C'est pas mon idée !

lundi 30 avril 2012

Brèves : 5 startups à découvrir

Les brèves de cette semaine seront consacrées à 5 jeunes pousses, découvertes ces derniers jours, œuvrant dans des domaines aussi différents que l'affacturage et l'audio-conférence ou la sécurité et le commerce en ligne...

The Receiveables Exchange
La première de cette série est la seule dont l'activité est directement liée à la banque. The Receivables Exchange est une sorte de place de marché d'affacturage, un peu comme MarketInvoice, évoquée ici même le mois dernier.

Les PME comme les grands groupes y sont invités à mettre leurs factures aux enchères. Les acheteurs, investisseurs institutionnels, vont ensuite proposer leurs conditions (montant d'avance, taux de commission...). L'entreprise pourra alors choisir la meilleure offre et disposer ainsi d'une avance de trésorerie à un coût raisonnable, à brève échéance.

Sans être aussi révolutionnaire que les plates-formes P2P, ce modèle émergent de financement des entreprises, qui décline sur le web une approche classique, commence à prendre de l'ampleur. Il ne s'agit probablement pas (encore ?) d'une concurrence pour les spécialistes de l'affacturage mais plutôt de l'ouverture de cette technique à des entreprises qui n'y avait pas accès jusqu'à présent.


Chripify
Restons dans le secteur financier avec Chirpify dont la "mission" auto-proclamée est de simplifier les achats et les paiements et qui exécute celle-ci avec une plate-forme de commerce sur Twitter.

Pour remplir sa promesse, la startup demande au consommateur d'associer son compte PayPal avec son identifiant Twitter. Dès lors, quand un des commerçants adeptes de Chirpify va publier une offre de vente sur le site de micro-blogging, l'utilisateur n'a qu'à répondre "buy" pour conclure la transaction.

Lancé initialement avec Tweet-a-beer (pour offrir un verre à un ami en un tweet), la plate-forme se décline progressivement sur différentes implémentations, avec, par exemple, une version pour les musiciens (qui peuvent ainsi distribuer leurs compositions), une autre pour l'achat de vols (aériens). Et le principe est également applicable aux paiements de personne à personne ainsi qu'aux donations ou aux collectes de fonds...

Le concept est assez proche de celui de SociallyPay : son principal intérêt est de permettre d'utiliser son compte PayPal sans requérir une authentification systématique, en s'appuyant sur une identification "publique", fournie par Twitter. Reste, évidemment, la question de la sécurité du service...


Toopher
A propos de sécurité, justement, Toopher donnera l'impression, au premier abord, d'être une n-ième solution mobile d'authentification à 2 facteurs. Mais, grâce à quelques fonctions originales, allant dans le sens de la facilité d'usage, elle parvient tout de même à se distinguer de ses concurrentes.

Côté banal (ou presque), nous avons donc une application mobile (pour Android uniquement, à l'heure actuelle), qui va recevoir une notification à chaque tentative d'identification sur un site. L'utilisateur doit approuver la requête, dont les détails sont fournis, pour valider son identité.

Plus insolite, à chaque tentative, le système enregistre une signature unique sur le navigateur (via un cookie, vraisemblablement) et la localisation du mobile lors de la confirmation. Et si les demandes de login identiques sont fréquentes, Toopher pourra ultérieurement se contenter de la position du téléphone pour les valider, sans que son propriétaire n'ait plus à intervenir.

Exemple : si vous accédez fréquemment aux services en ligne de votre banque depuis votre domicile, vous devrez confirmer votre authentification sur votre mobile les premières fois puis, après apprentissage (ou sur demande, le déclenchement n'est pas précisément décrit), il suffira que l'application transmette, de manière autonome, la position du smartphone pour vérifier que c'est bien vous qui tentez de vous connecter. L'identification redevient alors aussi aisée qu'avec un système classique.

Le principe de Toopher n'est pas nécessairement idéal (entre autres limitations, il requiert un accès au réseau sur le mobile et ne protège pas totalement contre les attaques de type "man in the browser") mais il a le mérite de s'attaquer au problème n°1 de l'authentification à 2 facteurs : la simplicité d'utilisation. Preuve qu'il est possible d'imaginer des réponses conviviales aux questions de sécurité...


Marvin Mobile Security
Restons un moment dans le domaine de la sécurité, avec Marvin Mobile Security, qui invente une approche entièrement nouvelle de la protection des smartphones contre les logiciels malveillants.

En effet, rien de commun ici avec un antivirus traditionnel, surveillant les logiciels présents et scrutant leur comportement en permanence. Certainement inspirée par les AppStores (qui pourraient aussi l'implémenter), l'idée de Marvin est plutôt de valider a priori les applications déployées sur le smartphone.

Ainsi, pour chaque nouvelle installation, la solution va mettre le logiciel en quarantaine (le rendant impossible à exécuter), l'envoyer aux serveurs de la startup, où il va être soumis à des tests (entièrement automatisés) pour analyser ses agissements sous toutes les coutures. Ce n'est qu'une fois ces vérifications réalisées que le mobile de l'utilisateur sera effectivement autorisé (ou non) à lancer l'application.

L'avantage est double : les ressources du téléphone ne sont pas impactées par la protection et, les tests étant réalisés sur un serveur, ils peuvent disposer d'une capacité de traitement beaucoup plus importante et seront donc plus complets (et mutualisés).

Si les algorithmes de Marvin sont effectivement capables de détecter les comportements malicieux, sa technique semble idéale. Elle pourrait constituer une arme de choix face à l'émergence des menaces sur mobile, en particulier pour les flottes d'entreprise mais peut-être aussi pour les clients de la banque mobile.


Voxeet
Sujet totalement différent avec cette dernière startup (pour aujourd'hui) puisque Voxeet propose une plate-forme dédiée aux conférences audio. Ces dernières restent largement exploitées dans les entreprises, malgré la progression de la visio-conférence, en raison de leurs exigences limitées, en termes d'équipement et de coût.

Malheureusement, la qualité de la communication avec les systèmes existants est généralement faible. Prenant exemple sur les systèmes de téléprésence haut de gamme, Voxeet veut "simplement" transposer une partie de leurs qualités aux conférences audio dont, en particulier, le son "spatialisé". Pour ce faire, l'interface de l'application permet d'agencer les positions des différents interlocuteurs sur l'écran et leurs interventions sont ensuite rendues en conséquence.

Voxeet

Ainsi, la voix de Mike, placé à ma droite, vient de la droite et celle de Raymond, en face de moi, vient de devant. Les participants sont immédiatement reconnaissables.

Naturellement, la téléprésence reste le "nirvana" de la communication à distance. Mais pour les simples mortels, aux moyens modestes, profiter d'un son d'excellente qualité et spatialisé peut constituer une alternative suffisante...

dimanche 29 avril 2012

CivilisedMoney, toute la finance P2P en un site

CivilisedMoney
Entre le crowdfunding (à la KickStarter ou, en France, Ulule et KissKissBankBank), les prêts-emprunts entre particuliers (comme les conçoivent Prosper et Prêt d'Union) et le financement communautaire d'entreprises (par exemple chez Seedrs ou FriendsClear), la finance P2P prend des formes variées, selon les cultures, les besoins, les réglementations... CivilisedMoney les propose tous.

Fort logiquement, cette idée de convergence est née au Royaume-Uni, qui est le berceau des prêts-emprunts P2P (où naquit Zopa en 2005) et reste toujours aujourd'hui un des pays les plus accueillants pour les initiatives de ce genre. Dans un esprit de finance équitable, CivilisedMoney offrira donc aux consommateurs britanniques des solutions de crowdfunding (la seule disponible à ce jour), d'investissement participatif, de prêts-emprunts et même de donations P2P.

CivilisedMoney

Les utilisateurs, qu'ils soient investisseurs ou à la recherche de fonds, disposeront avec CivilisedMoney d'un point de rendez-vous unique pour tous leurs besoins. Comme dans une véritable banque, les premiers auront le choix entre plusieurs instruments financiers et les seconds pourront gérer leurs besoins de financement avec les différents supports proposés, selon, par exemple, leur ambition ou la maturité de leur projet.

Malgré les difficultés réglementaires auxquelles elle va être confrontée, cette 'fusion" du financement P2P est une évolution naturelle, en raison de la proximité des modèles développés, mais elle est de surcroît porteuse de valeur ajoutée, dans une logique de "vente croisée", en exposant les internautes familiers de tel ou tel type de solution aux autres "techniques" disponibles, qu'ils ne connaissent peut-être pas ou qu'ils hésitent à aborder.

En attendant la finalisation de l'offre de CivilisedMoney, les mésaventures de la startup dans la recherche de son propre financement illustrent les difficultés qu'affronte quotidiennement la finance 2.0 : son appel aux internautes (évidemment !) à rencontré un immense succès, avec 100 000 GBP promis en moins de 9 jours, mais a malheureusement achoppé dans les phases administratives subséquentes. L'opération n'a donc pu être conclue et la société doit prochainement renouveler l'expérience...

samedi 28 avril 2012

Les banques débarquent sur Pinterest

Pinterest
C'est un fait incontournable du web : de nouveaux réseaux sociaux éclosent presque chaque jour. La plupart restent confidentiels mais lorsqu'un d'entre eux attire plusieurs millions d'utilisateurs, la question, inévitable, se pose dans les départements marketing des entreprises : faut-il s'y engager ? Pinterest, la nouvelle plate-forme à la mode, n'échappe pas à la règle.

C'est le cabinet Corporate Insight qui a lancé le débat la semaine dernière en publiant un guide dont la vocation est d'aider les institutions financières à développer une stratégie sur Pinterest. Avec plus de 11 millions de visiteurs uniques, acquis à une vitesse record, moins de 2 ans après sa création, le site suscite naturellement les interrogations. Pour les auteurs du document, il ne fait aucun doute que les entreprises de la finance doivent y établir une présence.

Mais son format particulier rend l'utilisation de Pinterest par une marque difficile à appréhender. En effet, son principe est celui d'une sorte de "tableau de liège" personnel, en ligne, sur lequel chaque utilisateur va "épingler" virtuellement les images (et, éventuellement, les vidéos) qui l'ont séduit, pour les partager avec les autres membres. Avec ses options de "repin", de commentaires et de "like" ainsi que ses concepts de fil d'activité et de "followers", l'ensemble fait penser à un Twitter où les messages de 140 caractères sont remplacés par des photos...

Afin de mettre à profit ces caractéristiques, Corporate Insight imagine une poignée de cas d'usage dans une institution financière : campagne marketing illustrée, présentation d'objectifs d'épargne et d'investissement (concrets, représentés par des objets), visualisation des cadeaux des programmes de fidélité, suivi des événements sponsorisés, "vie" des mascottes de la marque (mises en situation), concours (par exemple, vote pour le cadeau préféré du public), démonstrations d'initiatives charitables...

A vrai dire, cette liste ne présente aucune originalité puisque toutes ces idées ont déjà été mises en œuvre sur d'autres médias (principalement Facebook, et Twitter pour certaines). La vraie difficulté avec Pinterest, qui n'est pas réellement abordée dans le guide, est de les décliner uniquement en images, là où les plates-formes existantes permettent de mixer les moyens d'expression disponibles (photos, textes, vidéos, applications...) et d'enrichir ainsi facilement l'expérience.

Quelques conseils utiles, applicables à tous les médias sociaux, sont tout de même donnés par les auteurs : connaître son audience, développer les contenus dans la durée, éviter l'auto-promotion et partager les images d'autres utilisateurs, établir une stratégie multi plates-formes (Facebook, Twitter, Pinterest...). Je pense d'ailleurs que ce dernier est le plus important car chaque réseau à ses forces et les combiner est le meilleur moyen de réussir.

Un article de Finextra nous signale les premières banques qui ont déjà franchi le pas. En mettant de côté le cas de l'agence marketing spécialisée FMS, qui a installé 3 de ses clients sur Pinterest avec des images "institutionnelles" (brochures et autres affiches publicitaires), la vraie pionnière est l'espagnole Banco Sabadell. Sur 7 "tableaux", elle présente principalement son engagement dans l'open de tennis de Barcelone, ainsi qu'une petite série de vidéos qu'elle a produites.

Banco Sabadell sur Pinterest

Cet exemple me semble très représentatif de la difficulté à aborder ce nouveau média. Tout d'abord, bien que Sabadell s'inscrive dans un des cas d'usage suggérés par Corporate Insight (autour des événements sponsorisés), elle commet, pour l'instant, l'erreur de ne proposer que ses propres contenus, qui, de plus, sont issus de collections existantes sur d'autres sites communautaires (Flickr pour les photos et YouTube pour les vidéos). La valeur ajoutée des "tableaux" de Pinterest ne saute donc pas aux yeux...

Mais comme dans la plupart des initiatives bancaires sur les médias sociaux, le cœur du problème est plus profond et tient surtout à l'adoption d'une approche de communication "descendante" (traditionnelle), incompatible avec le modèle de "dialogue entre pairs" développé par les plates-formes les plus populaires. Le résultat ne peut être que décevant : les internautes ne passent pas du temps sur ces sites pour recevoir (encore) de la publicité, surtout de leur banque.

En conclusion, plutôt que de gaspiller de l'énergie avec Pinterest (qui, de toutes manières, est déjà annoncé en déclin avant même d'avoir réellement percé en Europe), il vaudrait beaucoup mieux que les banques affinent d'abord leur stratégie globale, dans le sens de l'engagement client, et se concentrent prioritairement sur les principaux réseaux sociaux pour concrétiser cet effort. Ensuite seulement sera-t-il temps de vérifier si Pinterest (ou Google+, qui se trouve aujourd'hui dans une position similaire) peut s'intégrer dans cette stratégie, en fonction de son audience, de ses modes de "consommation", de sa "portée"...

L'apprentissage du "web 2.0" est loin d'être terminé dans les grands groupes...

jeudi 26 avril 2012

BNP Paribas décline la Net Agence dans la banque privée

BNP Paribas
Avec sa Net Agence, BNP Paribas fut en 2009 une des premières banques françaises à créer une agence virtuelle, dont le modèle a depuis été répliqué par la plupart de ses concurrentes. La nouvelle "Net Banque Privée", lancée ces-jours-ci, décline maintenant le concept initial dans le segment de la clientèle "haut de gamme".

La banque privée, dans le cas de BNP Paribas, est réservée aux particuliers disposant d'un patrimoine supérieur à 250 000 euros. Aux antipodes de l'image d'Épinal qui voudrait que, du fait de ce critère de fortune, elle ne concerne que des personnes (plus ou moins âgées) peu familières des technologies modernes, l'agence en ligne qui vient d'ouvrir veut donc apporter à ces clients "privilégiés" les mêmes avantages qu'à tous les autres.

Parmi ceux-ci, figurent en premier lieu, et très classiquement, des horaires d'ouverture étendus, de 8:00 à 20:00 en semaine et de 9:00 à 17:00 le samedi. Autre caractéristique, habituelle de ce genre d'initiative mais encore plus importante dans le contexte de la gestion de patrimoine, chaque client dispose d'un conseiller attitré. Conçue pour être totalement autonome, la "Net Banque Privée" permet, grâce à l'adoption de la signature électronique, de souscrire à distance et en toute simplicité l'ensemble des produits et services de la banque.

BNP Paribas - Net Banque Privée

C'est cependant dans le domaine des moyens de communication disponibles que la nouvelle agence en ligne montre sa plus grande valeur, à mon avis. Le client peut ainsi choisir la messagerie (sécurisée), le téléphone ou la visiophonie (avec partage de documents), pour contacter non seulement son conseiller mais aussi les experts dont il peut avoir besoin dans le cadre d'une demande ou d'une transaction particulière (patrimoine, fiscalité, transmission, art, philanthropie…).

Enfin, suivant une tendance qui commence à se répandre, il sera aussi possible de rencontrer les conseillers, en face à face, dans le cadre prestigieux du 2 Opéra, l'agence concept (parisienne) de BNP Paribas.

Le pari de la "Net Banque Privée" est certes audacieux mais il n'est pas aussi contre-intuitif qu'on pourrait l'imaginer de prime abord. Car, si le domaine de la banque privée est celui de la relation personnalisée et du conseil individualisé, il ne fait aucun doute qu'une partie, probablement importante, de sa cible est constituée d'(hyper-)actifs demandeurs d'une communication multi-modale, leur permettant de gérer leurs finances en toute liberté, selon leur agenda. Et ce sont bien eux que BNP Paribas interpelle sous le titre de "Digital Actif" !

Bien entendu, les multiples solutions de contact mises à disposition des clients ne remplaceront pas une relation privilégiée, en personne, avec un conseiller mais elles en sont parfaitement complémentaires. Plus encore que dans la banque de "monsieur tout le monde", les attentes dépendent des circonstances : des actes courants qui peuvent être réalisés en libre service aux décisions importantes pour lesquels un rendez-vous "physique" est plus rassurant, en passant par des contacts rapides, en visiophonie, pour les cas intermédiaires.

C'est peut-être là justement le plus gros défaut de la "Net Banque Privée", de ne disposer que d'un relais parisien, qui limitera son attrait pour les provinciaux. En attendant que le modèle ainsi inauguré soit généralisé et devienne la norme !

mercredi 25 avril 2012

Open Talent : BBVA mise sur les startups innovantes

BBVA Open Talent
Les banques qui affirment leur soutien aux jeunes entreprises sont nombreuses. Celles qui dépassent le simple discours et s'impliquent concrètement pour leur développement sont déjà plus rares. Et lorsque cet engagement est mis à profit pour promouvoir l'innovation dans les services financiers, il n'en restent plus beaucoup. L'espagnole BBVA est de celles-là, avec la nouvelle édition de son opération "Open Talent".

Ouvert aux entrepreneurs et startups du monde entier, "Open Talent" est un concours, auquel ils sont invités à soumettre leurs projets technologiques innovants récents (de moins de 24 mois). Pour ceux qui sauront séduire le jury, la récompense prendra la forme d'aides pouvant atteindre une valeur de 100 000 €, selon différents modes : investissement direct, collaboration opérationnelle avec le groupe BBVA ou encore promotion et diffusion de la solution par les différents canaux de la banque.

Le thème principal du concours, depuis sa création en 2010, est plutôt large, puisque, sous le titre "Innovation et Technologie", il a vocation à traiter de problématiques de société (santé, transports...), de jeux et de multimédia, de réseaux sociaux ou même de plates-formes purement techniques. Mais, cette année, une nouvelle thématique "Banque et Services Financiers" est aussi proposée pour des projets plus ciblés, par exemple dans les domaines du paiement mobile, de la bancarisation dans les pays émergents, des monnaies virtuelles...

BBVA Open Talent

L'organisation "pratique" de l'opération ne présente pas d'originalité : les projets devront être présentés sur la plate-forme web "Open Talent" avant la fin avril, après quoi ils seront soumis au vote du public. Ensuite, un jury sélectionnera 20 finalistes parmi les dossiers en lice, en prenant en compte les préférences des internautes (pour un poids cependant très limité, de 10%). La phase finale, qui désignera 2 vainqueurs (un pour chaque catégorie) se déroulera lors de l'évènement Red Innova 2012, où les projets retenus seront exposés au public.

Si les éditions précédentes ont déjà permis à BBVA de tirer un enseignement de son "Open Talent", c'est que les startups répondent en masse à l'appel (la richesse des dotations y est évidement pour une grande part) : ainsi, en 2011, 318 projets avaient été soumis.

La banque y trouve naturellement son intérêt, qui ne se limite pas à des effets de communication. Il faut aussi compter avec une forte exposition à des idées nouvelles et avec les relations que le concours lui permet de tisser avec les entrepreneurs (les vainqueurs et tous les autres), qui l'aideront à enrichir son expérience et à "mieux" innover. Il est d'ailleurs logique, dans ce contexte, qu'un thème spécifique aux services financiers soit introduit, qui renforcera encore la valeur potentielle de l'évènement pour la banque.

Contrairement à d'autres initiatives similaires, BBVA n'hésite pas à déployer des moyens relativement importants (y compris financiers) pour atteindre ses objectifs. Sans qu'il s'agisse d'une condition impérative, cela lui permet tout de même de s'assurer d'une large participation qui ne peut que favoriser le succès de la démarche d'innovation ouverte que constitue finalement "Open Talent". Question de courage mais aussi, certainement, volonté de réussir, vite, à transformer la banque...

mardi 24 avril 2012

Paiement sans contact sur mobile : tous contre les opérateurs

NFC
Ce n'est pas un secret : je fais partie des sceptiques du paiement sans contact sur mobile, depuis longtemps. Mais, plus encore, je questionne inlassablement le rôle que prétendent jouer les opérateurs de télécommunications dans ce secteur émergent. Or, progressivement, le mouvement visant à les écarter prend de l'ampleur...

Aux origines, il y a une dizaine d'années, les opérateurs semblaient incontournables pour développer des fonctions de paiement sur mobile, du fait de leur emprise absolue sur le marché, du côté des fabricants comme du côté des consommateurs. Depuis, leur pouvoir a considérablement diminué et si leur implication reste apparemment indispensable, pour certains observateurs, ce n'est plus que par habitude et uniquement dans le domaine limité du paiement sans contact (NFC). Mais ce dernier bastion est maintenant en passe de tomber.

La présence des opérateurs dans les initiatives actuelles (Cityzi, par exemple) est en effet justifiée, essentiellement, par leur contrôle de la carte SIM, qui porte l'élément de sécurité indispensable à la protection des transactions. Et c'est sur cette caractéristique que les "attaques" se précisent, ces derniers temps. Témoins, par exemple, la sortie de la version 4 d'Android, accompagnée de Google Wallet, ou encore un intéressant dépôt de brevet d'Apple.

Pour Google, bien que sa stratégie soit concentrée sur le logiciel et qu'elle se prétende agnostique vis-à-vis de l'implémentation, la mise en œuvre dans son mobile Galaxy Nexus (conçu avec Samsung) montre la voie : l'élément de sécurité est intégré au téléphone. Chez Apple, il n'est toujours pas question d'interface NFC mais, comme je le souligne fréquemment, un élément de sécurité est déjà présent dans l'appareil, depuis l'iPhone 3Gs, et le brevet cité plus haut imagine même de l'utiliser pour en faire une SIM virtuelle (les opérateurs doivent en frissonner d'horreur !).

Petit à petit, c'est donc le téléphone lui-même qui embarque ce fameux élément de sécurité, aux côtés de son processeur normal. Et s'il fallait encore une preuve de cette tendance, la récente annonce d'une joint-venture entre ARM (le concepteur des processeurs équipant la majorité des smartphones actuels), Gemalto et Giesecke & Devrient (spécialistes des cartes à puce sécurisées) en vue de la création d'un standard de sécurité, combinant composants matériels et interface normalisée, devrait achever de convaincre les incrédules.

Tous les indicateurs convergent donc vers un futur où la carte SIM n'est plus indispensable aux solutions de paiement sur mobile et où, par conséquent, les opérateurs ne peuvent plus imposer leurs conditions pour y accéder. Cette transformation des rapports de force doit impérativement être prise en compte si des acteurs du paiement sans contact croient encore réellement à son avenir. Il est temps de simplifier les écosystèmes !

lundi 23 avril 2012

Fidor Bank veut se faire des amis (sur Facebook)

Fidor Bank
Mon dernier article sur Fidor Bank remonte a un peu plus d'un an et la "banque entre amis" allemande a connu beaucoup de changements pendant cette période. La gamme de services qu'elle propose s'est enrichie, de nouveaux évaluateurs-comparateurs (de conseillers, notamment) sont nés et ses forums sont plus animés que jamais. Et maintenant, elle veut se faire des amis !

Selon toute vraisemblance, l'objectif de Fidor est (logiquement) de conquérir de nouveaux clients. Mais pour ce trublion de la finance allemande, il n'est pas question de recourir à la publicité traditionnelle pour se faire connaître. Au contraire, résolument fidèle à son modèle communautaire, elle fait (évidemment) appel à ses clients existants et aux médias sociaux pour assurer sa promotion.

L'opération, baptisée "Like-Zins" ("Like-Intérêt"), consiste à demander à tous les "sympathisants" de "liker" la page Facebook de la banque. A chaque fois que 2000 "likes" supplémentaires seront enregistrés, le taux de rémunération des comptes courants de tous les clients sera incrémenté de 0,1%, en partant d'un minimum de 0,5%, pour atteindre, potentiellement, un maximum de 1,5% (à partir de 22000 "likes"). De plus, pour maintenir la pression dans la durée, les compteurs seront réinitialisés le 31 décembre !

Fidor Bank

Bien entendu, accumuler les "likes" n'a, en soi, pas beaucoup de valeur, quoi qu'en pensent les tenants de la course au nombre de fans. Mais la démarche de Fidor est plus subtile car une fois que ses clients auront enregistré leurs "likes", ils n'auront d'autre ressource, pour continuer à faire augmenter le taux d'intérêt, que de demander à leurs (autres) amis de voter à leur tour. Un bouton de partage très visible les y incite d'ailleurs fortement.

Et là, la touche ultime du dispositif tient presque du génie : un autre bouton présent dans l'application Facebook propose un inscription quasi-immédiate sur le site de la banque, avec les informations essentielles (nom, prénom, adresse mail et pseudonyme) directement collectées depuis la plate-forme sociale ! Cette action ne suffit pas à créer un compte bancaire (il faudra encore procéder à une vérification d'identité) mais elle en est aussi proche que possible.

Cette promotion "Like-Zins", sous une apparence triviale (au premier abord, j'hésitais à en faire un billet), est donc finalement une belle démonstration d'inventivité dans l'utilisation des réseaux sociaux pour répondre concrètement à un objectif de développement de la notoriété et, surtout, de conquête de marché. Exemple rare...

dimanche 22 avril 2012

Brèves: la signature électronique en ébullition

L'idée est dans l'air depuis longtemps, elle s'est progressivement fait une place dans les législations américaines et européennes, et pourtant elle a toujours du mal à s'imposer. Cependant, s'il faut voir dans l'actualité récente les prémices d'un changement, la signature électronique commence peut-être enfin à conquérir le monde !

En quelques jours, 3 éditeurs (au moins) ont ainsi publié de nouvelles annonces et une grande compagnie d'assurance, Axa, a dévoilé une initiative dans laquelle la signature électronique prend une place importante. Découverte.


SignatureLink
Commençons ce panorama avec la solution de SignatureLink, une jeune entreprise américaine qui développe sa technologie depuis 10 ans.

Son produit, simple (voire simpliste), permet de capturer la signature manuscrite de l'internaute sur le web (tracée à la souris) et n'est pas le plus abouti sur le marché. Malgré tout il se dit conforme aux réglementations américaines et se positionne comme un rempart contre une certaine forme de fraude, en garantissant la non répudiation des transactions. Ciblant principalement le commerce électronique, c'est justement son intégration avec la plate-forme de e-commerce Magento qui a fait l'objet d'un communiqué cette semaine.


Adobe EchoSign
Deuxième nouveauté notable, à la portée beaucoup plus large, Adobe a publié une nouvelle version de son incontournable "Reader" (le lecteur de document) intégrant la technologie de signature électronique EchoSign qu'elle a acquise l'été dernier. Et toutes les versions du logiciel sont concernées, pour PC comme pour smartphones et tablettes.

Le premier avantage de cette solution est sa quasi-universalité, le lecteur d'Adobe étant présent sur la majorité des micro-ordinateurs à travers le monde, ce qui permet à tout un chacun de disposer immédiatement de tout le nécessaire pour signer un document. Autre caractéristique originale, EchoSign intègre une véritable fonction de workflow, qui permet de gérer les signatures multiples (séquencées, le cas échéant) et leur suivi.

Enfin, l'accès à la signature depuis un appareil mobile est un argument supplémentaire de séduction, qui va certainement devenir indispensable à court terme dans ce type d'offre. Que ce soit sur un smartphone ou une tablette, la possibilité de consulter un document et de le signer du bout du doigt, en tout lieu et à tout moment, apporte incontestablement un facteur de confort et de simplicité que les techniques en vigueur sur PC ont du mal à répliquer...


RightSignature
Troisième fournisseur de cette liste, finaliste pour le concours Red Herring 2012, RightSignature se place un peu à la convergence des deux précédentes, avec un service riche, disponible à la fois en ligne, fonctionnant alors entièrement dans le navigateur web, et sur mobile, sous la forme d'applications dédiées.

Avec RightSignature, la seule option disponible pour recueillir une signature est le tracé "manuscrit", à la souris ou au doigt (sur un support tactile). Mais la solution intègre des fonctions complémentaires, de la composition de formulaire (pour enrichir le document à signer, par exemple) à la gestion de l'archivage, en passant par l'intégration avec les systèmes de l'entreprise.

Dans beaucoup d'applications (comme le commerce électronique), il est critique d'éviter les ruptures dans les processus de souscription et une solution 100% web est alors un plus indéniable, quel que soit le taux de pénétration d'Adobe Reader...


Axa
Lorsqu'il est question de signature électronique dans les services financiers, en dehors des cas de souscriptions de services sans enjeu, les sourcils se froncent et les peurs, fondées ou non, finissent par bloquer la plupart des initiatives. En conséquence, quand Axa présente un projet de ce type, il mérite toute l'attention.

Le dispositif, baptisé "i-Nov" aurait pu rester discret s'il n'avait reçu un Argus d'Or qui le met en lumière. Toujours en test à l'heure actuelle (le déploiement est prévu avant la fin de l'année), il s'agit d'un outil de vente destiné aux réseau commercial de la compagnie et composé d'un ensemble d'applications, embarquées sur un iPad.

Couvrant toute la gamme de produits d'assurance, la solution permet de gérer intégralement le processus de vente, avec collecte des informations auprès du client, analyse des besoins, présentation des produits, préparation du contrat et, évidemment, recueil de la signature de l'assuré. A la clé, pour Axa, une intégration directe des contrats dans ses systèmes d'information.

Avec une telle référence, les réfractaires à la dématérialisation de la signature vont devoir réviser leur jugement sur sa validité : il est difficile d'imaginer qu'Axa s'engage dans cette direction sans en avoir évalué et maîtrisé tous les risques. Il est donc maintenant temps d'affronter sérieusement le sujet, dont toutes les parties prenantes (l'entreprise et ses clients) peuvent tirer un énorme bénéfice.

Sans aller immédiatement jusqu'à la signature électronique pour des souscriptions en ligne, son adoption pour des actes réalisés "en personne" semble aujourd'hui suffisamment mûre pour envisager une généralisation prochaine. Espérons que l'expérience ainsi acquise permette ensuite de passer rapidement à la contractualisation intégrale à distance...

Je ne peux conclure sans revenir sur la récente initiative de Franfinance, pour la dématérialisation de la souscription de crédit, qui prend immédiatement, comme je le pressentais, un coup de vieux devant cette démonstration par Axa de la capacité d'une tablette grand public à remplacer un coûteux équipement spécialisé...

Agences en ligne du Crédit Agricole : 1 naissance, 1 anniversaire

Banque Directe Crédit Agricole Alpes Provence
Cette semaine, TooKam, le drôle d'oiseau du Crédit Agricole Pyrénées Gascogne, dressait le bilan [PDF] de sa première année d'existence, bien remplie, d'agence bancaire en ligne sociale et solidaire. Au même moment, une nouvelle "Banque Directe" naissait dans le groupe, concoctée par la Caisse Régionale Alpes Provence. Regards croisés sur ces deux initiatives parallèles...

Pour TooKam, tout d'abord, les résultats sont à la hauteur des espérances initiales. Sans aucun budget publicitaire, l'agence accueille déjà 1 300 clients, dont près de 90% se déclarent prêts à la recommander à leur entourage, et plus de 1 400 internautes la "suivent" sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Google+). Mais c'est un autre indicateur qui retient mon attention : en un an, 55 000 séances de tchats ont été tenues ! Est-il encore possible de douter de la valeur de cet outil dans la relation bancaire ?

C'est peut-être l'exemple de Pyrénées Gascogne, et plus particulièrement son retour d'expérience avec les différents médias de communication, qui a inspiré la Caisse Régionale Alpes Provence, dont la nouvelle "Banque Directe" a en léger effet un air de famille, sinon dans sa présentation, du moins dans sa mise en avant d'une large variété de moyens de joindre son conseiller.

On trouve ainsi au menu toutes les options de contact disponibles à l'heure actuelle : la messagerie électronique, l'appel téléphonique (avec demande de rappel, le cas échéant), le tchat (direct ou sur rendez-vous), la visiophonie (via Skype), la page Facebook (bien que les capacités de dialogue y semblent encore réduites) et même le rendez-vous en "face à face" !

Dans le comparatif des agences en ligne que j'ai établi l'été dernier, cette "Banque Directe" obtiendrait aisément un 10/10 pour ce dispositif (et malheureusement moins pour la facilité à ouvrir un compte).

Banque Directe Crédit Agricole Alpes Provence

Dans un monde où les technologies offrent tellement de possibilités et où chaque individu a ses préférences de communication, qui peuvent de plus changer en fonction des circonstances, cette palette particulièrement étendue est résolument exemplaire. Et ce d'autant plus que la mise en œuvre en est impeccable, comme le démontre le choix d'une solution "grand public" telle que Skype pour la visiophonie, qui répond à une attente "naturelle" des consommateurs.

Pour le Crédit Agricole Alpes Provence, comme pour les autres banques lancées dans une démarche similaire, l'initiative cible une unique agence en ligne. Mais ne devrait-elle pas, en réalité, converger vers un modèle universel, dans lequel chaque agence physique disposerait aussi de son extension en ligne ? Pourquoi le client devrait-il changer d'agence et quitter son conseiller pour bénéficier de cette richesse d'accès ? Si la difficulté à "convertir" les collaborateurs aux nouveaux outils en est la principale raison, il serait probablement temps d'envisager des actions de formation et la mise en place d'une organisation adaptée dans toutes les agences.

samedi 21 avril 2012

Le "quant à la demande" d'UBS et son iPad

UBS
Au risque de choquer les détracteurs de la finance spéculative, le trading algorithmique est non seulement toujours d'actualité mais, grâce à la nouvelle initiative "QUOD" de la banque suisse UBS, il va devenir plus accessible que jamais à ses clients ("gros" investisseurs) et poursuivre son développement tous azimuts.

Jusqu'à maintenant, la mise au point d'algorithmes de trading automatique reste un exercice complexe à mener, exigeant de longues heures de codage, de tests et d'ajustements. Conséquence logique, le délai entre l'émergence d'une nouvelle idée de stratégie et le déploiement d'un automate se compte typiquement en semaines, voire en mois. Et, de ce fait (notamment par les coûts engendrés), les clients des banques qui les développent ne se voient proposer que leurs algorithmes "standards", sans possibilité de les adapter à leurs attentes particulières.

Avec sa nouvelle approche "QUOD" (pour "Quant On Demand" ou, en français, "Quant à la demande"), UBS veut mettre fin à cette situation. Globalement, son objectif est de combiner technologie et consulting spécialisé pour répondre aux besoins spécifiques de ses clients en matière de trading automatique. A terme, la banque devrait offrir une large palette de services sophistiqués et automatisés mais la première concrétisation de cette vision est centrée sur une application pour iPad, baptisée "UBS QUOD Studio".

Ne la cherchez pas sur l'AppStore, vous ne l'y trouverez pas ! Il s'agit en effet d'une solution propriétaire, dont l'utilisation est (plus ou moins) réservée aux consultants d'UBS. Elle met à la disposition de son utilisateur un environnement interactif lui permettant de définir des stratégies algorithmiques, de les simuler et d'en mesurer les résultats potentiels de manière très rapide. Une fois mis au point, l'algorithme peut être déployé sans délai, le cycle complet de développement, de l'idée à son exécution sur les marchés, se mesurant alors en heures...

La flexibilité offerte par le "QUOD Studio" devrait avoir plusieurs conséquences. Pour n'en citer que deux, elle accélère, d'une part, la "conception" d'algorithmes et rend donc celle-ci plus accessible aux investisseurs mais elle va aussi favoriser, d'autre part, la création de stratégies opportunistes, avec des modèles adaptés à des conditions ponctuelles. Autant dire que le trading automatique a de beaux jours devant lui, avec de tels outils !

Les environnements facilitant la définition et la simulation d'algorithmes de trading ne sont pas totalement nouveaux mais je pense qu'UBS est la première à exploiter la tablette d'Apple pour cette cible. Comme dans d'autres contextes, il semblerait que le choix de ce support soit dicté par les interactions qu'il permet entre le quant et son client. On peut, par exemple, imaginer (en l'absence de plus de détails) que la mise au point d'un algorithme se "joue" à deux autour d'une interface riche manipulée au doigt...

Décidément, l'iPad se révèle incontournable dans les domaines les plus inattendus !

vendredi 20 avril 2012

Dynamics ouvre ses cartes de paiement programmables aux développeurs

Dynamics
Depuis plusieurs années, Dynamics Inc. s'évertue, apparemment sans beaucoup de succès, à trouver des applications utiles de sa technologie de programmation "à la volée" de la piste magnétique des cartes de paiement (ainsi que, plus récemment, de la puce des cartes EMV que nous connaissons en France).

J'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon scepticisme sur les tentatives précédentes de la jeune société mais la nouvelle déclinaison de son concept original, baptisée ePlate™, me semble (enfin) introduire des idées originales qui méritent de s'y attarder sérieusement. Seule ombre au tableau, pour Dynamics : sa technique de programmation dynamique de la carte n'est pas pour grand chose dans l'intérêt de cette innovation. A l'inverse, cette caractéristique la rend plus facilement réplicable...

Comme tous les modèles de la startup, cette ePlate™ possède 2 boutons en façade, permettant à son porteur de modifier à volonté la fonction associée à l'utilisation de la carte. Mais ici, plutôt que de changer le "compte" sur lequel va porter l'achat réalisé (par exemple pour passer d'une carte de débit à une carte de crédit), le choix proposé consiste à configurer une "expérience" particulière.

Et comme deux options représentent une sélection limitée, une application (web et mobile) sera mise à la disposition des utilisateurs pour qu'ils gèrent leurs préférences, en associant une des multiples "expériences" disponibles à chaque bouton disponible sur sa carte.

ePlate™

A ce stade, vous vous posez certainement la question : mais qu'est-ce qu'une "expérience" ? Schématiquement, il s'agit d'un service additionnel associé à un acte de paiement réalisé avec la carte. Très bien, mais quel service ? Et voilà la "magie" du concept : il peut s'agir de n'importe quoi, l'imagination est la seule limite. Tout simplement parce que Dynamics a ouvert cette porte aux développeurs (tiers), qui peuvent l'utiliser comme bon leur semble.

Concrètement, ils ont ainsi accès à 3 "services" principaux : la possibilité d'ajouter une transaction secondaire à chaque achat (par exemple un don à une association), l'opportunité de créditer le compte de l'utilisateur (promotion, coupon de réduction...) et la "capture" des informations de paiement (qui peuvent inclure montant, commerçant, localisation...). Si ce dernier peut vous sembler intrusif, n'oubliez pas que c'est le porteur qui décide à tout instant d'activer ou non l'"expérience", en toute connaissance de cause.

A cet ensemble, s'ajoute également une incitation financière (constituant une forme de rétribution) puisque le fournisseur collectera une commission de 0,25% du montant dépensé à chaque utilisation de son "expérience".

Pour son lancement, ePlate™ inclut déjà 11 de ces "expériences". Quelques-unes sont orientées vers la fidélisation de la clientèle, offrant des cadeaux exclusifs selon les achats réalisés, alors que d'autres (nombreuses) introduisent une dimension ludique dans l'achat, souvent accompagnée d'une composante sociale, par exemple avec un concept de chasse au trésor collaborative à suivre sur Facebook.

Bien plus que sa "carte à boutons", cette idée de donner aux développeurs un accès direct aux transactions de paiement est la vraie révolution introduite par Dynamics avec sa carte ePlate™. Et, comme je l'indiquais en introduction, il est tout à fait imaginable de répliquer ce concept (moyennant, il est vrai, une petite perte de confort) avec un instrument de paiement "classique" et une application mobile. Mais, en prolongeant le raisonnement, le modèle prendrait toute sa valeur avec un moyen de paiement lui-même intégré dans le smartphone du consommateur...

jeudi 19 avril 2012

E*Trade Mobile obéit à la voix de son maître

E*TRADE
Après une longue période d'implémentations plutôt discrètes, plus ou moins réussies, rarement utilisées, la reconnaissance vocale a (enfin) percé dans le grand public avec la sortie de l'iPhone 4s et son moteur de recherche Siri. Et, désormais, l'adoption de la technologie dans "toutes" les applications de la vie courante n'est plus qu'une question de temps.

Épisode inévitable dans ce contexte, sa première apparition dans le monde de la finance est à porter au crédit de la plate-forme américaine de trading en ligne E*TRADE, qui introduit donc la reconnaissance vocale dans son application pour iPhone, en attendant son arrivée prochaine sur Android. Avec cette option, l'utilisateur peut rechercher une valeur, consulter son portefeuille ou encore passer un ordre de bourse, en exprimant simplement ses desiderata dans le micro de son téléphone.

Même si on peut être perplexe face à ce mouvement, par exemple en raison des implications pour la confidentialité des informations "échangées" entre l'utilisateur et son mobile, il faut se rendre à l'évidence : les interfaces traditionnelles à base de clavier (de plus en plus virtuel) sont définitivement mal adaptées aux smartphones et même, dans une large mesure, aux tablettes. Il est donc évident qu'elles devront, à brève échéance, laisser leur place à d'autres modes d'interaction et le pilotage par la parole semble être un des plus prometteurs actuellement.

L'utilité de la reconnaissance vocale dans une application étant naturellement proportionnelle au taux de saisie de texte et à la complexité de navigation qu'impose son fonctionnement, les logiciels bancaires (et pas uniquement de trading) vont rapidement figurer parmi les candidats prioritaires pour leur adoption (si les craintes pour la sécurité ne prennent pas le dessus). Il s'agira peut-être même de la prochaine vague d'innovation autour de la banque mobile, à laquelle il va être nécessaire de se préparer.

Car, outre sa facilité d'utilisation et son efficacité réelle, la reconnaissance vocale est devenue économique et presque triviale à intégrer au sein de toute application mobile. Dans le cas d'E*TRADE, la technologie est fournie par le leader incontesté du secteur, Nuance (qui se cache aussi vraisemblablement derrière Siri), sous la forme d'un kit de développement extrêmement simple à mettre en œuvre.

Mais les appétits s'aiguisent rapidement et ce n'est certainement pas un hasard si une nouvelle solution, Watson, issue des laboratoires d'AT&T, est dévoilée ces jours-ci. Les technologies vocales sur mobile vont décidément être à la mode dans les mois qui viennent !

Mobile : un risque sournois pour la banque ?

L'évocation de la sécurité des données financières sur mobile renvoie, dans la plupart des cas, aux applications et autres services web que les banques mettent à disposition de leurs clients pour leur permettre d'interagir directement avec leurs comptes, en tout lieu et à tout moment. Comme l'ont montré quelques études, il s'agit d'une menace réelle, qui doit être traitée avec la plus haute priorité.

Cependant, le débat ne peut pas s'arrêter là et d'autres risques, moins visibles mais tout aussi critiques doivent être pris en compte. Ainsi, par exemple, de nombreux utilisateurs installent un "gestionnaire de mot de passe" sur leur smartphone, pour stocker la multitude de codes nécessaires à la "vie en ligne" moderne. Parmi ceux-ci figurent, naturellement, les identifiants d'accès à la banque en ligne, voire les codes PIN des cartes bancaires. Or, selon une récente enquête d'ElcomSoft, il s'avère que ces logiciels sont loin d'être aussi sécurisés qu'ils devraient l'être et mettent souvent en danger les données qu'ils sont censés protéger.

L'analyse, qui portait sur quelques-unes des applications les plus populaires du genre pour iPhone, a démontré que la majorité d'entre elles n'opposait qu'une faible résistance à une tentative d'extraction des informations qu'elles stockent. Dans un cas, ces dernières sont même enregistrées "en clair", sans le moindre effort de dissimulation. En réalité, toutes les solutions étudiées, à l'exception d'une ou deux, n'offrent de sécurité que grâce aux mécanismes natifs de l'iPhone : le chiffrement systématique de toutes les données et le système de verrouillage avec un mot de passe "système".

Malheureusement, les consommateurs sont souvent réticents à adopter cette dernière fonction sur leur téléphone. Et ils laissent ainsi, sans le savoir, la porte de leur coffre-fort de mots de passe grande ouverte à toute personne qui s'emparera de leur appareil. Un peu comme lorsqu'ils notent le code PIN de leur carte bancaire sur un post-it glissé dans leur portefeuille (à la différence que, dans ce dernier cas, ils sont généralement conscients de commettre une bévue).

De toute évidence, la menace que représentent ces applications n'est pas aussi critique qu'une vulnérabilité dans un service en ligne mais elle mériterait tout de même de ne pas être ignorée. De la même manière que de nombreuses banques ont pris l'initiative d'alerter leurs clients sur la nécessité de protéger leur PC (notamment en recommandant l'installation d'un antivirus), voire de leur fournir des solutions de sécurité spécifiques (comme, depuis peu, Société Générale avec le produit Rapport de Trusteer), l'éducation des consommateurs sur les bonnes pratiques de sécurité dans leurs usages du mobile devient impérative.

En pratique, une information du public sur les dangers du stockage de identifiants et mots de passe dans un logiciel "quelconque" représenterait un niveau de sensibilisation minimal, peu onéreux à mettre en œuvre. Mais, comme un simple message ne suffira certainement pas à dissuader la majorité des utilisateurs de poursuivre leurs habitudes dangereuses, il faudrait certainement envisager des actions plus concrètes, de la recommandation de solutions dont la sécurité a été validée à leur distribution directe par la banque.

mercredi 18 avril 2012

MasterCard sur les traces de Groupon...

MasterCard
La série avait commencé avec American Express et ses expériences multiples sur les réseaux sociaux (FourSquare, Facebook, Twitter). Visa a ensuite réagi, timidement, avec l'annonce d'une initiative limitée au Royaume-Uni. C'est donc maintenant, naturellement, au tour de MasterCard de lancer sa solution d'offres promotionnelles.

Sans être aussi riche et diversifiée que celles d'American Express, la plate-forme que s'apprête à déployer MasterCard se positionne d'emblée (sur le papier) au niveau des ténors du genre, avec, par exemple, dès le premier jour, une large palette de commerçants, petits et grands, ou encore une capacité de ciblage géolocalisée... Il faut voir là le résultat du choix de s'associer à un spécialiste, "LocalOffer Network", startup pionnière de la "syndication" d'offres de réduction, qui n'est, de plus, présentée que comme la première d'une liste qui pourrait s'allonger à l'avenir.

Le démarrage effectif des "MasterCard Offers Services" n'est prévu que d'ici la fin juin et les détails sur son fonctionnement restent pour l'instant limités. Le principe retenu semble être similaire au modèle de Groupon, le leader actuel du domaine, reposant sur l'envoi d'une offre quotidienne (daily deal) aux consommateurs, en fonction de leur localisation et, peut-on supposer, de leurs centres d'intérêt. En revanche, aucune indication n'est donnée sur la nature des coupons, et, en particulier, s'ils seront dématérialisés (comme ceux d'American Express) ou non.

Le mouvement général des réseaux de paiement vers de nouvelles approches des offres promotionnelles ne doit pas être une surprise : entre la vogue actuelle des plates-formes de coupons de réduction en tout genre et la pression sur les coûts que subissent tous les acteurs des paiements, elle sont perçues, dans une certaine mesure, comme un relais de croissance plus ou moins critique pour le secteur.

La particularité de cette initiative de MasterCard, comme auparavant celle, plus limitée, de Visa, est la volonté affichée d'impliquer les émetteurs de cartes, dont les banques, dans le développement de ces nouveaux services destinés aux consommateurs et aux marchands. Là également, les conditions de cette participation ne sont cependant pas précisées.

Mais une question se pose tout de même dans ce modèle : quelle valeur apporte le réseau (qu'il s'agisse de MasterCard ou de Visa) qui ne soit pas directement à la portée d'une banque, surtout lorsqu'il existe des plates-formes d'agrégation telles que LocalOffer ? Est-ce seulement la capacité à mettre en place la solution sans qu'elles aient à produire le moindre effort ? Les bénéfices potentiels mériteraient pourtant probablement d'approfondir la réflexion sur des déploiements internes et autonomes...

mardi 17 avril 2012

Crédit Agricole Aquitaine à ses clients : dites-le nous !

Crédit Agricole Aquitaine
Leur image ayant été sérieusement écornée – à tort ou à raison – par la crise financière, les banques commencent (enfin !) à réagir et, pour beaucoup d'entre elles, la solution passe par une tentative de rétablir un dialogue avec leurs clients. C'est le cas, par exemple, pour le Crédit Agricole Aquitaine et son site "Dites-le nous !", ouvert le mois dernier.

A vrai dire, l'initiative ne semble pas 100% originale dans le "monde" du Crédit Agricole puisqu'on retrouve sur cette plate-forme quelques-unes des recettes déjà mises en place, depuis plusieurs années, par la caisse régionale de Pyrénées-Gascogne sur son site "Parlons-en ensemble". Seule petite différence, de langage, là où cette dernière appelle directement les clients à exprimer leurs "coups de cœur" ou leurs "coups de gueule", la nouvelle venue les invite plus modestement à poser leurs questions et apporter leurs témoignages.

Quoi qu'il en soit, l'objectif est plus ou moins le même dans les deux cas : offrir aux internautes un autre canal à travers lequel il peuvent dialoguer avec leur banque et où celle-ci peut, autant que possible, leur apporter des réponses. Les deux plates-formes disposent également d'un espace pour recueillir les idées du public.

Dites-le nous !

Choix remarquable, avec "Dites-le nous !", le Crédit Agricole Aquitaine tente de faire tomber toutes les barrières à la participation. Ainsi, il est possible de rédiger une question (ou un témoignage) de manière totalement anonyme ou encore en mode privé. En contrepartie (évidemment...), les messages ne sont publiés qu'après modération (et le délai de 2 jours que j'ai observé sur un test est long).

La démarche du Crédit Agricole Aquitaine est certainement une bonne idée mais elle n'est pas exempte de défauts. Tout d'abord, comme le démontrent l'exemple précédent de Pyrénées-Gascogne et les premiers messages diffusés sur "Dites-le nous !", les avis négatifs, voire agressifs, prennent rapidement le dessus sans nécessairement correspondre à la cible de la plate-forme. La première raison de cet état de fait est certainement liée à la conjoncture (et tous les maux dont sont accusées les banques), qui n'est pas très favorable à une ouverture du dialogue.

Mais, surtout, je pense que l'objectif du site n'est pas correctement perçu par les internautes (et probablement pas suffisamment explicite) : il semble pris plus comme un moyen de support et d'assistance, qui dérive assez rapidement vers un lieu d'expression d'un mécontentement, que comme un espace de dialogue et d'échanges. Et, de fait, il est difficile de savoir si la plate-forme est conçue (aussi) pour cette fonction (qui me paraîtrait avoir plus sa place dans l'espace de banque en ligne) ou s'il s'agit d'un "détournement".

Il en est (malheureusement) de même pour la section d'appel aux idées des internautes, dont on ne sait pas très bien à quoi elle est destinée, ce qu'il est pertinent d'y soumettre, ce que deviendront les propositions qui seront émises... Un flou qui n'en fait finalement qu'une boîte à idées à la mode des années 70, qui ne peut apporter que bien peu de valeur.

En conclusion, je suppose que le site est actuellement encore en devenir (aucune communication officielle n'en a annoncé la naissance, je crois) et il faut donc espérer que ses défauts de jeunesse seront rapidement corrigés.

Information dénichée par Sémaphore Conseil (merci !)

lundi 16 avril 2012

La sagesse des foules prédit les résultats des entreprises

Estimize
La "sagesse des foules" inspire décidément les startups de la finance : après une série de plates-formes (par exemple TweetTrader) qui promettent de détecter les tendances de la bourse à partir du sentiment du public sur Twitter, voici Estimize, une solution originale qui revient aux sources du concept, comme l'illustre son logo, inspiré de l'introduction de l'ouvrage de James Surowiecki, "The Wisdom of Crowds".

Tout d'abord, la cible sélectionnée par Estimize pour ses prédictions se distingue des expérimentations précédentes. En effet, il n'est pas question ici des cours boursiers mais plutôt des résultats trimestriels des grandes entreprises américaines. Ce choix est intelligent car, tout en jouant sur les fondamentaux de l'évolution des cours des valeurs, il est déjà soumis à des prédictions : celles des analystes financiers, dont la moyenne détermine aujourd'hui les réactions des "marchés" aux annonces de chiffres officiels des sociétés cotées.

Deuxième point positif, la plate-forme ne cherche pas à automatiser l'analyse de sentiments et préfère au contraire demander à ses membres de fournir explicitement leurs prédictions. Celles-ci porteront, pour chaque valeur, sur les niveaux de revenu et de chiffre d'affaire qu'annoncera la société lors de sa prochaine échéance financière. Et, dans la stricte logique des modèles de "sagesse des foules", la moyenne des propositions des internautes est finalement présentée en regard du fameux "consensus des analystes" et des résultats effectifs de l'entreprise visée :

Estimize

Bien entendu, la fiabilité des prédictions issues d'Estimize ne vaut que par le nombre de personnes y participant. Pour développer son audience et malgré les risques de dérive que cela peut induire (selon les recherches théoriques sur le sujet), la société a choisi de mettre en place un mécanisme de concours, qui récompense (par des primes de quelques milliers de dollars) ceux qui fournissent les estimations les plus précises dans quelques secteurs particuliers (logiciel, internet, commerce de détail...). Cette compétition permet aussi au passage d'introduire quelques fonctions "sociales" entre membres, de suivi, de comparaison des performances...

Alors que le concepteur du système considère que la "foule" ne deviendra réellement "sage" que quand elle atteindra au moins 10 000 participants, les 3 600 personnes inscrites actuellement suffisent apparemment à battre les prédictions des analystes dans 63% des cas. Conséquence naturelle, des gérants de hedge funds commencent à s'intéresser à Estimize. Ce qui réjouit certainement la startup puisqu'il semble que son modèle économique s'appuie (au moins partiellement) sur la diffusion de ses données, via des APIs (interfaces de programmation), sous une forme qui permettra de les intégrer dans des modèles d'analyse et de trading automatiques...

A l'opposé des précédentes tentatives, que j'ai parfois qualifiées de martingales tellement elles m'inspirent la méfiance, cette mise en pratique de la théorie de la "sagesse des foules" me paraît intéressante. A cela deux raisons principales, que j'ai déjà citées : son approche, collant au plus près aux modèles qui ont déjà fait leurs preuves (celui consistant à deviner le nombre de haricots présents dans un bocal), et son application à un système déjà régi par des prédictions (d'experts ?) dont les limites sont démontrées chaque jour.

Il doit bien exister d'autres cas d'applications possibles du concept de "sagesse des foules", aussi pertinents que celui-ci, ne croyez-vous pas ?

dimanche 15 avril 2012

Axa, Fortuneo et les comparateurs en ligne

Le lancement par Axa d'un nouveau site de comparaison des services liés à l'assurance a fait beaucoup de bruit (médiatique) cette semaine. Presque dans le même temps, Fortuneo dévoilait une initiative similaire, sur Facebook. Toutes deux sont très différentes, mais leur comparaison (!) s'avère instructive.


Axa
Commençons par Axa et son site "QuiALeMeilleurService.com", qui propose aux internautes de comparer les offres des 12 principales compagnies d'assurance françaises, sur l'axe spécifique des services. La présentation en est orientée sur des situations de vie courante (panne de voiture, hospitalisation…), déclinées ensuite selon plusieurs options (remorquage en moins d'une heure, chambre individuelle…).

Comme on pouvait s'y attendre, parce que l'offre d'Axa ne peut être parfaite et que l'objectivité est indispensable dans ce genre d'exercice, les résultats ne sont pas systématiquement favorables à la marque. Et il faut reconnaître à la plate-forme une certaine transparence, avec une vraie mise en avant de la compagnie la mieux placée, quelle qu'elle soit, incluant un lien direct vers son site :

Qui a le Meilleur Service ?

Selon la communication officielle d'Axa, le choix de concevoir un comparateur de services d'assurances répond à une véritable attente des consommateurs (94% considèrent qu'ils sont une composante importante d'un contrat d'assurance), à laquelle aucun site ne répond aujourd'hui, toutes les plates-formes indépendantes étant focalisées sur les tarifs.

Et si la compagnie admet ne pas être toujours en première position, elle affirme vouloir profiter de cette visibilité sur son positionnement pour progresser et corriger ses points faibles.


Fortuneo
Pour Fortuneo, en revanche, la comparaison porte, beaucoup plus classiquement, sur les frais bancaires. Ce qui rend l'initiative originale est son installation sur Facebook. Le consommateur décrit le compte qu'il possède et, selon le niveau de détail choisi, ses "habitudes bancaires". L'application présente alors une estimation des frais correspondants, dans la banque actuelle du client et chez Fortuneo.

L'objectivité des résultats est "garantie" par le recours à un tiers (Choisir-ma-Banque.com) pour les évaluations de frais. Malheureusement, le résultat n'est pas entièrement transparent : les options par défaut dans le cas d'une estimation rapide ne sont pas très explicites, les calculs ne sont pas toujours corrrects (constat objectif sur un de mes comptes). Et, dans le cas d'une comparaison désavantageuse, la "pirouette" finale de l'application consistant à vanter les applications mobiles de Fortuneo est très artificielle…

Comparateur de Frais Bancaires Fortuneo (Facebook)

Autre détail gênant, l'utilisation possible des informations collectées (celles du profil Facebook de l'utilisateur ainsi que, par exemple, l'établissement détenteur de son compte) n'est pas précisée. Il faut d'ailleurs noter que l'accès à l'application requiert un "like" préalable du profil de la banque (à défaut, la page affichée reste vierge)…


Le rapprochement entre ces deux initiatives est particulièrement révélateur, même si elles concernent des secteurs distincts : nous avons d'un côté, une banque qui se positionne sur les tarifs les moins chers et propose un comparateur de frais et, de l'autre, une compagnie d'assurance "traditionnelle" qui valorise son expertise plus que ses prix et met logiquement en ligne un comparateur de services…

Et si, au moins, celle d'Axa a le mérite d'être unique en son genre, l'intégration dans Facebook que tente Fortuneo laisse perplexe sur sa finalité.

Aucune des deux n'est donc totalement sincère, puisque chacune joue principalement sur son "terrain" de prédilection. En ce sens, il ne faut voir ici guère plus que de simples opérations de communication, alors qu'une adoption "intelligente" du principe du comparateur (de préférence au cœur d'un site commercial) peut être un formidable "capteur" de satisfaction, capable de détourner (au moins partiellement) les consommateurs des sites indépendants. Mais viser un tel objectif relève, évidemment, d'une toute autre ambition, pleine de risques.

Quand MAAF se frotte à l'innovation ouverte

MAAF
Apparemment lancée en août 2011, la "plate-forme collaborative" de MAAF est passée sous les radars jusqu'au mois dernier, quand un concours d'idées l'a (un peu) sortie de l'anonymat. Dommage pour une initiative d'innovation en crowdsourcing qui ne peut apporter de valeur qu'à la condition d'accueillir un maximum de participants...

Le cœur du dispositif est donc un espace web, sur lequel tous les internautes sont invités à proposer leurs idées pour améliorer ou enrichir les solutions mobiles de la compagnie d'assurance : son site maaf.mobi et ses 3 applications "assistant santé", "assistant accident" et "alcootel". La consultation en est entièrement libre mais, fort logiquement, il faudra s'inscrire, via une procédure extrêmement simple, pour soumettre une suggestion ou commenter celles qui sont déjà présentes.

Malgré quelques limitations et imperfections mineures, la réalisation du site est soignée et le résultat est assez séduisant. Son fonctionnement est, pour l'essentiel, basé sur un concept de forum : chaque proposition correspond à un fil de discussion, qui peut donc devenir un lieu échange avec les modérateurs de MAAF et avec les autres participants. Ces derniers ont également la possibilité de voter pour les meilleures suggestions ou encore de les promouvoir sur Facebook, grâce à un bouton "like".

Plate-Forme Collaborative MAAF

L'historique de 8 mois depuis l'ouverture du site permet de constater que les équipes de MAAF sont bien impliquées dans l'initiative, à la fois par leur participation aux échanges mais surtout par leur prise en compte des idées soumises, grâce à un "statut" attribué à chacune d'elles. Quelques-une sont ainsi déjà "en cours de réalisation" et beaucoup sont présentées comme "retenues". Naturellement, le risque majeur à ce stade est celui d'un délai trop important entre l'"acceptation" et la concrétisation (aucune proposition n'est encore passée au statut "mise en œuvre"), qui pourrait décourager les meilleures volontés.

Au chapitre des défauts, il faudra noter, entre autres, une navigation parfois peu intuitive (l'accès aux listes d'idées n'est pas un exemple d'ergonomie) ou encore l'impossibilité de joindre des éléments multimédias (images, vidéos...) aux discussions... Mais ce ne sont là que des inconvénients mineurs dans un ensemble plutôt réussi, dont j'apprécie particulièrement le parti pris de "focaliser" les sollicitations sur des thèmes spécifiques (qui semble bien prouver son efficacité) et son approche réellement "ouverte", sans la modération "a priori" que je reprochais récemment à "SG et Vous".

Finalement, il est surtout regrettable que MAAF n'ait apparemment pas engagé l'effort nécessaire pour faire connaître cette initiative, qui n'a recueilli qu'un peu moins de 50 idées depuis sa mise en ligne (même si celles-ci sont d'une bonne qualité générale). Le concours lancé au mois de mars avait peut-être pour objectif de corriger cette anomalie mais il est lui-même resté plus ou moins confidentiel, malheureusement. Une communication beaucoup plus large, au moins sur le site web de la compagnie (il est tout de même incroyable qu'aucune référence n'y soit visible aujourd'hui) et dans ses applications mobiles, pourrait constituer un bon début...

Information détectée grâce à @EnassIFPASS (merci !)

vendredi 13 avril 2012

Un kiosque pour obtenir un crédit en libre service

Portlogic Systems
Pour toutes les entreprises, et plus particulièrement les banques et les compagnies d'assurance, l'automatisation des processus est un objectif permanent, visant à réduire leurs coûts et à fiabiliser leurs opérations. La jeune société canadienne Portlogic Systems leur propose de franchir un nouveau pas dans cette voie avec un kiosque de demande de crédit en libre service.

Le cas d'utilisation présenté sur son site s'avère assez convaincant : le client, après avoir introduit sa carte bancaire et saisi son code PIN, précise les caractéristiques du prêt qu'il souhaite souscrire. L'appareil dispose d'une caméra pour prendre une photographie du client, d'un scanner pour enregistrer les pièces justificatives et d'une tablette recueillant les signatures manuscrites. Tous les éléments du dossier ainsi assemblés sont ensuite transmis par voie électronique à la banque. Une fois la demande acceptée, le client est informé par SMS et il n'a qu'à finaliser sa transaction, toujours sur le kiosque : impression du contrat, signature ("physique" sur papier, cette fois) et dépôt dans la "boîte aux lettres" prévue à cet effet.

Kiosque de Prêt Portlogic

Il ne s'agit là que d'un exemple d'utilisation du kiosque, qui peut être décliné pour d'autres besoins. Portlogic imagine, par exemple, l'attribution d'une carte bancaire (l'appareil intègre une "imprimante" de cartes, conçue pour cet usage) ou encore la souscription d'un contrat d'assurance. Pour ce premier type d'usage, l'appareil a déjà été déployé par la banque turque Akbank depuis plusieurs années, mais c'est seulement aujourd'hui qu'il est officiellement commercialisé.

Technologiquement séduisant, le système de Portlogic ne peut néanmoins manquer de soulever des interrogations quant à son acceptation par les consommateurs. Car, malgré la présence d'un assistant virtuel guidant l'utilisateur et d'un accès téléphonique à un opérateur de support, le processus de prêt se trouve extrêmement déshumanisé. Le modèle du libre service a réussi à s'imposer pour des opérations simples, telles que le retrait d'argent, mais il risque d'être plus difficile à faire passer pour une demande de crédit. D'autant que les clients les plus susceptibles de l'adopter préfèreraient probablement disposer d'un équivalent sur Internet...

mercredi 11 avril 2012

Capital Koala transforme les réductions en épargne

Capital Koala
S'il m'arrive fréquemment de présenter dans ces colonnes des concepts originaux de promotions ou autres coupons de réduction (le dernier en date était celui de SmarterBank), ils sont toujours américains et je désespérais d'en voir des exemples (intéressants) en France. Ma patience est enfin récompensée : avec Capital Koala, les réductions obtenues sur les achats en ligne viennent alimenter le compte épargne d'un enfant.

Le principe en est simple : tout d'abord, le parent s'inscrit sur la plate-forme et désigne un bénéficiaire, pour lequel il va ouvrir un compte épargne. Il est aussi possible de grouper plusieurs participants dans des « koalitions » (par exemple familiales) alimentant la même cagnotte. Ensuite, pour chaque achat réalisé sur un des sites partenaires (parmi plus de 1 000 annoncés), les réductions obtenues, variant de quelques centimes à 20% du montant dépensé, vont être portées automatiquement sur le compte.

Capital Koala propose, pour l'instant, les produits spécialisés pour enfants de deux banques partenaires, Monabanq et ING Direct. Classiquement avec ce type de compte, ce sont les parents qui gèrent initialement l'épargne, le bénéficiaire n'en prenant réellement possession que lorsqu'il atteint sa majorité.


Le mode opératoire s'avère, hélas, un peu lourd. En effet, l'utilisateur doit passer d'abord par la plate-forme de Capital Koala (et s'être authentifié) pour accéder aux sites de commerce en ligne de son choix, sous peine de ne pas être identifié et de ne pas voir ses dépenses récompensées. Une alternative est proposée, sous la forme d'une barre d'outil intégrée au navigateur web, plus simple d'usage mais nécessitant une installation préalable.

L'avantage des établissements émetteurs de cartes sur une approche de ce type, qu'ils en soient à l'origine ou qu'ils n'en soient que partenaires, est évident : leur position leur permet d'automatiser entièrement l'attribution des réductions lors de la comptabilisation des opérations. Et c'est bien ainsi que fonctionnent les exemples américains que j'évoquais en introduction.

L'idée de Capital Koala me semble excellente mais je ne suis pas convaincu qu'elle soit viable en l'état, non seulement par son (léger) handicap d'usage mais également par son modèle économique, dont les revenus semblent uniquement issus des commissions reversées pour l'ouverture des comptes d'épargne. Finalement, il serait tellement plus cohérent que ce soit une banque qui propose ce service auprès de ses clients, même s'il restait « produit » par la startup

mardi 10 avril 2012

Quelques idées pour favoriser l'innovation

Kimberly-Clark
Les bonnes pratiques en matière de "culture de l'innovation" peuvent venir de partout. Preuve en est cet article de ComputerWorld présentant les "recettes" de David Richter, responsable des infrastructures informatiques de Kimberly-Clark (vous savez, le fabricant des Kleenex !), dont la volonté de promouvoir la créativité de ses équipes est incontestablement ambitieuse.

En effet, les conditions idéales étaient loin d'être réunies lorsqu'il s'est lancé dans l'aventure : entre une série de restructurations (une succession d'externalisation et de ré-internalisation), qui a rendu tous les collaborateurs méfiants, et une organisation reposant entièrement sur des processus hyper-formalisés, les idées avaient tendance à être rapidement bloquées, souvent à la source.

La démarche que Richter souhaitait mettre en place devait être adaptée au contexte de l'entreprise. Il lui a donc fallu ré-instaurer la confiance et faire tomber les principales barrières. Première étape, c'est un modèle typique de capital-risqueur qu'il a choisi : n'importe lequel des 250 employés de son département peut venir lui soumettre une idée, sous la forme d'un pitch court, de 30 minutes. L'objectif de cette présentation est d'esquisser les bénéfices potentiels pour l'entreprise face aux efforts nécessaires et aux coûts engendrés, sans pour autant chercher à dégager un modèle économique auquel Richter ne croit pas dans ces phases amont, d'incubation.

Si l'argumentaire est suffisamment convaincant, le projet passe à l'étape suivante, en recevant son premier tour de financement. Là encore, l'expérience va à l'encontre des théories et, surtout, des craintes habituelles. Car la plupart des idées qui sont émises peuvent être mise en œuvre, pour un premier test, avec un minimum de moyens. Richter indique qu'en 10 mois, il a investi moins de 10 000 $ dans les idées qui lui ont été soumises.

Le plus important à ce stade du processus est de définir un livrable et une échéance, au besoin en limitant la portée du "prototype" à produire, de manière à éviter tout risque qu'il ne s'étale indéfiniment dans le temps, sans résultat tangible. Ensuite seulement, si l'essai se transforme en succès, alors interviendra le deuxième tour de financement, indispensable pour passer au mode "industriel".

Enfin, une dernière étape apporte la touche finale à ce cycle : la publication, sur l'intranet de l'entreprise, des idées proposées, toutes les idées, qu'elles réussissent ou non, avec leurs résultats. Cette exposition publique constitue un facteur majeur de motivation et de confiance des collaborateurs et un instrument de démonstration de la (dure) réalité de l'innovation : pour quelques succès il y a beaucoup d'échecs, qui doivent aussi être mis à profit pour progresser, devenant ainsi autant d'occasions d'apprendre...