C'est pas mon idée !

jeudi 18 avril 2019

Chase se diversifie dans les bons cadeaux

Chase
Si quelques banques s'aventurent directement dans le commerce sur mobile, l'américaine Chase préfère limiter sa diversification à un périmètre plus cohérent avec son métier d'origine : elle propose donc à ses clients d'acheter et envoyer à leurs proches des bons cadeaux depuis ses applications bancaires, sur le web et sur mobile.

Dans le sillage de l'intégration d'une fonction de paiement entre particuliers (fournie par l'incontournable Zelle), qui est désormais quasiment généralisée à tous les grands établissements financiers aux États-Unis, la nouvelle option repose sur le principe qu'il est tout de même plus agréable pour le destinataire, à défaut d'un véritable présent, de recevoir un bon d'achat plutôt qu'une simple somme d'argent. Selon cette logique, elle est intégrée dans des conditions et sous des modalités tout à fait similaires.

En pratique, l'utilisateur choisit parmi une soixantaine de grandes enseignes (la liste comprenant également quelques spécialistes multi-marques), telles que Starbucks, Domino's, Sephora, The Home Depot…, auprès desquelles il achète un crédit de 5 à 100 dollars, qui sera débité sur son compte courant. Dès lors, il ne lui restera plus qu'à indiquer l'adresse mail du bénéficiaire et le tour est joué ! Ce dernier reçoit un message dans lequel le cadeau, utilisable immédiatement, est matérialisé par un code à barre, à scanner en caisse ou à saisir pour un règlement en ligne.

L'application intègre en outre une capacité de suivi de l'historique des cadeaux réalisés avec ce service et, plus intéressant, un mécanisme d'anticipation : il est, par exemple, possible de programmer à l'avance un envoi pour un anniversaire ou tout autre événement. Fini l'oubli d'une date importante ou la course de dernière minute (même s'il reste toujours préférable d'offrir un article plus personnalisé qu'un bon d'achat) !

Bons cadeaux Chase

La conversion finale s'avère un peu décevante : on aurait pu imaginer que Chase profiterait d'une telle opportunité pour tenter d'inciter (sans obligation, naturellement) les récipiendaires à, peut-être, télécharger une application (propre à la banque, et pouvant alors devenir un support marketing, ou en collaboration avec un tiers) leur permettant de conserver leurs bons à portée de la main, plutôt que de ressortir à des techniques d'ancienne génération, qui aboutiront fréquemment à une impression du code.

Cependant, la banque nous avertit : il ne s'agit, à ce stade, que d'une première itération et des services complémentaires seront rapidement ajoutés au dispositif. Et, même sans rechercher des modèles plus ou moins aisés à relier au secteur financier, il est clair que l'univers qui entoure les paiements offre un potentiel d'innovation qui n'a été, pour l'instant, qu'à peine effleuré. Les bons d'achats et, juste derrière, les promotions commerciales, représentent des gisements de valeur à explorer, sous différents aspects.

mercredi 17 avril 2019

Tully veut soulager le stress de l'endettement

Tully
Emprunter afin de réaliser ses projets n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Au contraire, il s'agit souvent de la meilleure solution pour atteindre ses objectifs plus rapidement. Pourtant, les personnes endettées sont, en majorité, angoissées face à l'engagement que représente cet acte banal. Heureusement, Tully vient à la rescousse !

Au Royaume-Uni, environ trois quarts de la population a un crédit en cours – ce qui est, a priori, parfaitement normal – mais deux tiers de ces individus, soit un britannique sur deux, sont constamment préoccupés par cette situation. De plus, qu'ils soient ou non dans une passe réellement difficile, la sorte de honte ou, à tout le moins, l'embarras que suscite le sujet dans l'inconscient de tout un chacun fait que la recherche d'une assistance n'est généralement considérée que comme un recours ultime, envisagé tardivement.

Telle est la raison pour laquelle Tully lance une plate-forme « digitale » gratuite, qui doit permettre à tous ceux qui s'inquiètent pour leurs finances personnelles de prendre le taureau par les cornes, sans avoir l'impression de se mettre à nu devant quelqu'un qui paraîtrait susceptible de les juger. L'ambition est à la fois d'établir un état des lieux objectif de l'endettement de l'utilisateur et, selon ce bilan, de le rassurer quant à la maîtrise de son avenir et/ou de lui suggérer des actions correctives pour surmonter ses difficultés.

Concrètement, la démarche commence par une analyse de la position financière globale du demandeur, prenant en compte l'exhaustivité de ses ressources et de ses obligations. S'il ressort de cette première étape un déséquilibre dangereux, Tully propose ensuite de se charger de négocier directement avec les créanciers des aménagements de leur plan de remboursement, dans une logique de bénéfice mutuel (d'un côté en mettant en balance le risque de défaut et de l'autre par un assainissement des comptes).

Accueil Tully

Ce faisant, la jeune pousse veut en outre intégrer les contraintes spécifiques du monde moderne au cœur de son approche. Ainsi, par exemple, la pratique historique des mensualités de montant fixe, lui semble peu adaptée à l'expérience que vivent une part de plus en plus importante de travailleurs indépendants et de consommateurs qui choisissent un mode de vie différent des standards. Elle souhaite donc, aussi, mettre en place des modèles plus dynamiques, mieux alignés avec ces évolutions sociétales.

À l'instar d'un nombre croissant de startups de la FinTech aujourd'hui, la mission que se donne Tully n'est pas tant de réinventer la finance et les produits financiers que de donner à ses concitoyens les moyens de maîtriser ceux qui existent et, de la sorte, de rendre leur quotidien moins stressant et plus agréable. Et il est incontestable que, dans ce domaine, les lacunes sont particulièrement criantes, alors que les technologies actuelles offrent une infinité d'opportunités de résoudre la plupart des problèmes courants…

mardi 16 avril 2019

Amazon aussi peut partager « ses » données

Mastercard
Quelques esprits chagrins se plaignent que l'obligation réglementaire faite aux institutions financières de partager les données qu'elles détiennent les exposent à une concurrence déloyale de la part des géants du web. Amazon leur répond, en quelque sorte, en fournissant à Mastercard les détails des transactions de ses clients professionnels.

Malgré le développement d'outils destinés à la simplifier, la gestion des notes de frais dans les entreprises reste une corvée pour leurs collaborateurs. Et même avec le déploiement de plus en plus fréquent de cartes « affaires » pour ceux qui engagent régulièrement des dépenses pour le compte de leur employeur, les exigences comptables entraînent des complications irritantes pour tout le monde, comme, par exemple, lorsqu'il faut détailler les coûts d'un achat comprenant des articles de natures différentes.

En raison de l'immense diversité de son catalogue, une plate-forme telle que celle d'Amazon est, de toute évidence, particulièrement concernée par ces difficultés. Aussi n'est-ce pas une surprise qu'elle se place en pointe pour essayer de rendre la vie plus facile à ses clients. Pour ce faire, elle transmet à Mastercard, pour chaque paiement effectué avec une carte éligible, la liste complète des items facturés (avec description, prix unitaire, quantité et taxes correspondantes) ainsi que les frais d'expédition.

Les informations collectées de la sorte sont alors directement intégrées dans les systèmes de gestion de dépenses des entreprises pour lesquels Mastercard propose une interface d'alimentation automatique ou, à défaut, dans le propre portail analytique « Smart Data » du réseau de paiement, enrichi pour l'occasion. Notons toutefois que, à ce stade, le service n'est disponible qu'en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour les clients de Bank of America, Barclays, Citi, J.P. Morgan, Lloyds, NatWest et RBS.

Amazon Business

Il n'est pas un secret qu'Amazon, comme tous les mastodontes technologiques, collecte et exploite des masses de données, à une échelle industrielle, afin de démultiplier son efficacité commerciale et opérationnelle, y compris, d'ailleurs, dans le domaine des services financiers. Parfois, comme ici avec Mastercard, il lui faut également savoir ouvrir ce trésor à des partenaires externes, de manière à mieux séduire ses clients, et la satisfaction de ce besoin ne doit certainement pas générer d'états d'âme.

La question que nous pouvons maintenant nous poser est de savoir si Amazon serait disposé à adopter la même transparence vis-à-vis d'une demande équivalente sur les emplettes des particuliers. Il est en effet aisé d'imaginer que les éditeurs de solutions de suivi de budget, par exemple, serait très intéressés d'obtenir un accès à des informations plus précises sur les tickets de caisse de leurs utilisateurs. Et une première percée par un acteur aussi incontournable pourrait déclencher une généralisation salutaire…

lundi 15 avril 2019

TSB dédommage toutes les fraudes

TSB
Dans le sillage du désastre de son changement de système informatique au printemps dernier, TSB poursuit ses efforts en vue de regagner la confiance de ses clients. Avec son initiative inédite de dédommagement systématique de toutes les fraudes dont sont victimes ses clients, elle prend une sérieuse avance dans sa course à la reconquête !

Bien qu'il subsiste une énorme marge de progrès, il semblerait que, ces derniers temps, les institutions financières prennent enfin conscience de l'enjeu réel que représentent les pertes subies par les consommateurs en raison de malversations en tout genre. En effet, qu'ils portent ou non une part de responsabilité dans leurs mésaventures, ils auront toujours l'impression que leur établissement n'assume pas totalement son rôle, soit dans la prévention, soit dans leur accompagnement pour la recherche d'une solution.

Dans une large mesure, la parade passe par une meilleure éducation de la population aux risques encourus et aux bonnes pratiques de protection. Tel est d'ailleurs l'axe principal de la plupart des programmes engagés par les banques. Mais il ne peut suffire. Il devient également indispensable d'admettre que ce qui semble évident à l'un ne l'est pas pour son voisin et que chacun d'entre nous est susceptible, à un moment ou un autre, de commettre une erreur. Et l'empathie est essentielle dans ces circonstances.

Pour une entreprise qui veut s'affirmer comme un partenaire privilégié dans l'ensemble de sa relation à l'argent, il ne vaudra rien d'expliquer à la victime qu'elle aurait dû être plus méfiante et qu'elle aurait dû écouter plus tôt les recommandations prodiguées… tant qu'elle n'aura pas surmonté le choc vécu. C'est la raison pour laquelle la démarche de TSB comporte aussi une dimension pédagogique, tout comme l'est, dans un registre certes différent, la mise en place d'une écoute personnalisée chez Danske Bank.

TSB Fraud Refund

La promesse de la filiale de Sabadell est de rembourser le préjudice subi en cas de fraude, quelles que soient les conditions dans lesquelles celle-ci est survenue (sauf complicité), même si elle résulte d'une imprudence. Ce principe, qui va bien au-delà des obligations réglementaires en vigueur, s'accompagne d'une seule petite obligation : lors de la déclaration de l'incident, la banque va en rechercher les causes et, le cas échéant, donner des conseils pour éviter qu'il ne se reproduise. S'ils ne sont pas appliqués, elle refusera une demande d'indemnisation ultérieure de faits similaires.

L'impact à attendre de ce dispositif est double. D'une part, le remboursement immédiat, procurant l'impression au client qu'il est entendu et compris par TSB dans une période de stress et d'inquiétude, devient un facteur de satisfaction, et de confiance, incomparable. D'autre part, dès la tranquillité d'esprit retrouvée, le moment difficile peut constituer une excellente opportunité de partager, avec une efficacité maximale, quelques éléments d'apprentissage de la lutte individuelle contre la fraude sur les comptes bancaires.

Le coût de cette nouvelle garantie sera probablement élevé, mais il est certainement à la mesure des bénéfices à en tirer, à la fois en termes d'éducation à la sécurité des clients et, surtout, de l'augmentation (ou, a minima, de la restauration) de leur fidélité, grâce à un avantage exclusif et particulièrement tangible pour beaucoup d'entre eux. Mais, à terme, peut-être faudra-t-il considérer de telles preuves de transparence dans la relation comme des composantes standards des offres des institutions financières ?

dimanche 14 avril 2019

Open banking : Standard Chartered vise l'interne

Standard Chartered Bank
Bien que son siège social soit installé à Londres, Standard Chartered opère principalement sur les marchés asiatiques, africains et moyen-orientaux. Aussi n'est-elle contrainte par la deuxième directive européenne des services de paiement (« DSP2 ») que marginalement. Elle a donc d'autres préoccupations en tête quand elle s'investit activement dans une démarche d'« open banking »

En l'occurrence, l'initiative émane de la branche indienne de l'institution, où, vraisemblablement, l'essentiel de ses forces vives de développement logiciel sont concentrées. Sa première brique est un incontournable portail d'APIs, baptisé aXess. Celui-ci donne accès, pour l'ensemble de ses pays d'implantation, à une sélection de services bancaires qui s'étend du standard « DSP2 » (consultation des soldes et des transactions, initiation de paiement) jusqu'au financement des échanges commerciaux.

La plate-forme s'adresse, classiquement, à des tiers – dûment habilités, le cas échéant, pour exploiter les fonctions les plus sensibles – désireux d'utiliser des données ou services bancaires dans leurs propres applications ou encore aux entreprises clientes de Standard Chartered souhaitant mieux intégrer leurs opérations financières dans leurs processus internes. Mais une autre population, souvent oubliée dans ce genre de programme, est également ciblée : les collaborateurs de l'établissement.

C'est donc à l'attention de ceux-là, et plus particulièrement des développeurs, que s'adressent les deux volets additionnels et complémentaires du dispositif qui vient d'être dévoilé : aXess Academy, pour la sensibilisation et la formation aux opportunités de la banque ouverte, et aXess Labs, consacré à l'accompagnement dans la conception et la mise en œuvre de solutions innovantes, dans une vision transverse de l'organisation.

Standard Chartered - Experience Open Banking

Le premier peut paraître redondant, au premier abord : que peuvent donc apprendre des professionnels du logiciel en matière d'APIs ? Ne font-elles pas déjà partie intégrante de leur quotidien ? En réalité, l'objectif recherché ne sera évidemment pas de découvrir un modèle de programmation, mais d'appréhender une véritable culture, généralement étrangère aux habitudes des directions informatiques des institutions financières.

En conséquence, outre l'acquisition des compétences élémentaires requises pour maîtriser les bons réflexes de mise en œuvre et d'utilisation des APIs bancaires, l'académie de Standard Chartered propose surtout des hackathons, conférences et autres occasions d'échanges avec des spécialistes de différents domaines, afin d'accoutumer les employés à envisager les métiers de l'entreprise sous la forme de jeux de services partagés, faciles à incorporer et combiner dans de nouvelles solutions.

Les « aXess Labs » complètent logiquement l'ensemble en mettant à la disposition des développeurs un espace physique (à Bangalore) au sein duquel ils peuvent s'approprier les dernières technologies en vogue et transformer leurs idées en produits, tout en se faisant les ambassadeurs de l'« open banking » – de ses capacités, de ses meilleures pratiques, de ses usages, de ses outils… – auprès de leurs collègues.

Je suis toujours amusé de rencontrer des personnes, dans les grandes entreprises que je fréquente, qui se posent simultanément les questions « à quoi peut bien servir de publier des APIs (au-delà des exigences réglementaires) ? » et « comment accélérer l'innovation ou faire fructifier nos collaborations avec la FinTech ? », sans réaliser que leurs réponses se font écho, au point même qu'il ne peut exister de vraie démarche d'innovation sans ouverture préalable d'interfaces logicielles… Et Standard Chartered l'a bien compris.

samedi 13 avril 2019

CommBank cède à la mode du coach d'épargne

CommBank
Petit à petit, l'idée de chercher à comprendre – puis à influencer – les comportements des consommateurs dans la gestion de leur argent fait son chemin au sein des banques. Comme un certain nombre de ses consœurs dans le monde, l'australienne CommBank choisit initialement de l'appliquer dans le but d'inciter ses clients à mieux épargner.

Avec le nouveau service « Goal Tracker », intégré à son application mobile de gestion des comptes, l'institution reprend un principe déjà ancien. L'utilisateur est en effet d'abord invité à définir un projet ou un rêve et à en faire un objectif d'épargne à atteindre, assorti d'un montant et d'une échéance. À partir de ce moment, un algorithme adaptatif va l'accompagner étape par étape, jusqu'au succès, en prodiguant régulièrement des conseils avisés, qui vont également prendre en compte les aléas du quotidien.

Ainsi, la première recommandation consistera, trivialement, à mettre en place un transfert récurrent vers un compte d'épargne. À défaut, une notification – hebdomadaire par exemple – incitera le client à effectuer lui-même le virement nécessaire. Mais l'application ajoutera à ces bases quelques coups de pouce supplémentaires, tels que la suggestion de mettre de côté une somme fixe à la réception du salaire, afin d'accélérer la réalisation de l'objectif, ou de mesures correctives en cas de négligence dans les versements.

CommBank Goal Tracker

Depuis le lancement de « Goal Tracker » en février 2019, les clients de CommBank y ont créé plus de 250 000 projets, dont les plus populaires concernent un voyage (dans 27% des cas), une acquisition immobilière (19%) ou un achat important (15%). En outre, près de la moitié des adeptes (44% exactement) ont aussi choisi de mettre en place un virement automatique pour concrétiser leur démarche, démontrant de la sorte que le simple fait de matérialiser l'objet de l'épargne est un stimulant efficace.

L'introduction de « Goal Tracker » s'inscrit dans un mouvement – initié, dans CommBank, avec un dispositif d'alerte aux pénalités de retard sur les cartes de crédit – qui reflète un changement de perspective dans l'approche traditionnelle de la banque. Quand les clients exigent la transparence, il ne peut plus être question de prospérer sur leur ignorance et leur distraction. Il faut au contraire adopter une posture de compagnon financier, toujours prêt à les aider à profiter au mieux de leur argent et à combler leurs désirs. Il reste toutefois du chemin à parcourir avant de voir le concept généralisé…

vendredi 12 avril 2019

Danske Bank étoffe son dispositif anti-fraude

Danske Bank
D'un côté, les cybermenaces sur les comptes bancaires des particuliers, toujours plus sophistiquées, se développent sans cesse. De l'autre, le manque d'éducation et d'accompagnement continue de laisser une immense majorité de la population exposée aux risques de fraude. Danske Bank UK réagit en mettant sur pied une équipe dédiée.

Bien sûr, les institutions financières sont parfaitement conscientes du fléau que représente la cybercriminalité pour leurs clients et elles ne restent pas inactives. Elles multiplient, notamment, les solutions de détection et de prévention automatiques au sein de leurs services en ligne, à l'image de la nouvelle option proposée par Santander qui demande à l'utilisateur de son application mobile de préciser le motif spécifique d'une transaction, de manière à pouvoir l'alerter (et bloquer l'opération) si elle paraît suspecte.

En revanche, il reste souvent de sérieuses lacunes dans les panoplies de protection des banques, surtout aux deux extrémités de l'expérience grand public de la fraude. En amont, d'abord, les efforts de sensibilisation et de formation des individus aux dangers qui les guettent, aux techniques permettant de les débusquer et aux moyens de les contrecarrer semblent mal adaptés aux enjeux : entre avertissements à l'occasion d'attaques ciblées et contenus génériques rarement consultés, l'efficacité est douteuse…

Pour la filiale nord-irlandaise de Danske Bank, la réponse consiste à rassembler quelques spécialistes (ils sont 8, à ce stade) de la fraude sur les cartes, sur les chèques, sur les virements, sur les distributeurs automatiques, sur l'identité… et à leur confier la mission d'inculquer aux clients de l'établissement, voire aux citoyens en général, les connaissances fondamentales qui les aideront à identifier et éviter les escroqueries les plus fréquentes et à maintenir leur vigilance face à l'innovation du secteur.

L'équipe fraude et cybercriminalité de Danske Bank UK

Mais leur rôle ne s'arrête pas là. À l'autre bout du spectre, l'équipe assume également les tâches, ô combien importantes, de prendre en charge les clients qui ont été ou craignent d'avoir été victimes d'une malversation et de les accompagner dans la résolution de leur problème. En effet, s'il est une circonstance dans la vie où chacun d'entre nous peut ressentir le besoin de parler à un(e) professionnel(le) et de se sentir compris et véritablement assisté, la survenue d'une fraude est certainement celle-là.

Telle est bien la leçon qu'il faut tirer de l'initiative de Danske Bank, même s'il reste à voir comment elle sera concrètement mise en œuvre : tandis que la plupart des acteurs historiques veulent nous – et se – convaincre que la relation humaine est essentielle pour leur modèle, ils oublient de s'interroger sur sa valeur distinctive. Or, plutôt que d'user d'incantations pour faire revenir les clients dans leurs agences, peut-être vaudrait-il mieux commencer par découvrir et analyser dans quelles conditions ils apprécieront réellement d'avoir accès à un interlocuteur qui les écoute, les conseille et/ou les rassure…

jeudi 11 avril 2019

Banque Casino veut réduire les frustrations du centre d'appel

Banque Casino
De tout temps, appeler le service client d'une entreprise a constitué une expérience parsemée d'insatisfactions, petites et grandes. Les consommateurs demandant désormais une réponse instantanée à leurs questions, l'attente est, en particulier, une source majeure d'irritation. Banque Casino s'attelle à la réduire grâce à une approche innovante.

Tout d'abord, sa nouvelle solution, conçue et développée par Greenbureau, adopte les dernières technologies de reconnaissance vocale pour offrir une interface conviviale lors de la prise en charge d'un appel téléphonique. Au lieu d'avoir à parcourir (péniblement) des séries de menus, récités par une voie monocorde (« si vous avez perdu votre carte, tapez 1, pour consulter votre solde, tapez 2… »), c'est un robot doué de parole qui accueille la personne et qui lui permet d'être dirigé rapidement vers l'interlocuteur ou le service ad hoc, en fonction de son besoin, exprimé en langage naturel.

Mais là n'est (évidemment) pas le seul moyen mis en œuvre afin de réduire les frustrations courantes des interactions avec un centre d'appel. Ainsi, dans le cas où le système identifie un risque d'attente substantiel avant qu'un conseiller ne se libère, il cherche à éviter que le client ne s'énerve (en patientant au son de Vivaldi) et va donc lui proposer des options alternatives. Il pourra s'agir, par exemple, de demander à être recontacté ou de basculer sur une plate-forme de tchat (en général plus vite disponible car un même employé peut y assurer plusieurs conversations simultanément).

Centre d'appel

En outre, la spécificité du dispositif de Banque Casino est que les choix soumis à l'utilisateur sont contextualisés : s'il appelle depuis un téléphone fixe, il se verra prioritairement orienter vers une prise de rendez-vous, tandis que, sur un smartphone, une conversation par tchat sera plutôt mise en avant. Plus précisément encore, s'il est déterminé que son appareil est un iPhone, ce sera la messagerie professionnelle d'Apple, intégrée avec l'outil grand public iMessages de la marque, qui sera privilégiée.

Ce ciblage minutieux répond à une volonté de la banque d'ajuster au mieux les suggestions émises au profil de la personne qui sollicite un contact, à sa situation immédiate et à ses préférences les plus probables (à défaut de les connaître réellement). Les chances de satisfaire sont de la sorte maximisées et comme, dans tous les cas, aucune solution n'est imposée, les résultats ne peuvent être que globalement positifs.

Il n'est, bien sûr, pas toujours possible de répondre aux exigences de réactivité des consommateurs, mais il existe de nombreuses opportunités d'éviter bien des contrariétés, en fournissant la « bonne » information au bon moment, que ce soit une estimation d'une durée d'attente ou bien l'existence d'un autre média sur lequel le besoin exprimé, s'il est peu complexe, pourra être traité sans délai. Quand, de surcroît, cet effort en direction de la satisfaction des clients converge avec une amélioration de l'efficacité…

mercredi 10 avril 2019

L'ouverture des données bancaires suscite des vocations

The ID Co.
Le Royaume-Uni ayant entamé sa marche vers l'ouverture des données bancaires avant tous les autres pays d'Europe (et du monde), leurs usages s'y développent aussi plus tôt, naturellement. C'est ainsi que The ID Co., jeune pousse écossaise, s'est fait une spécialité de leur utilisation à des fins variées et dans différents domaines.

La nouvelle application que vient d'annoncer l'entreprise, par exemple, est conçue pour fournir aux établissements de crédit un relevé complet des revenus des personnes sollicitant un prêt. Le principe est relativement trivial (rappelant d'ailleurs une récente expérimentation de Sberbank en Russie) : plutôt que de demander leurs trois derniers bulletins de salaire aux emprunteurs, on leur suggère d'accorder un accès (ponctuel) à leurs comptes bancaires et une analyse des transactions – mettant en œuvre 6 algorithmes complémentaires – suffit alors à déterminer leur rentrées réelles.

Les avantages d'une telle approche ne se limitent pas au seul gain d'efficacité qu'autorise la recherche automatisée des informations nécessaires, par rapport à une vérification, souvent « manuelle », des justificatifs habituels. Les bénéfices se font immédiatement sentir également du côté du client, pour qui le processus devient infiniment plus simple, plus fluide et plus réactif, puisqu'il n'a plus à fournir une pile de documents dont il ne sait jamais où ils sont rangés et qu'il va pouvoir obtenir une réponse immédiate.

Il faut encore ajouter la réduction drastique des risques de fraude, cruciale à une époque où les falsifications de relevés imprimés sont monnaie courante. Enfin, l'information que dérive The ID Co. de son traitement des mouvements s'avère beaucoup plus riche qu'un montant de salaire : elle peut notamment couvrir une période étendue permettant d'en déterminer la variabilité dans le temps et elle sait aussi identifier les éléments de revenus annexes, qui méritent d'être pris en compte dans une évaluation de fiabilité financière.

The Id Co. Income Verification

Probablement parce qu'ils y sont immergés depuis longtemps, les fondateurs de The ID Co. visent d'abord le secteur du crédit avec ce produit. Mais il est évidemment susceptible d'intéresser une multitude d'autres acteurs qui pourraient exploiter ce modèle de contrôle des revenus d'un individu ou d'un ménage – propriétaires immobiliers cherchant un locataire, organismes d'aides publiques… – d'autant qu'il est extrêmement facile à intégrer dans toutes sortes de plates-formes, avec un widget de connexion et, au choix, un tableau de bord ou une API pour la restitution des calculs.

La généralisation des accès ouverts aux comptes aidant, l'idée (déjà ancienne) de valoriser le trésor qui gît aujourd'hui dans les tréfonds des systèmes d'information des banques commence enfin à se matérialiser concrètement, jusqu'à susciter la création d'entreprises dédiées, telles que The ID Co. Si elles n'y prennent pas garde et si elles ne s'emparent pas rapidement des opportunités béantes qui s'offrent à elles, les institutions financières courent le danger de n'être que spectatrices de l'émergence de nouveaux pans d'activité promis à un avenir brillant et potentiellement très lucratifs…

mardi 9 avril 2019

Envel met la banque sur pilote automatique

Envel
Pour la plupart des individus, la gestion des finances personnelles est une corvée dont ils préféreraient ne pas avoir à se préoccuper et que, d'ailleurs, beaucoup d'entre eux négligent, à leurs propres dépens. La jeune pousse américaine Envel estime que les technologies modernes sont désormais en mesure de suppléer à leurs réticences.

Même si nous sommes tous plus ou moins conscients de la nécessité de veiller régulièrement à notre utilisation de l'argent, établir et suivre un budget, avec rigueur et dans la durée, paraît souvent complexe et toujours rébarbatif. Pourtant les quelques bonnes pratiques essentielles d'une gestion saine s'avèrent finalement plutôt simples à appliquer. Pourquoi alors ne pas utiliser des algorithmes (dotés d'un soupçon d'intelligence artificielle) pour automatiser ce que nous refusons de faire nous-mêmes ?

Avec sa solution, actuellement en cours de développement, Envel s'attelle précisément à concrétiser cette vision d'une banque qui exécute spontanément les gestes élémentaires que tout consommateur devrait adopter afin de se faciliter la vie financière. Premier principe du dispositif, les avoirs de l'utilisateur sont répartis dans 4 enveloppes (virtuelles) distinctes : celle destinée à payer les frais récurrents, une réserve pour les urgences, une épargne à long terme et le reste à dépenser, pour les achats du quotidien.

La banque sur pilote automatique

Au fur et à mesure des transactions réalisées, grâce à des techniques d'apprentissage automatique, l'application analyse les habitudes du client, comprend ses besoins, détecte ses défauts, identifie les opportunités de correction… qu'elle affine continuellement. À partir de cette connaissance, elle va pouvoir intervenir à bon escient, par exemple en veillant à constituer puis maintenir une épargne de précaution ou en aidant à maîtriser les achats impulsifs (via un mécanisme d'allocation des fonds à dépenser chaque jour).

Pour ajouter un peu de sel à l'expérience et compléter son approche de détournement des envies consuméristes vers une recherche de sécurité financière, Envel inclut dans sa panoplie un système de récompenses (symboliques), attribuées pour chaque geste considéré comme « positif », qui sert à un établir un classement sur lequel les utilisateurs peuvent comparer leurs performances. La startup imagine même de faire de cet indicateur du comportement réel un substitut au score de crédit traditionnel.

Depuis la nuit des temps, l'être humain s'est ingénié à créer des outils capables de le libérer des tâches ingrates et pénibles. La gestion de finances personnelles entre certainement dans cette catégorie et il est donc plus que temps que les solutions logicielles disponibles aujourd'hui s'y attaquent. Il ne faudrait toutefois pas tomber dans un excès de contrôle – Envel semble notamment plafonner effectivement, au niveau de la carte, les dépenses quotidiennes – sous peine d'effrayer les clients potentiels.

lundi 8 avril 2019

Xaalys, bien plus qu'une banque pour les ados

Xaalys
À la veille de l'édition 2019 de FinTech:Revolution, l'événement annuel de l'association France FinTech, découvrons ensemble une des startups hexagonales les plus prometteuses du moment : Xaalys, une néo-banque qui accompagne les ados, et leurs parents, dans leur apprentissage de la gestion quotidienne de l'argent au XXIème siècle.

Elle est loin l'époque ou l'enseignement aux bonnes pratiques minimales des finances personnelles passait par une tirelire et la manipulation de pièces de monnaie et de billets de banque. Aujourd'hui les paiements sont devenus virtuels, surtout pour les dépenses les plus fréquentes des jeunes (par exemple pour leurs loisirs), et les flux d'argent perdent toute réalité tangible. Les banques proposent bien des cartes destinées à ces populations mais les parents sont livrés à eux-mêmes pour en inculquer les « bons » usages.

La solution de Xaalys, dont le lancement officiel est maintenant imminent, est justement conçue pour combler cette lacune flagrante. Avec sa carte de débit et son application mobile au double visage, elle est suffisamment flexible à la fois pour cibler les besoins des enfants depuis 12 ans jusqu'à leur majorité et pour s'adapter aux préférences éducatives de leurs parents. En effet, le premier principe de l'approche retenue est d'impliquer en permanence ces derniers dans la relation à l'argent qu'entretient leur progéniture.

Pour ce faire, ils disposent d'un espace dédié au sein de l'application. Là, ils peuvent naturellement organiser les versements – récurrents, ponctuels ou d'urgence – vers le compte de l'enfant mais également définir les règles d'utilisation qu'ils souhaitent imposer : plafond de dépenses et de retraits, catégories d'achat autorisées et prohibées, notifications systématiques des transactions (avec possibilité d'intervention immédiate)… Ils choisissent librement le niveau d'autonomie ou de contrôle qu'ils lui accordent.

Accueil Xaalys

Les jeunes, de leur côté, ont accès à une riche palette de fonctions afin de les aider à maîtriser leurs finances personnelles. Dans un registre plutôt classique, figure le suivi de budget qui, grâce à la catégorisation des opérations, leur permet de savoir à tout moment où part leur argent de poche. Tout aussi trivial, l'activation et la désactivation instantanées de la carte sont disponibles à tout moment, notamment pour le cas où elle a été égarée. Déjà plus original, signalons le module de tchat pour dialoguer en famille.

Viennent ensuite les différents services contribuant à l'éducation financière. L'utilisateur est ainsi incité à enregistrer ses envies et ses projets, de manière à appréhender les bases de la planification. À chacun, il peut en outre associer des cagnottes – version simplifiée de comptes d'épargne – qu'il alimentera progressivement pour les concrétiser. Une autre partie de l'application propose enfin des contenus pédagogiques (concoctés en partenariat avec le site La Finance pour Tous), présentés sous forme de jeux.

Quand l'argent devient exclusivement électronique, quand les transactions s'automatisent toujours plus, quand les produits financiers se font invisibles, intégrés dans des parcours client ultra-fluides et transparents… le jeune consommateur court le risque de perdre tous les repères d'une gestion saine de son budget. Il est donc urgent de l'aider à reprendre le dessus, concrètement, et d'adapter les méthodes d'apprentissage d'antan à l'ère impulsive contemporaine. Telle est la mission que se donne Xaalys !

dimanche 7 avril 2019

Vers un parcours d'achat immobilier intégré

NestReady
Parmi les produits financiers, le crédit immobilier ou hypothécaire occupe une place particulière, non parce qu'il serait plus complexe qu'un autre mais plutôt parce qu'il s'inscrit dans un moment de vie spécial pour les clients, via un parcours aux multiples facettes. Une caractéristique qui en fait le support idéal pour adopter une approche intégrée…

Depuis plusieurs années, l'idée fait son chemin autour du monde, dans les institutions financières (en Australie, en Espagne, à Singapour…) et chez les acteurs de l'immobilier (sites de petites annonces…). En Amérique du Nord, la jeune pousse NestReady propose maintenant une solution prête à l'emploi aux établissements de crédit, combinant les principales composantes de l'acquisition dans une interface unique (en marque blanche). Elle a déjà séduit, entre autres, la troisième banque du Canada, ScotiaBank.

Le concept émerge d'une simple évidence : la demande de financement de l'achat immobilier est étroitement liée à la recherche de bien et il est finalement absurde que les deux démarches soient indépendantes l'une de l'autre. En conséquence, la plate-forme de NestReady associe les offres de crédit de chacun de ses partenaires avec un service complet de vente de maisons et d'appartements (qui fédère les listes de plusieurs fournisseurs spécialisés aux États-Unis et au Canada, selon la couverture désirée).

Le dispositif est conçu pour s'adapter aux comportements des consommateurs. En effet, partant du constat que 85% de leurs parcours de prospection commencent par une évaluation de leur capacité d'emprunt auprès d'un organisme de crédit mais que 95% du processus global est entre les mains des agents immobiliers, NestReady insère les seconds dès le premier contact. Lors de son arrivée sur l'espace dédié aux prêts hypothécaires et à nouveau après avoir réalisé une (classique) simulation d'emprunt, le visiteur est donc invité à explorer les propriétés susceptibles de l'intéresser.

Accueil NestReady

L'objectif recherché avec ce principe est d'inciter l'utilisateur à affiner ses critères, non seulement financiers mais également vis-à-vis de son projet immobilier. À la clé, un gigantesque trésor d'information est capturé au fil de la navigation, que les algorithmes d'apprentissage automatique de NestReady transforment en connaissance intime du (futur) client, partagée avec le partenaire, dans son outil de CRM existant pour limiter les frictions. D'un coup d'œil, le conseiller dispose par exemple d'une estimation de la date de conclusion de la transaction ou de la probabilité de souscription du crédit.

Notons à ce stade que, si le produit est fondamentalement technologique et se présente d'abord en ligne, il prend naturellement en compte, de manière totalement transparente, les différents canaux d'interaction, en acceptant les préférences de chaque individu. Ainsi, à tout moment dans le parcours, il demeure possible, d'un clic, de contacter ou de prendre rendez-vous avec un expert financier ou un professionnel de l'immobilier et, évidemment, de planifier une visite de la ou des propriétés sélectionnées.

Alors qu'autrefois les entreprises imposaient sans vergogne leurs conditions et leurs contraintes à leurs clients, dans le monde moderne, le consommateur devient maître de la relation et ses fournisseurs doivent se plier à ses désirs. Lui offrir un parcours simplifié et fluide, sans ruptures, automatiquement ajusté à ses attentes, constitue alors une obligation incontournable. Pour les institutions financières, dont les produits ne sont que des « facilitateurs » de projets, la conséquence directe sera soit une forme d'invisibilité, soit l'appropriation d'expériences de bout en bout, telles que l'achat immobilier.

samedi 6 avril 2019

La collaboration dans une entreprise distribuée

Google
La popularité croissante du télétravail, qui s'ajoute à la dispersion historique de leurs effectifs sur une multitude de sites géographiques, introduit de nouveaux défis dans les grands groupes désireux de développer les pratiques collaboratives en leur sein, en particulier dans les secteurs de services. Google offre un aperçu de ses recettes…

Avec plus de 100 000 employés répartis dans 150 villes (dans 50 pays du monde entier), avec 2 groupes de travail sur 5 impliquant des personnes installées dans des immeubles différents, avec 30% de réunions dont les participants interviennent depuis plusieurs fuseaux horaires, le géant technologique possède une incontestable expérience des challenges de l'entreprise distribuée. Et, sans surprise, ils représentent un des chantiers majeurs auxquels s'attelle son « People Innovation Lab » (PiLab).

Sa responsable, Veronica Gilrane, explique d'abord comment elle a voulu obtenir un panorama factuel de la situation, en conduisant un sondage auprès de 5 000 salariés. Si les résultats montrent (étonnamment ?) que l'impact de collaboration à distance est négligeable en termes de performance et de productivité ainsi que de bien-être et de qualité de vie au travail, un certain nombre de difficultés ressortent, notamment d'ordre technologique ou dans la faculté d'établir une connexion sociale avec ses collègues.

En effet, jusque dans une entreprise qui a fait tant d'efforts pour faciliter et fluidifier les communications électroniques (jusqu'à en faire un produit, Hangouts), les problèmes de qualité vidéo ou de son haché découragent régulièrement les utilisateurs de dialoguer avec les membres de leur équipe. Par ailleurs, rien ne remplace la simplicité et la richesse d'un échange impromptu, qui demande juste à aller à la rencontre de l'autre, face à l'organisation d'une visioconférence, avec ses exigences particulières.

À défaut de solution magique aux dysfonctionnements techniques, Google a concocté, à l'intention des employés concernés et de leurs responsables, un petit guide [PDF] pragmatique des usages permettant de remettre un peu d'humanité dans les contacts par écran interposé. Arrêtons-nous un instant sur les 3 plus importants.

Google People Innovation Lab

Commençons par une recommandation applicable à toutes les réunions, bien qu'elle soit citée plus spécifiquement dans le cadre des collaborations à travers les fuseaux horaires. Il est ici question de respect des personnes : pourquoi ne pas demander aux participants leurs préférences et habitudes en matière d'horaires de travail plutôt que d'assumer des hypothèses non vérifiées (ignorant les différences culturelles entre pays, par exemple) ? Il ne restera plus ensuite qu'à privilégier chaque individu à tour de rôle…

Dans un autre registre, Google explore les moyens de rapprocher ses collaborateurs en dépit de leur éloignement. Un premier conseil, quasiment trivial, suggère de savoir organiser des rencontres physiques, lors de moments clés, de manière à instaurer la nécessaire familiarité dans les relations humaines. Il sera complété par des rituels au cours des échanges à distance, tels qu'un temps réservé au début des réunions pour des discussions plus ou moins personnelles, voire des créneaux dédiés à des conversations informelles (qui peuvent néanmoins concerner des sujets professionnels).

Globalement, l'enseignement principal à tirer de l'expérience de Google est que le travail (généralisé) en groupes distribués ne s'improvise pas. À tous les niveaux de la hiérarchie, un certain nombre de contraintes et besoins distinctifs doivent être pris en compte pour assurer un fonctionnement optimal. Les impacts peuvent toucher jusqu'aux comportements, quand, entre autres, l'absence de langage corporel impose de mettre plus d'emphase dans la communication verbale, afin de mieux convoyer les messages.

vendredi 5 avril 2019

L'assurance à la demande reste difficile à vendre

April
Un an après le lancement d'une première offre conjointe de Valoo et Altima par MAIF, le groupe April s'apprêterait à commercialiser son assurance à la demande des objets du quotidien. Selon Charlie Perreau, qui relaie l'information pour le Journal du Net, ces solutions auraient du mal à trouver leur marché. Est-ce vraiment une surprise ?

Au premier abord, le concept est pourtant séduisant. Plutôt que d'assurer votre vélo, votre appareil photo, votre micro-ordinateur, votre guitare… en permanence, y compris quand ils ne courent (quasiment) aucun risque, vous téléchargez une application mobile qui vous permet, après création de votre compte, de souscrire en quelques gestes simples une garantie contre le bris et le vol uniquement pour la période pendant laquelle elle est réellement utile (par exemple à l'occasion d'un voyage)… et de payer au plus juste.

Malheureusement, ces approches à la demande, si elles procurent plus de flexibilité aux consommateurs, n'apportent aucune réponse à la principale difficulté que rencontre depuis toujours la distribution des produits d'assurance : hors obligation légale, comment convaincre une personne qu'elle a tout intérêt à se prémunir contre un risque futur, hypothétique, en contradiction directe avec la nature humaine profonde qui privilégie systématiquement les satisfactions les plus immédiates et les plus certaines ?

L'exercice est déjà complexe quand il s'agit de proposer une extension de garantie pendant un achat, alors que, dans ce cas, il est au moins possible de jouer sur le ressort émotionnel de la dépense engagée. Mais avec une application perdue au milieu de dizaines d'autres sur le smartphone du mobinaute moyen, quel aiguillon est susceptible de rappeler au moment opportun les arguments rationnels qui justifieraient de souscrire une protection pour un objet familier, dont la valeur marchande s'est estompée ?

Accueil Valoo

En réalité, là réside la véritable clé du succès : le service ne peut remplir sa mission que si les efforts demandés pour son activation sont réduits au strict minimum. En particulier, il est illusoire de compter sur un comportement volontaire de l'utilisateur pour enclencher la démarche. Il est impératif, au contraire, de stimuler la prise de décision à l'instant précis où la proposition fait sens pour lui, puis de faciliter le passage à l'acte. Autrement dit, l'assurance à la demande ne survivra que si elle également contextuelle.

Les solutions qui adoptent cette combinaison existent, par exemple la couverture des nouvelles mobilités que concocte Trōv ou l'assurance voyage intégrée à la néo-banque Revolut. Elles réussissent d'autant mieux qu'après le processus initial de souscription, dans lequel peut être développé un raisonnement convaincant, la mise en route et l'arrêt de la garantie sont plus ou moins automatiques et, par conséquent, indolores.

Pour répliquer ce principe dans le modèle de Valoo et Objhey! (le futur produit d'April), il resterait à identifier les circonstances dans lesquelles les consommateurs éprouvent (ou devraient éprouver) le besoin de protéger un objet – en considérant qu'elles seront potentiellement différentes d'un individu à l'autre – et mettre en place les mécanismes qui autoriseraient une activation spontanée dès la survenue de l'événement ad hoc.

jeudi 4 avril 2019

L'État anticipe les défaillances d'entreprises

Signaux Faibles
Initiative publique prenant la forme d'une « startup d'État », Signaux Faibles collecte et analyse des données provenant de divers organismes en vue de prédire les défaillances d'entreprises suffisamment tôt pour maximiser les chances de les prévenir. La Banque de France, qui est partie prenante du projet, annonce son déploiement opérationnel.

Dans la logique du programme « beta » du gouvernement français, le concept imaginé conjointement par l'URSSAF et la DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a d'abord commencé par une expérimentation, menée dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Son objectif initial était de mettre en œuvre des techniques d'intelligence artificielle sur des données des deux partenaires afin d'évaluer le risque de fermeture d'une société à 18 mois.

Aujourd'hui, les résultats obtenus étant jugés concluants, le système va entamer sa phase d'industrialisation. Celle-ci comprend non seulement une extension géographique (vers Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Hauts de France et Pays de la Loire) mais également l'ouverture à de nouveaux participants (Direction Générale des Entreprises, Banque de France, DINSIC – c'est-à-dire la DSI de l'État…), dont les données vont permettre de renforcer la qualité et la fiabilité des prédictions réalisées.

Ainsi armées, les administrations disposeront d'une bien plus grande latitude dans le déclenchement des mesures de remédiation ou de prévention qu'elles peuvent proposer, en accompagnant les structures menacées avant que les difficultés sérieuses ne surviennent, plutôt que d'attendre, comme actuellement, les signaux d'alerte classiques (incidents de paiement des taxes, impôts et autres charges, retards de déclarations, licenciements…) qui souvent interviennent trop tard pour éviter le pire.

Accueil Signaux Faibles

La démarche de Signaux Faibles est particulièrement exemplaire, pas tant par sa technologie (les algorithmes mis au point pour le calcul du risque de défaillance sont d'ailleurs publiés sous licence libre) que par sa démonstration de la valeur que peuvent produire les données détenues par différents établissements, historiquement isolés chacun dans son silo étanche, quand elles sont mises en commun. Voilà une idée qui devrait trouver un écho dans la plupart des grands groupes (financiers ou autres) !

Plus concrètement, les grandes banques devraient percevoir comme une humiliation la capacité acquise par des administrations, pourtant peu réputées pour leur dynamisme, d'anticiper les risques encourus par les entreprises si elles-mêmes, avec les gisements d'information considérables et les armées de spécialistes informatiques dont elles disposent, ne parviennent pas à faire aussi bien… et à aider leurs clients les plus fragiles à surmonter les moments difficiles. Ne serait ce pas dans leur intérêt de s'y atteler ?

mercredi 3 avril 2019

BBVA crée un crédit indexé sur la digitalisation

BBVA
Voici l'innovation de la semaine issue de l'intarissable BBVA. Elle invente cette fois un crédit « digital » (D-Loan), dont l'objectif est d'encourager les grandes entreprises à se transformer, afin d'accompagner la mutation de leur environnement et les nouvelles attentes de leurs clients, grâce à un taux d'intérêt indexé sur leur niveau de maturité.

Le concept vient d'être concrétisé pour la première fois avec l'ouverture d'une ligne de crédit de 350 millions de dollars au bénéfice d'un groupe agro-alimentaire singapourien, Olam International, dans laquelle la banque espagnole assure un rôle de coordinateur (avec les 6 autres établissements participants)… et de conseil « digital ». Selon les termes du contrat, son prix sera réajusté annuellement en fonction des progrès de la transformation de l'entreprise, qui seront mesurés sur des jalons définis conjointement.

Concrètement, une première évaluation de la situation initiale de l'organisation est conduite par un auditeur indépendant (le Boston Consulting Group, en l'occurrence). Celle-ci analyse différents axes, depuis la priorité mise sur la « digitalisation » dans la stratégie globale jusqu'aux efforts et à la culture d'innovation, en passant par l'alignement effectif du marketing, du modèle opérationnel, de la gouvernance… sur ces orientations, ainsi que les initiatives engagées et les feuilles de route mises en place.

L'ensemble est agrégé et restitué sous la forme d'un « Index d'Accélération Digitale » (DAI en anglais), qui sert de référence commune. Les partenaires se sont ensuite mis d'accord sur un parcours d'amélioration de cet indicateur, année après année, pour toute la durée du contrat, accompagné des avantages qui seront accordés s'il est respecté. À chaque anniversaire, le BCG procédera à un nouvel audit pour vérifier la conformité au plan de marche retenu et, le cas échéant, appliquer la réduction de prix convenue.

BBVA D-Loan

L'objectif de BBVA avec cette initiative est d'inciter les grandes entreprises à se transformer le plus rapidement possible dans le monde qui change profondément autour d'elles et elle suggère que les baisses de taux offertes sont suffisamment substantielles pour être réellement motivantes. Sa présentation comme « conseil digital » au sein du syndicat de prêteurs pourrait en outre laisser entendre qu'elle serait prête à accompagner ses clients dans ces chantiers (et elle en a, en tous cas, les compétences).

Il faut également comprendre que l'approche n'a rien de philanthropique et traduit surtout, en réalité, une vision progressiste de la gestion de risques dans une institution financière moderne. En effet, le raisonnement de la banque consiste à considérer que la « digitalisation » est une clé de la survie des entreprises. Dans ces conditions, le « D-Loan » n'est finalement qu'un produit qui intègre dans le score de crédit de l'emprunteur une estimation supplémentaire de sa longévité et de sa performance à long terme.

mardi 2 avril 2019

Le dérèglement climatique menace l'assurance

Assurance habitation
Rares sont ceux qui, aujourd'hui, persistent à nier le réchauffement climatique et peu d'assureurs ont l'inconscience d'ignorer son impact sur leurs activités. Si, jusqu'à présent, la menace paraissait encore un peu floue, Munich Re commence à lui donner un contour plus précis, relayé par The Guardian, qui résonne comme un signal d'alarme.

Les climato-sceptiques ont beau clamer l'absence de preuves susceptibles de confirmer qu'un événement isolé, tel que les incendies dévastateurs survenus en Californie l'été passé, est lié à un changement à grande échelle, il devient de plus en plus incontestable que la tendance globale à la multiplication des phénomènes météorologiques exceptionnels est directement liée à une augmentation de la température moyenne de la planète (que l'on croie ou non qu'elle soit due aux activités humaines, incidemment).

La prise de conscience a désormais atteint un tel niveau que les compagnies d'assurance se préoccupent sérieusement d'étudier et de modéliser les effets des mutations sur les risques qu'elles couvrent. C'est dans ce contexte qu'Ernst Rauch, patron de la climatologie chez Munich Re (le plus important réassureur du monde), s'inquiète ouvertement pour l'avenir et annonce notamment une prochaine augmentation de primes (en cours de négociation avec ses clients) dans les zones les plus sensibles.

Mais ce n'est là que le début de la longue descente aux enfers qu'il esquisse pour demain. En effet, avec la croissance continue prévisible de la fréquence et de la violence des incendies, des tornades, des ouragans, des déluges de grêle, des inondations…, le coût de l'assurance, en particulier dans le domaine de l'habitation, va mécaniquement s'envoler… au point de la rendre inaccessible à une partie de plus en plus importante des populations (et en commençant par les segments les plus fragiles).

Une fois enclenché, un mouvement de cette nature peut avoir des conséquences dramatiques, non seulement pour les personnes qui se retrouveraient sans couverture mais pour la société tout entière. Il faut d'abord considérer le cercle vicieux que générerait une forte augmentation des tarifs, car moins il y a d'assurés, moins la mutualisation des risques joue son rôle… et plus les coûts sont concentrés et, donc, élevés (par client). La fracture sociale qui serait créée ne pourrait donc que se propager sans fin.

En outre, l'absence de protection adéquate en cas de catastrophe naturelle induit automatiquement des délais conséquents avant le retour à une situation normale, même dans le cas où des aides publiques viendraient la compenser (elles seront parfois insuffisantes et elles mettent souvent longtemps à atteindre les victimes). Or la persistance d'un environnement précaire a une incidence majeure et durable sur l'activité économique des régions affectées et, par ricochet, sur l'ensemble des citoyens.

Face à ces perspectives, il n'existe hélas pas de solution miraculeuse… Initialement, afin de réduire le danger d'exclusion, il sera toujours envisageable de mettre en place des fonds de secours, alimentés par les pouvoirs publics ou le secteur privé. Mais il ne suffiront certainement pas, à long terme, à couvrir tous les dommages. Alors, la prévention reste peut-être la piste la plus intéressante à approfondir et il se trouve que les compagnies d'assurance sont particulièrement bien placées pour la développer…

Pompiers luttant contre un incendie

lundi 1 avril 2019

La dette étudiante crée des opportunités

Goodly
Actuellement estimée à plus de 1 600 milliards de dollars pour l'ensemble des États-Unis, la dette des étudiants représente à la fois une menace structurelle pour l'économie du pays et un handicap majeur dans la vie quotidienne de 45 millions d'américains. En attendant une solution de fond (ou un effondrement ?), Goodly suggère aux entreprises d'en faire un levier d'attractivité lors de leurs recrutements.

La pression des remboursements de leurs emprunts sur le budget quotidien des consommateurs a des effets négatifs mesurables et mesurés sur leur qualité de vie. En conséquence, leurs employeurs ont tout intérêt à les aider à surmonter ces difficultés – plutôt que d'installer des tables de ping-pong ou leur offrir des cours de yoga et autres abonnements à des salles de sport. En effet, non seulement les bénéficiaires, par ailleurs fortement demandeurs, seront plus fidèles, mais ils seront également plus productifs une fois soulagés, ne serait-ce que partiellement, de leurs angoisses financières.

Souvent, les responsables d'entreprise sont déjà sensibilisés à cette opportunité, mais ils ont tendance à renoncer à mettre en place ce type d'avantage en nature car la gestion peut en être complexe. Voilà donc la niche que vise Goodly : pour un coût de 6 dollars par utilisateur actif par mois, vite amortis, la jeune pousse déploie un programme personnalisé, prenant en charge l'intégration avec la plupart des plates-formes de gestion de paye et de ressources humaines et les exigences réglementaires associées.

Student Loan Repayment as an Employee Benefit

Bien sûr, il paraîtrait plus simple de promettre un surcroît de rémunération pour aider le collaborateur à couvrir ses remboursements de prêts. Mais l'être humain est ainsi fait qu'il préférera généralement dépenser son salaire et laisser courir ses dettes… Le seul moyen réaliste de faire une différence passe bien par des contributions directes. L'approche de Goodly joue d'ailleurs de cet argument quand ses outils soulignent l'impact des versements de l'employeur sur l'évolution de la situation financière dans la durée.

Le problème d'endettement des jeunes générations américaines (qui est aussi celui du coût exorbitant des études) devient tellement critique que les entreprises n'auront bientôt d'autre choix que de l'assumer pour leurs effectifs. Et il affecte quasiment l'ensemble de la population, entre les personnes qui continuent à rembourser leur crédit jusqu'à 35 ou 40 ans et celles qui empruntent pour assurer la scolarité de leurs enfants. Des solutions créatives sont plus que jamais nécessaires pour sortir de cet engrenage fatal.

Enfin, si le sujet semble, à ce jour, concerner plus ou moins exclusivement les États-Unis, il ne faut pas négliger, au vu de l'évolution des systèmes éducatifs à travers le monde, le risque qu'il ne soit d'actualité dans nos contrées d'ici à quelques années. Il serait bienvenu de s'y préparer dès maintenant, en profitant d'expériences venues d'ailleurs.