C'est pas mon idée !

lundi 11 novembre 2019

J.P. Morgan s'éveille à la menace des géants technologiques

J.P. Morgan
Si vous ne pouvez les vaincre, rejoignez-les ! Telle pourrait être la devise de J.P. Morgan quand, après avoir longtemps manifesté ses inquiétudes face à la montée en puissance des géants technologiques dans les métiers de la finance, elle choisit maintenant, selon le magazine Forbes, de développer une offre spécifique à leur adresse.

Le pire cauchemar pour les institutions financières des pays occidentaux serait l'émergence sur leur territoire d'acteurs aussi puissants que WeChat et Alibaba, dont la prise de position dominante sur les paiements – qui restent le point d'entrée principal dans une relation bancaire – représenterait une menace existentielle. Aussi une stratégie de contre-feu paraît-elle pertinente à J.P. Morgan, afin, d'abord, de sauvegarder ses activités de flux puis, plus largement, préserver le contact avec ses clients.

En pratique, la tentation est immense pour les plates-formes de commerce en ligne de créer leur propre porte-monnaie virtuel, dans lequel des fonds peuvent être déposés et utilisés en circuit fermé. A minima, l'objectif qu'elles viseraient de la sorte serait de s'affranchir, au moins en partie, des frais de transactions qu'elles doivent supporter avec des solutions traditionnelles. J.P. Morgan leur proposera donc un produit clés en main, cédant un peu sur ses prérogatives mais limitant le risque de désintermédiation.

Il est facile d'imaginer, par exemple, que la banque consente des conditions tarifaires avantageuses, le plus important pour elle étant de conserver le contrôle sur les échanges – et plus encore les données associées – et de rester ainsi au premier plan dans l'esprit du consommateur. D'une certaine manière, plus insidieuse, il s'agit également d'éviter que les acteurs concevant leur propre moyen de paiement ne prolongent leurs velléités d'émancipation vis-à-vis du système vers d'autres domaines (crédit, assurance…).

Il en faudra cependant beaucoup plus pour convaincre les géants que cible (semble-t-il) plus particulièrement J.P. Morgan – Amazon, eBay, Uber, AirBnB… – d'abandonner leurs éventuels plans de déploiement de solutions propriétaires, qui leur garantissent une autonomie totale. L'argument clé serait alors la faculté native de la banque à intégrer une approche transfrontalière des paiements : un partenaire unique fournissant un outil universel qui prend en charge les flux d'argent dans le monde entier.

La bataille promet malgré tout d'être rude, car la concurrence ne manque pas, qu'on se tourne du côté des spécialistes (à l'instar de PayPal) ou, de plus en plus, vers les initiatives des plates-formes elles-mêmes, comme l'illustre la rupture que tente d'introduire Facebook avec Libra. Les avantages des établissements historiques face à de tels adversaires deviennent minces tandis que leur capacité d'exécution reste un handicap…

J.P. Morgan Chase

dimanche 10 novembre 2019

BBVA explore la banque des objets connectés

BBVA
Dans la plupart des institutions financières qui s'intéressent au phénomène des objets connectés, le premier objectif visé consiste à identifier des applications utiles pour leurs activités existantes. Dans le cas de BBVA, il s'agit maintenant d'explorer en quoi leur développement va inéluctablement conduire au besoin de réinventer ses métiers.

L'introduction de capacités de calcul, de stockage de données et d'interactions en ligne dans une multitude d'équipements du quotidien – des machines à laver aux automobiles, en passant par les compteurs électriques et les habitations – permet d'imaginer une multitude de services pratiques et utiles, à destination des consommateurs, des entreprises, des gouvernements, de la société… Dans le secteur financier, la possibilité de capter de l'information à la source afin d'évaluer un risque à assurer en temps réel, par exemple, est déjà une réalité et bien d'autres émergent chaque jour.

Cependant, ce qui passionne dorénavant les équipes de BBVA NDB (pour « New Digital Businesses ») – l'entité du groupe espagnol dédié à tout ce qui concerne la disruption de l'industrie bancaire – est d'aborder les évolutions technologiques sous l'angle de leur impact sur le monde qui nous entoure et comment cette mutation va, à son tour, imposer la mise en place de nouveaux modes de fonctionnement dans la gestion des comptes, le traitement des paiements, la souscription d'assurances, l'octroi de crédits…

Un scénario évoqué, particulièrement parlant, est celui de la mobilité du futur, projetée dans un univers où la logique de propriété a cédé la place à un concept de « véhicule as a service ». L'idée est loin d'être nouvelle mais – sauf pour illustrer des conférences sur les transformations auxquelles ils faut se préparer – elle n'avait, jusqu'alors, jamais conduit à des études sérieuses sur ses implications pour la banque. Et ce n'est qu'un exemple, tout comme l'avenir de la location immobilière, pour en citer un deuxième.

BBVA - Exploring the bank of connected things

Une caractéristique commune dans tous ces cas est la prise d'autonomie des « choses », grâce aux données qu'elles collectent et aux opportunités qu'elles ouvrent. Un taxi (sans chauffeur) qui encaisse les courses qu'il réalise et qui règle ses recharges d'électricité n'est plus un fantasme de science-fiction. Idem pour l'appartement qui équilibre son budget entre frais d'entretien, charges de copropriété et loyers perçus (entre autres). Dans cette vision, chaque équipement requiert son propre porte-monnaie.

Du point de vue de BBVA, il s'agit là, après son ambition de conquérir un milliard de clients (humains), d'une autre frontière à franchir : devenir la banque de milliards d'objets connectés. Cependant, pour en arriver là, elle sait qu'il lui reste beaucoup à faire. La première étape est de comprendre quels sont les services financiers nécessaires – outre les paiements et le compte de dépôt associé, l'assurance est une évidence – et dans quelles conditions et sous quelle forme ils seront mis en œuvre.

Un aspect spécifique du sujet paraît susceptible de créer des défis extraordinairement complexes et est à ce titre au cœur des questionnements de BBVA : l'identité des objets. La connaissance des clients (« KYC ») constitue aujourd'hui un enjeu majeur dans les institutions financières, notamment dans le cadre de la lutte contre la fraude et la criminalité. Comment se transpose-t-il dans un contexte où ce seront demain des composants électroniques qui détiendront des comptes et souscriront des produits ?

Ces réflexions peuvent sembler prématurées, simples hypothèses amusantes à manipuler dans un jeu de rôle futuriste, sans rapport avec la réalité. Pourtant, les besoins commencent à surgir et les problématiques soulevées portent tellement de conséquences que leurs solutions prendront des années à être formulées. Les banques qui ne font pas l'effort maintenant de se livrer à l'exercice auront d'immenses difficultés à s'adapter quand leur environnement aura changé, plus vite qu'elles n'y comptaient.

samedi 9 novembre 2019

Westpac prend sa modernisation à revers

Westpac
Dans beaucoup d'institutions financières aux infrastructures anciennes, se pose régulièrement la question lancinante de la meilleure manière d'aborder leur nécessaire modernisation technologique sans mettre en péril les applications existantes. L'australienne Westpac a imaginé une voie particulièrement originale d'aborder le problème.

Jusqu'à maintenant, les démarches considérées et parfois mises en œuvre – avec plus ou moins de succès – pour rajeunir les systèmes d'information en danger d'obsolescence se répartissaient en trois catégories : le big bang technique (la plus risquée), consistant à développer un nouvel environnement complet en repartant d'une feuille blanche, l'évolution en douceur (la plus longue), exécutée composant par composant, et la création d'une nouvelle banque (la plus audacieuse), destinée à remplacer l'ancienne, à terme.

Avec l'aide du fournisseur spécialisé (britannique) 10x, Westpac s'engage aujourd'hui dans une quatrième option, qui peut être vue, dans une certaine mesure, comme une variante de la dernière. La différence majeure est qu'il n'est pas question de fonder un établissement concurrent voué à cannibaliser l'actuel mais de mettre en place une nouvelle offre de « bank as a service », via laquelle les solutions sont distribuées, par l'intermédiaire d'API, auprès d'entreprises tierces, institutionnelles ou startups.

Making Banking 10x Better

Avec cette démarche, le premier objectif de Westpac est de répondre à la demande du marché, notamment la génération montante d'acteurs désireux d'intégrer des services financiers dans leur modèle d'affaires, sans en faire l'axe principal de leur proposition de valeur. Pour ceux-là, une plate-forme à l'état de l'art, basée sur la gamme SuperCore de 10x, sera donc déployée, dans le « cloud », mettant à disposition de ces clients tout le savoir-faire de la banque, à travers des interfaces modernes, faciles à exploiter.

Cependant, cette stratégie d'ouverture, qui est déjà, en soi, exemplaire, ne s'arrêtera peut-être pas là. En effet, le directeur général de Westpac, Brian Hartzer, laisse entendre que, si le projet se déroule correctement et si les résultats obtenus sont conformes aux attentes, le nouveau socle serait par la suite susceptible d'être rapatrié au cœur des opérations et devenir ainsi le futur système informatique universel de la banque, servant ses besoins propres comme ceux de ses partenaires. La seule inconnue, déterminante, de ce plan extrêmement ambitieux est l'échelle de temps dans laquelle il s'inscrit…

vendredi 8 novembre 2019

GoCardless, le paiement récurrent sans frontière

GoCardless
Avec, à ce jour, plus de 50 000 entreprises recourant à sa plate-forme, la britannique GoCardless commence à affirmer sa position dans le domaine particulier des paiements récurrents. Grâce à son nouveau partenariat avec TransferWise et l'ouverture transparente des frontières qu'il autorise, elle a toutes les chances de devenir incontournable.

Dans une époque qui voit la consommation d'usage prendre le pas sur la propriété, les abonnements et autres modes de règlement réguliers deviennent la norme pour un nombre croissant de fournisseurs. Or les solutions disponibles aujourd'hui pour répondre à ce besoin, par prélèvement ou par carte, sont souvent problématiques, complexes à mettre en œuvre, relativement coûteuses, peu flexibles ou encore sujettes aux rejets (induisant des frais administratifs de traitement et de relance conséquents).

Imaginez alors le cauchemar pour une entreprise qui souhaite se développer à l'international. En général, elle doit ouvrir et gérer un compte bancaire dans chaque pays où elle désire commercialiser ses produits, contractualiser et implémenter la méthode en vigueur localement pour effectuer des versements récurrents et, enfin, il lui reste à rapatrier les fonds collectés vers sa patrie d'origine, en abandonnant au passage des frais de change parfois ahurissants aux intermédiaires assurant les opérations.

La situation est telle que, selon une étude de YouGov commanditée par GoCardless, plus de la moitié des dirigeants envisageant une expansion géographique de leur activité à court ou moyen terme hésitent à franchir le pas par crainte de difficultés avec les encaissements à l'étranger. Quant à ceux qui s'y sont aventurés, ils expriment leur frustration vis-à-vis des systèmes existants et de la surcharge de travail qu'ils créent.

Partenariat GoCardless + TransferWise

La promesse de GoCardless de simplifier la prise en charge des paiements récurrents – qu'il s'agisse de souscriptions aux conditions fixes ou de factures régulières de montants variables – était un soulagement pour les actes domestiques, elle prend maintenant des allures de solution miracle quand elle s'étend, avec les mêmes avantages, à une trentaine de pays dans le monde (Grande-Bretagne, Europe, États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande…), en gommant totalement les frontières sur les flux.

D'un point de vue technique, c'est d'abord une seule intégration à prévoir, facile à mettre en place, avec une même interface pour encaisser les clients où qu'ils se trouvent. C'est ensuite un contrôle total sur les prélèvements, en termes de montant et d'échéance, et une possibilité de connexion aux logiciels comptables les plus répandus afin de fluidifier la gestion financière. Enfin, c'est une conversion instantanée des fonds dans la devise de l'entreprise, au cours du marché, moyennant une commission sans surprises.

Pour les entreprises concernées, c'est une véritable révolution qu'apporte le partenariat entre GoCardless et TransferWise. Il va leur permettre, selon les cas, de les soulager d'une complexité inconcevable à l'ère de la mondialisation ou, tout bonnement, de réaliser leurs rêves de croissance et d'ouverture vers de nouveaux horizons. Qui d'autre peut se vanter d'accompagner le développement des PME avec autant d'efficacité ?

jeudi 7 novembre 2019

Les entrepreneurs aussi ont des projets

Starling Bank
Même s'ils sont loin d'être parfaits, les programmes d'épargne par projet, mis en place par des startups spécialisées ou par des banques, gagnent en popularité et aident au moins une partie des consommateurs à réaliser leurs rêves. Or les entrepreneurs aussi peuvent avoir des ambitions pour leur activité : Starling Bank ne les oublie donc pas.

Un dentiste désireux de réaménager son cabinet, un concepteur de jeu vidéo ayant besoin de renouveler son matériel informatique, un pépiniériste envisageant d'acquérir une camionnette… tous les professionnels, notamment parmi les indépendants et les dirigeants de TPE que cible prioritairement l'offre dédiée de la néo-banque, ont des envies de développement et de croissance, qui requièrent des investissements. Leur application mobile de gestion de comptes leur fournit l'accompagnement nécessaire.

La fonction « Goals » opère exactement comme sa petite sœur destinée aux particuliers. L'utilisateur définit son objectif, accompagné d'un titre et d'une photo pour renforcer sa motivation, et lui associe, si possible, un montant et une échéance, de manière à obtenir un suivi et des encouragements adaptés. Une cagnotte séparée est alors créée, sur laquelle il est suggéré de mettre en place un virement récurrent, mais qui peut aussi être alimentée ponctuellement. Dès que la cible est atteinte, une notification est émise et les fonds peuvent être reversés sur le compte courant pour finaliser le projet.

Starling Bank - Goals for Business

Comme dans toutes les initiatives du genre, les clients ne manquent pas de créativité dans leurs usages. Ainsi, certains ont-ils rapidement détourné le service pour mettre de l'argent de côté régulièrement, chaque mois ou après chaque encaissement de facture, en anticipation de leurs futurs impôts et autres règlements de TVA. Ces exemples soulignent toutefois une petite lacune du dispositif : il serait en effet judicieux de proposer une option d'automatisation intelligente des versements, d'autant plus que le tableau de bord de l'application de Starling Bank permet d'estimer les disponibilité réelles.

L'ajout par la jeune pousse d'un assistant d'épargne à la panoplie des professionnels souligne, par contraste, le manque de considération des établissements traditionnels pour cette catégorie de clientèle. Dans de nombreux cas, les outils innovants déployés pour le grand public pourraient pourtant faire l'objet de déclinaisons relativement simples pour leurs besoins spécifiques (le domaine du crédit vient à l'esprit, entre autres), en rendant les mêmes services de conseil et d'assistance personnalisés.

Grâce à de telles approches, les nouveaux entrants creusent un écart beaucoup plus sensible avec les banques d'ancienne génération sur le segment professionnel que sur celui des particuliers. Leur avantage concurrentiel devenant de la sorte plus visible et plus convaincant, ils se mettent en position de séduire et conquérir rapidement les entrepreneurs, surtout au démarrage de leur activité, quand rien ne les retient à un fournisseur précédent. À terme, l'ensemble de ce marché pourrait alors basculer.

mercredi 6 novembre 2019

Luko préfère Lydia aux banques

Assurance
Parce que les consommateurs d'aujourd'hui attendent une réponse immédiate à toutes leurs demandes, la jeune pousse de l'InsurTech française Luko leur propose désormais une indemnisation instantanée en cas de sinistre. Mais plutôt que de recourir pour cela aux nouvelles offres des banques, elle s'appuie sur la solution éprouvée de Lydia.

Depuis ses débuts, la première promesse de la startup est sa réactivité : la souscription de l'assurance habitation en 2 minutes (grâce à son processus de collecte d'information automatisé), l'accord de dédommagement en 2 heures (pour les incidents simples à traiter, tels qu'effraction de porte, bris de fenêtre…) et l'envoi d'un artisan pour effectuer les réparations, le cas échéant, sous 2 jours. Désormais, elle ajoute donc la possibilité de recevoir l'indemnisation en 2 secondes via le porte-monnaie mobile de Lydia.

L'enjeu de cette accélération n'est pas uniquement de répondre à l'impatience croissante des individus. Il s'agit d'abord de démontrer une empathie sincère avec les clients, en particulier dans des circonstances difficiles, en cherchant à les rassurer le plus vite possible sur la prise en compte de leur situation. Mais il existe une autre bonne raison de verser les fonds sans attendre les délais d'un virement bancaire classique : pour les nombreuses personnes qui ne disposent pas de la trésorerie nécessaire face à un imprévu, c'est le seul moyen de déclencher tout de suite une intervention urgente.

La tendance n'est pas encore répandue dans le secteur, mais il faut tout de même reconnaître qu'elle n'a pas échappé à quelques assureurs traditionnels. En France, le Groupe BPCE s'en était ainsi emparé il y a quelques mois pour inaugurer son premier cas d'usage du paiement instantané (ce qui ne manque pas d'ironie). Celui-ci, cependant, n'adressait qu'une petite partie de la problématique (le règlement proprement dit).

Collaboration Luko x Lydia

Mais, donc, Luko a choisi, pour gérer les transferts en temps réel, de se tourner vers le plate-forme de Lydia plutôt que de retenir la solution des banques, a priori la plus logique puisqu'elle représente l'évolution naturelle du virement utilisé jusqu'alors. Il est aisé d'imaginer quelques-unes de ses motivations, dont, certainement, le coût facturé pour le service (les professionnels n'y échappent pas) et le simple fait que, le déploiement n'étant pas encore universel, les clients ne pourraient tous profiter de versements rapides.

Il est aussi extrêmement probable que la cible de clientèle des deux startups, principalement les jeunes générations, soit en fort recouvrement (effectif ou potentiel), ce qui permet de proposer un outil que la plupart des assurés connaissent déjà et ont souvent adopté depuis longtemps. D'autre part, pour ceux qui ne sont pas préalablement équipés et qui souhaiteraient néanmoins bénéficier du remboursement immédiat (qui reste facultatif), l'ouverture d'un compte ne prend que quelques instants.

Un an après le lancement du paiement instantané en France, les établissements qui en sont à l'origine n'ont visiblement toujours pas identifié ou, à tout le moins, mis en œuvre de manière industrielle les applications correspondantes. C'est, au contraire, l'arme décisive d'un acteur comme Lydia, qui ne cherche pas spécialement à en faire un argument de vente en soi (et il n'y a guère de quoi s'extasier !) mais sait parfaitement, avec ses partenaires, la mettre en scène là où la réactivité compte vraiment.

mardi 5 novembre 2019

Quand les achats alimentent l'épargne retraite

HUG
D'abord proposé aux banques, dans le but de fidéliser leurs clients avec des promotions contextuelles, le programme de « cashback » concocté par la jeune pousse PayLead figure désormais au catalogue de Groupama, sous la forme d'une application mobile permettant à ses sociétaires de compléter leur épargne retraite sans douleur.

Le principe est simple. Une fois le logiciel installé sur son téléphone, l'utilisateur est invité à connecter ses comptes bancaires (par l'intermédiaire des services de l'incontournable agrégateur Budget Insight). Dès lors, les algorithmes de PayLead repèrent les achats réalisés auprès de ses partenaires (en ligne ou en magasin). Ceux-ci donnent lieu au remboursement d'une fraction de la dépense. Enfin, quand le cumul des récompenses collectées atteint 30 euros, le solde est transféré vers son contrat d'épargne retraite.

Outre la configuration initiale du dispositif, l'application HUG comprend quelques fonctions complémentaires. La principale est, évidemment, la recherche des commerçants participant, par catégorie et enseigne ou par géolocalisation, cette mise en valeur constituant la principale motivation des marchands à consentir des rabais. Le suivi des primes reçues et de l'épargne retraite fait également partie de la panoplie. En revanche, l'intégration d'une option de conciergerie interpelle : que vient-elle faire ici ?

Pour Groupama, HUG représente un moyen amusant de renforcer l'intérêt de ses clients pour leur contrat d'épargne, alors qu'il s'agit généralement d'un de ces produits qu'ils mettent en place un jour et qu'ils ont ensuite tendance à oublier jusqu'au moment d'en profiter. Or il mérite d'être surveillé et, surtout, actualisé régulièrement, par exemple à l'occasion de changement importants dans la vie. Grâce aux versements automatiques ayant vocation à intervenir fréquemment, il devrait rester plus facilement en mémoire.

HUG sur iPhone

Malgré tout, la solution semble manquer de quelques composantes essentielles pour remplir efficacement cette mission. Ainsi, en amont, il serait certainement utile, pour convaincre les consommateurs de s'engager dans un programme potentiellement intimidant (et sur lequel la concurrence – telle que Capital Koala, au bénéfice des enfants – risque de se développer rapidement), de mettre en relief l'effet considérable qu'ont les contributions les plus modestes sur un produit d'épargne à long terme.

D'autre part, il n'est pas précisé comment l'application stimule les interactions mais il faut espérer que des mécanismes existent afin de valoriser les actions engendrant des récompenses (condition critique de l'adhésion des commerçants dans la durée) et les progrès accomplis du côté de l'épargne. De nos jours, une application mobile à beaucoup de mal à s'imposer dans les usages quotidiens et le danger est immense de voir HUG utilisée une fois pour la mise en place du « cashback », puis oubliée aussitôt.

Le défi le plus incertain sera cependant de savoir si les français se laissent séduire par le modèle de rétrocession proposé par Groupama (et, en arrière-plan, celui de PayLead). Certes, la promesse de valeur est tellement triviale qu'elle paraît irrésistible… mais elle entretient tout de même quelques petites frictions (dont l'accès aux données bancaires, pour les particuliers) et elle se place en concurrence plus ou moins directe avec les programmes de fidélité classiques et bien intégrés dans les habitudes…

lundi 4 novembre 2019

TD intègre l'expérience d'achat automobile

TD Wheels
Dans le monde entier, les banques se répartissent en deux catégories : celles qui persistent à focaliser leur attention sur leurs produits (vouées à une mort certaine) et celles qui pensent d'abord à l'expérience client. Avec sa nouvelle application mobile dédiée à l'achat automobile, la canadienne TD commence à basculer dans le deuxième camp.

Adoptant une approche plus souvent rencontrée dans l'acquisition immobilière (par exemple chez ScotiaBank, pour rester dans la même région), la solution TD Wheels s'affiche comme le compagnon virtuel du consommateur à la recherche de sa prochaine voiture. Le point de départ en est donc, logiquement, l'exploration du marché, à travers un catalogue comprenant tous les constructeurs et leurs modèles, ainsi que les diverses options disponibles, permettant à quiconque de trouver le véhicule de ses rêves. Les prix listés incluent même les éventuelles promotions en cours.

Naturellement, l'outil aborde également les questions de financement. En premier lieu, il propose une estimation de la valeur de revente de la voiture actuelle de l'utilisateur. À partir de cette information, ce dernier peut alors déterminer le montant du crédit dont il aura besoin pour acheter le modèle désiré et réaliser une simulation afin de connaître le montant de ses futures mensualités. D'ici quelques semaines, il sera en outre possible d'obtenir directement un pré-accord de prêt dans l'application, à des conditions fixes.

TD Wheels pour iPhone

Enfin, une fois décidé, l'acheteur peut, toujours depuis son smartphone, localiser dans son voisinage un concessionnaire de la marque qu'il a retenue et lui transmettre, en quelques gestes, les données concernant le véhicule convoité et son financement, de façon à accélérer les discussions et, le cas échéant, les démarches administratives.

Les ventes d'automobiles neuves restant majoritairement conclues en face à face, il paraît compréhensible que l'application ne cherche pas à s'imposer dans cette phase du parcours client. En revanche, il est très surprenant que des services complémentaires – dont, évidemment, l'assurance – ne soient tout simplement pas évoqués…

En attendant (peut-être) de prochaines évolutions, sur ce front et sur quelques autres, TD Wheels représente une illustration supplémentaire de l'indispensable transformation des métiers de la banque, qui, d'auto-centrés qu'ils sont depuis des siècles, doivent maintenant s'immerger au cœur des moments de vie des clients, de manière totalement transparente, voire invisible, en redevenant les facilitateurs de projets qu'ils sont fondamentalement, au lieu de se présenter systématiquement comme une fin en soi.

Dans ce registre, le choix de l'établissement canadien de fournir lui-même une expérience globale est certes le moins douloureux (par rapport à un « effacement » derrière un spécialiste), mais il soulève la question habituelle : parviendra-t-il à asseoir sa légitimité dans le domaine de l'achat de véhicule ou sera-t-il considéré comme un intrus ?

dimanche 3 novembre 2019

NatWest lutte contre l'addiction au jeu, en agence

NatWest
Après Monzo, Starling, Barclays…, c'est maintenant au tour de NatWest de s'engager dans la lutte contre le fléau des addictions au jeu au Royaume-Uni. Arrivant un peu tard dans la partie, elle se distingue par un partenariat avec une association spécialisée et un dispositif d'accompagnement personnalisé… déployé dans ses agences.

La première partie de la démarche est en passe de devenir un standard, dont les établissements d'autres pays feraient bien de s'inspirer. Il s'agit d'une simple option dans l'application mobile de la banque permettant de bloquer automatiquement toute transaction, par carte, ayant pour objet une dépense relative à des jeux d'argent. Pour la rendre vraiment efficace, elle s'accompagne généralement d'un délai incompressible (24 heures, par exemple) avant la prise en compte d'une demande de désactivation.

NatWest complète ensuite cette mesure basique par un double effort pédagogique dans ses rangs, tout aussi indispensable. D'une part, environ 600 de ses conseillers vont être sensibilisés à la détection des vulnérabilités – notamment sur les dépendances au jeu – parmi les clients avec qui ils sont en contact direct. D'autre part, les collaborateurs en charge de la gestion de l'endettement et de la protection du consommateur vont bénéficier d'une formation sur l'identification de l'addiction et les moyens de soutien disponibles.

NatWest – How can wee help you today

Enfin, le plan concocté par la filiale de RBS comporte un dernier volet, particulièrement original : dans le cadre de son partenariat avec l'organisme à but non lucratif GamCare, elle ouvre à ce dernier les portes de ses agences afin d'y assurer les consultations confidentielles, en face à face, qui font partie de son arsenal de protocoles d'aide aux victimes (avec le support en ligne, les entretiens téléphoniques…). L'objectif recherché est de faciliter l'accès à ces services, en offrant plus de choix et plus de proximité.

Dans une région où la fréquentation des succursales est en chute libre mais où, simultanément, les polémiques sur leur fermeture sont au plus haut, il est facile d'imaginer que NatWest vise, au moins partiellement, à redonner un peu de sens à son réseau physique. Pourtant, il paraît douteux que ses clients se laissent convaincre de venir consulter un spécialiste de l'addiction au su et au vu de son personnel. La phase pilote actuelle, dans seulement 13 agences, permettra de vérifier cette hypothèse, mais le « recyclage » des locaux ne peut se satisfaire de n'importe quels usages.

Il reste que les risques liés aux jeux d'argent méritent l'attention des banques, et pas uniquement quand le gouvernement les y incite (cette pression expliquant néanmoins la mobilisation britannique sur le sujet). En effet, non seulement sont-elles aux avant-postes pour repérer l'apparition des symptômes, à travers les données de paiement qu'elles gèrent (et qu'elles doivent manipuler avec précaution), mais elles sont surtout souvent confrontées à leurs conséquences financières, qu'elles ont donc intérêt à prévenir

samedi 2 novembre 2019

Les dessous d'Uber Money

BBVA
Cette semaine, à l'occasion de la conférence Money2020 à Las Vegas, Uber a ébranlé le petit monde bancaire en annonçant le lancement d'Uber Money. Peu de détails ont alors filtré sur l'initiative, en dehors des fondations déjà existantes. C'est donc vers BBVA qu'il faut se tourner pour obtenir quelques informations supplémentaires…

Le premier axe de développement de la nouvelle division couvre les services financiers à destination des chauffeurs affiliés. Il est ainsi question, d'abord, d'un porte-monnaie mobile, avec sa carte associée, leur permettant d'encaisser leurs gains en quasi temps réel, de suivre la situation de leur compte et de bénéficier de quelques avantages auprès d'entreprises partenaires (telles que des stations-services). Ces fonctions ont été expérimentées, entre autres, aux États-Unis et, en partenariat avec BBVA, au Mexique.

Cependant, l'intégration de la banque dans l'application qui sert, en quelque sorte, d'outil de travail aux 4 millions de conducteurs réguliers ou occasionnels d'Uber peut leur apporter bien plus qu'un simple porte-monnaie virtuel. Par exemple, l'autorisation de découvert (à hauteur de 100 dollars) accordée aux détenteurs de compte permet à celui qui commence sa journée sans argent de faire le plein de son véhicule et de réaliser des courses, sur lesquelles le remboursement sera directement prélevé (ce qui réduit le risque de défaut – et, par conséquent, le coût – par rapport à un crédit classique).

Uber Money

L'ambition affichée par le leader des VTC avec Uber Money est d'aider les utilisateurs de ses plates-formes à atteindre leurs objectifs financiers personnels. Précisons qu'il ne faut évidemment pas y chercher d'angélisme, car leur équipement bancaire est un enjeu d'efficacité pour la « startup ». Quoi qu'il en soit, BBVA confirme la réussite de l'approche, puisque 35% des personnes qui ont souscrit à son offre n'avait jamais recouru à un service bancaire auparavant. En outre, leur utilisation de leur compte pour des revenus provenant d'autres sources démontre que son impact social peut devenir global.

Naturellement, ces constats font directement écho à la stratégie de l'institution financière, notamment sa cible de conquérir un milliard de clients, afin de leur donner accès à toutes les opportunités dont ils peuvent rêver ou, a minima, de lever une partie des obstacles qui se dressent devant eux et leurs projets de vie. La validation de sa démarche est désormais en bonne voie pour une catégorie de population en pleine croissance, souvent considérée comme en danger d'être exploitée mais qui est aussi particulièrement susceptible de profiter d'efforts inclusifs, surtout dans les pays en développement.