C'est pas mon idée !

dimanche 17 novembre 2019

Lydia se mue en plate-forme

Lydia
De la simple application d'échange d'argent entre amis qu'elle était à l'origine, Lydia avait d'abord évolué vers un porte-monnaie mobile universel. Aujourd'hui, avec le lancement de son « Marché » et la mise en place de partenariats divers et variés, elle esquisse sa future mutation en plate-forme universelle de services (financiers).

Dans une approche plus souvent rencontrée dans les néo-banques (par exemple Starling Bank, au Royaume-Uni), la jeune pousse vient donc d'ajouter une nouvelle section à son logiciel, où l'utilisateur retrouve une poignée d'offres complémentaires à sa propre solution. Celles-ci vont de simples références d'affiliation, se contentant de renvoyer vers un fournisseur tiers (parfois assorties d'une promotion spécifique), jusqu'à des outils pratiques plus ou moins intimement intégrés au sein de l'expérience existante.

Dans la première catégorie, la moins intéressante, figurent notamment les ouvertures de comptes auprès d'Orange Bank et Hello Bank! (avec leurs primes de bienvenue) : dans les deux cas, le mobinaute est connecté aux sites web de l'établissement choisi, où il procède aux démarches standards. À un stade intermédiaire, les propositions d'assurance habitation (avec Luko, naturellement) et de renégociation des abonnements d'énergie et de télécommunication (avec Papernest) sont assistées, grâce au pré-remplissage des informations connues dans les formulaires de souscription.

Enfin, au niveau le plus abouti, en particulier pour les demandes de (petits) prêts instantanés (déléguées à Banque Casino), la négociation d'une indemnisation sur les retards de vol aérien (avec AirHelp), l'achat de cartes cadeaux et l'assurance de smartphone (avec CNP assurances), les procédures se déroulent entièrement dans l'application de Lydia, y compris, bien évidemment, le paiement (et les remboursements, le cas échéant), de manière à simplifier au maximum le parcours client.

Le Marché de Lydia

Avec son « Marché », la startup se rapproche un peu plus d'un véritable modèle de banque plate-forme, qui prend énormément de sens pour sa cible privilégiée de jeunes consommateurs : conquis très tôt par ses capacités de paiement P2P, la solution les accompagne maintenant tout au long de leur prise de maturité financière, à leur rythme, avec sa « méta-carte » (et ses avantages exclusifs), puis les produits additionnels destinés à leur faciliter la vie quotidienne, dont le nombre devrait croître rapidement.

Il est facile de percevoir à travers cette description à quel point l'approche retenue représente une menace pour les acteurs traditionnels (ou une opportunité pour qui s'en saisit). Non seulement Lydia est-elle en mesure – par l'agilité inscrite dans son ADN – d'inclure très facilement dans son catalogue de nouveaux services utiles et susceptibles de répondre à une multitude de besoins différents, mais, surtout, son architecture ouverte lui permet d'offrir une expérience fluide et transparente avec ses partenaires (ce que la banque n'est souvent même pas capable de faire entre ses propres lignes de produits).

samedi 16 novembre 2019

Digiserv, la startup de BNP Paribas au Maroc

BNP Paribas
Au Maroc, BNP Paribas et sa filiale locale, BMCI, ont lancé une nouvelle démarche expérimentale dont l'objectif est de concevoir des services dans des domaines adjacents à leur cœur de métier. Afin de libérer la créativité et de favoriser l'agilité, elles ont choisi de confier leurs projets à une véritable startup qu'elles ont fondé pour l'occasion.

La structure, baptisée Digiserv, présentait officiellement le mois dernier ses deux premières réalisations, actuellement dans un état embryonnaire, tout en affirmant son ambition de s'installer durablement dans le paysage « digital » marocain avec, à terme, une large palette d'outils en ligne ou mobiles susceptibles de répondre à de multiples besoins de la population. Et, même si certains d'entre eux portent une certaine connotation financière, il n'est aucunement question – en tous cas à ce stade – de les relier d'une quelconque manière aux offres ou produits bancaires du groupe.

Nous avons donc, d'un côté, Bricall, une plate-forme web dédiée à la mise en relation des habitants de Casablanca et Marrakech (en attendant le déploiement sur des villes supplémentaires) avec des artisans (électriciens, plombiers, peintres, maçons…). Chaque professionnel y dispose d'une fiche profil, indiquant ses spécialités et fournissant des photos illustratives des chantiers qu'il a réalisés. Les visiteurs peuvent alors le contacter directement (par téléphone) ou déposer sur le site une demande de prestation. Un incontournable système d'évaluation par les utilisateurs complète le dispositif.

Bricall

L'autre solution mise en place (exclusivement sur le web, elle aussi), Dayra, est un outil extrêmement simple de gestion de tontine (appelée « daret », dans sa déclinaison marocaine) : il propose à quiconque de créer une cagnotte, d'y inviter les participants souhaités, puis de suivre les collectes et les versements, à l'exclusion de toute prise en charge des conditions contractuelles et des transferts d'argent effectifs.

Les deux projets sont animés selon une approche itérative et il faut donc considérer que les résultats visibles à ce jour ne sont que des « MVP » (produit minimum viable), destinés à mesurer l'appétence du public pour les concepts et l'intérêt de poursuivre leur développement. Conformément à cette logique, les services devraient s'enrichir rapidement, en particulier, espérons-le, en leur intégrant des possibilités de paiement, ce qui serait la moindre des choses de la part d'une filiale d'institutions financières.

À défaut d'informations plus précises sur l'organisation de Digiserv, on peut cependant s'interroger sur sa finalité réelle. S'agit-il vraiment de rechercher des pistes de diversification pour la banque, à travers la construction d'une collection d'applications pratiques (qui mériteraient alors de s'inscrire dans une stratégie globale cohérente) ? Ou bien faut-il plutôt y voir l'installation d'un environnement expérimental où les collaborateurs peuvent découvrir un autre mode de travail, à l'occasion d'un projet concret ?

vendredi 15 novembre 2019

Un partenariat qui en dit long

Xero
En quelques années, TransferWise est devenu un leader incontournable des transferts internationaux. Sa nouvelle collaboration, au Royaume-Uni, avec la plate-forme de comptabilité en ligne Xero donne maintenant à penser que son excellence lui procure également un avantage considérable dans le domaine des paiements domestiques.

Pour les PME, aujourd'hui, le règlement et le traitement des factures des fournisseurs font partie des activités les moins automatisées de la gestion d'entreprise. La faute en revient à des systèmes bancaires archaïques qui, au mieux, acceptent de prendre en charge (en général à grands frais) des paiements par lots, à condition de préparer des fichiers d'instructions dans un format propriétaire ou, au pire, exigent de formuler et transmettre des ordres de virement unitaires au sein de leurs applications.

Face à ce fonctionnement d'un autre temps, Xero, qui souhaite simplifier la vie des entrepreneurs et de leurs directeurs financiers, a donc imaginé un service qui leur permettrait, depuis son interface, de déclencher en un clic le paiement d'une (ou plusieurs) facture(s) enregistrée(s) à partir du compte bancaire de leur choix, d'appliquer au passage un filtre de détection de fraude, de réceptionner la confirmation de l'exécution et de réconcilier automatiquement les opérations dans les livres. Évident, n'est-ce-pas ?

Xero – Pay with TransferWise

Or il semblerait qu'aucun établissement historique ne soit à ce jour en mesure de proposer dans des conditions raisonnables la solution qui rende possible une telle vision (qui ne paraît pourtant pas très complexe à implémenter) puisque c'est TransferWise – dont ce n'est évidemment pas le métier, bien qu'elle en possède les capacités, par essence – qui a été retenue pour gérer les transferts au niveau opérationnel.

La présentation de l'initiative donne de précieuses indications sur les critères qui ont probablement fait pencher la balance vers la startup. En premier lieu, l'intégration par API est soulignée, aussi bien pour l'envoi des ordres que pour la collecte des confirmations, et il s'agit d'un facteur de rapidité et de souplesse de mise en œuvre, que TransferWise sait offrir nativement tandis que les banques traditionnelles sont toujours en retard sur le sujet (et, souvent, se posent encore la question de son opportunité !).

Qu'un acteur comme TransferWise parvienne, sur son activité principale, à conquérir plus de 15% de parts de marché au détriment des banques devrait, en principe, inquiéter ces dernières, à moins qu'elles n'estiment que ce domaine n'est pas stratégique pour leur avenir (?). Quand le même réussit à s'imposer sur un secteur adjacent, où, selon toute vraisemblance, il ne fait guère d'efforts commerciaux, ne serait-il pas urgent de remettre en cause les modèles historiques ? Ne faudrait-il pas commencer à paniquer ?

jeudi 14 novembre 2019

Un pas vers la facturation du conseil humain ?

Caisse d'Épargne
À l'occasion du renouvellement de son offre commerciale, désormais présentée sous la forme de forfaits à trois vitesses, la Caisse d'Épargne introduit discrètement une option qui pourrait esquisser une révolution dans la gestion de la relation client. Le fardeau des réseaux d'agences commencerait-il à imposer la recherche de solutions pérennes ?

Le principe des « Formules », déclinées en deux versions, familiale et individuelle (elle-même avec une variante à tarif réduit pour les jeunes), consiste simplement à proposer un ensemble de services pour un prix fixe (malheureusement non précisé, tant pis pour la transparence), du plus économique (« Initial ») au plus complet (« Optimal » avec cartes Visa Platinum, assurances, virements instantanés illimités…), en passant par l'intermédiaire (« Confort » avec cartes Visa Premier et assurances).

Ce qui surprend dans cette présentation est le dernier avantage mis en avant sur la formule la plus onéreuse et, évidemment, absent des autres : « accès à un conseiller par téléphone sur horaires étendus ». Là encore, il est impossible de connaître la plage en question ni l'étendue des services mis à disposition selon ce mode, mais il semblerait donc que la Caisse d'Épargne considère dorénavant que, dans certaines circonstances, le contact avec un banquier humain ne fait plus partie de son offre de base.

Les Formules Caisse d'Épargne

Certes, on est bien loin des anciennes tentatives de quelques institutions américaines d'instituer une facturation des visites en agence, mais l'initiative reste notable car elle va automatiquement inscrire dans l'inconscient des consommateurs la notion de la valeur de l'accès à un conseiller. Par la suite, une fois ce premier pas franchi et les clients ainsi conditionnés, il deviendrait alors beaucoup plus facile de justifier la mise en place d'une tarification pour, par exemple, tous les rendez-vous avec un spécialiste…

Ce n'est pas un secret que les banques traditionnelles, et plus encore les mutualistes, sont confrontées à un défi colossal de la rentabilité de leurs réseaux physiques, alors que la fréquentation est en baisse constante, sans aucun espoir de renversement de tendance. L'idée de faire payer directement le conseil de proximité fait naturellement partie des possibilités explorées pour le relever et des enquêtes tâtent déjà le terrain (comme, récemment, celle de Deloitte), avec des résultats plutôt encourageants.

Néanmoins, la crainte de s'attirer les foudres du grand public en mettant en place une telle politique retient (et retiendra longtemps) les velléités de passer à l'action. En attendant, il faut probablement s'attendre à un développement de démarches similaires à celle de la Caisse d'Épargne, qui servent à la fois à valider l'acceptation du principe, dans une logique expérimentale, et à induire un effet d'accoutumance à long terme…

mercredi 13 novembre 2019

La banque qui veut se faire aussi grosse que WeChat

Banco Inter
Le modèle asiatique des « super apps » mobiles, dont WeChat est probablement la plus emblématique, ne cesse d'inspirer des institutions financières désireuses d'étendre leur présence dans la vie de leurs clients. C'est au Brésil, par l'intermédiaire du trublion local Banco Inter, qu'émerge maintenant la prochaine tentative de le décliner.

Le raisonnement est toujours similaire. Alors que le nombre de titres disponibles sur les app stores ne cesse de croître, les usages des mobinautes se concentrent sur une poignée d'applications, dont celles des banques figurent généralement parmi les trois principales. Il est alors tentant d'exploiter cette popularité pour répliquer le succès des mega-plates-formes chinoises, en concentrant en un espace unique et cohérent toutes sortes de fournisseurs de produits et services, comme dans un supermarché virtuel.

Pour son lancement, d'abord à titre expérimental, la « super app » de Banco Inter se présente donc comme un substitut à son logiciel classique, dont les fonctions de consultation des comptes, de transfert d'argent, de gestion d'investissements… sont complétées par un portail d'une soixantaine de boutiques, couvrant des catégories aussi variées que la maison, la technologie, la mode, les loisirs, les transports, le voyage… En outre, pour mieux attirer les clients, la banque promet de leur reverser une partie de la rémunération qu'elle perçoit de ses partenaires, sous forme de « cashback ».

Banco Inter – Experimente o Super App

L'objectif visé par Banco Inter avec cette initiative est double. D'une part, en lançant la première solution du genre au Brésil, elle espère attirer massivement et à moindre frais de nouveaux clients – son ambition est de passer de 3,7 millions aujourd'hui à 8 millions d'ici la fin de 2020. D'autre part, elle souhaite encourager les personnes qui viendront dépenser sur sa place de marché à recourir plus fréquemment et plus régulièrement au crédit, dont l'accès sera évidemment facilité grâce à son approche intégrée.

Il reste tout de même à voir si les consommateurs se laissent effectivement séduire par l'idée de réaliser leurs achats dans une application fournie par leur banque. À tout le moins, les précédents dans d'autres régions (Pologne, Turquie…) ne donnent pas l'impression que la partie est aisée. Cela n'a finalement rien de très surprenant, car les exemples asiatiques ne peuvent guère être reproduits à l'identique, à une époque différente, dans un contexte différent (notamment en matière de vente en ligne).

Par ailleurs, il conviendrait, en amont, de s'interroger sur le sens profond de la popularité des applications bancaires avant de considérer que leur fort taux d'utilisation est un atout pour y introduire des services non financiers. En effet, si, comme j'en suis convaincu, la première motivation des clients est de vérifier l'état de leurs comptes, ce qui ressort plutôt d'une contrainte, ils auront certainement quelques blocages psychologiques à associer le même geste à l'expérience en principe plaisante du shopping…

mardi 12 novembre 2019

BMO gère les factures de ses clients

BMO
Pour les millions de consommateurs (dont la majorité des français) qui préfèrent se libérer de toute contrainte dans le règlement de leurs factures, les fournisseurs proposent (et, parfois, imposent) des options de prélèvement automatique. Pour ceux qui aiment garder le contrôle, la canadienne BMO a imaginé une solution simple et efficace.

Avec QuickPay, hélas disponible uniquement, à ce jour, pour une petite vingtaine de fournisseurs (de télécommunications, énergie et autres services), l'utilisateur n'a qu'à envoyer sa facture sous forme électronique (après l'avoir numérisée ou photographiée, au besoin) à l'adresse de messagerie du service. Immédiatement, les algorithmes de la banque en analysent le contenu en détail et préparent le paiement correspondant. Une demande de confirmation, rappelant le montant et le bénéficiaire, est alors émise par SMS, à laquelle il suffit de répondre « PAY » pour finaliser l'opération.

Apparemment triviale, cette fonction ne l'est pas autant qu'il y paraît. Outre les technologies de reconnaissance de caractères et d'apprentissage automatique mises en œuvre afin d'extraire les informations utiles des documents transmis, l'identification du compte à débiter est également réalisée sans aucune intervention manuelle, à partir de l'adresse mail émettrice (en espérant que des filtres détectent les tentatives de fraudes et d'abus) et des règlements enregistrés précédemment pour les mêmes entreprises.

BMO QuickPay

En prolongeant le principe de QuickPay, il est aisé d'imaginer d'autres bénéfices potentiels que le seul gain de temps que le dispositif procure. En premier lieu, il devrait aider à ajuster la gestion de trésorerie en maîtrisant les échéances des factures (qui font partie des données extraites), ce qui permettrait non seulement de payer ces dernières au juste moment mais aussi d'affiner le suivi budgétaire de l'utilisateur (par exemple en le tenant au fait de ses disponibilités réelles). D'autre part, la banque pourrait profiter de l'opportunité pour assurer l'archivage des documents qui lui sont confiés.

Au-delà de ces bases, avec un peu de travail supplémentaire, il serait envisageable de concevoir un mécanisme de surveillance préventif sur les dépenses récurrentes, à l'instar de ceux que déploient aujourd'hui quelques startups ici et là. Cependant, au lieu d'alerter le client après qu'il ait réglé un montant inhabituel, BMO serait cette fois en mesure de le prévenir en amont, dès la réception de sa facture, lui laissant de la sorte le temps de s'assurer que tout est normal ou, le cas échéant, de formuler une réclamation.

En perspective, la banque pourrait développer un véritable accompagnement du consommateur dans sa vie quotidienne à partir de cette initiative, en combinant automatisation des services (jusqu'à l'affranchir de toute préoccupation administrative) et conseil personnalisé (qui, en particulier, attire son attention sur ce qui importe vraiment). Enfin, il semblerait logique de décliner l'approche à destination des petites entreprises, qui sont peut-être encore plus demandeuses d'assistance dans leurs tâches de gestion.

lundi 11 novembre 2019

J.P. Morgan s'éveille à la menace des géants technologiques

J.P. Morgan
Si vous ne pouvez les vaincre, rejoignez-les ! Telle pourrait être la devise de J.P. Morgan quand, après avoir longtemps manifesté ses inquiétudes face à la montée en puissance des géants technologiques dans les métiers de la finance, elle choisit maintenant, selon le magazine Forbes, de développer une offre spécifique à leur adresse.

Le pire cauchemar pour les institutions financières des pays occidentaux serait l'émergence sur leur territoire d'acteurs aussi puissants que WeChat et Alibaba, dont la prise de position dominante sur les paiements – qui restent le point d'entrée principal dans une relation bancaire – représenterait une menace existentielle. Aussi une stratégie de contre-feu paraît-elle pertinente à J.P. Morgan, afin, d'abord, de sauvegarder ses activités de flux puis, plus largement, préserver le contact avec ses clients.

En pratique, la tentation est immense pour les plates-formes de commerce en ligne de créer leur propre porte-monnaie virtuel, dans lequel des fonds peuvent être déposés et utilisés en circuit fermé. A minima, l'objectif qu'elles viseraient de la sorte serait de s'affranchir, au moins en partie, des frais de transactions qu'elles doivent supporter avec des solutions traditionnelles. J.P. Morgan leur proposera donc un produit clés en main, cédant un peu sur ses prérogatives mais limitant le risque de désintermédiation.

Il est facile d'imaginer, par exemple, que la banque consente des conditions tarifaires avantageuses, le plus important pour elle étant de conserver le contrôle sur les échanges – et plus encore les données associées – et de rester ainsi au premier plan dans l'esprit du consommateur. D'une certaine manière, plus insidieuse, il s'agit également d'éviter que les acteurs concevant leur propre moyen de paiement ne prolongent leurs velléités d'émancipation vis-à-vis du système vers d'autres domaines (crédit, assurance…).

Il en faudra cependant beaucoup plus pour convaincre les géants que cible (semble-t-il) plus particulièrement J.P. Morgan – Amazon, eBay, Uber, AirBnB… – d'abandonner leurs éventuels plans de déploiement de solutions propriétaires, qui leur garantissent une autonomie totale. L'argument clé serait alors la faculté native de la banque à intégrer une approche transfrontalière des paiements : un partenaire unique fournissant un outil universel qui prend en charge les flux d'argent dans le monde entier.

La bataille promet malgré tout d'être rude, car la concurrence ne manque pas, qu'on se tourne du côté des spécialistes (à l'instar de PayPal) ou, de plus en plus, vers les initiatives des plates-formes elles-mêmes, comme l'illustre la rupture que tente d'introduire Facebook avec Libra. Les avantages des établissements historiques face à de tels adversaires deviennent minces tandis que leur capacité d'exécution reste un handicap…

J.P. Morgan Chase

dimanche 10 novembre 2019

BBVA explore la banque des objets connectés

BBVA
Dans la plupart des institutions financières qui s'intéressent au phénomène des objets connectés, le premier objectif visé consiste à identifier des applications utiles pour leurs activités existantes. Dans le cas de BBVA, il s'agit maintenant d'explorer en quoi leur développement va inéluctablement conduire au besoin de réinventer ses métiers.

L'introduction de capacités de calcul, de stockage de données et d'interactions en ligne dans une multitude d'équipements du quotidien – des machines à laver aux automobiles, en passant par les compteurs électriques et les habitations – permet d'imaginer une multitude de services pratiques et utiles, à destination des consommateurs, des entreprises, des gouvernements, de la société… Dans le secteur financier, la possibilité de capter de l'information à la source afin d'évaluer un risque à assurer en temps réel, par exemple, est déjà une réalité et bien d'autres émergent chaque jour.

Cependant, ce qui passionne dorénavant les équipes de BBVA NDB (pour « New Digital Businesses ») – l'entité du groupe espagnol dédié à tout ce qui concerne la disruption de l'industrie bancaire – est d'aborder les évolutions technologiques sous l'angle de leur impact sur le monde qui nous entoure et comment cette mutation va, à son tour, imposer la mise en place de nouveaux modes de fonctionnement dans la gestion des comptes, le traitement des paiements, la souscription d'assurances, l'octroi de crédits…

Un scénario évoqué, particulièrement parlant, est celui de la mobilité du futur, projetée dans un univers où la logique de propriété a cédé la place à un concept de « véhicule as a service ». L'idée est loin d'être nouvelle mais – sauf pour illustrer des conférences sur les transformations auxquelles ils faut se préparer – elle n'avait, jusqu'alors, jamais conduit à des études sérieuses sur ses implications pour la banque. Et ce n'est qu'un exemple, tout comme l'avenir de la location immobilière, pour en citer un deuxième.

BBVA - Exploring the bank of connected things

Une caractéristique commune dans tous ces cas est la prise d'autonomie des « choses », grâce aux données qu'elles collectent et aux opportunités qu'elles ouvrent. Un taxi (sans chauffeur) qui encaisse les courses qu'il réalise et qui règle ses recharges d'électricité n'est plus un fantasme de science-fiction. Idem pour l'appartement qui équilibre son budget entre frais d'entretien, charges de copropriété et loyers perçus (entre autres). Dans cette vision, chaque équipement requiert son propre porte-monnaie.

Du point de vue de BBVA, il s'agit là, après son ambition de conquérir un milliard de clients (humains), d'une autre frontière à franchir : devenir la banque de milliards d'objets connectés. Cependant, pour en arriver là, elle sait qu'il lui reste beaucoup à faire. La première étape est de comprendre quels sont les services financiers nécessaires – outre les paiements et le compte de dépôt associé, l'assurance est une évidence – et dans quelles conditions et sous quelle forme ils seront mis en œuvre.

Un aspect spécifique du sujet paraît susceptible de créer des défis extraordinairement complexes et est à ce titre au cœur des questionnements de BBVA : l'identité des objets. La connaissance des clients (« KYC ») constitue aujourd'hui un enjeu majeur dans les institutions financières, notamment dans le cadre de la lutte contre la fraude et la criminalité. Comment se transpose-t-il dans un contexte où ce seront demain des composants électroniques qui détiendront des comptes et souscriront des produits ?

Ces réflexions peuvent sembler prématurées, simples hypothèses amusantes à manipuler dans un jeu de rôle futuriste, sans rapport avec la réalité. Pourtant, les besoins commencent à surgir et les problématiques soulevées portent tellement de conséquences que leurs solutions prendront des années à être formulées. Les banques qui ne font pas l'effort maintenant de se livrer à l'exercice auront d'immenses difficultés à s'adapter quand leur environnement aura changé, plus vite qu'elles n'y comptaient.

samedi 9 novembre 2019

Westpac prend sa modernisation à revers

Westpac
Dans beaucoup d'institutions financières aux infrastructures anciennes, se pose régulièrement la question lancinante de la meilleure manière d'aborder leur nécessaire modernisation technologique sans mettre en péril les applications existantes. L'australienne Westpac a imaginé une voie particulièrement originale d'aborder le problème.

Jusqu'à maintenant, les démarches considérées et parfois mises en œuvre – avec plus ou moins de succès – pour rajeunir les systèmes d'information en danger d'obsolescence se répartissaient en trois catégories : le big bang technique (la plus risquée), consistant à développer un nouvel environnement complet en repartant d'une feuille blanche, l'évolution en douceur (la plus longue), exécutée composant par composant, et la création d'une nouvelle banque (la plus audacieuse), destinée à remplacer l'ancienne, à terme.

Avec l'aide du fournisseur spécialisé (britannique) 10x, Westpac s'engage aujourd'hui dans une quatrième option, qui peut être vue, dans une certaine mesure, comme une variante de la dernière. La différence majeure est qu'il n'est pas question de fonder un établissement concurrent voué à cannibaliser l'actuel mais de mettre en place une nouvelle offre de « bank as a service », via laquelle les solutions sont distribuées, par l'intermédiaire d'API, auprès d'entreprises tierces, institutionnelles ou startups.

Making Banking 10x Better

Avec cette démarche, le premier objectif de Westpac est de répondre à la demande du marché, notamment la génération montante d'acteurs désireux d'intégrer des services financiers dans leur modèle d'affaires, sans en faire l'axe principal de leur proposition de valeur. Pour ceux-là, une plate-forme à l'état de l'art, basée sur la gamme SuperCore de 10x, sera donc déployée, dans le « cloud », mettant à disposition de ces clients tout le savoir-faire de la banque, à travers des interfaces modernes, faciles à exploiter.

Cependant, cette stratégie d'ouverture, qui est déjà, en soi, exemplaire, ne s'arrêtera peut-être pas là. En effet, le directeur général de Westpac, Brian Hartzer, laisse entendre que, si le projet se déroule correctement et si les résultats obtenus sont conformes aux attentes, le nouveau socle serait par la suite susceptible d'être rapatrié au cœur des opérations et devenir ainsi le futur système informatique universel de la banque, servant ses besoins propres comme ceux de ses partenaires. La seule inconnue, déterminante, de ce plan extrêmement ambitieux est l'échelle de temps dans laquelle il s'inscrit…

vendredi 8 novembre 2019

GoCardless, le paiement récurrent sans frontière

GoCardless
Avec, à ce jour, plus de 50 000 entreprises recourant à sa plate-forme, la britannique GoCardless commence à affirmer sa position dans le domaine particulier des paiements récurrents. Grâce à son nouveau partenariat avec TransferWise et l'ouverture transparente des frontières qu'il autorise, elle a toutes les chances de devenir incontournable.

Dans une époque qui voit la consommation d'usage prendre le pas sur la propriété, les abonnements et autres modes de règlement réguliers deviennent la norme pour un nombre croissant de fournisseurs. Or les solutions disponibles aujourd'hui pour répondre à ce besoin, par prélèvement ou par carte, sont souvent problématiques, complexes à mettre en œuvre, relativement coûteuses, peu flexibles ou encore sujettes aux rejets (induisant des frais administratifs de traitement et de relance conséquents).

Imaginez alors le cauchemar pour une entreprise qui souhaite se développer à l'international. En général, elle doit ouvrir et gérer un compte bancaire dans chaque pays où elle désire commercialiser ses produits, contractualiser et implémenter la méthode en vigueur localement pour effectuer des versements récurrents et, enfin, il lui reste à rapatrier les fonds collectés vers sa patrie d'origine, en abandonnant au passage des frais de change parfois ahurissants aux intermédiaires assurant les opérations.

La situation est telle que, selon une étude de YouGov commanditée par GoCardless, plus de la moitié des dirigeants envisageant une expansion géographique de leur activité à court ou moyen terme hésitent à franchir le pas par crainte de difficultés avec les encaissements à l'étranger. Quant à ceux qui s'y sont aventurés, ils expriment leur frustration vis-à-vis des systèmes existants et de la surcharge de travail qu'ils créent.

Partenariat GoCardless + TransferWise

La promesse de GoCardless de simplifier la prise en charge des paiements récurrents – qu'il s'agisse de souscriptions aux conditions fixes ou de factures régulières de montants variables – était un soulagement pour les actes domestiques, elle prend maintenant des allures de solution miracle quand elle s'étend, avec les mêmes avantages, à une trentaine de pays dans le monde (Grande-Bretagne, Europe, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande…), en gommant totalement les frontières sur les flux.

D'un point de vue technique, c'est d'abord une seule intégration à prévoir, facile à mettre en place, avec une même interface pour encaisser les clients où qu'ils se trouvent. C'est ensuite un contrôle total sur les prélèvements, en termes de montant et d'échéance, et une possibilité de connexion aux logiciels comptables les plus répandus afin de fluidifier la gestion financière. Enfin, c'est une conversion instantanée des fonds dans la devise de l'entreprise, au cours du marché, moyennant une commission sans surprises.

Pour les entreprises concernées, c'est une véritable révolution qu'apporte le partenariat entre GoCardless et TransferWise. Il va leur permettre, selon les cas, de les soulager d'une complexité inconcevable à l'ère de la mondialisation ou, tout bonnement, de réaliser leurs rêves de croissance et d'ouverture vers de nouveaux horizons. Qui d'autre peut se vanter d'accompagner le développement des PME avec autant d'efficacité ?