C'est pas mon idée !

dimanche 17 juin 2018

Pourquoi réinventer l'eau chaude ?

Lumenlab
Une annonce parmi tant d'autres… Lumenlab, le laboratoire d'innovation de MetLife, présente fièrement une de ses expérimentations, mettant la blockchain au service d'une assurance paramétrique dans le domaine de la santé. Comme souvent, l'idée semble a priori intéressante… jusqu'à ce qu'il devienne apparent qu'elle n'a pas grande valeur.

Bien que développée dans le cadre du bac à sable réglementaire de Singapour, l'initiative, baptisée Vitana, met en jeu des moyens conséquents, impliquant notamment 5 partenaires : outre MetLife, le ré-assureur Swiss Re, la chaîne de cliniques OB-GYN, l'intégrateur Cognizant et le spécialiste de la gestion de données médicales Dragon Vault. L'objectif qu'ils visent avec leur projet consiste à mettre au point une solution optimisée de couverture contre les risques de diabète gestationnel chez les femmes enceintes.

Comment fonctionne-t-elle ? La cliente commence par souscrire depuis une application mobile dédiée. Une fois la procédure terminée et la prime réglée, un contrat intelligent (« smart contract ») est déployé sur une blockchain privée, tandis que les informations personnelles de l'assurée sont sécurisées (et restent invisibles de la compagnie). Lors de ses examens cliniques, les résultats, enregistrés sous forme numérique, déclenchent automatiquement un remboursement si les conditions de la police sont réunies.

En considérant qu'un contrat intelligent n'est ni plus ni moins qu'un logiciel déclenché par un événement, où est l'apport de la blockchain dans ce parcours ? Nulle part : ce qui nous est présenté là est un mécanisme d'assurance santé tout ce qu'il y a de plus classique… dans la mesure où il a été automatisé. À y regarder de près, ce fait est même explicite dans la description de la démarche : l'enjeu est avant tout d'éliminer les défauts d'une infrastructure basée sur des silos de données et des processus manuels… et de convaincre les cliniques de « digitaliser » leurs opérations.

Or le remplacement de tâches humaines par des algorithmes est l'objet de la majorité des projets informatiques depuis des décennies, bien avant que la folie de la blockchain ne déferle sur le monde. Pourquoi faudrait-il donc introduire une nouvelle technologie afin de résoudre un problème pour lequel une solution existe déjà ? En l'occurrence, la seule justification proposée par MetLife est absolument renversante !

Il est en effet question de l'instauration d'une confiance renforcée entre le client et l'assureur, grâce à l'automatisation totale des remboursements. D'une part, l'argument implique que les intéressés s'en remettent à un contrat intelligent, alors qu'ils n'ont pas, pour la plupart, la capacité ni la volonté d'en analyser et en comprendre les termes (ce qui, dans un contexte différent, peut conduire à des dérives extraordinaires). D'autre part, il constitue un formidable aveu d'impuissance, alors qu'un des seuls avantages des institutions historiques face aux nouveaux entrants est leur capital confiance.

A minima, l'idée manque de sens économique. Car, en admettant que la blockchain offre effectivement, dans certaines circonstances, un substitut aux intermédiaires de confiance traditionnels, cette promesse s'accompagne d'un coût non négligeable (la confiance se paye !), à comparer à l'actif que représente une marque établie, dont la notoriété joue le même rôle auprès des clients. La transition d'un modèle vers l'autre peut être une option stratégique mais une telle révolution ne paraît pas être à l'ordre du jour avec Vitana.

Accueil Lumenlab

samedi 16 juin 2018

Leçon de startup : savoir quitter un marché

Venmo
Dans les grands groupes qui cherchent à s'inspirer des qualités des startups, il est coutume de citer en référence leur capacité à stopper (ou « pivoter ») à temps les projets voués à l'échec. Il est plus rare de penser à son corollaire direct, l'arrêt des solutions atteignant leur fin de vie. Venmo en fournit aujourd'hui un exemple caractéristique.

Naturellement, les cas de ce genre sont rares dans des entreprises dont la jeunesse fait qu'elles n'offrent encore que la première génération plus ou moins viable de leurs produits. Pourtant, avec l'accélération des évolutions technologiques et des changements de comportement des consommateurs, le besoin de réagir survient de plus en plus vite. Tel est donc le cas quand le spécialiste des paiements entre pairs (P2P) décide d'abandonner le web pour se concentrer sur son application mobile.

Différentes motivations entrent en jeu dans cette décision – dont, probablement, le positionnement concurrentiel de Venmo vis-à-vis de son propriétaire PayPal – mais la raison principale, et la seule évoquée officiellement, est la désaffection des utilisateurs. Disponible à l'origine uniquement sur smartphone, le service se devait d'offrir une déclinaison sur le web tant que les usages mobiles restaient relativement marginaux. Ceux-ci étant désormais ultra-dominants, l'heure est venue de recentrer les efforts.

Ce qui retient l'attention dans la démarche de la jeune pousse est qu'elle n'attend pas que tous ses clients aient quitté sa plate-forme en ligne. D'ailleurs, elle affronte sur les réseaux sociaux l'ire de ses derniers adeptes. Elle considère simplement que la fréquentation a franchi un seuil à partir duquel il vaut mieux la fermer plutôt que de continuer à lui consacrer des ressources, a minima en maintenance. Il ne s'agit que d'un mode de fonctionnement sous contraintes (financières), classique pour une startup.

Voilà une approche qui mériterait de faire réfléchir dans les institutions financières qui accumulent un lourd passif de produits et de technologies depuis des décennies, notamment par crainte de s'aliéner quelques clients. Il n'est pas même pas nécessaire d'être aussi abrupt que Venmo : l'abandon d'un service peut se préparer et s'opérer en douceur, autant pour les utilisateurs que pour les collaborateurs qui en ont la charge. En revanche, il est absolument déraisonnable de laisser la situation se déliter.

Alors que les banques voient leurs clients se ruer sur leurs applications mobiles (BBVA compte ainsi atteindre 50% d'adoption parmi ses clients en 2019), le parallèle avec Venmo est intéressant à explorer. Il ne sera certes pas question, à ce stade, de fermer totalement les plates-formes web (ou les agences). Mais il peut être salutaire de commencer dès maintenant à identifier les services dont l'utilisation est en forte baisse sur ces canaux et à envisager comment ils pourront être progressivement supprimés.

L'idée peut paraître extrême mais l'alternative est beaucoup plus inquiétante : à force d'entretenir la multitude de solutions développées au fil du temps, sans jamais en retirer aucune (ou presque), les entreprises se sont accoutumées à engloutir une masse considérable de ressources et de budgets dans leur maintien en vie (et dans des évolutions incontournables, telles que les adaptations pour conformité réglementaire), se privant de la sorte de moyens d'investir dans des projets d'avenir.

App mobile de Venmo

vendredi 15 juin 2018

Shine, la petite néo-banque qui monte

Shine
Historiquement délaissés par les grandes banques traditionnelles, les travailleurs indépendants ont désormais à leur disposition une offre en pleine expansion, grâce à l'apparition d'une nouvelle génération d'acteurs. Shine est l'un d'eux et, 3 mois après son ouverture, son modèle d'accompagnement étendu a déjà séduit 10 000 adeptes.

Pour remporter un tel succès, la jeune pousse française ne se contente pas de fournir (gratuitement) à sa cible de clients professionnels un compte de paiement avec un parcours de souscription simplifié. Elle porte aussi – et, peut-être, d'abord – l'ambition d'éliminer ou de réduire les petits tracas de leur vie quotidienne. Par exemple, dès l'entrée en relation (exclusivement à travers son application mobile), elle propose aux micro-entrepreneurs de prendre en charge les démarches de création de leur statut.

En pratique, la partie bancaire de la solution – qui se limite, pour l'essentiel, à un compte et une carte prépayés – n'est presque qu'un prétexte ou, en tous cas, qu'une composante parmi d'autres. En effet, la composition et l'envoi de facture en quelques clics, avec acceptation des règlements par carte ou virement, la réconciliation automatique lors du paiement, les notifications en cas de retard… sont des fonctions tout aussi, voire plus, importantes. La gestion des dépenses (avec les reçus) est également assistée.

Bien que Shine s'adresse aux indépendants opérant sous diverses formes juridiques, son application est particulièrement adaptée aux micro-entrepreneurs. Outre l'aide au démarrage, elle leur consacre un ensemble de services personnalisés, notamment en matière de suivi des charges : estimation en temps réel des cotisations sociales et autres taxes, rappel des échéances de déclaration et de paiement… Elle devient ainsi, de fait, un véritable copilote de l'activité de son utilisateur, d'autant qu'une option de tchat permet en outre d'obtenir une aide complémentaire 7 jours sur 7.

Shine

À l'usage, la solution n'est pas exempte de défauts et il arrive de rencontrer des anomalies plus ou moins gênantes dans les processus et dans l'application mobile. Il faut donc considérer que Shine est encore en construction (ce qui mériterait d'être plus explicite) sachant que l'équipe gère cette situation avec une réactivité et une efficacité exemplaires (y compris par des interventions manuelles), qui pourraient constituer une référence pour toute entreprise se lançant dans une expérimentation avec ses clients.

Naturellement, les sceptiques se gausseront d'une offre qui, étant entièrement gratuite, à ce stade, n'a aucun modèle économique ni la moindre perspective de viabilité. Or ils devraient probablement s'inquiéter de ce choix plutôt que de le railler. Car la stratégie de Shine semble consister à faire des services financiers les briques d'un produit d'appel, au moins pour une partie d'entre eux, en estimant que la valeur qu'elle apporte à ses clients et pour laquelle ils seront prêts à payer réside ailleurs.

Il ne s'agit finalement que d'une évolution logique de l'immersion de la banque dans les moments de vie (des professionnels comme des consommateurs) : quand les gestes financiers disparaissent derrière la satisfaction d'un besoin plus large, qui peut être aussi basique que la facturation d'une prestation ou le règlement des charges et des impôts, il devient plus difficile de justifier leur coût direct, alors qu'une proposition d'assistance personnalisée sur l'ensemble de ces actes est potentiellement facile à valoriser.

jeudi 14 juin 2018

L'assurance contextuelle arrive dans les VTC

Sure
Les chauffeurs de VTC américains ont depuis longtemps accès à une option d'assurance contextuelle (avec Slice). Dorénavant, leurs passagers peuvent également souscrire une couverture à la demande, avec RideSafe™, de la jeune pousse Sure (et Chubb, en arrière-plan). Il reste toutefois largement matière à améliorer le concept…

Le principe retenu est conforme aux standards du genre, dont Sure se fait d'ailleurs une spécialité dans de nombreux domaines. L'utilisateur souscrit une police contre le décès et autres accidents en quelques gestes – dont une connexion avec son compte Uber ou Lyft (les 2 principaux services de voiture de tourisme avec chauffeur aux États-Unis) – depuis son smartphone, pour une durée minimale de 24 heures. Une fois la procédure achevée, la garantie entre automatiquement en action pour chaque course détectée.

Naturellement, les conducteurs ont une obligation de souscrire une assurance en responsabilité civile, couvrant, entre autres, leurs passagers, qui peut paraître suffisante. Pour justifier son offre, Sure juge cependant qu'il est impossible de connaître les garanties incluses dans ces contrats (dont les adhérents sont tentés de minimiser le coût) et que les plates-formes cherchent en priorité à se protéger, par une multitude d'exclusions, plutôt que de se soucier réellement de la protection de leurs clients.

Si la situation est aujourd'hui aussi déplorable que le suggèrent ces arguments, il n'en reste pas moins que les entreprises de VTC devraient mieux assumer leur responsabilité vis-à-vis des personnes transportées et prendre à leur charge, d'une manière ou d'une autre, une assurance minimale. Celle-ci n'empêcherait pas Sure (ou un autre acteur) de proposer des garanties complémentaires aux consommateurs les plus exigeants. En revanche, il serait alors souhaitable que le niveau de contextualisation soit renforcé.

RideSafe™ par Sure

En effet, la promesse serait plus convaincante si la couverture était ajustée en fonction des autres contrats existants (au moins ceux de la plate-forme, à défaut de pouvoir accéder à celui du chauffeur, et ceux dont peut disposer le client par ailleurs). En outre, il ne semble pas raisonnable de fixer un montant de prime à la journée pour un produit qui s'active automatiquement à la commande d'une course. Une facturation par trajet (proportionnelle à sa durée ?) serait beaucoup plus cohérente et attractive…

En dépit de ses imperfections, RideSafe™ est exemplaire de la tendance inéluctable vers des solutions d'assurance qui s'adaptent de manière transparente aux actes de la vie courante. Sure prévoit ainsi de décliner son idée pour les futurs VTC autonomes, le partage de vélos ou de scooters… À chaque fois, les technologies (souvent ouvertes) mises en œuvre afin d'opérer ces services procurent autant d'opportunités de simplifier la vie des consommateurs qui désirent se protéger en toute circonstance.

mercredi 13 juin 2018

Quand les rêves des banques rétrécissent

Hello Bank!
Il y a quelques années, avec le développement fulgurant des services en ligne, les institutions financières commençaient à s'imaginer comme tiers de confiance de l'identité numérique de leurs clients. D'hésitations en tergiversations, elles n'ont jamais concrétisé leurs rêves et se voient désormais reléguées à un rôle d'intermédiaire technique…

L'idée d'origine reste d'actualité : notre vie quotidienne – personnelle, professionnelle et citoyenne – est jalonnée de connexions à des plates-formes sécurisées qui requièrent une garantie plus ou moins rigoureuse de l'identité de leurs utilisateurs. Les banques, étant soumises à des contraintes du même ordre depuis toujours et ayant dû en gérer très tôt la déclinaison sur leurs applications web, semblaient pouvoir trouver là une opportunité idéale de mettre leur savoir-faire au service d'un nouveau métier.

En 2011, le gouvernement canadien intégrait ainsi les solutions existantes de gestion d'identité de quelques grandes banques afin de contrôler l'accès aux sites de ses administrations. En revanche, quand le Royaume-Uni lançait une consultation publique pour mettre en place une démarche similaire, aucune institution financière historique n'était retenue (alors que PayPal l'était). Depuis cette époque, le concept ressurgit de temps à autre, mais, dans la plupart des cas, les risques (de fraude, d'abus, de réputation…) liés à une telle activité réfrènent les ardeurs des grands groupes.

Pourtant le besoin d'identité numérique n'a pas disparu. Au contraire, il n'a fait que se renforcer, en ajoutant, de surcroît, des exigences de sécurité adaptées à l'évolution constante des cybermenaces. Alors, dans plusieurs pays, les états se sont emparés du sujet pour leurs propres services en ligne (avec France Connect dans l'hexagone ou SPID en Italie, par exemple), en s'appuyant sur des entités publiques ou semi-publiques (dont la Poste, très souvent) pour en prendre en charge une partie de la logistique.

SPID par Hello Bank!

Il n'est certes pas nécessairement trop tard pour revenir sur le marché mais rien ne laisse entrevoir que les banques – individuellement ou collectivement (ce qui serait plus sensé) – aient l'intention sérieuse de ressusciter leurs plans d'autrefois. Et, comme l'illustre Hello Bank! en Italie il ne leur reste alors qu'une possibilité pour ne pas abandonner totalement la partie : devenir un simple prestataire technique pour les fournisseurs (sur la phase de certification de l'identité des clients, en l'occurrence), aux côtés de la Poste…

L'initiative de la filiale mobile de BNP Paribas permet donc uniquement à ses utilisateurs d'obtenir plus rapidement, en quelques clics et sans avoir à se rendre dans une agence postale, leur carte d'identité numérique SPID. Celle-ci est d'ores et déjà utilisable sur les sites web de l'administration publique et l'objectif est de la déployer progressivement aussi dans les entreprises privées. Il est difficile de ne pas considérer qu'il s'agit là d'une extraordinaire occasion manquée pour les banques, qui augure mal de leur capacité – bientôt indispensable – à prendre des risques pour ré-inventer leurs métiers.

mardi 12 juin 2018

Revolut et l'opportunité du paiement instantané

Revolut
Lorsque le VTC français SnapCar veut offrir à ses chauffeurs la possibilité de percevoir leur rémunération plus rapidement, il se tourne vers la néo-banque britannique Revolut, qui profite ainsi du retard pris par les établissements traditionnels de l'hexagone dans le développement et la mise en œuvre du paiement instantané.

La vie des chauffeurs affiliés aux grandes plates-formes de VTC n'est pas toujours facile, entre des niveaux de revenus sans cesse tirés vers le bas et une gestion de trésorerie rendue difficile par l'exigence de régler de lourdes charges (acquisition du véhicule, assurance et entretien, carburant…) avant même de commencer à travailler. Aux États-Unis, Uber a contribué à répondre à ce dernier défi il y a plus de deux ans en proposant à ses conducteurs de verser le prix de leurs courses dès la fin de celles-ci.

Sans aller aussi loin, SnapCar permet dorénavant à ses propres chauffeurs de récupérer chaque matin, en un geste, 80% du montant gagné la veille, au lieu du versement hebdomadaire qui constitue la norme aujourd'hui. Pour bénéficier de cette option, entièrement gratuite, il leur suffit d'ouvrir un compte professionnel auprès de Revolut, sur lequel seront versées les sommes dues quelques secondes après leur demande, la carte de débit associée leur permettant alors de régler leurs charges courantes.

SnapPay

Le choix de Revolut pour la mise en place de ce service est clairement expliqué par SnapCar : outre les prix avantageux consentis par la startup (qu'elle justifie par l'efficacité de sa technologie), aucune banque historique ne disposait des capacités requises. À l'heure actuelle, seul un nouvel entrant est en effet en mesure, en France, de prendre en charge des virements instantanés, 24 heures sur 24 et 365 jours par an, week-ends et jours fériés compris, ce qui représente un critère important pour la population visée.

La nouvelle du partenariat n'empêchera probablement pas de dormir les banquiers qui ont raté cette opportunité. Pourtant, elle est révélatrice d'une de leurs erreurs les plus fréquentes et les plus graves : le manque de considération pour les attentes de leurs clients. S'étant persuadés qu'ils n'étaient pas intéressés par le paiement instantané, sous prétexte qu'ils n'en exprimaient pas le besoin, ils ne se sont pas rendu compte que le sujet devenait une source de frustration pour un nombre croissant d'entre eux.

Tant qu'aucun acteur ne répond à de telles insatisfactions latentes, tout va bien (en apparence). Malheureusement, dès qu'une initiative montre qu'il est possible de l'éliminer, la solution a toutes les chances de s'imposer très rapidement comme un standard. Et ceux qui n'y ont pas cru plus tôt se lancent dans une course désespérée et désordonnée afin de rattraper leur retard… Au-delà du paiement instantané, il existe une multitude d'autres sujets que les banques dédaignent à tort et qui feront de la même manière le bonheur d'entrepreneurs plus aptes à détecter les tendances « souterraines ».

lundi 11 juin 2018

Banquiers, où est votre charte de l'IA ?

Google
Dans les institutions financières (et ailleurs), il est de bon ton de décrier les pratiques des géants du web et leur exploitation présumée abusive des données de leurs utilisateurs. Pourtant, initiative après initiative, et bien qu'ils ne soient pas exempts de reproches, ils font preuve de plus de transparence et de bonne volonté que leurs critiques…

L'entrée en vigueur, le mois dernier, du règlement européen pour la protection des données personnelles (RGPD) a constitué un premier révélateur de l'écart qui sépare les pratiques. En effet, ces dernières semaines, vous avez certainement été submergé par les messages de mise à jour des conditions d'utilisation d'une multitude de fournisseurs, pour mise en conformité. Votre banque était-elle du lot ? Selon toute probabilité, non. Peut-être n'avait-elle aucune raison de vous importuner de la sorte ?

En réalité, il en était de même pour beaucoup d'autres entreprises, qui avaient fait l'effort d'adapter leurs politiques bien avant la date fatidique. La différence est que certaines d'entre elles ont estimé que le bruit médiatique entourant le nouveau texte représentait une opportunité idéale de communiquer avec leurs utilisateurs, afin de les rassurer, tandis que d'autres, habituées à la discrétion, ne prenaient même pas la peine de ré-affirmer à leurs clients qu'elles protègent leur vie privée, depuis toujours.

Cette attitude expose la certitude qu'ont une bonne partie des institutions financières qu'elles ont la confiance de leurs clients, qu'elle est inébranlable et qu'il est donc inutile de souligner les engagements pris pour continuer à la mériter. Seule une minorité parmi elles (Crédit Agricole, MAIF, notamment) ont pris le soin de poser un certain nombre de principes éthiques dans une charte publique, tandis que les démarches de ce genre se propagent chez les géants technologiques en quête de respectabilité.

Advancing AI for everyone

C'est ce que vient justement de faire Google, par exemple, vis-à-vis de son utilisation de l'intelligence artificielle, dont les enjeux sociétaux apparaissent considérables. Publiée par son directeur général, Sundar Pichai, sa charte définit les règles que s'impose le groupe en la matière : viser des objectifs socialement bénéfiques, éviter la création ou le renforcement de biais indésirables, garantir la sécurité des applications, assumer sa responsabilité devant les utilisateurs, intégrer le respect de la vie privée, maintenir les plus hauts standards scientifiques, faciliter les usages respectueux de ces principes…

Naturellement, les cyniques ne manqueront pas de faire valoir qu'il ne s'agit que d'une déclaration d'intention, qui peut être reniée à tout moment. Elle établit toutefois un point d'ancrage essentiel, à partir duquel, d'une part, les actes futurs de Google seront jaugés, et, d'autre part, toutes les initiatives qui suivront seront comparées. En créant, de facto, le premier référentiel éthique de l'IA, l'entreprise prend automatiquement un avantage en termes de confiance (qui, certes, peut se dégrader très rapidement).

Par contraste, les acteurs qui gèrent des informations sensibles (l'argent) pour les consommateurs et qui n'assument pas la transparence devenue partout la norme seront traités avec suspicion à la moindre velléité de mise en œuvre de l'IA, quelle qu'en soit la motivation. C'est ce qui se produit déjà avec les tentatives d'utilisation des données, aboutissant parfois à des crises majeures, et ce phénomène n'ira qu'en s'amplifiant. Alors, à quand une charte de l'intelligence artificielle dans une institution financière ?

dimanche 10 juin 2018

La banque de demain sera une plate-forme

Présentation Goldman Sachs
Quand la grande banque d'investissement Goldman Sachs lançait il y a 2 ans son offre Marcus à destination des particuliers, l'initiative avait de quoi surprendre. Après l'acquisition de la solution de gestion de finances personnelles Clarity, sa stratégie commence à prendre forme et elle révèle un positionnement de plate-forme, projeté sur l'avenir.

Au premier abord, la création d'une nouvelle activité de détail reposant sur un modèle traditionnel de prêts personnels adossés à des comptes d'épargne ne pouvait tomber en pire période que celle choisie par Goldman Sachs (en 2016, donc), alors que les taux d'intérêt extrêmement bas érodaient impitoyablement les marges dans tout le secteur. Cependant, deux ans plus tard, l'éclairage apporté lors d'une conférence laisse entrevoir une vision à long terme beaucoup plus ambitieuse et prometteuse.

Dans la courte partie de l'intervention qui était consacrée à Marcus (dont le support est reproduit ci-dessous), le plan devenait en effet très clair, visant à bâtir progressivement une solution complète, articulée autour des 4 piliers des services financiers : paiement, épargne, crédit et assurance (protection). Mais, plutôt que de chercher à en construire chacune des briques, Goldman Sachs expose clairement son choix de combiner ses propres produits avec d'autres, potentiellement fournis par des tiers.

Au cœur de l'approche figurent donc les prêts personnels et les comptes d'épargne existants, auxquels viendront s'adjoindre la gestion de patrimoine qui fait déjà partie du cœur de compétence de la banque. Tout le reste – comprenant crédit hypothécaire et automobile, assurance (vie, santé, et autres) et même compte courant et paiements – pourra s'appuyer sur des offres externes dont Marcus ne sera qu'un distributeur.

Présentation Goldman Sachs

Enfin, au centre de ce qui ressemble jusqu'ici à un assemblage hétéroclite, Clarity Money constitue la clé de voûte de la future plate-forme. Dans cette optique, elle devra enrichir ses capacités d'agrégation et de synthèse – qui proposent à l'utilisateur une vue à 360° de ses finances personnelles – en complétant ses options de conseil personnalisé, pour couvrir une palette de services étendue, et en fédérant un ensemble de fonctions transverses, telles que le KYC, afin de rendre l'accès aux produits plus transparent.

La multiplication des fournisseurs de services financiers, particulièrement en dehors de l'écosystème historique, rend inévitable l'émergence d'une nouvelle génération d'intermédiaires capables d'en simplifier la sélection et la gestion quotidienne pour le consommateur. Les incursions de plusieurs institutions (outre Goldman Sachs, citons ING avec Yolt et BPCE avec Fidor) démontrent qu'il s'agit d'une tendance à ne pas prendre à la légère, susceptible de redéfinir le visage de la banque de demain. Et, dans cette hypothèse, elle peut aussi être abordée comme une stratégie de modernisation…

samedi 9 juin 2018

BBVA teste la formation collaborative

BBVA
Une des rares certitudes que peuvent conserver les entreprises pour les années à venir est l'importance croissante de la formation continue, qui, seule, permettra à leurs employés de s'adapter aux changements constants du monde « digital » et contribuer ainsi à leur prospérité. Pour répondre à cet enjeu, BBVA teste une approche originale.

Le recours à des cours en ligne – classiques ou « massivement parallèles » (les MOOC) – est un moyen largement répandu de faciliter l'accès des collaborateurs à de nouvelles connaissances, parfois même en leur laissant toute latitude de choisir les thématiques qui les intéressent. Malgré tout, dans les grands groupes, les démarches de formation restent généralement pilotées par l'organisation hiérarchique, notamment pour ce qui concerne le catalogue mis à disposition et les processus d'inscription.

Sans s'abstraire totalement de ces contraintes (ce qui serait peut-être utopique), BBVA veut au moins rendre sa politique plus collaborative. S'inspirant à la fois des mécanismes de l'économie de partage et du fonctionnement des cryptodevises (bitcoin et consorts), elle a donc mis en place un porte-monnaie virtuel, le « BBVA Campus Wallet », destiné à gérer une sorte de monnaie non convertible (ou « token ») dont la valeur se matérialise exclusivement sous la forme de modules d'enseignement.

Concrètement, les quelques 4 000 participants à l'expérimentation, en Espagne et en Argentine, se voient assigner un certain nombre de ces jetons au moment de leur enrôlement (puis à intervalles réguliers, je suppose). Ils peuvent alors les utiliser librement pour suivre les cursus et événements (conférences, rencontres avec les dirigeants…) qu'ils désirent, sans aucune restriction par rapport à leur rôle ou leur position dans la banque (mais toujours en fonction de leur planning, probablement). Pour ce faire, la simple lecture d'un QR code d'accès débite leur compte du « coût » correspondant.

Formation décentralisée à BBVA

Certes, l'idée n'est, jusque-là, pas encore renversante. En revanche, ce qui la rend presque révolutionnaire est la mise en œuvre d'un modèle symétrique. En effet, les employés passionnés et volontaires qui souhaitent partager leur savoir ou leur expertise ont également la possibilité de créer leurs propres cours. Dans ce cas, ils sont « rémunérés » – toujours en tokens – en fonction de la durée des sessions et du nombre de personnes qui les suivent (grâce aux versements de ces dernières, naturellement).

C'est donc un véritable concept de formation entre pairs (P2P) que veut développer BBVA avec son « Campus Wallet ». Il est aisé d'en percevoir les avantages, bien au-delà des efforts habituels des entreprises pour le maintien et l'enrichissement des compétences de leurs effectifs. Il est ici aussi question de rendre les enseignements plus efficaces (parce que dispensés par des égaux) ou bien de favoriser le partage et l'échange dans toute l'organisation, d'intégrer ces valeurs dans la culture…

Il reste toutefois à valider la méthode retenue et, en particulier, comme avec tout système monétaire ou assimilé, à trouver les équilibres de valeurs qui assureront son fonctionnement et sa performance à long terme. BBVA envisage par ailleurs de déployer le dispositif sur la blockchain Ethereum ce qui, nonobstant l'effet de mode, pourrait représenter un cas d'usage pertinent, si, en allant au bout de sa logique, la banque se démet effectivement de toute responsabilité centralisée dans les opérations.

Les besoins de formation et de reconversion permanentes des collaborateurs dans l'économie de demain ne pourront se satisfaire de solutions traditionnelles. Il faudra nécessairement inventer de nouvelles approches qui devront être à la fois à la hauteur de ces enjeux et attractives pour les premiers concernés. L'expérience de BBVA constitue un exemple singulier de réflexion radicale et pragmatique dans cette direction.

vendredi 8 juin 2018

Monzo crée la banque programmable pour tous

Monzo
En intégrant ses services avec la plate-forme d'automatisation de tâches IFTTT, Monzo s'aventure une nouvelle fois sur un territoire jamais foulé par une banque et offre à ses clients les moyens de profiter de ses API pour concevoir des appliquettes personnalisées, ajustées à leur besoin, sans requérir la moindre notion de programmation.

En deux mots, si vous ne le connaissez pas, IFTTT (acronyme de « If This Then That » soit, en français, « Si Ceci Alors Cela ») est un outil qui permet, via une interface web ou mobile, de créer en quelques gestes un enchaînement d'actions impliquant toutes sortes de services en ligne : il suffit de choisir une condition de déclenchement (par exemple un mot-clé publié sur Twitter, l'annonce de pluie pour le lendemain…) et de lui associer une action à réaliser (recevoir une notification par SMS, réserver un taxi…).

Grâce à l'ajout de Monzo à la palette de solutions disponibles dans IFTTT, à la fois du côté des conditions et des actions exécutables, une multitude d'opportunités s'ouvre aux clients de la jeune pousse pour la gestion de leurs finances personnelles. Automatiser un geste d'épargne quotidien, l'envoi des reçus à un outil de gestion de dépenses, l'octroi d'un budget hebdomadaire depuis un compte d'épargne… sont ainsi quelques-unes des nombreuses appliquettes prêtes à l'emploi que fournit Monzo.

Mais, bien sûr, la véritable valeur de l'initiative est qu'elle laisse toute liberté à l'utilisateur de créer ses propres modules. Pour ce faire, et avec son autorisation expresse, Monzo transmet à l'outil les détails des paiements par carte (pièces jointes comprises, telles que les facturettes des achats) en temps réel, à partir desquels il est possible de définir des conditions sur les montants, les contreparties, les libellés… À l'autre extrémité de la chaîne, la néo-banque autorise l'exécution directe de virements internes (entre compte courant et d'épargne, essentiellement), sous réserve du solde disponible.

Monzo on IFTTT

D'ores et déjà, les équipes de Monzo préparent l'ajout de capacités supplémentaires, telles que l'accès aux autres opérations (prélèvements, virements interbancaires, paiements P2P…), le blocage de la carte de crédit, l'ajout de commentaires sur les transactions… En toutes circonstances, la sécurité et les risques de fraude restent cependant au cœur des préoccupations et, pour cette raison, il n'est pas question, du moins à ce stade, de permettre des transferts d'argent vers des comptes externes.

Un aspect notable de la démarche de Monzo est qu'elle est née d'une demande de ses clients. C'est après le lancement du service d'épargne automatique Coin Jar que la communauté a exprimé la diversité de ses idées d'automatisation. Dès lors, il est devenu évident qu'il était impossible de satisfaire toutes les demandes individuelles et qu'il était préférable de donner le pouvoir aux utilisateurs de mettre en œuvre eux-mêmes l'approche qui leur convient le mieux afin de répondre à leurs attentes.

Face aux institutions financières qui ne considèrent l'ouverture de leurs services (avec le mouvement de l'« open banking ») que comme une contrainte réglementaire favorisant exagérément la concurrence, Monzo offre une nouvelle brillante démonstration des bénéfices qu'elle peut apporter concrètement aux consommateurs : les moyens technologiques modernes peuvent aussi servir à leur redonner plus d'autonomie et de contrôle sur leur argent, sans avoir à toujours dépendre de leur banque.