C'est pas mon idée !

vendredi 16 novembre 2018

10 000 pas quotidiens pour une Apple Watch

UnitedHealthcare
Les capacités toujours plus puissantes de la montre d'Apple en matière de suivi d'activité et autres paramètres physiques de son utilisateur attirent décidément les acteurs de l'assurance santé. UnitedHealthcare, l'un des plus importants d'entre eux aux États-Unis, avec 50 millions d'assurés, va jusqu'à en subventionner totalement l'acquisition.

Le nouveau programme « Motion » de la compagnie emploie en effet les grands moyens afin d'inciter les collaborateurs des entreprises adhérentes à ses solutions collectives à pratiquer plus d'exercice. Après une simple activation dans son tableau de bord par le gestionnaire du contrat, chaque employé qui le désire peut demander à recevoir gratuitement une montre d'une valeur d'environ 300 dollars. S'il respecte régulièrement les conseils qui lui sont prodigués, elle sera définitivement à lui au bout de 6 mois.

Sans grande surprise, car il s'agit de l'activité physique la plus simple et la plus universelle, convenant à tout le monde, c'est la marche à pied que l'assureur cherche à promouvoir. Il ne se contente cependant pas d'encourager à effectuer plus de 10 000 pas quotidiens (le standard en la matière) : il invite également à la régularité (en valorisant des séquences de 500 pas en 7 minutes, espacées de plus d'une heure) et à l'intensité (en offrant une récompense spécifique pour un parcours de 3 000 pas en 30 minutes).

En pratique, l'atteinte de ces différents objectifs rapportera jusqu'à 4 dollars par jour aux utilisateurs, pour une prime maximale de 450 dollars sur une période de 6 mois, réservée aux plus assidus. Celle-ci servira notamment à rembourser la montre fournie, mais elle peut aussi être versée directement aux bénéficiaires qui posséderaient déjà une Apple Watch et qui ont donc aussi la faculté de s'inscrire librement au programme.

UnitedHealthcare Motion

UnitedHealthcare ne se lance pas dans une telle aventure à l'aveuglette : avant de distribuer gratuitement les montres à ses assurés, elle a mesuré concrètement les effets d'un programme de récompenses auprès des adeptes pré-existants d'appareils de suivi de la forme physique : la participation est très élevée – 45% des personnes éligibles s'enrôlent, dont près de 6 sur 10 restent actives plus de 6 mois – et l'engagement est réel – les inscrits marchent deux fois plus que la moyenne des américains.

En arrière-plan, les bénéfices sur les coûts de santé supportés par l'assureur doivent certainement évoluer dans des proportions suffisantes pour justifier l'investissement qu'il consent. Dans une forme de preuve, sa nouvelle initiative vise à tenter de convaincre un maximum d'individus de rejoindre le programme, en rendant son adhésion aussi indolore que possible. Que la perspective d'obtenir une Apple Watch gratuite constitue une motivation (impulsive) supplémentaire ne fait qu'ajouter à l'habileté de la démarche…

jeudi 15 novembre 2018

Impak et sa monnaie virtuelle à impact positif

Impak
La vogue des monnaies virtuelles – à base de blockchain ou non – a stimulé une multitude d'initiatives destinées à promouvoir les économies locales (à l'instar de la livre de Liverpool ou de l'Eusko du Pays Basque). Plus rares sont celles qui adressent des enjeux sectoriels, tel que ceux qui touchent à la responsabilité sociale et environnementale.

La jeune pousse québécoise Impak fait donc partie des exceptions, avec sa démarche entièrement consacrée à favoriser et développer une consommation à impact positif, qu'elle importe actuellement en France après un premier déploiement à Montréal et Toronto, au Canada. Et du fait de son ambition, il n'est pas question pour elle de se contenter de mettre sur le marché une nouvelle cryptomonnaie : elle bâtit un véritable écosystème qui doit garantir que ses objectifs sont respectés, dans la durée.

Ses objectifs, justement, quels sont-ils ? Dans une économie qui cherche exclusivement à exploiter toujours plus des ressources, naturelles et humaines, pourtant limitées, la prise de conscience de la nécessité d'une autre approche a besoin d'acteurs engagés concrètement. Alors, Impak se positionne comme un intermédiaire qui évalue l'impact sociétal et environnemental des entreprises et valorise celles dont le bilan est positif auprès de la communauté de consommateurs rassemblée autour de sa monnaie.

En pratique, la startup adopte ainsi d'abord un premier rôle de qualification des « bons élèves » de l'économie d'impact, dans différents domaines. Grâce à un processus qu'elle à conçu à partir de standards internationaux (les 17 objectifs du développement durable des Nations Unies et les principes de l'Impact Management Project), elle valide les candidatures qui lui sont soumises en privilégiant les acteurs produisant des solutions directes aux problèmes, mais sans mépriser ceux qui veulent limiter leurs effets négatifs.

Accueil Impak

Face à ces entreprises, Impak alignera l'armée d'acheteurs potentiels qu'elle aura convaincu de rejoindre le mouvement. Son argument principal pour les séduire sera un porte-monnaie électronique, à venir prochainement, qui offrira un annuaire des affiliés et, surtout, pourra être utilisé pour régler les achats réalisés auprès des commerces retenus – soit en devise nationale (dollar ou euro, selon le pays), soit en Impak Coin, sa propre cryptodevise – et qui récompensera ces dépenses responsables.

Le dispositif comporte enfin un dernier volet, important car il devrait constituer le socle futur du modèle économique d'Impak. En l'occurrence, les grands groupes seront également sollicités : en alignement avec les préoccupations de développement durable qui animent les plus avancés d'entre eux, une plate-forme d'achats responsables leur permettra d'accéder rapidement, simplement et à moindre frais (mais pas gratuitement) au catalogue des fournisseurs développé initialement pour les consommateurs.

Je ne peux manquer d'exprimer mon scepticisme quant au recours à une blockchain pour gérer une monnaie virtuelle qui, de l'aveu même de ses concepteurs, est soumise à une gouvernance centralisée, couvrant jusqu'à son cours officiel, qui a vocation à suivre l'évolution de l'économie d'impact. En dehors de cette réserve de détail, il reste un magnifique projet de création et d'animation d'une communauté multi-partite engagée pour la planète, fédérée intelligemment autour d'un porte-monnaie mobile.

mercredi 14 novembre 2018

Starling Bank s'offre un réseau d'agences

Starling Bank
Même au paradis des néo-banques (le Royaume-Uni), il n'est pas pratique de réaliser certaines opérations à distance, en particulier les dépôts et retraits d'espèces. Qu'à cela ne tienne, des partenaires sont prêts à prendre en charge ces transactions pour leur compte et faire ainsi tomber un ancien privilège des établissements traditionnels.

Ces derniers temps, plusieurs acteurs (Monese, Tide et, tout récemment, Monzo) se sont tournés vers PayPoint – qui proposait initialement une solution de paiement des achats en ligne dans 28 000 commerces de proximité répartis sur l'ensemble du territoire – pour permettre à leurs clients d'effectuer des dépôts de cash dans les mêmes boutiques. Pour sa part, Starling Bank a choisi de mettre à contribution la Poste britannique afin d'offrir un service encore plus complet, aux consommateurs et aux entreprises.

En effet, tous ses clients peuvent dorénavant se rendre dans un des 11 500 bureaux de poste du pays et verser des espèces sur leur compte, sans limitation de montant (le retrait est également autorisé, mais l'avantage par rapport aux automates est alors moins clair). Naturellement, ce sont surtout les professionnels, et en premier lieu les commerçants, qui apprécieront cette nouvelle possibilité. En fait, selon toute vraisemblance, elle lève probablement un frein majeur d'adoption pour un certain nombre d'entre eux.

Starling Bank - Cash Deposit

À travers cette initiative, comme dans tout ce qu'elle fait, Starling Bank ne vise pas simplement à se placer au niveau de la concurrence, mais bien à la surpasser. En l'occurrence, quand les banques historiques sont engagées dans un mouvement de fermeture d'agences, elle apporte à ses clients une proximité depuis longtemps oubliée (99,7% de la population dispose d'un bureau de poste à moins de 5 km de son domicile) et une disponibilité sur des horaires étendus (jusqu'à 10 heures du soir, parfois).

Bien sûr, la startup n'est pas la seule à profiter de la délégation d'opérations financières au réseau postal de Sa Majesté (NatWest en est utilisatrice, par exemple). Mais contrairement aux grandes enseignes qui tentent de faire accepter à leurs clients le service minimum qui y est mis à leur disposition en substitution au canal qui était jusqu'alors au cœur de leur relation bancaire, elle positionne cette option comme seul moyen de réaliser des transactions « présentielles », sans aucune autre ambition, et en continuant à mettre en avant la qualité de son modèle 100% mobile.

Après une première phase d'expansion auprès d'une niche d'utilisateurs acquis par principe à la cause de la FinTech, les néo-banques britanniques sont désormais entrées dans une logique de massification. Elle les oblige à séduire les consommateurs et les entreprises qui, bien que souvent insatisfaits de leur établissement existant, hésitent à faire confiance à un nouvel entrant. Alors, pour faciliter la décision, elles attaquent un à un les petits défauts et lacunes qu'elles ont encore et les tournent à leur avantage…

mardi 13 novembre 2018

Bruno déploie l'épargne automatique en France

Assistant Bruno
Lancée au début de l'année, la plate-forme d'épargne automatique Bruno, première du genre en France (me semble-t-il), franchit une étape de son développement en offrant, en partenariat avec Carrefour Banque, un livret rémunéré qui devrait inciter toujours plus ses utilisateurs à mettre de l'argent de côté régulièrement, presque sans y penser.

Conçu pour s'intégrer dans la vie quotidienne des jeunes adultes, Bruno est incarné exclusivement sous la forme d'un assistant virtuel (intelligent) installé dans Facebook Messenger. Là, il va commencer par demander à son interlocuteur de connecter ses comptes bancaires (grâce à une collaboration avec Budget Insight), ce qui lui permet de surveiller en permanence l'état de ses finances personnelles… et de lui suggérer un montant optimal à mettre en réserve, chaque semaine, sur son livret.

Classiquement, l'objectif n'est pas tant de faire montre de prouesses prédictives sur la gestion budgétaire des consommateurs (quoique…) que de les accoutumer à penser à leurs économies, qu'ils aient du mal à maîtriser leurs dépenses ou, plus simplement, qu'ils n'aient pas le réflexe de bloquer une partie de leur argent pour un projet futur. En s'immisçant spontanément dans leur vie une fois par semaine, pour les inviter à épargner 5 à 80 euros (la moyenne s'élevant à 120 euros par mois), ils n'ont plus d'excuse.

En pratique, la mise en place d'un compte rémunéré, réclamée par les adeptes actuels de la solution et prévue de longue date par l'équipe de la jeune pousse, tient de la même logique d'accompagnement psychologique. En effet, le taux accordé, de 1% (sur les 10 000 premiers euros) ne représente pas un avantage financier extraordinaire, mais il constitue une subtile incitation supplémentaire à accepter les recommandations de l'assistant virtuel et à ne pas toucher prématurément aux économies accumulées.

Bruno sur iPhone

La recette semble fonctionner : en quelques mois, les premiers clients de Bruno (uniquement acquis par le bouche-à-oreille ?) ont réussi à amasser plus d'un million d'euros d'économies sur leurs comptes. Il faut dire que l'assistant sait aussi s'adapter à leurs contraintes : il propose notamment 3 modes différents, plus ou moins agressifs par rapport à la prévision de capacité d'épargne idéale calculée par les algorithmes à partir de l'historique de transactions et du comportement personnel qu'il révèle.

L'aventure de Bruno ne fait que commencer. Une de ses prochaines grandes étapes consistera à introduire la possibilité d'investir les sommes disponibles dans des produits financiers élaborés, plutôt que de les laisser sur un livret à taux fixe, de manière à, d'une part, dynamiser les rendements et aider les utilisateurs à atteindre leurs objectifs plus rapidement et, d'autre part, à éduquer les jeunes consommateurs à la gestion avancée de leur argent, en les accompagnant dans une approche facile à appréhender.

Le concept d'épargne automatique existe depuis des années (on se souviendra de Digit, en particulier) et il est heureux qu'il se développe aussi en France. Il me semble toutefois extrêmement surprenant que les banques, qui sont pourtant les mieux placées pour le distribuer auprès de leurs clients, ne s'en soient pas encore emparé massivement. Heureusement, donc, que des startups sont là pour pallier à leur timidité…

lundi 12 novembre 2018

Le design à la DSI ? Bon courage !

Forrester
Les grands cabinets d'analystes ont parfois de curieuses idées… Ainsi de cette suggestion de Forrester aux DSI de prendre l'initiative des approches par le design si leurs alter ego des métiers ne s'en chargent pas dans leur entreprise. Quelles que soient les justifications d'une telle recommandation, il est une certitude : elle est inapplicable.

Certes, il est incontestable que le design est une discipline essentielle pour toute société qui cherche à aligner son offre sur les besoins réels de ses clients. Et, quand Forrester englobe dans sa définition les approches systémique (via une vision d'ensemble des fonctions) et intégrationnelle (sous l'angle des relations entre composants), il est même envisageable que le DSI se retrouve en première ligne sur celles-ci, en particulier dans les structures dont l'activité est portée essentiellement par l'informatique.

En revanche, imaginer qu'il puisse devenir le vecteur de déploiement – ne serait-ce que temporairement (le temps que la culture du design s'installe dans toute l'organisation) – d'un processus de développement de nouveaux produits et services reposant sur l'établissement d'une connexion étroite entre les cibles visées, les objectifs stratégiques de l'entreprise et l'expérience client paraît être d'une désarmante naïveté. En effet, le DSI est probablement le moins bien placé pour réussir une telle greffe.

Le premier obstacle est d'ordre historique : dans les grands groupes, au moins, les équipes en charge des projets informatiques ont souvent pris la désastreuse habitude de considérer que leur client est le donneur d'ordre interne (c'est-à-dire un responsable du métier concerné), au point que le futur utilisateur final, surtout quand il s'agit du « vrai » client, est largement ignoré, parfois jusqu'à la caricature. Changer cette manière d'aborder les problèmes représente un défi que le DSI aura des difficultés à affronter seul…

En second lieu, il souffrira aussi d'un inévitable défaut de légitimité s'il veut s'approprier une démarche de design, car celle-ci impose une proximité avec le client incompatible avec son positionnement existant. Outre qu'il n'a pas les accès nécessaires et qu'il lui est donc plus ou moins impossible de capter les besoins à la source, si les autres responsables de l'entreprise n'ont pas eux-mêmes adopté de tels principes, il est certain qu'ils ne les comprendront – et ne les apprécieront – pas de sa part.

L'analyste de Forrester ne manque pas de citer des exemples d'organisations ayant instauré une approche de design dans leurs départements techniques (dont USAA, dans le secteur financier) et il faut reconnaître que cette « pénétration » contribue à leur succès. Mais elle est alors le résultat d'un indispensable mouvement de propagation. Et si un DSI se trouve en peine d'introduire la discipline dans son entreprise, il aura tout intérêt à chercher d'abord à convaincre ses collègues du comité de direction de s'y intéresser… et en profiter pour défendre le rapprochement entre métier et informatique.

Design

dimanche 11 novembre 2018

Younited simplifie le crédit avec Linxo

Younited Credit
Si l'ouverture de la banque promise par la deuxième directive des services de paiement (DSP2) n'a pas encore véritablement vu le jour, ses applications commencent tout de même à émerger. Younited Credit profite [PDF] ainsi de l'accès direct aux comptes de ses clients pour faciliter et accélérer le traitement de leurs demandes de financement.

Le cas d'usage des données bancaires mis en œuvre ici devient un classique du genre. En fin de parcours de sollicitation de son prêt, l'utilisateur doit transmettre un certain nombre de justificatifs, généralement une copie de son dernier relevé d'opérations, un RIB et un bulletin de salaire. Désormais, une autre option s'offre à lui : se connecter à son établissement principal (celui sur lequel sont domiciliés ses revenus) et laisser le partenaire de Younited Credit, Linxo, capturer les informations nécessaires.

Pour les emprunteurs, l'avantage est non seulement de simplifier leurs démarches – leur évitant d'avoir à rechercher et envoyer les documents requis – mais également d'accélérer la procédure et de la rendre plus fiable, ce qui permet à la jeune pousse de leur fournir une réponse en quelques heures, voire quelques minutes. Les consommateurs paraissent être réceptifs à ces bénéfices : déployé depuis le début de l'année, le dispositif est maintenant utilisé pour 35% des demandes de crédit déposées en France et 75% en Espagne, et ces taux sont en progression constante.

Envoi des justificatifs pour une demande de crédit

Mais Younited Credit tire elle-même parti de cet ajout pour améliorer radicalement son efficacité opérationnelle. En effet, la capture de l'historique bancaire de ses clients (elle s'appuie en moyenne sur 3 mois de transactions) lui donne, outre l'assurance d'une information objective, des moyens supplémentaires, automatisés, de vérifier la crédibilité de ses emprunteurs. Elle renforce ainsi sa compétitivité, y compris face aux établissements qui, traditionnellement, peuvent proposer des conditions particulièrement favorables à leurs clients existants, dont ils maîtrisent parfaitement le risque de défaut.

C'est une concrétisation des ambitions initiales de la DSP2 que Younited Credit esquisse donc à travers cette initiative, en démontrant comment la « libération » des données financières favorise la concurrence, au service du plus grand nombre. Il est probable que, pour leur part, les acteurs en place y trouvent surtout matière à se plaindre, en se voyant contraints de partager ce qu'ils considèrent (à tort) comme leur propriété. Ils auraient, au contraire, tout intérêt à s'inspirer des nouveaux entrants et utiliser, eux aussi, le trésor dont ils ont la garde pour apporter plus de valeur à leurs clients.

samedi 10 novembre 2018

Une cryptomonnaie contre les inégalités

Good Dollar
On n'attendrait pas nécessairement d'une plate-forme de trading et de son directeur général qu'ils se préoccupent des inégalités dans le monde. C'est pourtant à eToro que nous devons le lancement de cette intéressante expérimentation qui vise à créer une cryptomonnaie permettant de relever l'un des plus grands défis du XXIème siècle.

Les statistiques de la répartition des richesses sur la planète ont de quoi donner le vertige… et, peut-être, inspirer aux plus chanceux un sentiment de culpabilité qui les incite à agir concrètement. Plusieurs grands noms de la technologie mondiale (Bill Gates, Sir Richard Branson, Mark Zuckerberg, Elon Musk…) s'expriment régulièrement sur le sujet et s'engagent parfois dans des initiatives concrètes. Pour tous ces acteurs, les innovations qui les font prospérer doivent aussi contribuer au bien commun.

Yoni Assia, co-fondateur et directeur général d'eToro, n'a pas attendu le succès de sa jeune pousse pour se pencher sur la question puisqu'il publiait ses premières réflexions il y a 10 ans. Aujourd'hui, celles-ci prennent enfin corps, sous la forme d'une organisation à but non lucratif, dans laquelle sa société injecte 1 millions de dollars, non sans appeler toutes les bonnes volontés à la rejoindre et participer à un programme de développement ambitieux capitalisant sur les promesses de la blockchain et des cryptomonnaies.

L'idée sous-jacente consisterait, en quelque sorte, à reprendre les fondations de bitcoin et y apporter les adaptations nécessaires afin d'éliminer ses défauts et en faire un vrai instrument financier social. Il s'agirait, par exemple, d'éviter le phénomène d'accumulation, qui fait que, actuellement, 87% des réserves sont détenues par 0,7% des adresses (les inégalités sont toujours promptes à se reproduire), ou de concevoir une devise qui soit à la fois non inflationniste (ce que bitcoin a réussi) et non spéculative (c'est plus difficile).

Expérimentation Good Dollar

La cible serait ainsi une monnaie universelle, accessible à tous, dans le monde entier, échangeable contre n'importe quelle autre devise, supportant des frais de transactions réduits et attribuée de manière équitable, sur la base d'un modèle d'intérêt social à définir. En perspective, les concepteurs de ce qu'ils appellent le « Good Dollar » imaginent que ce dernier deviendrait le support du revenu minimum de base dont le concept gagne jour après jour en popularité parmi les décideurs politiques de tous bords.

D'une certaine manière, l'objectif du « Good Dollar » est de revenir aux sources de la cryptomonnaie, mais, plutôt que d'en placer les bénéfices au service de l'idéologie purement libertaire qui animait ses premiers adeptes, ses mécanismes de distribution et de décentralisation seraient cette fois mis à profit pour répartir la richesse qu'il représente avec une plus grande justice entre tous ses participants, dûment identifiés. La vision reste plus utopique que jamais, mais elle paraît encore plus désirable !

vendredi 9 novembre 2018

Un lab d'IA dans une grande surface

Walmart
Voilà le genre de démarche qui manque toujours dans les institutions financières : le géant du commerce de détail américain Walmart annonce la création d'un « lab » d'intelligence artificielle au cœur d'une de ses grandes surfaces, qui doit lui permettre non seulement de tester de nouvelles applications mais également d'évaluer leur accueil.

Deux règles cardinales d'une démarche d'innovation sont, d'une part, de toujours s'assurer que ce qui est développé répond à un besoin d'un client et, d'autre part, de vérifier le plus souvent possible que l'utilisateur cible répond positivement à la solution qui lui est proposée. Dans ces conditions, n'est-il pas parfaitement logique, pour se conformer à ces principes, d'installer les équipes en charge de la création de nouveaux produits ou services au milieu des premiers concernés, dans un point de vente ?

C'est ce que devrait donc faire prochainement la chaîne Walmart pour ses explorations autour de l'intelligence artificielle, qu'il s'agisse de s'aventurer dans la voie ouverte par Amazon Go avec ses boutiques sans caisses ou, plus prosaïquement, de mettre en place des algorithmes plus performants pour anticiper les ré-alimentations des rayons avant épuisement des stocks, en passant par la détection des petits accidents requérant un nettoyage, de produits mal rangés ou de caddies devant être déplacés…

L'ambition de ce « Projet Kepler », qui en est actuellement au déploiement d'une infrastructure matérielle et logicielle prête à accueillir ses premières expérimentations, est d'abord, bien entendu, de concevoir et réaliser des prototypes opérationnels et de les confronter à un environnement réel. Mais il s'agit aussi, simultanément, de mesurer la réaction des employés de l'entreprise et des clients face à des concepts dont on sait qu'ils sont susceptibles de déranger et de faire l'objet de réactions de rejet virulentes.

Les banques (et les compagnies d'assurance) qui croient indéfectiblement en la valeur de leurs réseaux d'agences devraient s'inspirer plus souvent de ces pratiques. Plutôt que de déployer des profusions d'écrans déshumanisés dans leurs locaux, elles pourraient consacrer quelques-uns d'entre eux à une analyse approfondie des attentes de leurs clients et de leurs collaborateurs, en en faisant de véritables espaces de co-création, dans lesquels des idées seraient mises rapidement à l'épreuve de vrais utilisateurs.

Black Friday à Walmart

jeudi 8 novembre 2018

Les banques britanniques guident la FinTech

Tech Nation
Bien que, après une période de dédain, les banques aient fini par déclarer leur flamme à la FinTech, les relations entre grands groupes et startups restent souvent chaotiques. Afin d'aplanir les difficultés, sinon les éliminer entièrement, un groupement d'acteurs britanniques s'est attelé à définir une sorte de charte de la parfaite collaboration.

Pour beaucoup d'institutions financières, il n'est plus question d'envisager l'avenir sans développer des partenariats avec la myriade de nouveaux entrants qui viennent compléter leurs offres. Malheureusement, le fossé qui sépare ces deux mondes génère des frustrations, de part et d'autre : les unes ne trouvent pas réponse à leurs interrogations et s'inquiètent de l'immaturité de leurs interlocuteurs, quand les seconds se plaignent de délais sans fins et de chaînes de décision impliquant des dizaines de responsables.

Cette situation est due, dans une large mesure, à l'incompréhension qui règne entre des structures qui, finalement, ne se connaissent pas aussi bien qu'elles le croient. Conscient de cet état de fait, un collectif rassemblant des banques (RBS, HSBC, Barclays, Lloyds, Santander) et des entreprises technologiques (MarketInvoice, The ID Co, iwoca…), avec le support de l'institut des standards, a décidé de prendre l'initiative afin d'éclairer les conditions d'une coopération fructueuse et en bonne intelligence.

Le résultat de ses travaux se matérialise sous la forme d'un guide [PDF] d'une trentaine de pages. Sa vocation est de fournir à toutes les jeunes pousses – locales ou étrangères – désireuses de proposer leurs produits et services aux établissements britanniques les clés indispensables qui doivent leur permettre de découvrir concrètement et précisément à quel genre d'organisation elles s'adressent, et, notamment, quels sont leurs besoins, leurs attentes, leurs exigences, leurs contraintes, leurs craintes…

Charte de collaboration – Tech Nation

La première partie du document dresse d'abord un panorama générique d'une démarche d'innovation dans un grand groupe – celle qui sera généralement appliquée lors de la mise en œuvre d'une solution de startup. À travers des définitions communes et une description complète des étapes à suivre, détaillant, pour chacune d'elles, les objectifs visés, ses modalités d'exécution, les obligations à respecter (par exemple les « due diligences »), sa durée caractéristique…, les processus sont utilement démystifiés.

Vient ensuite une liste exhaustive des problématiques qui préoccupent les banques au moment d'entamer une nouvelle collaboration dans la FinTech. Elles sont classées en 5 grands domaines, qui, de fait, couvrent le spectre d'une analyse approfondie de la viabilité d'un partenaire : proposition de valeur et positionnement sur le marché, modèle d'affaires et structure de l'équipe, aspects réglementaires et approche commerciale, gestion de la sécurité et de la protection des données, plate-forme technologique.

Au fil des pages, le lecteur appréhende l'étendue des informations que réclament les institutions financières pour avancer avec confiance dans un projet commun et, d'une certaine manière (qui pourrait être développée plus avant), les raisons qui les motivent. Pour encore plus de pragmatisme, une librairie de documents types sera prochainement ajoutée au dispositif. En perspective, le dialogue devrait de la sorte être facilité et – les malentendus étant alors évités – les processus accélérés.

Avec ce chantier de place, le secteur financier britannique fait une nouvelle fois preuve d'une belle maturité dans sa prise de conscience de son besoin de transformation et dans sa capacité à agir effectivement en conséquence. À défaut de démarche équivalente sur le continent, nos banques pourraient à tout le moins reprendre à leur compte la charte concoctée par leurs consœurs d'outre-Manche (y compris, naturellement, les engagements qu'une telle adoption impliquerait vis-à-vis de l'écosystème).

mercredi 7 novembre 2018

La complainte des crocodiles de la DSP2

Sécurité
Selon un article des Échos, l'industrie bancaire française affûte ses armes pour sa prochaine bataille face à la DSP2 (deuxième Directive Européenne des Services de Paiement), qui devrait se dérouler sur le terrain de la sécurisation des achats en ligne. Mais ce combat est-il légitime ou est-il le révélateur d'un dangereux immobilisme ?

Depuis des années, la plupart de nos emplettes connectées sont protégées par le système 3-D Secure, mis en en place conjointement par les réseaux de cartes et les banques, dont la principale incarnation consiste à envoyer, par SMS, un code de sécurité sur le mobile du payeur, qu'il doit ensuite saisir sur le site où il effectue son règlement afin de valider ce dernier. Las, la réglementation qui entre en vigueur en septembre prochain rendra ce procédé caduc car désormais considéré comme insuffisamment sûr.

À l'approche de l'échéance, certains acteurs s'émeuvent, tel le directeur du développement du Groupement Cartes Bancaires qui déclare que le délai octroyé par la Commission Européenne est beaucoup trop court pour non seulement concevoir et déployer un autre mécanisme de sécurité, conforme aux exigences renforcées, mais également pour donner aux consommateurs le temps de s'accoutumer à un changement d'habitude qui s'annonce radical. Or je crains que, ici, on ne se moque de nous !

En effet, il ne s'agit pas seulement de rappeler que les réflexions autour de la directive ne sont pas tombées du ciel et que tout le monde sait depuis plusieurs mois que les contraintes de sécurité des paiements vont devoir être renforcées. Il faut surtout se souvenir que l'alerte à l'insécurité des SMS comme deuxième moyen d'authentification a été sonnée depuis de très longues années par les spécialistes ! J'évoquais ainsi dans ces colonnes une attaque sérieuse en 2012 et les cas se sont multipliés depuis lors.

Alors peut-être est-il vrai qu'une année est bien courte pour changer de moyen de protection des paiements… En revanche, six ans pour prendre conscience des limites des solutions existantes (dûment relayées par les équipes de sécurité des institutions financières, qui, dans leur majorité, n'ont pas attendu pour s'inquiéter), pour créer une alternative viable (ce que certaines banques ont entamé, soulignons-le) et pour la généraliser auprès du public ne semble plus être un planning si impossible à tenir.

L'affaire pourrait n'être qu'un épiphénomène sans importance si elle n'était pas révélatrice d'un état d'esprit répandu dans le secteur : l'intérêt du client (en l'espèce, la protection de ses moyens de paiement) n'est finalement pas si prioritaire qu'il faille presque systématiquement légiférer pour obliger les institutions à s'en préoccuper sérieusement. S'ensuivent alors des récriminations incessantes face au poids et au coût de la réglementation, à ses exigences exorbitantes et ses échéances irréalistes…

Comment les parties prenantes peuvent-elles donc justifier leur immobilisme de ces dernières années, alors qu'elles nous vantent sans discontinuer leur excellence en matière de sécurité, que la cybercriminalité ne cesse de se développer et de se professionnaliser… et que les rapports d'incidents sur les outils mis en place se multiplient ? Ne devraient-elles pas déjà être prêtes pour les menaces de demain au lieu de se lamenter d'être sommées de répondre dans l'urgence à celles d'aujourd'hui ?

Article des Échos repéré grâce à S. Baranov (merci !)

Illustration 3-D Secure