C'est pas mon idée !

dimanche 21 décembre 2014

Brillant hackathon Banque Populaire !

Banque Populaire
Si la mode des hackathons se répand rapidement parmi les institutions financières du monde entier, rares sont les initiatives qui s'adressent exclusivement aux collaborateurs de l'entreprise. C'est pourtant le choix qu'ont fait les Banques Populaires pour leur première expérience en la matière et les résultats en démontrent toute la valeur.

L'idée est née il y a quelques mois au sein d'i-BP, la filiale informatique du groupe. Elle portait une ambition « simple » : rapprocher des populations – bancaires et informatiques – qui se connaissent mal et ont souvent des difficultés à communiquer au quotidien. Une problématique d'autant plus sensible dans une structure telle que celle des Banques Populaires, dispersée sur le territoire (i-BP est présente dans 5 grandes villes françaises) et composée d'une vingtaine d'établissements distincts.

Naturellement, l'organisation de ce hackathon a dû aussi composer avec ces contraintes. Le déroulement en a ainsi été découpé en 2 grandes phases. Dans un premier temps, les « banquiers » ont été invités à réfléchir et soumettre leurs idées d'innovation sur le thème retenu : l'entrée en relation. Une dizaine de propositions a été recueillie et 4 d'entre elles ont finalement été retenues, à l'occasion d'une séance de « pitches », qui s'est tenue en visioconférence le 19 novembre.

Dès lors, les projets sélectionnés étaient présentés sur le réseau social interne des Banques Populaires et les discussions pouvaient s'engager, en particulier entre les porteurs d'idées et les 20 développeurs qui devaient participer au hackathon proprement dit. Pendant un petit mois, l'ensemble des collaborateurs intéressés avaient l'opportunité d'affiner les approches envisagées et de préparer les réalisations à venir, tout en permettant à chacun de faire connaissance avec ses collègues…

Hackathon Banque Populaire

Le 15 décembre au soir, les participants étaient réunis pour le démarrage de la partie la plus intense de la manifestation. Après une courte introduction, les porteurs d'idées « métier » exposaient leur projet en quelques minutes, dans le but de séduire les développeurs et les convaincre de les rejoindre. Il était alors temps de constituer les équipes (fixées à 5 développeurs par projet). Signe de la passion ambiante, quelques-unes commençaient immédiatement à s'organiser pour la suite des événements.

Ce n'est pourtant que le lendemain que les choses sérieuses allaient commencer, car il n'était pas question de faire travailler des salariés de nuit. Le matin venu, le démarrage semblait difficile pour beaucoup des participants : par où commencer pour produire une application complète, en 2 jours, en collaboration avec des inconnus (ou presque) ? Mais il ne pouvait être question d'hésiter longtemps et, très rapidement, la mécanique s'est mise en route : définition des priorités, répartition des tâches et en avant !

Un point d'étape, sous forme de courtes présentations, permettait de mesurer le chemin parcouru à la fin de cette première journée. Beaucoup d'optimisme, d'enthousiasme et de promesses pour le lendemain… mais point de démonstration à ce stade. Il ne faisait cependant plus guère de doutes que les résultats seraient exceptionnels, tant il était évident que les projets avaient tous déjà bien progressés. Il ne restait pourtant que quelques heures pour finaliser les réalisations.

Photo de groupe du hackathon

Enfin, mercredi 17 décembre, à 15 heures, tous les développements s'interrompent et les derniers détails des présentations finales sont mis au point. Quelques minutes de « pitch » pour chacune des équipes, une session de questions-réponses avec les membres du jury (représentants des Banques Populaires, d'i-BP et de BPCE) et les délibérations commencent, longues et certainement difficiles car tous les participants se sont véritablement surpassés.

Sans entrer dans les détails, les 4 applications créées couvrent toutes les étapes de l'entrée en relation, en mixant intelligemment « digital » et humain, dans la ligne de la nouvelle image de marque des Banques Populaires, signée #LaBonneRencontre. Depuis la préparation ludique de l'entretien avec le conseiller jusqu'à l'expression de la satisfaction du client, en passant par des outils d'amélioration de la productivité et une solution originale de découverte de l'offre numérique, c'est une nouvelle approche de bout en bout qui est ainsi dessinée et déjà largement concrétisée.

Cependant, bien plus que par ces réalisations (qui seront tout de même valorisées), le hackathon a apporté aux Banques Populaires une brillante illustration des innombrables opportunités qu'offre la révolution numérique. Tout d'abord, le rapprochement entre les banquiers et les informaticiens est une réussite incontestable : les premiers ont découvert que, contrairement à leurs préjugés, les seconds sont capables de réaliser des miracles, tandis que les seconds ont eu un aperçu de ce à quoi rêvaient les premiers, sans le prisme de cahiers des charges auto-censurés et édulcorés.

D'autre part, chacun de leur côté, les développeurs se sont eux-mêmes surpris, une fois passés les doutes des premières heures, à réaliser ce dont ils ne se croyaient pas capables, alors que les personnes trop immergées dans le quotidien de leur métier se sont mises à penser « hors cadre », en imaginant comment les technologies disponibles aujourd'hui pouvaient les aider à simplifier leur vie ou celle de leurs clients.

Les dirigeants du groupe – dont Serge Matry, directeur général d'i-BP, qui s'est pris au jeu tout au long de l'événement, mais également les membres du jury et tous ceux, nombreux, qui ont fait une apparition lors des présentations – auront également assisté à une démonstration extraordinaire de l'existence de talents cachés dans la banque, de la capacité d'engagement et la passion des collaborateurs, des vertus de nouveaux modes de travail, des possibilités de l'entreprise numérique…

Tout le monde est maintenant reparti dans son environnement habituel (quelques-uns avec leur récompense), en rêvant au prochain hackathon, désormais attendu avec impatience. Mais le plus important sera d'abord de faire infuser les enseignements de cet événement dans toutes les pores de l'organisation, au jour le jour, afin de faire évoluer en profondeur la culture interne et la tourner progressivement toute entière vers l'innovation.

Les lauréats du hackathon (avec Serge Matry)

Bravo aux lauréats, à tous les participants et aux organisateurs ! Et merci de m'avoir offert l'occasion de contribuer à cette aventure enrichissante.

samedi 20 décembre 2014

AXA défie les experts des données

AXA
Alors que sa filiale Direct Assurance doit lancer sous peu une offre d'assurance automobile aux primes modulées selon le comportement du conducteur (ce qu'on appelle « pay how you drive »), AXA organise un concours pour tenter d'affûter ses algorithmes d'analyse de données, avec l'aide des « data scientists » du monde entier.

Première grande initiative visible du « Data Innovation Lab » fondé cette année par la compagnie, la compétition est hébergée sur la plate-forme Kaggle, qui devient incontournable pour ce genre de manifestations (parmi les assureurs, globalement peu nombreux, AllState a régulièrement recours à ses services depuis 3 ans). De la sorte, AXA peut immédiatement capitaliser sur une audience potentielle de plus de 200 000 membres qualifiés, spécialistes de l'analyse de données, issus d'une centaine de pays.

Les modalités pratiques du concours sont relativement classiques. Le problème à résoudre, clair et précis, est accompagné d'un jeu de données de test. Les participants soumettent les résultats de leurs algorithmes et ils obtiennent en retour un score qui en détermine la qualité sur une partie de l'échantillon fourni. Ils peuvent alors re-travailler et affiner leurs modèles, puis recommencer le processus, jusqu'à 5 fois par jour. Après 3 mois, les propositions finales seront mesurées sur l'ensemble des données, afin de désigner les lauréats, qui se partageront 30 000 dollars de récompenses.

Qu'est ce que cette compétition ?

Comme évoqué en introduction, l'objet de la compétition est directement lié à l'analyse des comportements au volant. En conséquence, les données mises à disposition des participants décrivent 200 parcours différents (sérieusement anonymisés) d'un échantillon de 250 automobilistes, par l'intermédiaire de la position de leur véhicule seconde par seconde. Il n'est pas difficile d'imaginer – même si rien ne le confirme – que ces informations proviennent de l'application YouDrive de Direct Assurance, dont les conditions d'utilisation précisaient les ambitions expérimentales.

A partir de ces seules caractéristiques de déplacements, la mission assignée aux experts en lice est de concevoir un modèle de « signature » capable de qualifier aussi précisément et infailliblement que possible le comportement habituel de chaque automobiliste. Pour évaluer la performance des algorithmes proposés, quelques trajets « étrangers » ont été introduits parmi les différents profils de l'échantillon fourni et l'enjeu du concours est de permettre la détection de ces « anomalies » par une simple comparaison de « signatures ».


Compétition AXA sur Kaggle

Au-delà des bases de l'assurance « pay how you drive », que la compagnie doit déjà largement maîtriser (notamment en termes de corrélation avec les risques d'accident), il s'agit donc pour AXA d'améliorer la qualité des données qu'elle utilisera dans ce cadre. Elle vise en l'occurrence à identifier les changements de conducteur sur les véhicules équipés de ses futurs capteurs de mesure de comportement. Soit pour repérer les tentatives de tricherie pour l'obtention de tarifs avantageux, soit (et c'est le plus probable) pour gérer plus finement ses contrats…

Seulement 5 jours après le démarrage de la compétition, déjà plus de 160 participants se sont inscrits et ont soumis presque 700 propositions, dont les meilleurs atteignent un score honorable (le premier au classement obtient actuellement un taux de confiance de 86%, en simplifiant un peu). Il ne fait presque aucun doute que les résultats finaux seront impressionnants et valideront sans contestation possible le potentiel du crowdsourcing pour des problématiques complexes, surtout autour de l'analyse de données…

vendredi 19 décembre 2014

Stockpile investit les pièces jaunes

Stockpile
Sans remonter jusqu'à l'opération pièces jaunes, il existe aujourd'hui une multitude de services proposant aux consommateurs d'arrondir le montant de leurs dépenses, qui pour en faire don à des associations, qui pour constituer une épargne. Avec Stockpile, il est désormais aussi possible d'investir des centimes dans sa société préférée.

A l'origine, la startup a d'abord imaginé un concept – exclusif – de bons cadeaux exprimés en valeurs boursières. En pratique, l'utilisateur choisit un titre (par exemple sa marque favorite) et la somme offerte, sans aucune contrainte. Le destinataire n'a plus qu'à s'inscrire sur la plate-forme et valider le code qui lui a été transmis avec son cadeau. Il reçoit alors les fractions d'actions correspondantes dans son portefeuille, dont il peut suivre l'évolution, et qu'il peut naturellement revendre à tout moment.

Grâce à un partenariat avec l'agrégateur de comptes Yodlee, Stockpile ajoute maintenant une nouvelle corde à son arc. Ciblant cette fois une population de petits investisseurs occasionnels (voire même seulement aspirants investisseurs), ce deuxième service va analyser les dépenses payées par carte, au jour le jour, et réaliser un arrondi virtuel de chacune d'elles au dollar supérieur. Le montant total de ces centimes de monnaie sera prélevé en fin de mois et placé automatiquement dans l'action préférée de l'utilisateur.

Accueil Stockpile

En synthèse, Stockpile est donc une solution supplémentaire d'épargne « sans douleur », dans un paysage qui en compte décidément beaucoup… Par l'intermédiaire de son approche de division des titres unitaires, elle dispose cependant d'une capacité unique d'ouvrir les marchés financiers (et leurs valeurs cotées, sans passer par des fonds) à tous les consommateurs, y compris ceux qui n'y ont généralement pas – ou pas facilement – accès, en raison des seuils d'investissement nécessaires (tout le monde ne peut s'offrir une action Google à 500 USD, sans parler des frais associés).

D'autre part, et comme pour toutes les initiatives du genre, l'objectif est également de convaincre des personnes a priori réticentes à placer leurs économies – surtout en bourse, en l'occurrence – de franchir le pas, en rendant l'opération totalement automatique et transparente. Enfin, et il s'agit là aussi d'une tendance en progression, Stockpile tente, avec une offre distinctive et fidélisante, de séduire les institutions financières, ainsi que, plus originalement, des spécialistes du couponing, des commerçants…

jeudi 18 décembre 2014

Insikt attaque le crédit à la consommation

Insikt
Après avoir fondé Progreso Financiero pour rendre le crédit plus accessible aux américains hispanophones, James Gutierrez a créé Insikt, dont la mission est d'offrir aux commerçants – petits et grands – leur propre solution de crédit à la consommation, en toute indépendance vis-à-vis des institutions financières traditionnelles.

Cette première partie de l'activité de la startup repose sur « Lendify™ », une plate-forme de « Lending as a Service » (LaaS), mise à disposition en marque blanche. Elle permet à toute entreprise – qu'il s'agisse d'une boutique, d'une chaîne de magasins, d'un site de vente en ligne ou même d'une banque qui souhaiterait élargir son champ d'action – de proposer à ses clients (particuliers) un prêt immédiat, sous sa marque, sans aucune exigence préalable d'expertise, d'investissement ou de capital.

Une spécificité de l'approche d'Insikt, issue de l'expérience acquise précédemment avec Progreso Financiero, est que son offre de prêt est accessible aux populations qui en étaient écartées jusqu'alors. En effet, au lieu d'utiliser les méthodes classiques d'évaluation du risque de défaut (basées essentiellement sur un score de crédit, réservé à une certaine élite), la société a développé ses propres algorithmes d'analyse, traitant des milliers de données issues de sources multiples et variées (dans une logique de « big data » qui se généralise actuellement).

En parallèle, la startup adopte aussi un mode de financement original. Les prêts contractés sur la plate-forme sont « titrisés » et les fonds ainsi constitués sont placés auprès d'investisseurs accrédités qui souhaitent entrer sur le marché du crédit P2P (« pair à pair ») sans s'embarrasser d'une gestion individuelle des transactions. A la fin de cette année, 4 de ces fonds auront déjà été créés ainsi que 3 autres à taux fixe, représentant un capital total de 40 millions de dollars.

Accueil Insikt

En dépit de sa jeunesse, le concept proposé par Insikt semble inspirer confiance puisque la société vient de boucler [PDF] un deuxième tour de financement de 16 millions de dollars et, surtout, d'obtenir une facilité de trésorerie de 70 millions qui lui permettra de développer ses opérations. Les participants à ce montage – qui comprennent notamment Capital One, Northeast Bank, et Silicon Valley Bank – démontrent que quelques institutions financières (au moins) prennent conscience du potentiel des modèles alternatifs de crédit et d'investissement…

Avec le lancement d'Insikt, James Gutierrez considère que les banques n'ont plus désomais de légitimité particulière à proposer leurs offres de crédit dans les commerces. Au contraire, selon lui, il devrait s'agir d'un service distribué directement par les marchands. En tout état de cause, même ceux qui ne croient pas aux approches alternatives peuvent tirer un enseignement utile de cet exemple : de plus en plus, la commercialisation des produits financiers doit s'intégrer au cœur de l'expérience du consommateur et non plus être abordée comme une fin en soi.

mercredi 17 décembre 2014

Digit, le service qui épargne à votre place

Digit
Qu'elles émanent de banques ou de startups, il existe désormais une multitude de solutions destinées à inciter les consommateurs à mettre de l'argent de côté, à grand renfort de notifications contextuelles, de techniques ludiques, d'offres promotionnelles… Une nouvelle venue, Digit, propose une autre vision : le « robot d'épargne ».

Le concept consiste à décharger totalement l'utilisateur des décisions relatives à ses économies. Pour ce faire, il va tout d'abord fournir les codes d'accès à son compte bancaire (oui, cette étape peut paraître inquiétante). Dès lors, les algorithmes de la jeune pousse vont analyser son profil et son comportement financier et, dès qu'ils le jugent opportun (si le solde est suffisant et que les dépenses prévisibles avant le prochain versement de salaire l'autorisent), transférer une partie des fonds disponibles vers un compte d'épargne, sans la moindre action de sa part.

Afin de maintenir le contact avec ses abonnés en dépit de cette automatisation, Digit leur envoie chaque jour un SMS, comprenant quelques informations sur leur situation. Le plus souvent, il rappellera le solde de leur compte, parfois il s'agira du montant mis de côté au cours de la semaine ou du mois écoulé… En complément d'un site web privatif au contenu extrêmement sobre (simplicité oblige !), l'ensemble des opérations est accessible par le biais de commandes SMS, notamment la fonction de retrait qui permet d'effectuer à tout moment un virement depuis la cagnotte vers le compte courant.

Accueil Digit

Avec son épargne sans intérêts, Digit ne s'adresse évidemment pas à la minorité de personnes qui gèrent leurs économies activement. Au contraire, l'objectif de Digit est de donner la possibilité de se créer une petite réserve d'argent à tous ceux – et ils sont nombreux ! – qui ne parviennent pas à s'astreindre à la discipline nécessaire pour le faire eux-mêmes. Comme l'explique Ryan Lawler dans un article pour TechCrunch, les 1 000 dollars mis de côté pour lui ne représentent pas grand chose mais ce sont 1 000 dollars de plus que ce qui lui resterait s'il n'utilisait pas le service.

De manière générale, les innombrables solutions d'épargne actuelles, proposées en particulier sous la forme d'applications mobiles, tentent – avec plus ou moins de succès – de convaincre leurs utilisateurs de gérer leurs économies alors qu'ils y sont peu enclins naturellement. Plutôt que de chercher vainement à lutter contre cette tendance passive et laxiste des consommateurs, Digit adopte donc une approche pro-active de substitution, en leur proposant de laisser un « robot » (intelligent) prendre les décisions à leur place.

Si le dispositif mis en œuvre est relativement sécurisé, il requiert tout de même une confiance quasi-aveugle de la part des nouveaux inscrits. Afin de lever ce handicap, ainsi que dans un but de rationalisation de son fonctionnement, Digit est en passe d'intégrer sa solution avec une banque partenaire. En réalité, il est presque évident que, pour séduire largement sa cible d'utilisateurs, un outil de ce genre devrait être proposé par une institution financière… Il constituerait alors un extraordinaire premier pas dans la direction de services immergés dans la vie quotidienne des clients.

mardi 16 décembre 2014

BBVA acquiert une startup des big data

BBVA
Tandis que la plupart des grandes institutions financières commencent tout juste à s'éveiller aux enjeux de la transformation numérique, quelques pionnières passent déjà à la vitesse supérieure, pour rester au contact des exigences de leurs clients. Parmi ces dernières, BBVA mise sur des acquisitions pour accélérer sa mutation.

Après le rachat de la « néo-banque » Simple au début de l'année, qui doit l'aider à appréhender une vision différente de ses métiers (d'abord aux États-Unis), le groupe espagnol vient d'annoncer l'intégration dans son portefeuille de Madiva, une « startup », madrilène. Avec cette deuxième opération, l'objectif que vise officiellement BBVA est de renforcer immédiatement ses capacités dans le domaine émergent des « big data », dans la perspective d'adapter au mieux ses produits et solutions aux attentes des consommateurs.

La jeune société – fondée en 2008 – a en effet développé une offre de services innovante dans ce domaine, largement reconnue par les nombreuses compagnies d'assurance et banques qui lui font confiance. Sa proposition de valeur consiste à créer des opportunités commerciales grâce à l'analyse de données, structurées ou non, issues des multiples sources du monde numérique. A l'instar de Simple, Madiva conservera son autonomie dans son nouvel environnement, le seul changement d'importance pour elle étant que BBVA deviendra un client privilégié.

Accueil Madiva

La cible choisie par la banque pour poursuivre sa stratégie d'acquisition ne doit rien au hasard. Parmi les grandes tendances du moment, les « big data » sont universellement considérées comme une des plus prometteuses, notamment dans le secteur financier. Or, il s'agit d'une discipline qui requiert des compétences rares et il s'avère donc extrêmement délicat pour les entreprises de monter en puissance seules. Celles qui, comme BBVA, estiment que le sujet est prioritaire et urgent n'ont alors d'autre choix qu'une acquisition (probablement au prix fort).

Cette approche sera certainement tentante pour bien d'autres acteurs confrontés aux mêmes difficultés. Elle n'est (hélas !) pas adaptée à tous les cas. Si la banque espagnole peut raisonnablement espérer que la greffe prenne, ce n'est pas uniquement parce qu'elle laisse son indépendance à Madiva. Sa véritable force, qui a d'ailleurs certainement constitué un critère déterminant dans la conclusion de la transaction, est d'avoir su au préalable faire évoluer sa culture, qui la rend capable de travailler efficacement avec des approches disruptives. Ce qui n'est pas à la portée de toutes ses consœurs…

lundi 15 décembre 2014

La banque qui ressemblerait à Amazon…

Amazon
Il y a quelques semaines, un analyste de Celent nous invitait à imaginer une compagnie d'assurance telle qu'elle serait créée aujourd'hui, à partir d'une campagne sur Kickstarter. Cette fois, nous nous attarderons sur un exercice similaire dans le domaine bancaire, réalisé par un responsable de l'éditeur de logiciels Temenos.

Les prémices de la réflexion de John Schlesinger sont simples : les grandes institutions financières sont régulièrement alertées sur les risques d'obsolescence des systèmes informatiques qui gèrent le « coeur » de leurs activités – au point que certains régulateurs esquissent la menace d'exigences directes en la matière – mais elles ne semblent pas prendre conscience de l'urgence qu'il y a à réagir. Afin de frapper les esprits, il propose de dessiner la banque qui serait conçue en partant d'une feuille blanche et en s'inspirant d'un modèle d'entreprise numérique comme Amazon.

Sans retracer l'histoire en détail, les faits sont là. Aux débuts de l'informatique, la relation client reposait exclusivement sur les agences et les conseillers. Sont alors apparus les distributeurs de billet, qui se sont rapidement transformés en « guichets automatiques » et ont commencé à remplacer les caissiers d'antan. Puis Internet est né et s'est développé, amplifiant la tendance. Plus récemment, le mobile est arrivé, dépassant les contacts en agence en un an là où il en a fallu 10 pour le web (dans certains établissements). Or les systèmes n'ont fondamentalement pas changé.

Alors, que devrait être une banque au 21ème siècle ? Sa première caractéristique serait d'être entièrement centrée sur le service aux clients et non plus orientée sur son organisation et ses processus internes. De la même façon qu'Amazon sait me recommander des produits en fonction de l'historique de mes achats et de ma navigation, mon conseiller financier (humain ou non) devrait se souvenir de toutes mes interactions, via tous les médias disponibles (web, mobile, agence, centre d'appel…), et pouvoir ainsi répondre à mes besoins avant que je ne les exprime.

Deuxième changement d'importance, les coûts seraient clairs et transparents et la banque saurait se satisfaire de faibles marges. Il n'est résolument pas question de viser la gratuité (réelle ou factice) : les consommateurs sont prêts à payer pour les services qu'ils obtiennent, à partir du moment où il les ont choisis, qu'ils en connaissent le prix, sans la moindre ambiguïté, et qu'ils le considèrent raisonnable pour leur besoin. En parallèle, toute l'offre doit être accessible là où se trouve le client, à tout moment, sans jamais exiger qu'il se rende dans une agence.

Côté informatique, les applications seraient adaptées aux nouveaux comportements de leurs utilisateurs – dont les plus nombreux sont les clients et non les collaborateurs. Alors que ces derniers y recourent principalement pour enregistrer des transactions, les internautes et les mobinautes les sollicitent dorénavant à une écrasante majorité pour consulter des informations (peut-être 5 000 accès pour 1 transaction exécutée). Dans le prolongement de cette logique, il ne devrait plus exister aucun traitement « batch » et toutes les opérations devraient être enregistrées et validées immédiatement (ou presque), sans la moindre interruption, comme lorsqu'on passe une commande sur internet.

Je vois déjà les cheveux se hérisser sur la tête des banquiers traditionalistes à la lecture de ces lignes : tout ceci n'est que divagation et serait rigoureusement impossible à mettre en œuvre… Et pourtant, y a-t-il réellement tant de différences entre une banque et Amazon, qui justifieraient que ce que le second est capable de faire (avec succès) se trouverait inaccessible à la première ?

Aurore ou crépuscule ?

dimanche 14 décembre 2014

BNP Paribas s'immerge dans les crypto-devises

BNP Paribas
En cette fin de semaine maussade du mois de décembre 2014, une fièvre particulière s'est emparée d'une quarantaine de collaborateurs de BNP Paribas Securities Services (BP2S), rassemblés au tout nouvel AntiCafé Innovation parisien. Leurs symptômes ? Une obsession des crypto-monnaies et une idée fixe : inventer leurs futurs métiers…

Alors que le monde entier s'emballe pour le bitcoin et ses dérivés, les institutions financières commencent naturellement à s'y intéresser de près, afin d'identifier à la fois les menaces qu'ils font peser sur elles et les opportunités qu'ils pourraient leur offrir. À ce jour, les réflexions restent souvent théoriques et les initiatives concrètes sont rares et discrètes. Pour BP2S (filiale en charge de la gestion de titres dans le groupe BNP Paribas), même s'il n'est pas question de brûler les étapes, l'ambition est de développer de nouvelles activités ou d'ouvrir ses métiers existants à la révolution à venir.

Pour répondre à ce défi, les collaborateurs de toutes spécialités étaient donc invités à imaginer comment pouvaient s'immiscer les crypto-monnaies dans les produits et services de l'entreprise. Bien entendu, avant de se lancer, il était indispensable pour les participants de comprendre le sujet à traiter, il est vrai relativement complexe. Une demie-journée a ainsi d'abord été consacrée à une présentation du protocole bitcoin, de ses utilisations actuelles (intervention assurée par mes soins) ou encore de ses enjeux juridiques et réglementaires.

Cette première partie s'est conclue lors d'un « Meetup Bitcoin », accueilli par Google. Outre une présentation technique (assurée par Pierre Noizat, de Paymium), 3 startups (Brawker, Ledger Wallet et Paymium) y « pitchaient » leurs solutions. Cette séance riche procurait une occasion – unique pour la plupart des participants de BP2S – de mieux s'imprégner de la culture et du dynamisme de ces jeunes entrepreneurs et de l'écosystème des crypto-monnaies. Elle devait représenter une importante source d'inspiration pour l'exercice qui les attendait le lendemain matin.

Hackathon BNP Paribas Securities Services

Vendredi, dès 9 heures, commençaient (enfin !) les choses sérieuses. Répartis sur 4 tables thématiques, les récents convertis aux vertus de la « blockchain » commençaient à plancher, accompagnés par une poignée d'animateurs et d'experts (dont je faisais partie, en toute modestie). A partir d'une petite revue informelle des éléments importants du concept, il s'agissait d'examiner à la loupe les cas d'usages possibles dans les métiers de BP2S et d'en tirer un « business model » aussi complet et précis que possible.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la recette fonctionne ! Les équipes se prennent réellement au jeu, avec sérieux, et s'approprient les principes des crypto-monnaies avec une agilité impressionnante pour, ensuite, les décliner dans leur environnement professionnel quotidien. Les spécialistes techniques et juridiques sont régulièrement sollicités afin de confirmer (ou non) la viabilité et la faisabilité des idées émises, suggérant parfois une piste alternative qui fait rebondir les imaginations dans une autre direction…

En fin de journée, 4 projets – plus ou moins élaborés – seront présentés, en quelques minutes chacun. On parle alors de l'introduction de la monnaie Bitcoin dans les activités de BP2S – par exemple la création d'une ligne métier centrée sur la gestion des risques liés aux crypto-monnaies ou la simplification des problématiques de règlements en devises – et de l'utilisation de la « blockchain » en vue de sécuriser et simplifier les opérations existantes – notamment dans la transmission des instructions des clients.

L'événement est maintenant terminé, chacun rentre chez soi et retournera lundi à ses occupations habituelles. Mais la graine qui a été semée ne l'aura pas été en vain. D'une part, une quarantaine de personnes ont désormais une vision un petit peu différente de leur métier et de leur entreprise. D'autre part, les idées qui ont pris forme seront approfondies et mûries, avec ceux qui les ont concoctées, et tout sera fait pour qu'elles aboutissent. Nouveaux produits ou services, évolutions dans les processus…? Une deuxième phase commence…

Réflexions sur les métiers de BNP Paribas Securities Services

Bravo à Philippe et Johann pour une belle idée, magnifiquement concrétisée !

samedi 13 décembre 2014

Une app pour épargner sur les dépenses inutiles

First direct Saveapp
La longue lignée des applications mobiles dédiées à l'« épargne d'impulsion » – initiée en 2011 par Westpac – semble décidément vouée à ne jamais cesser de susciter de nouvelles variantes. La dernière déclinaison en date est celle de First Direct (filiale 100% en ligne de HSBC), qui introduit une fonction que je suggérais il y a 2 ans…

Dans une approche relativement originale en soi, « Saveapp » prend le parti de combiner dans un même logiciel la planification de projets d'épargne et les gestes quotidiens d'économie, ressemblant ainsi à un mélange d'ImpulseSave et des « petits sacrifices » d'ING (Canada). La mise en route comprend deux étapes simples. Tout d'abord, il faut décrire la cible fixée pour les économies futures, en indiquant une catégorie (voyage, voiture, gadget…), un montant, une échéance et, éventuellement, une photo.

Seconde étape de la configuration, l'utilisateur choisit les « mauvaises » habitudes dont il souhaite se débarrasser afin de mettre de l'argent de côté. Les options proposées sont des actes de la vie courante, de l'expresso quotidien aux téléchargements, en passant par les repas au restaurant, les verres pris au pub, les magazines… Enfin, il lui restera un dernier détail à régler : définir les alertes qui lui rappelleront ses résolutions. Il peut s'agir, trivialement, d'une alarme à heure fixe (par exemple tous les jours de la semaine à midi, au moment de sélectionner le lieu de son déjeuner…).

Saveapp sur iPhone

Cependant, il est également possible d'adopter une approche alternative, basée sur une technique de « geofencing ». Dans ce cas, il suffit de déterminer une zone géographique (peut-être le pub où les collègues se réunissent régulièrement le soir ?) pour que l'application émette une notification à son approche. La maîtrise du budget devient ainsi contextuelle et réactive, avec une petite touche ludique. Il ne resterait qu'à ajouter à l'ensemble un mécanisme d'analyse des comportements récurrents du consommateur pour la rendre entièrement automatique…

« Saveapp » n'est malheureusement pas exempte de défauts. Décision particulièrement regrettable à mon sens, First Direct a préféré concevoir une solution accessible à tous les mobinautes plutôt qu'à ses seuls clients. En conséquence, elle n'intègre aucune connexion directe aux comptes de l'utilisateur et les économies réalisées doivent donc être saisies manuellement. En fait, il lui manque la composante d'épargne d'impulsion proprement dite, qui la rendrait réellement efficace et addictive…

Quoi qu'il en soit, la réalisation de First Direct représente un intéressant premier pas vers la prochaine génération d'applications financières mobiles, centrées sur les besoins des individus et intimement imbriquées dans leur vie quotidienne. L'incitation à l'épargne constitue naturellement un terrain d'expérimentation sans risques pour ce faire. Par la suite, bien d'autres fonctions pourraient prendre la même voie, si ces premières tentatives sont couronnées de succès…

vendredi 12 décembre 2014

Quand une banque prévient les découverts

HSBC
Une des récriminations les plus fréquentes des consommateurs vis-à-vis de leur banque concerne les frais liés aux découverts. Il est même une légende (?) selon laquelle il s'agirait d'une de leurs principales sources de revenus… Au Royaume-Uni, HSBC a récemment pris le problème à bras-le-corps et en retire déjà des résultats impressionnants.

Annoncées au cours de l'été et entrées en vigueur le mois dernier (également dans la filiale First Direct), les mesures de simplification mises en œuvre comprennent une meilleure information (notamment un préavis de 2 semaines au minimum avant le prélèvement des agios), une baisse sensible des ponctions opérées sur les comptes débiteurs, des procédures plus justes (par exemple un moratoire sur les frais et intérêts perçus s'ils sont seuls responsables d'un dépassement du découvert autorisé)…

Cependant, la plus originale des nouveautés consiste à alerter le client par SMS – si la banque dispose de son numéro de téléphone mobile et s'il ne s'y oppose pas – lorsqu'il passe dans le rouge et s'expose donc à des charges importantes. L'information est utile en soi mais pourrait rapidement s'avérer frustrante. Alors, dans ce cas, l'établissement accorde un délai de grâce au débiteur, jusqu'à 23:45 le même jour, pour lui permettre de rétablir sa situation (c'est-à-dire revenir dans sa limite pré-négociée) et ainsi éviter les pénalités normalement applicables.

Un mois plus tard, HSBC révèle avoir envoyé 1,2 million de ces messages depuis le lancement du service ! Et, visiblement, ces notifications sont extrêmement utiles, puisque 40% des destinataires ont réagi en approvisionnant leur compte avant que le couperet (et la facture correspondante) ne tombe ! Dans ces conditions, la colère de ces consommateurs, jusqu'à maintenant lourdement sanctionnés pour une simple négligence, devient plus compréhensible. A l'inverse, le système d'alerte est plébiscité.

Une telle expérience devrait inciter toutes les banques à réfléchir en profondeur à leur politique en matière de découverts. Celles qui préféreront fidéliser leurs clients plutôt que de les accabler de frais peuvent envisager un système aussi simple que celui de leur consœur britannique, déjà très efficace (et potentiellement peu coûteux). Elles peuvent aussi opter pour des mécanismes un peu plus élaborés, susceptibles d'accroître encore la satisfaction des utilisateurs. Si cela est possible, pourquoi ne pas proposer, avec l'alerte, de réaliser un virement immédiat depuis un compte d'épargne ?

En allant un peu plus loin, tout en restant dans le domaine du faisable (comme l'esquisse le concept expérimental de « reste à dépenser » de Société Générale), il devrait aussi être imaginable de prédire le découvert avant qu'il ne se produise, grâce à une analyse (même approximative) des comportements financiers du client tels qu'ils ressortent de l'historique de ses transactions. Cet événement pourrait alors devenir une opportunité commerciale contextuelle, pour proposer un crédit à la consommation ou autre…

Parapluie