C'est pas mon idée !

mercredi 28 janvier 2015

Les robots s'emparent de la finance participative

LendingRobot
Il n'est de plus sûr signe de l'arrivée à maturité d'un concept (financier ou autre) que de voir émerger des solutions qui en dérivent. Après la naissance d'un premier comparateur d'offres il y a 2 mois, l'apparition de la plate-forme d'investissement algorithmique LendingRobot confirme donc le statut solide de la finance participative.

Initialement, ses concepteurs ont développé cette technologie pour leurs propres besoins, après avoir constaté que, sous l'effet d'une popularité croissante, y compris parmi les investisseurs institutionnels, les demandes de prêt les plus intéressantes – en termes de rendement et de sécurité potentiels – publiées sur les sites leaders du crowdfunding étaient souscrites en quelques secondes, ne laissant aux particuliers que les miettes du marché. De toute évidence, les professionnels étaient déjà passés à la vitesse supérieure, et à l'automatisation de leurs interventions.

Partant de ce constat, le service de LendingRobot est conçu pour proposer aux particuliers des moyens identiques à ceux des spécialistes et leur redonner ainsi une place dans la course aux « bonnes affaires ». Dans une moindre mesure, notamment parce que Lending Club dispose lui-même d'une option d'investissement automatique (sommaire), son objectif est également de soulager les épargnants de la gestion quotidienne de leur portefeuille, d'autant plus lourde que la diversification est une composante essentielle d'une stratégie de minimisation des risques.

Machine-Based Investing

En pratique, le nouvel inscrit va d'abord fournir ses codes d'accès aux services de crowdfunding sur lesquels il souhaite intervenir (les 2 plus importants, aux États-Unis, sont actuellement supportés : Lending Club et Prosper) puis définir ses critères d'investissement, soit en choisissant parmi les 3 modèles standards de LendingRobot, soit en fixant ses propres règles sur la vingtaine de paramètres disponibles (objet du prêt, popularité, score de risque, qualité évaluée…), auxquels s'ajoute (naturellement) le montant maximal à apporter à chaque opération.

Dès lors, les algorithmes de la startup vont surveiller les sollicitations de prêt au fur et à mesure de leur mise en ligne, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et investir dans celles qui correspondent aux critères de l'utilisateur (si sa réserve de liquidités est suffisante), dans la seconde qui suit leur publication. Un espace privé permet de suivre en permanence l'état du portefeuille et un message quotidien récapitule les opérations réalisées. Le service est rémunéré par une commission directe, à hauteur de 0,45% de la valeur détenue en compte (au-dessus des premiers 10 000 dollars).

La vision de LendingRobot répond probablement à un vrai besoin, pour lequel la croissance actuelle du marché du crowdfunding laisse entrevoir une opportunité sérieuse, même si elle peut paraître marginale aujourd'hui. Dans un tout autre registre, cette initiative illustre avec éclat l'avantage que procure la créativité des acteurs de la « FinTech », lorsqu'ils peuvent développer de nouveaux services basés sur des solutions existantes. Les institutions financières historiques devraient en prendre de la graine…

mardi 27 janvier 2015

Apple Pay : fraude record, les banques accusées

Apple Pay
Lorsque Apple annonçait son porte-monnaie mobile en septembre dernier, une de ses armes de séduction était le surcroît de sécurité qu'il apporte aux paiements, grâce à plusieurs innovations bienvenues. Quelques mois plus tard, il s'avèrerait que, au contraire, la fraude atteigne des niveaux catastrophiques… À qui la faute ?

L'alerte est donnée par un consultant d'Experian, dans son blog « Drop Labs ». Selon lui, tandis que les outils et bonnes pratiques de protection déployés par les émetteurs de cartes leur permettent de limiter les taux de fraude aux alentours de 0,10% (soit 10 cents de perte pour 100 dollars traités), la solution Apple Pay semblait – après un mois d'existence – être beaucoup moins performante (avec un pic identifié jusqu'à 6% !). Pourtant, les observateurs s'attendaient raisonnablement à une amélioration sensible de ces scores, espérant descendre à 0,02 ou 0,03%.

Y aurait-il donc un défaut majeur parmi les précautions mises en œuvre par le constructeur à la pomme ? A priori, non : les faiblesses connues de la lecture d'empreinte digitale TouchID ne sont pas (pour l'instant) exploitées massivement, les interfaces sans contact (NFC) continuent à résister aux attaques vraiment dangereuses, les données stockées sur le téléphone ou sur les serveurs d'Apple sont toujours en sécurité et la « tokenisation » des transactions remplit parfaitement son rôle. En fait, la faille, béante, se situe dans l'enrôlement des nouveaux utilisateurs.

Apple Pay - More Secure Payments

En effet, fidèle à son habitude, Apple a voulu rendre l'expérience la plus simple possible. Pour se lancer, il suffit à l'utilisateur de saisir les informations de sa carte – voire de les capturer via une photographie – puis de fournir le code de sécurité qui se trouve au dos. Malheureusement, le web souterrain regorge de sites sur lesquels il est facile d'acquérir des données complètes, par exemple volées à l'occasion d'une intrusion informatique, qu'il suffit de reporter sur un iPhone 6 pour obtenir immédiatement un moyen de paiement valide, prêt à l'emploi, parfaite réplique virtuelle de la carte originale.

Apple n'est cependant pas le premier coupable, car, réalisant le risque encouru (quoiqu'un peu tardivement), la société a rendu obligatoire une étape supplémentaire d'authentification du porteur, dont elle accompagne la mise en place, mais qui reste (inévitablement) à la charge des émetteurs. Ce sont en fait les procédures de ces derniers – trop faciles à tromper – qui sont directement à blâmer. En particulier, les banques qui ont délégué cette tâche à leurs centres d'appel paraissent être les plus vulnérables, leur méthodes de contrôle d'identité étant déficientes.

Les raisons invoquées pour expliquer cette négligence ont une certaine logique, entre complexité (et les délais subséquents) d'une intégration sécurisée de l'activation dans l'application mobile de la banque et exigence de simplifier l'expérience pour le consommateur (notamment lors de la découverte des nouveautés d'un iPhone tout juste déballé, avant l'installation d'une app quelconque). Hélas, ce sont des arguments qui ne devraient jamais mener à des compromis sur la sécurité. La réalité rattrape aujourd'hui cruellement ceux qui ont oublié ce principe élémentaire.

lundi 26 janvier 2015

Une vision pour la technologie dans la banque

Bank of America
En route pour le Forum Économique Mondial à Davos, Cathy Bessant – directrice des technologies et des opérations de Bank of America – présentait, dans un court texte publié par le site American Banker, une vision pleine de pragmatisme sur le rôle des technologies dans les entreprises, notamment du secteur financier.

Premier point de sa proposition, le DSI ne peut plus se contenter de maîtriser l'informatique. Sa mission a définitivement basculé sur l'écoute et la compréhension des problèmes et besoins des « métiers », dont il devient un véritable partenaire. Son objectif est de leur apporter une réponse pertinente grâce aux outils dont il dispose. Si la technologie est le cœur de l'activité, elle doit impérativement se mettre au service des clients et non rester tournée vers elle-même comme il arrive encore trop souvent.

Dans la même logique, il serait temps (enfin !) d'arrêter de croire aux solutions magiques, une étrange maladie qui touche tant de responsables (informatiques ou métier), répétant sans arrêt les mêmes erreurs en dépit d'expériences malheureuses. Les solutions auxquelles nous avons accès aujourd'hui sont extraordinaires mais elles n'apportent de valeur que si elles sont appliquées à la satisfaction d'un besoin réel, à l'amélioration du service rendu aux clients, à la simplification des processus…

Déclinée sur les « big data », cette recommandation se traduit plus concrètement par l'impératif de faire la part, clairement, entre les usages des données qui peuvent paraître intéressants et ceux qui ont un impact opérationnel avéré. Les excès de focalisation sur la théorie conduisent trop facilement à une dispersion des efforts, dont les résultats seront alors bien peu productifs. Le raisonnement est identique pour le « cloud computing » : la priorité du DSI est d'offrir une infrastructure agile, permettant aux créatifs de s'exprimer et de développer leurs idées dans les meilleures conditions.

Enfin, en reprenant un peu de recul, Cathy Bessant voit le monde numérique devenir chaque jour plus complexe. Elle suggère donc que l'innovation est un instrument critique qui doit servir à contrebalancer cette tendance, en rendant la complexité simple à appréhender (et en la faisant oublier). Foin de gadgets brillants plus ou moins utiles ! La première cible à atteindre est de rendre la vie quotidienne – des clients, naturellement, mais également des collaborateurs – plus facile !

A leur lecture, ces 5 conseils peuvent sembler triviaux. Pourtant, combien de DSI et autres dirigeants, dans les institutions financières et ailleurs, sont encore coupables des travers qu'ils font ressortir en négatif ? Quelles entreprises peuvent se vanter de posséder une vision aussi claire et pragmatique pour leur stratégie « digitale » ?

Cathy Bessant (Bank of America)

dimanche 25 janvier 2015

Épargne locale et transparente au Crédit Coopératif

Crédit Coopératif
Parce que la troisième révolution industrielle, qui se déroule sous nos yeux, impose de nouvelles manières d'appréhender les grandes questions économiques et sociales, le Crédit Coopératif et la Chambre de Commerce et d'Industrie Nord de France lancent un livret d'épargne [PDF] original, fondé sur la proximité et la transparence.

La période que nous vivons actuellement voit la convergence d'une transformation irrémédiable de nos modèles de gestion de l'énergie (notamment pour des raisons environnementales) et de l'émergence d'un univers numérique ultra-connecté et dominé par les technologies, justifiant la caractérisation de troisième révolution industrielle. Afin d'accompagner au mieux cette transition, il faut donner aux entreprises (historiques ou naissantes) les moyens de réaliser leur mutation dans les meilleures conditions.

Il s'agit précisément de l'ambition de la CCI Nord de France. Cependant, un tel programme doit lui-même s'inscrire dans une approche adaptée aux nouvelles exigences du monde numérique. C'est la raison pour laquelle le Crédit Coopératif a choisi d'adopter les « codes » du crowdfunding avec le livret « Troisième Révolution Industrielle » qu'il a conçu dans le but de porter cette vision, aux côtés d'autres modes de financement, plus classiques. La banque parvient même à dépasser les pionniers, par certains aspects !

Au premier abord, le produit proposé aux consommateurs et aux associations (qui représentent une clientèle privilégiée de l'établissement) n'est pas particulièrement attractif, avec un taux de rémunération modeste (1,75% sur les 1 500 premiers euros, puis 0,8% au-delà). En réalité, sa véritable valeur est dans l'engagement citoyen que constitue cette épargne, qui sert exclusivement à financer – à des conditions avantageuses – des initiatives locales dans des domaines tels que l'efficacité énergétique, la construction durable ou l'économie circulaire.

Livret Troisième Révolution Industrielle

Mais ceci ne suffit pas à faire du livret du Crédit Coopératif une offre distinctive, en comparaison des quelques solutions concurrentes existantes (par exemple dans les Caisses d'Épargne). En l'occurrence, l'institution franchit un pas supplémentaire important en matière de transparence. En effet, si le client n'a pas le loisir – comme sur une plate-forme de crowdfunding – de sélectionner lui-même les projets qu'il souhaite financer, il recevra régulièrement une information détaillée sur ceux qui seront retenus et il aura l'opportunité d'en rencontrer les responsables, à l'occasion d'événements annuels.

Le livret « Troisième Révolution Industrielle » peut donc être considéré comme un véritable produit de finance participative, grâce auxquels les épargnants choisissent d'agir concrètement pour l'économie (d'avenir) de leur région et d'en suivre les évolutions au plus près, dans la durée. Ils bénéficient de surcroît d'une garantie totale sur leurs dépôts – qui restent entièrement disponibles, incidemment – et d'une relation de proximité exceptionnelle avec les porteurs des projets auxquels ils contribuent.

La valeur de la démarche n'a pas échappé à un observateur éclairé : le célèbre économiste Jeremy Rifkin en personne en a honoré le lancement de sa présence et ne tarit pas d'éloges à son égard. Et elle démontre brillamment que les startups du crowdfunding n'ont pas l'exclusivité de l'innovation : les banques traditionnelles (pour autant que le Crédit Coopératif puisse être ainsi qualifié) sont également capables de créer les solutions qui répondent aux attentes de notre monde en mutation.

samedi 24 janvier 2015

La résurrection de Microsoft ?

Microsoft
Depuis quelques mois, beaucoup d'observateurs commencent à considérer que Microsoft vit actuellement un moment décisif de son histoire, qui verra l'éditeur entrer dans une phase de lent déclin ou, au contraire, rebondir dans le monde numérique moderne. La présentation de ses nouveautés pour 2015 permet-elle d'affiner le pronostic ?

Pour le savoir, examinons en détail le contenu des annonces, en passant en revue, successivement, Windows 10, Surface Hub et HoloLens (la vraie surprise du lot), les 3 composantes qui feront l'avenir de l'entreprise selon son patron, Satya Nadella. Sans totalement déflorer le sujet, précisons d'emblée que l'enthousiasme quasi-généralisé de la presse et des analystes (par exemple de Forrester) ne semble pas entièrement justifié et qu'un regard critique n'est peut-être pas inutile…

Windows constitue le socle essentiel du modèle économique de Microsoft, aussi, après l'échec – désormais avéré – des versions 8 et 8.1, la prochaine itération représente-t-elle un enjeu absolument décisif : si Windows 10 ne séduit pas les entreprises et les particuliers, la survie deviendra problématique. Alors, quels sont les arguments mis en avant pour réussir ce pari ? Une série d'évolutions plutôt mineures, une expérience utilisateur similaire sur tous les appareils et la gratuité. Sérieusement ?

Je n'ai pas réalisé d'enquête scientifique sur le sujet, mais, apparemment, la plupart des réfractaires aux récentes moutures du système d'exploitation lui reprochent son interface déroutante. Ce n'est certainement pas en restaurant le menu « démarrer » et en corrigeant (enfin !) quelques défauts sur celle-ci que ce sentiment va évoluer en profondeur. Le nouveau navigateur web, qui, pour l'essentiel, essaie de faire oublier les plaisanteries éculées à propos d'Internet Explorer et revient tout juste au niveau de la concurrence, risque de ne pas être plus convaincant.

Un seul système d'exploitation et une expérience unifiée pour tous les écrans (PC, tablette, smartphone, internet des objets et même la console de jeux Xbox) ? Après tant de tentatives – toutes soldées par des échecs – avec une telle stratégie, il est incompréhensible qu'elle puisse encore être élargie ! Le message est pourtant clair : les utilisateurs n'ont que faire d'une expérience identique, ils demandent avant tout des outils simples, optimisés pour chaque appareil et son contexte d'usage. En la matière, Apple donne l'exemple…

Avec une pointe de cynisme, on pourrait dire que Microsoft ne croit pas beaucoup à sa solution puisque la mise à jour sera offerte gratuitement pendant un an (et probablement au-delà). Certes, il s'agit là d'un moyen d'inciter les consommateurs à donner une chance à un système différent, devant lequel ils hésitent. Mais le geste n'est-il pas désespéré ? En tout état de cause, il ne facilitera pas la migration dans les entreprises, pour lesquelles le coût du changement restera un frein majeur.

Microsoft HoloLens

Vient ensuite Surface Hub, dont le nom est déjà presque synonyme de flop ! Au début, il y a eu la table Surface, définitivement perdue pour la postérité, suivie par la tablette, dont les ventes ne sont pas florissantes, dans un marché global qui serait, au mieux, stagnant. Cette fois, c'est une combinaison de tableau blanc numérique, d'écran interactif et d'interface de visioconférence qui reprend le flambeau du nom maudit. Un produit techniquement intéressant, visiblement, même s'il n'a rien de révolutionnaire.

Mais que diable vient faire Microsoft dans une telle niche ? Alors même qu'une bonne partie de ses aventures dans le matériel n'a jamais donné de résultats probants, qui peut croire à ses chances de s'imposer dans un domaine où les acteurs spécialisés sont nombreux et sont déjà bien implantés chez les utilisateurs potentiels de ce genre de systèmes (destinés à des usages professionnels) ?

Enfin, il reste HoloLens et le soi-disant avenir holographique de Windows 10 (il n'y a, en effet, pas le moindre soupçon d'holographie dans la technologie en question). Chaussez une paire de lunettes et évoluez dans l'univers enrichi qui se présente devant vous, intégrant objets virtuels dans le réel (celui-ci étant visible directement, en transparence). Voici donc un concept de réalité augmentée (tel qu'il existe depuis des années, par exemple chez Total Immersion), auquel s'ajoutent des capacités d'interaction inédites.

En inventant un mode radicalement nouveau d'interaction homme-machine, l'idée est extrêmement ambitieuse et c'est ici la capacité (historiquement déficiente) de Microsoft à créer un marché qui soulève question. D'autant que son produit ne va résolument pas dans le sens des tendances du moment – avec une vocation « portable » mais pas « mobile » – et que sa proposition de valeur, focalisée d'abord sur quelques applications (notamment professionnelles et ludiques), ne laisse pas particulièrement entrevoir l'émergence d'un besoin universel.

Conclusion ? Entre un Windows qui tente de corriger ses erreurs passées et s'enfonce dans une dangereuse logique multi-appareils, un OVNI en forme de tableau blanc interactif et une paire de lunettes au destin au mieux lointain, il subsiste un trou béant dans la stratégie, du côté du mobile et des objets connectés. Car le système qui est promis à ces équipements n'évolue pas significativement, alors qu'il peine clairement à s'imposer (une grande banque américaine abandonnant son application pour Windows Phone est un signe qui ne trompe pas).

L'avenir de Microsoft repose aujourd'hui sur des paris très risqués. Il est difficile de voir HoloLens comme la voie de la rédemption, tandis que Windows 10 pourrait lui faire perdre encore un peu plus de parts de marché : que restera-t-il alors ?

vendredi 23 janvier 2015

Hello Soda s'attaque aux agences de scoring

Hello Soda
Les nouvelles méthodes d'analyse de données combinées à la profusion d'information que produit le monde numérique moderne ont fait naître un véritable écosystème autour du risque de défaut sur les crédits. Une jeune pousse britannique, Hello Soda, veut maintenant créer une agence de scoring universel, en exploitant la même approche.

L'idée d'appliquer les pratiques des « big data » afin d'estimer la fiabilité des emprunteurs n'est pas nouvelle. Elle est au cœur des modèles opérationnels de plusieurs startups spécialisées, telles que Kreditech ou Lenddo, pour n'en citer que deux des plus connues. Leur principe de fonctionnement consiste à explorer le web public  – dont, en particulier, les médias sociaux – et en extraire toutes les données disponibles, structurées ou non, sur la personne à « noter ». Des algorithmes propriétaires déterminent alors sa « fiabilité » en analysant cette masse d'information.

Dans le cas de Hello Soda, ce sont plus de 13 000 sources différentes qui seraient exploitées, dans sa solution phare « Profile ». Sur cette gigantesque base, elle met en œuvre une vaste panoplie de disciplines, des réseaux Bayésiens à la psycho-linguistique, en passant par le traitement du langage naturel (afin d'extraire le sens d'un texte), l'apprentissage automatique (qui lui permet de continuellement progresser et devenir toujours plus précise et plus efficace) ou encore des techniques d'intelligence artificielle. Le résultat est un profil personnel, utilisable dans de multiples circonstances.

Hello Soda - Profile

Car il s'agit là de la principale spécificité de Hello Soda par rapport à ses consœurs : le scoring de crédit n'est que l'une des facettes de sa proposition de valeur, parmi d'autres. Ses cibles privilégiées s'étendent aussi au secteur de l'assurance, voire aux jeux en ligne, auxquels elle offre ses services, de détection de fraude, de connaissance du client, de vérification de la solvabilité… En fait, sa plate-forme, accessible dans le cloud, est capable de fournir des informations de toutes sortes sur les consommateurs.

En l'espèce, les promesses de la startup sont tellement détaillées qu'elles ont de quoi inquiéter : la vérification de l'adresse, de l'âge, de l'emploi déclaré… et la détection de comptes factices sur les réseaux sociaux ne sont qu'une petite partie de ses capacités. Ainsi, elle se dit également capable d'identifier les centres d'intérêt et les activités des internautes à travers leurs écrits, repérer les événements importants de leur vie (mariage, naissance, promotion, déménagement…), sélectionner les meilleurs moments pour leur envoyer une promotion parfaitement personnalisée…

Bien sûr, nous savions déjà (n'est-ce-pas ?) que les champions de l'analyse de données étaient susceptibles de tout connaître de notre vie, grâce aux traces numériques que nous laissons partout sur le web. Il est certainement encore plus dérangeant de voir ces algorithmes indiscrets mis à la disposition de toute entreprise intéressée par notre personnalité intime. En dépit de ses vertus pour sa cible de clientèle, la solution de Hello Soda est peut-être en train d'atteindre (et dépasser) une frontière à ne pas franchir.

En parallèle, Lenddo vient tout juste d'annoncer la commercialisation de son moteur de scoring et de vérification d'identité auprès des banques (un de ses premiers clients est Banko, aux Philippines), organismes de crédit et autres places de marché en ligne du monde entier. Un nouveau modèle est donc en train de se créer…

jeudi 22 janvier 2015

Groupama Banque parie sur le crowdfunding

Groupama Banque
Dix ans après son invention, le « crowdfunding » s'affirme progressivement comme un instrument incontournable du secteur financier. En devenant la première institution française à adopter ce modèle à grande échelle (avec la jeune pousse Unilend), Groupama Banque renforce aujourd'hui cette tendance dans l'hexagone.

L'annonce est en effet significative, puisque la filiale de l'assureur mutualiste déclare vouloir investir 100 millions d'euros sur les 4 années à venir, somme qui sera destinée à contribuer au financement des projets exposés par les entrepreneurs sur la plate-forme d'Unilend. Rappelons que cette dernière offre une solution de crédit P2P (de « pair à pair ») aux petites et moyennes entreprises, pour des montants pouvant atteindre 250 000 euros. La banque participera donc aux prêts accordés aux sociétés demandeuses, aux côtés des particuliers qui constituent la cible initiale de la startup.

Par rapport au concept original de « crowdfunding », il s'agit de fait d'une transition vers une approche hybride, où le grand public et des institutionnels se répartissent les opportunités d'investissement. Une telle évolution a déjà été opérée par quelques poids-lourds de la finance participative, au point de pouvoir même affirmer que Lending Club lui doit l'essentiel de son succès. La raison en est simplement l'effet d'échelle que représente l'intervention d'entreprises au portefeuille bien garni (il suffit de comparer les 100 millions promis aux 7,5 millions prêtés à ce jour par Unilend).

Partenariat Groupama Banque - Unilend

La preuve est ainsi apportée, comme le souligne Groupama Banque, que le « crowdfunding » ne doit pas nécessairement être perçu comme une menace (ou une nouvelle concurrence) par les établissements traditionnels et qu'une stratégie de partenariat est non seulement viable mais probablement bénéfique pour toutes les parties : les fonds mis à disposition des entrepreneurs sont plus importants, la startup atteindra plus rapidement un volume critique (et son point d'équilibre), tandis que la banque s'ouvre à un marché qu'elle ne sait pas adresser seule.

Sur cet aspect spécifique, il faut d'ailleurs souligner la lucidité de Groupama, qui reconnaît implicitement à travers cet accord la valeur du modèle de la finance participative et sa propre incapacité à le reproduire efficacement, malgré son expérience du crédit. La démarche pourrait encore être prolongée, comme le suggère l'exemple tout frais de RBS au Royaume-Uni (certes fortement stimulé par les menaces réglementaires), en intégrant les prêts P2P d'Unilend aux solutions de financement offertes aux entreprises, en particulier lorsque leurs demandes « classiques » sont rejetées.

Ce premier partenariat sera-t-il suivi par d'autres ? Il est assez logique pour un établissement de taille moyenne de choisir cette voie pour son développement car, ses capacités d'investissement étant relativement limitées, il est plus enclin à combiner ses forces avec d'autres acteurs. Cependant, pour des raisons différentes, les grands groupes auraient tout intérêt à copier son exemple : selon une analyse publiée par The Economist, la différence de coûts entre Lending Club et les banques montre l'impossibilité structurelle pour les secondes de se lancer profitablement dans ce genre d'activité.

mercredi 21 janvier 2015

Des agences Barclays transformées en écoles

Barclays Bank
Décidément, les idées ne manquent pas, chez Barclays, pour réinventer la vocation de ses agences bancaires, dont la fréquentation est en forte baisse depuis plusieurs années. Après avoir inauguré l'hébergement de startups, elle propose maintenant d'y accueillir et accompagner les enfants qui souhaitent apprendre à développer des logiciels.

L'initiative « Barclays Code Playground » surfe sur la vague actuelle de popularité de cette discipline, introduite depuis la rentrée 2014 dans les curriculums scolaires britanniques. Quoi qu'on puisse penser de cette réforme (j'ai déjà eu l'occasion d'exprimer mon scepticisme), une assistance en la matière sera bienvenue chez de nombreux parents, désemparés de ne pouvoir aider leurs enfants sur cette matière alors qu'ils en considèrent l'apprentissage important et qu'elle devient la favorite d'un quart des écoliers.

Le dispositif mis en place par Barclays comprend d'abord un espace en ligne, s'adressant directement aux enfants, de préférence sous la supervision d'un adulte, qui pourra d'ailleurs profiter de ces séances pour se familiariser avec les concepts abordés. Dans un univers entièrement graphique, ludique et interactif, le jeune visiteur va découvrir, petit à petit, les principes élémentaires de la programmation de logiciels, grâce à une approche pédagogique simple, parfaitement adaptée à la cible visée.


Une fois cette première étape franchie, il sera temps d'approfondir les compétences acquises. Dans ce but, la banque invite les enfants et les adolescents, de 7 à 17 ans, ainsi que leurs aînés, à poursuivre leur initiation dans une de ses agences participantes. Là, au cours de sessions de 2 heures, un « digital eagle » – c'est-à-dire un des 12 000 employés formés initialement en vue d'aider les clients à appréhender l'univers numérique, dont, notamment, les services bancaires – les accompagnera dans l'enrichissement de leurs talents de développeurs.

La démarche de Barclays ne constitue (évidemment) toujours pas une solution miracle pour la survie à long terme des réseaux d'agences. Cependant, dans une logique de transition vers une infrastructure plus légère, elle possède une certain nombre de vertus remarquables. Elle permet, en particulier, de maintenir une activité pour les « digital eagles » – dont le rôle ne peut être que transitoire – et de continuer à assurer une fréquentation de ses points de vente (aussi par des non clients, le programme étant ouvert à tous), tout en faisant montre de son engagement vis-à-vis de la communauté.

Inversement, peut-être est-ce là une tendance de fond en devenir : l'agence bancaire devenant – totalement ou partiellement, en permanence ou temporairement – un espace de rencontre spécialisé, ouvert aux commerçants et artisans de quartier, aux entrepreneurs, aux enfants… Dans cette hypothèse, il restera tout de même à trouver un modèle économique viable et pérenne…

mardi 20 janvier 2015

Nouvel essai de co-innovation à BNP Paribas

BNP Paribas
Les démarches de co-création se multipliant dans les services financiers en France, il aurait été surprenant que l'une des plus importantes représentantes du secteur ne se lance pas à son tour. L'ouverture de la page Facebook « BNP Paribas Ideas » vient aujourd'hui fédérer les quelques initiatives de la banque verte, auparavant dispersées.

L'idée de faire participer les clients (ainsi que, selon les cas, les partenaires ou même le grand public en général) à la création de nouveaux produits ou à l'amélioration des services existants n'est pas récente. Elle connaît cependant un engouement particulier depuis quelques années, notamment grâce à Internet et à sa faculté de connecter les individus, sans barrières. Dans l'hexagone, les adeptes de cette technique comprennent le Crédit Agricole, Société Générale, Swiss Life, Banque Accord

Chez BNP Paribas, une première tentative de recueillir les avis des clients avait vu le jour il y a 2 ans, avec l'application « Le Lab », qui leur proposait de tester une version non finalisée de ses services mobiles, dans le but de recueillir leurs impressions et de l'améliorer en fonction de leurs commentaires. Hélas, cette expérience a rapidement avorté (aucune suite ne lui a été donnée après la publication initiale), sans que la raison n'en ait été officiellement fournie : désintérêt des consommateurs, excès d'optimisme…?

Avec BNP Paribas Ideas, les ambitions sont revues à la baisse et le projet est plus modeste. Certes, il subsiste un espace dédié aux « beta tests », conservant l'esprit original de la création collaborative d'applications mobiles. Néanmoins, l'utilitaire « Les Bons Comptes » – destiné à gérer la répartition de dépenses collectives dans un groupe – qui est le seul titre concerné à l'heure actuelle (et qui est en réalité dans cette situation de test depuis plusieurs mois), démontre qu'il ne s'agit résolument plus de la priorité.

BNP Paribas Ideas

Ce qui est mis en avant, dorénavant, est le dialogue avec les internautes, autour d'idées et de concepts novateurs pour le domaine bancaire. L'espace « votre avis compte » permet ainsi à BNP Paribas comme à tout visiteur (identifié) de soumettre ses suggestions aux votes de la communauté, éventuellement accompagnés de commentaires. De l'autre côté, les « beta tests » laisseront plutôt la place aux « avant-premières », consistant à faire réagir les personnes aux services numériques en cours d'élaboration, mais sans l'opportunité de les prendre en main.

Et voilà donc un retour à la bonne vieille boîte à idées, remise au goût du jour grâce aux réseaux sociaux. Et, finalement, quelle meilleure utilisation pouvait être faite des plus de 300 000 « fans » de l'établissement sur Facebook ? Alors qu'ils n'étaient jusqu'à maintenant sollicités que pour des jeux publicitaires et via la publication d'informations diverses, ils ont désormais la possibilité de devenir acteurs de la relation et d'apporter leur contribution – aussi modeste soit-elle – aux outils qui leurs seront offerts demain.

L'existence d'une communauté et la création d'une page ouverte aux suggestions ne suffiront pourtant pas à transformer l'essai. Déjà, il est urgent de rendre publics et très visibles les commentaires postés par les internautes et d'autoriser la tenue de véritables discussions sur les idées soumises, conditions indispensables à une créativité efficace. Il faudra ensuite « tenir la distance », ce qui impliquera une animation régulière et de qualité et un suivi extrêmement transparent des progrès accomplis…

La persévérance de la banque, en dépit de ses petits ratés précédents, est de bon augure : elle apprend progressivement à affiner son approche afin de profiter au mieux des bénéfices de la co-innovation. BNP Paribas Ideas n'est pas encore parfaite (sans aucun défaut qui ne soit corrigible, toutefois) et peut compter sur une large audience, presque automatiquement acquise, sur Facebook. Une médaille qui à son revers : tout échec sera immédiatement apparent et susceptible de propagation incontrôlable…

lundi 19 janvier 2015

Banque Populaire s'installe sur la montre des chefs d'entreprise

Banque Populaire
En attendant la sortie de l'Apple Watch, plus ou moins promise pour le premier trimestre 2015, quelques banques affûtent leurs stratégies afin d'être prêtes le moment venu. Avec l'annonce de sa première application pour montre intelligente, Banque Populaire fait le choix original de cibler sa clientèle d'entreprises plutôt que le grand public.

Baptisée Suite Entreprise Watch, cette nouvelle réalisation, dont la publication n'interviendra effectivement que dans les prochaines semaines, sera disponible pour les principaux systèmes d'exploitation dédiés aux montres (celui d'Apple et Android, vraisemblablement). Présentée comme complémentaire des solutions mobiles pour smartphone et tablette existantes, elle sera proposée gratuitement aux utilisateurs de ces dernières. Et la banque promet un niveau de sécurité équivalent, avec chiffrement et signature électronique à l'état de l'art.

Cette précision est extrêmement importante car l'application ne se contente pas uniquement de fonctions de consultation. En effet, si elle permet de suivre les opérations de l'entreprise (sur tous ses comptes, détenus auprès d'une Banque Populaire ou d'un autre établissement) et de recevoir une alerte lors de la mise à disposition d'un nouveau relevé, elle offre également la possibilité de passer en revue les transactions en attente de télétransmission et d'en confirmer l'exécution (ou de les rejeter), d'un simple geste du doigt (en espérant toutefois que l'authentification soit fluide).

Suite Entreprise Watch

Comme dans la plupart des initiatives du secteur (la seule petite exception identifiée à ce jour étant celle de Moven), Banque Populaire adopte une démarche prudente, en se contentant de répliquer sur la montre des options existant sur les autres canaux. Pourtant, sa décision de commencer par le marché des entreprises rend la démarche particulièrement pertinente. Car, tandis que la consultation du solde et des dernières opérations est relativement peu utile pour le consommateur, un accès rapide aux transactions en attente de validation est critique pour les responsables de trésorerie.

Rien ne permet, à ce stade, de prédire le succès ou l'échec futur des montres connectées, surtout auprès d'une population spécifique, mais il est au moins probable que les chefs d'entreprise fassent partie des segments de marché visés. L'application « Suite Entreprise Watch » s'avère donc être une première tentative soigneusement préparée pour atteindre un maximum d'efficacité. Enfin, il faut aussi se réjouir que les clients professionnels soient, pour une fois, servis par leur banque avant les particuliers…!