C'est pas mon idée !

mercredi 26 novembre 2014

Bankinter investit dans une startup du bitcoin

Coinffeine
La jeune « crypto-pousse » espagnole Coinffeine, qui s'était déjà fait remarquer au printemps en devenant la première entreprise du monde capitalisée en Bitcoins, fait une nouvelle fois les titres de l'actualité avec l'annonce d'un investissement de la part de la filiale de capital risque de Bankinter, via sa fondation pour l'innovation.

L'événement est notable car l'intérêt des institutions financières pour l'univers Bitcoin reste essentiellement de l'ordre de la curiosité et des prises de participation dans des entreprises actives du secteur sont encore rares. Il est vrai que la solution que concocte Coinffeine a potentiellement des usages qui dépassent le seul contexte de la cryptomonnaie puisqu'elle esquisse une méthode totalement sécurisée et sans intermédiaire financier pour réaliser des échanges entre pairs (« P2P »).

La clé de son fonctionnement est l'utilisation de mécanismes du protocole bitcoin permettant de gérer automatiquement un dépôt de garantie. Chacune des deux parties d'un échange va placer sous séquestre virtuel une somme donnée (en Bitcoins), puis les transferts effectifs vont être exécutés par tranches d'un montant inférieur à celui de cette « caution », chacun devant être validé avant de passer aux suivants. Si l'un des intervenants venait à faire défaut, il engagerait son dépôt de garantie, ce qui décourage donc les tentatives de fraude.

Page d'accueil Coinffeine

La technologie de Coinffeine sera d'abord mise en œuvre pour gérer des achats et ventes de Bitcoins, contre des monnaies fiduciaires. L'objectif est alors de remplacer les plates-formes de change centralisées (qui ne sont pas immunes aux abus, cf. le scandale MtGox) par un modèle de transactions directes entre personnes. Cependant, la beauté de l'approche est qu'elle est applicable à des transferts de toute nature. Bankinter évoque ainsi une déclinaison pour des mouvements de titres et autres produits financiers.

Un investissement en capital risque n'implique pas que la banque espagnole va (rapidement) lancer des services autour de bitcoin. Il n'en constitue pas moins le signal d'une prise de conscience de la réalité et de l'ancrage dans la durée d'un phénomène qui n'est désormais plus réservé à un petit club de « geeks » (parfois) activistes. De plus, le choix spécifique d'une solution telle que Coinffeine révèle un intérêt beaucoup plus marqué pour les concepts sous-jacents – dont le potentiel est à peine effleuré à ce jour – que pour la cryptomonnaie elle-même.

mardi 25 novembre 2014

Generali adopte le crédit P2P avec Prêt d'Union

Generali
Née en 2011, Prêt d'Union fait figure de pionnière du crédit entre particuliers en France et peut se targuer d'une expérience significative, avec 120 millions d'euros de prêts accordés à ce jour. Elle franchit aujourd'hui un cap majeur dans son développement en signant un partenariat de distribution avec Generali France.

Les termes de l'accord permettront aux conseillers en gestion de patrimoine affiliés à la compagnie d'assurance de proposer de nouvelles solutions de placement à leurs clients. Celles-ci se composeront des 4 fonds commercialisés par Prêt d'Union, aux profils de maturité, de risque et de rendement diversifiés. Leur avantage principal est que ces produits offrent, en moyenne, un niveau de performance attractif, régulier et correctement sécurisé, sensiblement plus intéressant que les livrets d'épargne classiques.

Pour mémoire, le modèle adopté par Prêt d'Union est un peu hybride, par rapport à la « norme » de la finance participative. En effet, les dossiers de demande de crédit (à la consommation) déposés par les emprunteurs sont qualifiés de manière traditionnelle par la startup. Les prêts effectivement accordés sont alors convertis en parts de fonds de placement (sans transparence d'attribution), distribuées auprès des candidats à l'investissement (qui, selon la réglementation en vigueur, doivent être « qualifiés »).

Prêt d'Union

Il est probable que cette approche intermédiée du crédit P2P (de « pair à pair ») est un des éléments importants qui favorisent un rapprochement avec Generali. Ainsi, non seulement les nouveaux produits sont-ils aisés à intégrer (« techniquement ») dans l'offre existante mais ils en sont également suffisamment proches (d'un point de vue financier) pour être faciles à appréhender par les conseillers, tout en leur donnant une opportunité de jouer sur la corde (marketing) de l'investissement dans l'« économie réelle ».

En comparaison des réticences de la plupart des banques à s'engager avec des acteurs émergents, l'initiative de Generali constitue un signe supplémentaire de l'avance que reprennent les compagnies d'assurance, depuis quelques mois, en matière d'innovation dans le secteur des services financiers. Peut-être ont-elles même là l'occasion de prendre une revanche sur leur relatif échec avec la convergence de la « bancassurance » : et si elles devenaient demain les championnes de la banque alternative ?

lundi 24 novembre 2014

Alibaba crée un géant de la banque 2.0

Ant Financial
Lorsque des chiffres sont évoqués à propos du leader du e-commerce chinois Alibaba, la démesure est de mise. Or, il en est de même avec ses incursions dans le secteur financier. Le récent lancement de sa nouvelle marque fédératrice, Ant Financial, nous donne l'occasion de mesurer l'étendue de cet empire émergent…

Tout a commencé par un service de paiement en ligne, Alipay, étroitement associé à la plate-forme de e-commerce, un peu à la manière dont PayPal a initialement décollé avec son intégration dans eBay. La différence ? La chinoise compte maintenant 300 millions d'utilisateurs inscrits (environ le double de son alter ego américain) et gère 80 millions de transactions chaque jour (8 fois plus !). Il y a un an, elle a logiquement ajouté à sa panoplie un porte-monnaie mobile, Alipay Wallet, qui totalise déjà plus de 190 millions d'adeptes et est encore en pleine expansion.

Au-delà de ces marques extrêmement visibles, Ant Financial comprend aussi une part majoritaire dans Yu'e Bao, le fonds de placement le plus important du pays (125 millions de clients et l'équivalent de plus de 90 milliards de dollars sous gestion). Zhao Cai Bao, quant à elle, est une plate-forme ouverte de financement pour les PME (adoptant une sorte de modèle de prêt-emprunt P2P), tandis que le micro-crédit aux e-commerçants, basé sur l'analyse de données, est le domaine d'une autre entité, Ant Credit.

Enfin, Alibaba a obtenu en septembre dernier l'accord du régulateur pour le lancement de la première banque d'initiative privée en Chine, MYbank. Et il n'est résolument pas question de développer une institution financière de plus, aux côtés des plus de 200 déjà présentes dans le pays : celle-ci aura vocation à servir les particuliers, ainsi que les petites structures et les micro-entreprises, en exploitant au maximum les opportunités qu'offrent internet, le « cloud » et le traitement des « big data ».

En synthèse, Ant Financial combine donc toutes les grandes tendances de la finance à l'ère du e-commerce, du mobile et des médias sociaux. Quand les banquiers de tout poil évoquent (sans y croire) l'hypothèse terrifiante du lancement d'un établissement concurrent par un géant du web (Google, Facebook, Amazon…), ils peuvent dorénavant voir concrètement la forme qu'il prend. Les institutions financières chinoises sont aujourd'hui directement menacées, celles des autres pays suivront rapidement…

Merci à Laurent pour avoir inspiré cet article !

Alibaba

dimanche 23 novembre 2014

RBS rafistole ses systèmes informatiques

RBS
La semaine passée, RBS a conclu un accord avec les autorités financières britanniques aux termes duquel elle paiera un total de 56 M£ d'amendes (en plus de celle de 3,5 M£ infligée en Irlande) dans le cadre de l'incident informatique majeur qui, à l'été 2012, a privé ses millions de clients de tout accès à leur argent pendant plusieurs jours.

Après les effets désastreux de cette affaire sur l'image de la banque et les plus de 70 M£ versés aux clients (et à quelques non clients), en compensation des désagréments qu'ils ont subis, la facture continue donc toujours à s'alourdir… Mais, s'il faut en croire le rapport [PDF] que vient de publier l'établissement, ces montants ne sont, en réalité, qu'une goutte d'eau en comparaison des efforts consentis pour tenter de remettre à flot ses systèmes informatiques vieillissants.

Ce sont ainsi 750 M£ qui sont investis sur 3 ans, uniquement pour garantir la sécurité et la résilience des infrastructures et applications existantes et minimiser le risque qu'une catastrophe du même ordre que celle de 2012 n'ait un impact aussi dramatique sur les clients. Et le détail de quelques grands chantiers engagés – au-delà de l'amélioration et de la rationalisation des services, dont notamment les paiements internationaux et les accès mobiles – montre à quel point la situation est désespérée…

Il y a tout d'abord la mise en place d'une « banque miroir ». Derrière ce concept se cache une idée simple : une copie à l'identique des principaux composants informatiques – traitements des transactions par carte, consultation des soldes de compte et des dernières opérations… – est mise en œuvre et maintenue en permanence, capable de prendre rapidement le relais en cas d'indisponibilité des systèmes primaires. Dans une reconnaissance pathétique de son incapacité à assurer une fiabilité satisfaisante, RBS surenchérit donc dans la complexité.

Mirror Bank RBS

Deuxième axe prioritaire des initiatives engagées, la banque vise à simplifier ses traitements « batch » (c'est-à-dire toutes ces opérations qui sont enregistrées et mises en attente au fur et à mesure de leur arrivée et sont exécutés par lots, généralement la nuit, pour plus d'efficacité). A une ère où le monde fonctionne de plus en plus en temps réel (y compris les paiements, au Royaume-Uni), il est particulièrement triste qu'une entreprise en soit encore à tenter de rendre plus fiables ses systèmes datant d'une époque révolue.

Pourtant, le plus grave n'est pas directement dans ces chantiers, dont il est difficile de contester qu'ils sont hélas indispensables. Ce qui met réellement en danger l'avenir de RBS – tout aussi inévitablement – est la diversion créée : non seulement les efforts et les investissements consentis pour la résilience sont détournés des projets de rénovation qui auraient du être entrepris depuis longtemps mais ils constitueront aussi des facteurs de paralysie lorsqu'il faudra envisager le remplacement des systèmes en place (pas question de « jeter » ce qui vient de coûter des millions !).

Il serait facile, de la part des autres banques historiques, de rejeter les causes de cette descente aux enfers sur les erreurs passées de RBS, dont, en particulier, la réduction de ses budgets informatiques dans le sillage de la crise financière de 2008. Ce serait cependant une erreur car elles sont (presque) toutes dans une situation identique, même si l'absence d'incident d'ampleur ne permet pas d'en prendre une totale mesure. Les « rafistolages » des vieux systèmes y sont la norme, tandis que les modernisations vitales y prennent un retard inquiétant

samedi 22 novembre 2014

Le Crédit Agricole lance une solution d'identité numérique

CA Conect
Après avoir été évoquée à plusieurs reprises par ses concepteurs, notamment lors des célébrations du deuxième anniversaire du « CA Store », la nouvelle solution d'identité numérique du Crédit Agricole, baptisée « CA Connect », fait désormais l'objet d'une vidéo de présentation, qui semble indiquer un lancement officiel imminent.

Dans le monde numérique d'aujourd'hui, chacun d'entre nous utilise quotidiennement une infinité de services en ligne qui nous demandent de nous identifier et nous imposent donc de mémoriser un mot de passe pour y accéder. De plus en plus souvent, les sites web adoptent les outils de « fédération d'identité » proposés par les géants du web (Google, Facebook…) afin de simplifier ce casse-tête. Une seule connexion suffit alors pour être reconnu automatiquement sur toutes les plates-formes qui ont fait un tel choix.

Avec son initiative, le Crédit Agricole veut proposer une alternative au quasi-monopole qu'exercent les grandes entreprises américaines du web dans ce domaine (il faut également signaler l'offre de La Poste, qui se positionne cependant sur un créneau légèrement différent, avec la validation formelle de l'identité des individus). Si la banque verte atteint son objectif, nous verrons donc bientôt fleurir sur le web français des boutons « CA Connect » permettant une ouverture de session, totalement sécurisée, en un clic.

A ce stade, les entités internes du Crédit Agricole constituent les premières cibles. En effet, les multiples activités du groupe – et leurs services en ligne associés – fournissent à elles seules un cas d'utilisation pertinent : par exemple, le client qui dispose d'un compte personnel et d'un compte professionnel auprès d'une caisse régionale, d'un compte Tooket (la monnaie virtuelle solidaire originaire de Pyrénées-Gascogne), d'un livret BforBank et d'un contrat d'assurance Pacifica doit gérer 5 identifiants différents ! Un moyen d'accès unique lui facilitera certainement la vie…

Présentation CA Connect

Les origines de « CA Connect » expliquent d'ailleurs très simplement cette approche initiale, puisqu'elles peuvent être recherchées dans le système d'identification utilisé pour les applications du « CA Store », qui intègrent justement les services de la banque. Dans la même logique, les logiciels d'agrégation de comptes (du style de Bankin ou Linxo) sont également perçus comme candidats sérieux à son adoption. Puis, en perspective, le Crédit Agricole évoque une intégration possible par quelques grandes organisations (impôts, Voyages-SNCF, EDF…).

Dans la bataille pour la gestion de l'identité numérique, et en dépit d'un retard important sur les géants du web, les banques ont quelques arguments de séduction à faire valoir. En premier lieu, elles disposent d'un capital confiance inégalé auprès des consommateurs, notamment en termes de sécurité et de protection de la vie privée. D'autre part, et le Crédit Agricole ne manque pas de mettre l'accent sur ce point, elles ne sont pas (aussi) intéressées par les données de connexion que les entreprises qui vivent de revenus publicitaires.

Cela suffira-t-il à à convaincre les éditeurs de services en ligne d'adopter « CA Connect » ? Il reste encore trop de questions sans réponses pour l'affirmer. Quel sera le modèle économique du service ? Sera-t-il ouvert à tous les internautes ou seulement aux clients du Crédit Agricole ? L'intégration sera-t-elle aussi simple que promis (d'un point de vue technique mais aussi contractuel et administratif) ? Les standards en matière de gestion d'identité (« Open ID », principalement) seront-ils respectés et permettront-ils une utilisation sur des sites internationaux ?

La mise en place d'un service d'identité numérique est depuis fort longtemps considérée comme une opportunité incomparable pour les institutions financières, au point qu'il est tout à fait incompréhensible qu'elle ne soit pas déjà banalisée. Or, même lorsqu'elles sont directement sollicitées, comme cela a déjà été le cas, entre autres (et sur des projets spécifiques), au Canada et au Royaume-Uni, elles ne se positionnent pas toujours (laissant la place à des acteurs tels que PayPal) ! Le Crédit Agricole fait ainsi à nouveau figure de pionnier…

La vidéo de présentation du service (également en lien sur les images et dans le texte ci-dessus) a malheureusement été retirée de YouTube ce jour (24/11/2014).

vendredi 21 novembre 2014

Suivre son portefeuille d'actions sur Oculus Rift

Fidelity
Alors que son lancement officiel semble se rapprocher, le casque de réalité virtuelle immersive Oculus Rift commence à attirer l'attention des institutions financières, qui se mettent à la recherche d'idées pour en exploiter le potentiel. A travers ses « Labs », Fidelity est l'une des premières à se lancer concrètement dans l'aventure…

Le spécialiste de l'investissement vient donc de mettre en ligne « StockCity for Oculus Rift », sa nouvelle application de suivi de portefeuille d'actions. Au-delà de la seule expérimentation d'une technologie émergente, Fidelity profite de cette réalisation pour, principalement, explorer des pistes originales en matière de visualisation d'information. Il s'agit en effet d'un domaine actuellement en pleine effervescence à l'intersection du phénomène « big data » et des évolutions des interfaces utilisateur.

En l'occurrence, l'approche retenue avec StockCity est (comme son nom l'indique) de restituer l'état d'un portefeuille d'actions sous l'apparence d'une ville, dont chacun des immeubles – regroupés par secteur économique – représente un titre, sa hauteur correspondant à son cours et sa surface au volume négocié récemment, tandis que la météo ambiante évoque la tendance du marché. L'utilisateur plongé dans cette cité virtuelle peut se déplacer dans ses rues pour consulter les détails de ses investissements sans avoir à absorber des montagnes de chiffres plus ou moins abstraits.

StockCity for Oculus Rift

Certes, l'effort est encore modeste, mais, comme souvent avec les expérimentations des Fidelity Labs, l'objectif recherché est d'abord une appropriation précoce d'un nouveau concept (technique) ainsi qu'une volonté de partager rapidement un prototype avec les consommateurs (clients ou non) afin de mesurer leur intérêt et de recueillir leurs avis et commentaires. Nul exemple n'est plus illustratif que cette tentative avec le casque Oculus Rift (encore à l'état de projet), dont il est bien difficile d'imaginer a priori quels usages il peut avoir dans le secteur financier…

Quelques banques (dont Société Générale, lors d'un de ses hackathons) ont déjà tenté de faire appel à la créativité du public pour développer des applications adaptées à la réalité virtuelle immersive. L'étape suivante, qu'a donc abordée Fidelity, est maintenant de tester les idées les plus prometteuses en conditions réelles. Contrairement à d'autres secteurs d'innovation où l'enjeu est de tirer parti d'une tendance confirmée, l'attrait particulier est ici de participer aux tout premiers pas de ce qui sera peut-être la prochaine révolution technologique. Voilà une position bien inhabituelle pour une institution financière…

jeudi 20 novembre 2014

Quel avenir pour les néo-banques ?

Simple
La vague des néo-banques – pour qualifier ainsi ces établissements sortis tout droit de la révolution numérique – n'a que quelques années, mais elle rencontre ses premiers hoquets : problèmes techniques chez Simple, changement de modèle économique pour Moven… Ces trublions approcheraient-ils déjà de leur fin de parcours ?

C'est la question que pose Stephen Greer, analyste du cabinet Celent, dans un billet de blog, en notant que les grandes institutions financières prêtent grande attention à la popularité des nouvelles entrantes, même si beaucoup d'entre elles ne les considèrent pas comme une réelle menace. En guise de réponse, il propose 3 scénarios principaux pour les néo-banques, reléguant la possibilité qu'elles deviennent une alternative viable aux acteurs traditionnels au rang de la plus grande improbabilité. Or, il me semble que cette vision est partielle (et, indirectement, partiale).

L'une des hypothèses formulées est, il est vrai, incontestable : les approches originales adoptées par les startups du secteur vont nécessairement influencer la manière dont les entreprises historiques considèrent leur métier à l'ère numérique. En particulier, l'obsession de l'expérience client est en passe de devenir une caractéristique indispensable pour survivre dans les années qui viennent. Et, en théorie, grâce à l'étendue de leurs offres, les « vieilles » banques devraient même être en meilleure position dans la course à l'excellence.

Hélas, la réalité est bien différente. Leurs lourdeurs internes limitent autant leur capacité à rattraper leur retard en matière de relation client numérique que leur faculté à intégrer leurs services dans un ensemble homogène. Dès lors, le deuxième scénario qui consiste à imaginer que les institutions financières créeront leurs propres banques « digitales » est totalement illusoire. Ainsi, les initiatives en ce sens ne sont souvent que de pathétiques ré-habillages des services existants, loin des attentes réelles de la clientèle.

Dernière option évoquée, suivant l'exemple du rachat de Simple par BBVA, les néo-banques seraient acquises par leurs « ancêtres », offrant à ces dernières un raccourci dans la mise en place d'une vision plus disruptive, en parallèle de leurs établissements classiques. Une telle stratégie fait beaucoup plus de sens que celle d'une création de nouveaux modèles en interne mais il est peu vraisemblable qu'elle se généralise tant elle est éloignée de la culture du secteur (relativement à l'innovation, au repli sur soi…).

Conséquence directe de l'immobilisme de leurs aînées, les petites agitatrices ont donc encore le temps d'affuter leurs armes et d'affiner leurs approches avant de les voir se transformer en concurrentes sérieuses sur le terrain de la banque « digitale ». L'une des voies qu'elles exploreront afin de surmonter les difficultés qu'elles doivent affronter est celle des partenariats, que ce soit entre « pairs » (pour enrichir leur spectre de services) ou, peut-être, avec des acteurs d'autres domaines (la grande distribution ?).

Naturellement, il serait beaucoup plus confortable pour les institutions financières de croire que les néo-banques ne sont qu'un phénomène passager et qu'elles auront tôt fait d'en absorber les impacts, via une acquisition ou grâce à leurs propres stratégies numériques. Ce serait pourtant une erreur tragique, qui les rendrait encore plus vulnérable face à l'évolution des usages…

Vidéo promotionnelle Moven

mercredi 19 novembre 2014

Société Générale expérimente avec ses clients

L'Appli Lab
Lors du lancement de « L'Appli » pour iPhone, Société Générale avait déjà proposé a ses clients de participer à sa conception en leur demandant de désigner sa neuvième fonction. Dorénavant, ils ont à leur disposition une application [iTunes] pour tester les nouveautés à venir et influer sur leurs caractéristiques.

L'« Appli Lab », qui vient de faire son apparition dans l'AppStore d'Apple (et promise pour bientôt sur Android Market), propose donc aux clients de la banque d'expérimenter une fonction originale, sur laquelle ils sont invités à donner leurs avis et proposer leurs idées d'amélioration. Après quelques itérations, si les retours s'avèrent positifs, la nouvelle option devrait être ajoutée à l'application mobile « standard » et une autre pourra alors être soumise aux utilisateurs. L'objectif serait d'atteindre 3 ou 4 cycles sur l'année.

Dans la première version, c'est un concept de « reste à dépenser » qui est mis en œuvre. Son principe est cependant différent de celui qui existe, par exemple, chez Simple (aux États-Unis) ou Axa Banque (en France). Ainsi, à partir d'une analyse des flux financiers sur un an, le logiciel détermine une enveloppe budgétaire mensuelle (qui peut également être ajustée) et offre un aperçu de la position instantanée des comptes du client par rapport à cette cible. Plus qu'un simple réaménagement (essentiellement de forme) du solde de compte, il entre ici une intéressante dimension statistique.

L'Appli Lab sur iPhone

L'idée du « reste à dépenser » est souvent plébiscitée par les consommateurs, qui y voient une vraie aide à la gestion de budget. En revanche, il est possible de la décliner dans tellement de variantes différentes qu'une approche expérimentale est largement justifiée pour tenter de satisfaire le plus grand nombre. Le défi pour Société Générale sera, bien entendu, d'avoir la réactivité nécessaire afin de faire évoluer l'« Appli Lab » régulièrement en fonction des commentaires qu'elle recevra.

Plus généralement, il faut espérer que la banque maintienne ses efforts dans la durée, contrairement à l'initiative similaire de BNP Paribas (« Le Lab », lancé au début 2012 et qui semble avoir été totalement abandonné presque aussitôt…). Il est vrai que la focalisation sur une seule fonction élémentaire – bien que probablement moins séduisante a priori pour les utilisateurs – est un moyen de mieux maîtriser le contenu de l'application et son évolution, avec un niveau d'ambition raisonnable.

Depuis longtemps, les startups et les géants du web ont habitué les consommateurs à la distribution de services non finalisés, autant pour en éliminer les anomalies (« versions beta ») que pour vérifier leur attractivité et susciter des interactions permettant de les améliorer. Si ces méthodes sont aux antipodes de la culture informatique historique des banques, elles deviennent pourtant indispensables pour mieux répondre aux attentes (changeantes) des clients et aux évolutions (rapides) de la concurrence. Société Générale est visiblement sur la voie de la transition…

L'Appli Lab

mardi 18 novembre 2014

Lloyds recrute dans la génération numérique

Lloyds Banking Group
La transformation numérique figure désormais à l'agenda de la plupart des grandes institutions financières. Cependant, pour une bonne partie d'entre elles, il s'agit avant tout de déployer de nouvelles technologies. Seules quelques-unes, plus rares, considèrent que la dimension humaine doit jouer un rôle tout aussi – voire plus – important.

Parmi ces dernières, Lloyds Bank prend le problème à bras le corps puisqu'elle met en place un cursus de recrutement spécifique, visant tout simplement à conquérir une future génération de collaborateurs, capables de dessiner la banque numérique de demain (mission qui leur est explicitement assignée). Fort logiquement, plutôt que de compter sur une hypothétique adaptabilité des populations expérimentées, ce sont les jeunes diplômés férus de « digital » qui sont sollicités à travers cette campagne.

Le programme concocté pour les candidats retenus sera lui-même adapté à l'objectif fixé. Ainsi, un accompagnement dédié sera mis sur pied, avec la participation d'experts de l'« Académie Digitale » de la banque et un soutien personnalisé assuré par une équipe de mentors. Plus original, l'intégration des jeunes recrues se déroulera en 3 grandes étapes, de 8 mois chacune, dans 3 métiers différents. Cette découverte initiale leur permettra à la fois de faire leur choix en connaissance de cause et de mieux appréhender l'environnement global de l'entreprise.

Lloyds Banking Group - Talent Digital

Il convient d'ailleurs de noter que, dans la logique de Lloyds Bank, « numérique » n'est pas synonyme de technologie. Au contraire, les domaines dans lesquels les nouveaux arrivants feront leurs premières armes comprennent, naturellement, le e-commerce et l'expérience client, mais également le développement de produits, « le marketing digital », la sécurité et la lutte contre la fraude, la gestion des risques, les opérations… Nulle part n'est évoqué le Système d'Information, même s'il est évidemment présent en filigrane !

Après l'annonce récente de la suppression de 9 000 emplois (et la fermeture de 150 agences), Lloyds Bank engage donc le deuxième volet de sa transition numérique. Et quoi de plus logique que de faire appel aux talents des nouvelles générations pour conduire celle-ci dans les prochaines années ? Encore faut-il leur en donner l'envie… L'approche adoptée ici fait preuve d'une certaine intelligence dans sa manière d'attirer l'attention des jeunes, notamment en jouant (un peu) sur leur culture de zapping.

lundi 17 novembre 2014

CNIL : démarches simplifiées pour l'assurance

CNIL
L'assurance est l'un des premiers domaines intéressés par l'émergence de nouveaux modes de production, de collecte et d'exploitation de données, dont beaucoup concernent les personnes. Afin de faciliter la tâche des acteurs du secteur dans le respect des règles en la matière, ils disposent désormais d'un pack de conformité CNIL.

Premier d'une série qui devrait progressivement couvrir d'autres domaines d'activité, ce référentiel [PDF], conçu avec les organismes représentatifs des professionnels de l'assurance, a une triple vocation : faciliter la mise en œuvre de nouveaux produits et services respectueux de la vie privée des individus, réduire les risques liés à la collecte et à l'utilisation de données personnelles et simplifier les démarches administratives engendrées par l'application des règles édictées par la CNIL.

Pour répondre à ces objectifs, le pack de conformité se présente d'abord sous la forme de 5 fiches pratiques décrivant par le menu et de manière très concrète les principes existants, déclinés dans le cadre spécifique des métiers de l'assurance. Chacune d'elles traite d'un contexte particulier – gestion des contrats, gestion commerciale, lutte contre la fraude… – et précise les finalités considérées, les catégories de données prises en compte, les destinataires possibles, les contraintes de sécurisation…

Ce corpus documentaire s'accompagne de mesures d'allègement des formalités, comprenant, selon les cas, des normes simplifiées (un engagement de conformité sera ainsi suffisant pour la gestion des contrats et la gestion commerciale) ou des procédures de déclaration unique (couvrant en une seule étape tous les traitements relatifs à la collecte des numéros de sécurité sociale, la consultation du référentiel national d'identification des personnes physiques – RNIPP – et la lutte contre la fraude).

A l'ère des « big data » et de l'internet des objets – qu'il s'agisse de mieux piloter les contrats avec des capteurs de comportement de conduite, de la recherche d'information sur les réseaux sociaux pour aider à la détection de la fraude ou encore de récompenser les bonnes habitudes de santé – la clarification des exigences de protection des données personnelles sera accueillie à bras ouverts par les assureurs, qui voient fréquemment dans celles-ci l'un des principaux freins à leurs initiatives (un autre étant la crainte du rejet par les consommateurs).

Hélas, il faudra pourtant déchanter face à la promesse affichée de faciliter le développement de nouveaux produits et services : les fiches pratiques censées détailler les modalités d'application sont totalement muettes quant aux approches émergentes. Les données citées restent (tristement) traditionnelles puisque ce sont celles qui figurent sur tous les formulaires de souscription du monde. Tant pis pour les sources d'information alternatives, les capteurs en tout genre… tout cela n'est pas à l'ordre du jour.

Ceux qui souhaiteront explorer (voire déployer) ces nouvelles opportunités devront donc en rester aux (lourdes) démarches habituelles auprès de la CNIL et espérer que le « club conformité » de l'assurance, créé simultanément et dont le rôle est de faire vivre le pack conformité, se penchera rapidement sur ces questions.

Pack de Conformité CNIL pour l'Assurance