive.

Dans une époque où les moindres frictions de parcours doivent être éliminées afin de garantir la satisfaction des consommateurs, il reste donc à imaginer et développer une approche susceptible de concilier au mieux sécurité et fluidité de l'acte de paiement. Bien entendu, le même dilemme affectera également l'EPI, dont la réponse initiale, par l'émission d'une carte, semble tristement obsolète avant son lancement.

Quels que soient les défauts de son système, ce qu'il faudra retenir de la démarche d'Arkéa est son double choix, délibéré, d'une part d'élaborer un outil de paiement résolument orienté sur les usages (mobiles) du XXIème siècle, probablement inspiré par les géants chinois, et, d'autre part, de mettre sur le marché une première version, embryonnaire, qui lui servira à évaluer au plus tôt sa réception par toutes les parties prenantes et, idéalement, à progresser rapidement vers un modèle optimal.

vendredi 10 juillet 2020

La pandémie aura-t-elle raison de l'agence ?

ING
À l'heure du confinement généralisé, les consommateurs ont dû rompre avec leurs habitudes. Puis, une fois « libérés », le spectre de la contamination continuant malgré tout à planer, ils semblent décidés à continuer d'écarter plusieurs d'entre elles de leurs priorités. Aux Pays-Bas, la visite à l'agence bancaire fait partie des disparues.

Les établissements du pays réduisent depuis longtemps leurs réseaux physiques mais la crise que nous vivons actuellement marque un point d'inflexion. Le numéro 1 du secteur ING explique par exemple que, désormais, certaines de ses implantations ne reçoivent pas plus de deux personnes par heure ! Devant une telle désaffection, elle considère qu'elle ne peut qu'accélérer son programme de fermetures. Ce sont donc 42 points de vente, sur un total de 170 (soit presque le quart), qui vont disparaître.

L'évolution des comportements n'est pas surprenante. Les risques résiduels liés à la pandémie et les règles de distanciation ont automatiquement encouragé les citoyens à réévaluer leurs usages quotidiens et à faire leur choix entre les interactions « présentielles » essentielles et les autres. Ayant appris, notamment pour ceux qui ne s'y étaient pas encore essayés, à gérer leur vie financière à distance au plus fort de la crise, la plupart concluent logiquement qu'ils peuvent éviter les déplacements en agence.

En arrière-plan, la mutation est rendue possible par la mise en place de solutions adaptées. Il s'agit d'abord, bien entendu, des outils web et mobiles qui permettent de conduire toutes les opérations – de l'ouverture de compte à la souscription de crédit, en passant par la création d'un portefeuille d'investissement – en totale autonomie, sous forme entièrement dématérialisée. Mais il faut aussi compter avec les facilités de contact par téléphone et visioconférence, indispensables pour les adeptes du face à face.

En France, il n'est étrangement pas question d'un tel phénomène, qui justifierait des réorganisations sur des réseaux 4 à 12 fois plus denses (en proportion de la population). Or, quoi qu'en disent les intéressés et bien que les différences culturelles puissent expliquer un léger écart, il n'existe aucune raison objective pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. Soit les outils de relation à distance sont terriblement déficients et frustrent les clients, soit les banques refusent d'affronter la réalité.

Dans tous les cas, il va falloir admettre que, en quelques semaines, le contexte a irrémédiablement changé et que les impacts sur le concept d'agence seront considérables. À partir de maintenant, les inconvénients et contraintes des rencontres physiques, démultipliés par le coronavirus, seront de moins en moins acceptables dans les échanges avec des entreprises dont les métiers sont, par nature, immatériels. Les modes alternatifs devront alors atteindre l'excellence pour espérer satisfaire les clients.

Agence ING Bank

jeudi 9 juillet 2020

Le paiement accéléré pour les créatifs du web

Creator Cash
Depuis quelques mois, les stars du web ont accès à une banque privée conçue pour leur condition et leurs besoins spécifiques. Désormais, tous ceux qui n'ont pas encore conquis la gloire et la fortune mais génèrent une partie de leurs revenus sur les plates-formes en ligne auront aussi droit à une solution de gestion financière qui les comprend.

Dans un premier temps, l'application Creator Cash s'adresse exclusivement aux producteurs de contenus sur YouTube mais son périmètre s'étendra rapidement à toutes sortes de services qui rémunèrent leurs contributeurs, tels que TikTok, Instagram, Twitter, Twitch, Patreon… Développée par ChannelMeter, une entreprise spécialisée dans la mesure d'audience, elle combine intelligemment ses fonctions de suivi et d'accompagnement des influenceurs avec une option d'avance de trésorerie.

Pour ce faire, le nouvel inscrit est invité à établir une connexion avec son compte YouTube, ce qui permet aux algorithmes de la jeune pousse d'explorer ses publications et d'analyser en détail, pour chacune d'elles, leur popularité, l'engagement qu'elles génèrent, les principaux profils de spectateurs, les horaires de fréquentation préférés…, en un mot tous les facteurs de succès qui aident ensuite à optimiser les futures réalisations.

Bien entendu, au milieu de ces critères d'évaluation figure celui qui représente le plus objectivement la performance des contenus partagés, à savoir le montant des redevances publicitaires perçues. Or, sur la plupart des médias collaboratifs tels que YouTube, le versement de ces gains est, au mieux, mensuel. Creator Cash propose donc à ses utilisateurs de leur allouer une avance quand ils le souhaitent, dans la limite des règlements en instance, sur un porte-monnaie virtuel (et sa carte associée).

Introducing Creator Cash

Bien que le concept soit, dans une certaine mesure, anecdotique, Creator Cash illustre parfaitement deux des tendances les plus importantes du moment dans le secteur financier. D'une part, il naît de l'identification d'une friction affectant une niche de population et lui apporte une réponse simple et transparente – en l'occurrence, la mise à disposition immédiate de fonds en attente de transfert. En cumulant tous les domaines (proches) concernés, il finit par ressortir que sa cible est plus vaste qu'il n'y paraît.

D'autre part, l'expérience se veut totalement intégrée. En effet, il n'est pas question de distribuer un compte bancaire (basique) dédié à un segment de clientèle prédéterminé. L'approche retenue, résolument pertinente, consiste, au contraire, à commencer par élaborer un outil rassemblant tous les services nécessaires aux personnes visées. Au sein de cette palette, viennent alors s'ajouter naturellement quelques capacités financières (souvent inédites) qui font particulièrement sens dans leur situation…

mercredi 8 juillet 2020

L'assurance s'installe sur WhatsApp

Banco Sabadell
En quelques années, les messageries sociales sont devenues le principal moyen de communication des consommateurs et WhatsApp est apparemment la plus populaire d'entre elles en Espagne. Surfant sur cet engouement, Banco Sabadell s'apprête à y déployer un service multi-facettes à destination des clients de ses assurances habitation.

Alors que les conversations téléphoniques s'effacent au profit des échanges textuels dans les pratiques quotidiennes, il est plutôt surprenant que la plupart des entreprises persistent à ne fournir qu'un canal vocal dans leurs centres d'appels. Pour la banque espagnole, cette anomalie est le point d'entrée de sa stratégie et sa première utilisation de WhatsApp consistera justement à proposer à ses clients de répondre à leurs questions, par exemple sur leurs contrats ou sur leurs dossiers en cours, sur ce média.

Outre cette base, la plate-forme offre d'autres possibilités et elles seront également exploitées. Banco Sabadell indique ainsi que son implémentation intègrera la faculté de réaliser certaines opérations directement – sans qu'elle ne procure plus de précisions. En insistant toutefois sur la mise en œuvre d'un chiffrement de bout en bout, sur les conversations et sur les autres actions, elle laisse cependant imaginer un vaste évantail de capacités (paiement de prime ? extension de garantie ? déclaration de sinistre ?).

La messagerie instantanée, enfin, se prête bien à un usage de diffusion d'information. L'entreprise la met donc à contribution pour partager des actualités importantes sur l'assurance et ses produits, mais aussi pour prodiguer des conseils en matière de prévention et de protection. Il ne reste qu'à espérer que, dans cette démarche, elle ne se contentera pas de communication de masse et qu'elle prendra le soin d'introduire une dimension de personnalisation, associée à des incitations à agir concrètement.

Sabadell su WhatsApp

Banco Sabadell a expérimenté son nouveau service auprès d'une sélection de clients et les résultats sont suffisamment probants pour qu'elle prépare maintenant sa généralisation, au cours des prochains mois. Il convient toutefois de noter qu'il n'est pas question d'une déclinaison sur ses métiers bancaires. Cette particularité me donne l'occasion de souligner, a contrario, l'enjeu spécifique qui est adressé ici de combler le déficit de dialogue continu inhérent au secteur de l'assurance.

Plus généralement, l'initiative permet de rappeler à toutes les institutions financières qu'elles devraient prendre conscience de l'évolution des habitudes des populations et ajuster leurs opérations en conséquence : les clients contraints par leurs fournisseurs de recourir à des outils qu'ils considèrent obsolètes seront frustrés. À l'inverse, le succès rencontré par l'indienne ICICI, dont la récente installation sur WhatsApp a séduit 1 million d'utilisateurs en 3 mois, démontre l'intérêt de s'adapter à leurs préférences.

mardi 7 juillet 2020

Des données pour rouvrir les agences BBVA

BBVA
En raison de la crise sanitaire, BBVA USA, comme la plupart de ses consœurs, a dû fermer ses agences dès la mi-mars, ne laissant à ses clients qu'un accès à ses kiosques pour automobilistes (« drive-thru »). Aujourd'hui, alors que la situation reste inquiétante, elle recourt à son expertise de l'analyse de données pour organiser leur réouverture.

Le dilemme du redémarrage est particulièrement difficile à trancher aux États-Unis. Entre une deuxième vague de contamination qui se profile à l'horizon, des autorités qui semblent parfois ne pas prendre toute la mesure des risques liés au coronavirus et des clients qui – oui, même chez BBVA – expriment, pour une partie d'entre eux, le besoin de réaliser certaines opérations en face à face, avec un conseiller humain, la décision de restaurer les services en agence est remplie d'incertitudes et d'inconnues.

Dans ces conditions, la filiale du groupe espagnol n'hésite pas à prendre le problème à bras-le-corps, quitte pour ses équipes à endosser une casquette de spécialistes en épidémiologie qui ne leur est (évidemment) pas naturelle. Mais, en l'absence de directives claires et objectives à l'échelle du pays, elle estime que ses compétences en matière de traitement et d'analyse de l'information lui permettent d'éclairer au mieux les considérations de protection de ses clients et collaborateurs dans ses arbitrages.

BBVA USA to gradually reopen banking center lobbies

Les scientifiques de données de la banque ont donc élaboré un algorithme propriétaire, reposant sur des données externes – par exemple, le nombre de cas de COVID-19 au niveau local (par comté), son évolution et ses projections… – et internes – dont les effectifs disponibles, la compatibilité de la configuration des locaux avec la distanciation, le danger induit par les interactions…. Ce modèle sert à calculer un score de « préparation à l'ouverture » qui contribue à déterminer les plans d'action, et à les remettre éventuellement en cause, au fil du temps, selon l'évolution des paramètres.

L'initiative de BBVA mérite l'attention non seulement par sa démonstration de la valeur pour une entreprise de la science des données dans toutes sortes de domaines, y compris en dehors de ses cœurs de métier, mais également par, une nouvelle fois (!), sa focalisation inébranlable sur le service aux clients (et, ici, aux employés), même quand les parties prenantes de première ligne démissionnent de leurs responsabilités. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'une banque fait œuvre de salubrité publique !

lundi 6 juillet 2020

Confinement et épargne, l'opportunité manquée

ING
Une vaste enquête paneuropéenne menée par Ipsos pour le compte d'ING confirme les résultats déjà connus : la période de confinement imposée par la crise sanitaire a favorisé l'épargne parmi les citoyens du continent. Les institutions financières ont manqué là une occasion de démontrer la valeur de leur expertise et de leurs conseils.

Ce n'est évidemment pas une surprise. Les injonctions plus ou moins strictes à rester chez soi ont fortement impacté la consommation, comme le signalaient rapidement différents observateurs. Et, bien qu'une partie des dépenses se reportaient sur le e-commerce, cette baisse impliquait mécaniquement une hausse correspondante de l'épargne. Selon ING, un français sur quatre affirme avoir renforcé ses habitudes en la matière, pour un total de 41% de la population ayant pris soin de son bas de laine.

Le surplus accumulé de la sorte a simultanément contribué à réduire la sensation d'inconfort financier, la proportion de personnes qui considèrent ne pas disposer d'une réserve suffisante passant de 74% en décembre à 65% en avril, toujours dans l'hexagone. Bien sûr, même avec les mesures sociales déployées, les inégalités ont continué à s'accroître et, en particulier, les ménages qui ne possédaient pas d'économies avant la pandémie ont été plus nombreux à avoir encore moins d'opportunités d'épargner.

Saving differently during corona

Concrètement, du jour au lendemain, la conjoncture mondiale a créé les conditions d'un changement majeur de comportements… qui s'est prolongé 8 à 12 semaines, soit le temps minimal nécessaire à les transformer en véritables réflexes. Hormis le stress spécifique engendré par le coronavirus, la période était donc idéale pour inculquer quelques bonnes pratiques d'épargne, en capitalisant sur les actions engagées. Malheureusement, aucune banque ne semble avoir envisagé une telle hypothèse.

Sans chercher à être trop exigeant, il aurait peut-être suffi de simples encouragements, par exemple à maintenir un fonds de secours, pour le tiers (environ) de consommateurs qui n'ont pas l'équivalent de trois mois de revenus de côté, ou bien à utiliser les disponibilités imprévues en vue d'initier ou de consolider une réserve à long terme, pour ceux qui ont déjà veillé aux urgences. À défaut d'accompagnement, les économies réalisées ne permettront pas d'améliorer durablement la santé financière des ménages.

Voilà pourtant le niveau de conseil que le client devrait être naturellement en droit d'attendre de sa banque. Dès que cette dernière identifie une opportunité (dans le cas présent, des circonstances externes combinées à une inflexion sensible sur son historique de transactions), elle devrait se trouver immédiatement à ses côtés et lui fournir des recommandations adaptées. Certes, la soudaineté de l'événement a, cette fois, durement contraint les priorités, mais la leçon mériterait d'être retenue pour l'avenir…

dimanche 5 juillet 2020

Cette banque s'inquiète du bien-être du client

Alerus
Apparue il y a une quinzaine d'années, la gestion de finances personnelles (PFM) moderne, en ligne puis mobile, n'a jamais vraiment atteint son ambition d'aider concrètement ses utilisateurs à améliorer durablement leur situation. Une nouvelle génération de solutions est en train d'émerger discrètement, qui devrait s'avérer plus efficace.

Alerus, une petite banque du midwest américain nous donne aujourd'hui un premier aperçu de la direction à suivre. Elle propose à tous ses clients, y compris les employés des entreprises ayant souscrit à une de ses formules d'épargne-retraite, une plate-forme conçue d'abord dans le but d'évaluer objectivement leur santé financière, suivre son évolution, et leur prodiguer des conseils pratiques en vue de l'améliorer.

Élaborée et développée avec le fournisseur technologique FiServ, My Alerus adopte une perspective à 360° sur les finances de son utilisateur. Dès le début de l'expérience, ce dernier est donc invité à connecter tous ses comptes – courant, épargne, carte de crédit, emprunt, investissement, assurance… – grâce à un partenaire spécialiste de l'« open banking » qui ouvre les portes « digitales » de toutes les institutions du pays.

Une fois cette étape franchie et outre un bilan de patrimoine classique, le consommateur se voit présenter un score global, synthétisant l'état général de ses finances. Pour plus de détails, il est décomposé en 5 rubriques, chacune avec sa note individuelle, adressant les principaux domaines d'attention d'une gestion raisonnée : l'épargne de précaution, l'endettement, la planification de la retraite, les assurances et la protection santé.

My Alerus

Armée de ces informations, My Alerus est en mesure d'émettre des recommandations pratiques personnalisées, sous la forme d'une série d'exercices à accomplir (avec leurs priorités), permettant de corriger les faiblesses identifiées. Afin de compléter son approche, l'outil intègre également un espace dédié aux projets, dont la réalisation est alors prise en compte dans la définition d'une stratégie d'accompagnement extensive.

Il convient de noter que, parce que nous avons ici affaire à un établissement traditionnel, la dimension de conseil a largement vocation, au moins à ce stade, à être prise en charge par un interlocuteur humain. D'ailleurs, un des résultats dont se vante la banque est, plus que l'attractivité retrouvée (avec autant de nouveaux clients en 3 mois que sur les 3 années précédentes), le nombre de contacts initiés pour obtenir de l'aide.

Si la démarche d'Alerus représente un indiscutable progrès sur le PFM historique, elle ne constitue toutefois pas l'aboutissement de l'évolution. Ainsi, bien qu'elle évoque le concept de bien-être financier – la sensation pour l'individu d'être en contrôle de sa situation, qui devrait effectivement être l'objectif à viser –, elle ne se focalise encore que sur une logique de santé financière – la faculté de faire face à ses obligations.

En arrière-plan, il faut enfin s'arrêter sur les détails de la mise en œuvre du système. Car, pour matérialiser sa vision à 360°, Alerus a dû transformer son organisation et, en particulier, abattre les frontières entre ses départements internes de banque de détail, de crédit hypothécaire, de gestion de patrimoine et de produits de retraite. Le personnel de son centre d'appel, par exemple, est maintenant formé sur l'ensemble de ces sujets.

Le nouveau service a vocation à être enrichi au fil du temps mais il illustre déjà une tendance essentielle pour le secteur : l'impératif de mieux connaître et comprendre le client. Dans ce registre, la mesure de la santé financière est un formidable moyen de progresser, d'autant plus qu'elle joue, en parallèle, sur la transparence, en donnant à l'intéressé une vue sur sa propre situation, qu'il ne perçoit généralement pas.

samedi 4 juillet 2020

Amazon et les finances personnelles

Amazon
Les intrusions d'Amazon dans l'univers bancaire ne datent pas d'hier et la plupart sont visibles, telles que, par exemple, ses cartes de crédit ou ses solutions de financement pour les entreprises présentes sur sa place de marché. D'autres, plus discrètes, sont immergées au cœur de son métier d'origine, où elles s'imposent comme une évidence.

Je suis ainsi tombé par hasard sur cette page, abritée dans la boutique consacrée aux chèques-cadeaux du site de e-commerce, qui encourage les consommateurs à créer un compte prépayé et décrit les différents moyens de rechargement associés. Que remarque-t-on parmi les bénéfices mis en avant pour accompagner l'injonction ? Deux messages qui font écho aux enjeux d'une gestion saine des finances personnelles : « simple pour suivre ses dépenses » et « utile pour maîtriser son budget ».

Le second m'interpelle tout particulièrement puisqu'il consiste à proposer à l'utilisateur de faire de son porte-monnaie Amazon l'instrument d'une épargne par projet. Une fois expliqué, le principe devient immédiatement aussi lumineux que trivial : quiconque envisage un achat d'importance est invité à se constituer une réserve sur son compte virtuel, qu'il alimente à sa guise, par dépôts manuels et/ou par transfert récurrent. Quand le montant nécessaire est atteint, la personne finalise son achat en quelques gestes.

Voilà donc un sérieux concurrent des startups (telles que Yeeld) et autres institutions financières (comme Fortis) qui tentent elles-mêmes de convaincre leurs clients de mettre de l'argent de côté régulièrement en appuyant sur un objectif personnel concret à atteindre. Certes, les mécanismes déployés sont simplistes en comparaison des algorithmes d'intelligence artificielle et des leviers sociaux employés par ces spécialistes, mais Amazon a d'autres avantages à faire valoir, par sa seule position.

Amazon Recharge

Le plus important n'est pas la gratuité du service, garantie parce qu'il est d'abord conçu pour développer les ventes. Non, son principal atout est son intégration au sein de la plate-forme n°1 de la vente à distance. Amazon offre de la sorte à ses millions de fidèles, dans un environnement unifié qu'ils connaissent bien, la faculté de faire leurs emplettes avec toutes les facilités financières imaginables, depuis le règlement au comptant jusqu'au crédit, en passant par la constitution progressive d'une cagnotte.

La puissance de la démarche atteint des sommets quand on réalise que, contrairement à toutes les initiatives du genre, qui se présentent plus ou moins explicitement comme des assistants d'épargne, l'accent est ici vraiment mis sur la réalisation d'un rêve, qui, de surcroît, se trouve à portée de clic. L'approche est naturellement plus percutante. Mieux, en se contentant d'insinuer l'idée (également pour la participation des amis grâce aux chèques-cadeaux), elle renforce son appropriation et, par conséquent, son efficacité.

Comme souvent, c'est un véritable aperçu de l'avenir des services bancaires qu'esquisse Amazon à travers cette démonstration magistrale. En l'occurrence, celle-ci met clairement en lumière la valeur incontestable que représente l'immersion transparente des outils financiers dans les parcours de vie, où ils sont alors toujours disponibles, prêts à entrer en action, instantanément, au moment où ils deviennent nécessaires, en s'adaptant au contexte, à la situation et aux préférences de chaque individu.

vendredi 3 juillet 2020

L'EPI, sous le vent ou rebelle ?

Europe
Après des années de tâtonnements, de tergiversations et d'hésitations, le serpent de mer de l'instrument de paiement paneuropéen est donc en passe d'être concrétisé : 16 des plus grandes banques de la zone Euro annoncent le lancement du projet EPI (« European Payments Initiative »). Simple mesure défensive ou stratégie offensive ?

Au premier abord, l'ambition des partenaires fondateurs, soutenus par la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne, est d'abord de mettre en place – enfin ! – un dispositif unifié à l'échelle du continent, alors que subsistent toujours des systèmes nationaux frustrants dans une économie sans frontières. Cependant, en filigrane, se décèle également le désir récurrent d'affirmer la souveraineté de la région face aux acteurs dominants que sont Visa et Mastercard, originaires des États-Unis.

Pour ce faire, le consortium prépare une solution directement concurrente, comprenant carte de paiement, porte-monnaie virtuel et plate-forme de transferts entre particuliers. Reposant sur le standard SEPA de virement instantané, il pourrait présenter d'emblée un avantage majeur sur ses principaux adversaires : la disponibilité immédiate des fonds après la transaction. Il ne faut toutefois pas retenir son souffle puisque l'EPI ne sera pas opérationnel avant 2022 (et on peut certainement compter sur des retards…).

Derrière cette description sommaire, je ne peux m'empêcher de m'interroger : s'agit-il uniquement de bâtir un équivalent aux géants américains, en se contentant de répliquer les caractéristiques de leurs offres existantes ? La mise en avant du principe d'une carte – symbole du passé – apporte un début de réponse et le flou de la seule référence officielle à l'innovation – « EPI (…) pourrait contribuer à l’accélération de l’innovation dans le domaine des paiements » – laisse entendre qu'elle n'est pas absolument prioritaire.

Communiqué de presse EPI

L'occasion est pourtant unique de faire de l'Europe la terre de naissance des paiements du XXIème siècle. L'enjeu économique et politique ne peut se réduire à combattre la dépendance aux réseaux de Visa et Mastercard et à écarter (plutôt maladroitement) la menace croissante des nouveaux dragons chinois. Le plus important devrait être de préparer l'avenir et de profiter des mutations profondes qui se profilent à l'horizon pour repositionner l'ancien monde en leader de l'innovation, sur un domaine critique.

Quitte à attendre 2 ou 3 ans la matérialisation de leurs efforts, les participants à l'EPI ont tout intérêt à relever leur niveau d'ambition, en repartant d'une page blanche, sur laquelle ils commenceraient par dessiner les usages du paiement dans l'environnement de demain afin d'imaginer et concevoir la solution parfaite. S'ils s'entêtent, au contraire, à construire une banale copie des outils du siècle dernier, ils seront condamnés à toujours essayer de rattraper le marché, anéantissant ainsi leurs chances de succès.

jeudi 2 juillet 2020

Pourquoi l'acquisition de Shine est une défaite

Société Générale
Elle est (était ?) une de mes startups préférées dans l'hexagone, avec sa vision originale et rafraîchissante du rôle de la banque dans la vie des entrepreneurs. Hélas, après son acquisition par Société Générale et en dépit des promesses qui l'accompagnent, je crains fort que Shine ne sombre bientôt dans l'inertie contagieuse de sa propriétaire.

En apparence, et comme l'explique Nicolas Reboud, co-fondateur et DG de la néo-banque, le mariage est idyllique. Tandis que sa partenaire bénéficie désormais d'une porte d'entrée innovante et dynamique dans le secteur des freelances (et, dans une moindre mesure, des TPE), universellement mal servi par l'industrie, Shine s'assure un accès aux ressources dont elle a besoin pour poursuivre son développement. Son indépendance lui étant garantie, que pourrait-il donc arriver pour rompre le charme ?

En réalité, il se produira probablement le phénomène qui a frappé quasiment toutes les transactions similaires depuis la naissance de la FinTech, quand les belles paroles du contrat initial se matérialisent dans le quotidien de l'absorption. Car le mot indépendance possède un sens différent pour la proie et pour son prédateur. C'est d'ailleurs faire preuve d'une certaine naïveté que de prendre cet engagement pour argent comptant, même si les deux parties sont absolument sincères quand elles le présentent.

Après tout, quand une entreprise en rachète une autre, plutôt que de se contenter d'un investissement, c'est bien parce qu'elle recherche des synergies et qu'elle envisage un degré d'intégration minimal. En l'occurrence, Société Générale affiche clairement la couleur : l'offre de Shine a vocation à entrer dans son catalogue, en articulation avec ses propres produits à destination des professionnels. De toute évidence, cette première étape vers une fusion aura un impact sur la feuille de route de la jeune pousse.

Shine rejoint le Groupe Société Générale

Le scénario, connu, suit un script invariable. La première phase est celle de la conformité : quelle que soit la qualité des processus instaurés, ils ne correspondent pas aux « standards » du grand groupe et aux habitudes de ses armées administratives. S'ensuivent alors des mois d'ajustements, de pertes d'énergie et, au pire, de dégradation de l'expérience client, victime collatérale oubliée. Puis le schéma se reproduit à l'identique, par exemple sur les systèmes informatiques, accentuant les déperditions.

Après 18 à 24 mois consacrés exclusivement à ces efforts d'alignement improductifs, le rythme de l'innovation, qui constitue l'essence d'une startup, est définitivement perdu et la belle pépite d'origine n'est plus qu'un caillou sans éclat. Ceux qui considèrent que je noircis le tableau n'auront qu'à parcourir le tableau de chasse des banques françaises au cours des dernières années, y compris celui qu'affiche fièrement Société Générale, pour constater que la flamme de la créativité s'est plus ou moins éteinte partout.

J'aimerais tellement me tromper sur le destin de Shine… Malheureusement, quand l'annonce officielle de son acquisition la positionne comme une offre à l'adresse des professionnels qui « préfèrent une gestion 100% ligne et des services à moindre coût », démontrant une incompréhension profonde de sa véritable proposition de valeur, ou quand elle s'émoustille déjà des produits « de crédit, d'assurance, de paiement » qu'elle pourra commercialiser à ces clients additionnels, je suis résolument pessimiste.