C'est pas mon idée !

lundi 10 décembre 2018

Encore un porte-monnaie électronique…

Natixis
J'avoue que je ne comprends décidément pas la stratégie des acteurs du paiement et de la grande distribution, que viennent de rejoindre Natixis et le Groupe Casino en annonçant [PDF] le lancement de leur nouveau porte-monnaie électronique. Où nous mène donc cette prolifération de solutions toutes plus ou moins identiques ?

Au rythme actuel, chaque grande enseigne de l'hexagone possèdera bientôt sa propre plate-forme de paiement. Au mieux, celle-ci propose de régler ses achats d'un geste en boutique, sur le web et sur mobile, inclut programmes de fidélité et autres formes de promotions, garantit une sécurité absolue… Celle de Casino ne sera déployée dans un premier temps que pour le commerce en ligne, sur le site de CDiscount, mais elle ajoute à la panoplie traditionnelle une option de paiement en plusieurs fois.

Pour quelle valeur ajoutée ? Toutes ces possibilités sont déjà disponibles, et parfois intégrées de longue date dans les habitudes des consommateurs. Dans les e-boutiques, nous avons déjà tous créé un compte personnel – auquel sont rattachés nos coordonnées, nos promotions et, le cas échéant, les informations de notre carte bancaire – qui nous permet de valider notre commande instantanément (le paiement en 1 clic d'Amazon a plus de 20 ans !). En magasin, les programmes de fidélité remplissent cet office et quand ils seront liés aux cartes de paiement, la même simplicité sera atteinte.

Groupe Casino + Natixis

Par ailleurs, les obstacles spécifiques qui se dressent devant les marques pour faire accepter un porte-monnaie électronique constituent un handicap qui réduit encore ses chances de succès. La phase d'enrôlement, en particulier, est un facteur majeur de désaffection, comme le souligne l'exemple de l'introduction d'une option de paiement Apple Pay par eBay – dont l'adoption semble plafonner à 12% de la population éligible, alors qu'elle représente certainement un modèle en termes d'expérience utilisateur.

Pourquoi les clients s'embarqueraient-ils dans une procédure moins familière et souvent plus complexe que celle qu'ils utilisent depuis des années, pour des bénéfices peu visibles, sinon totalement inexistants ? Au bout du compte, leurs dépenses seront toujours imputées sur la même carte ou sur le même compte, et la seule nouveauté à attendre, si la multiplication des initiatives se poursuit, sera l'émergence d'une multitude de systèmes différents, hétérogènes d'une boutique à l'autre, au détriment de la qualité et de l'efficacité des parcours de vente. Seule une vraie rupture pourra changer la donne !

dimanche 9 décembre 2018

Google ne saurait donc pas innover ?

Google
Dans un article pour ZDNet, Tom Forenski, journaliste et blogueur indépendant, évoquait récemment ce qu'il estime être l'incapacité chronique de Google à innover. Les arguments qu'il développe à l'appui de sa thèse m'inspirent deux réactions contradictoires, à partir desquelles il est possible de dégager deux principes génériques.

Le raisonnement de départ est largement répandu parmi les observateurs de la scène technologique. À consulter le cimetière Google, référençant à ce jour 44 produits que, au fil des ans, le géant du web a fini par abandonner, il est effectivement tentant de penser que l'entreprise ne parvient pas à reproduire la recette qui lui avait permis initialement d'imposer au monde entier son moteur de recherche et son modèle économique basé sur la publicité. Pour Tom, cet échec serait dû à une aversion pour le marketing.

Cette vision négative occulte une réalité incontournable de l'innovation : plus les paris sont risqués, plus la probabilité d'échec est élevée. En l'occurrence, quand Google s'aventure sur des territoires inexplorés ou, a minima, très éloignés de ses compétences d'origine, c'est en sachant par avance que la plupart de ses tentatives n'aboutiront pas. Son objectif étant de diversifier son marché, il est inévitable que les ratés se multiplient… sans que cela doive faire oublier des succès importants (Android, Chrome…).

Nous revenons ici à une règle élémentaire de l'innovation : il faut accepter les déconvenues. Ce qui implique, en particulier, de savoir arrêter les expérimentations qui ne produisent pas les résultats attendus et, surtout, en tirer les enseignements nécessaires. Ce sont justement les deux caractéristiques qui montrent combien Google possède une maturité que bien des organisations devraient lui envier, car son approche en la matière, rationalisée à l'extrême, s'avère redoutablement efficace.

En effet, d'une part, une bonne partie des produits arrêtés au fil du temps n'ont pas totalement disparu, leurs fonctions se retrouvant, sous une forme ou une autre, intégrées au sein d'autres solutions. D'autre part, le rapport coût-bénéfice est soigneusement contrôlé et les décisions de mise à mort paraissent toujours très mûries, mettant en balance les investissements requis avec le potentiel de rupture visé – ce qui explique par exemple pourquoi le réseau social Google+ a été maintenu en vie si longtemps.

The Google Cemetery

Il ne faut cependant pas idéaliser la démarche d'innovation de Google, qui comporte également ses défauts. Je ne sais pas s'il s'agit du mépris pour le marketing que Tom souligne dans son texte, mais il est incontestable que la culture d'ingénierie qui prévaut depuis les débuts du moteur de recherche a un impact certain sur la faculté des concepts testés à rencontrer leurs utilisateurs. Elle explique une partie des déboires rencontrés et laisse un goût amer, en mettant en évidence des erreurs de débutant.

Le cas est extrêmement intéressant à analyser car il relève d'un phénomène assez insidieux. Ainsi, il serait exagéré de suggérer que Google succombe à la faute classique consistant à se focaliser exclusivement sur les technologies sans se préoccuper de leur usage pour résoudre des frustrations de futurs clients. Sa faiblesse est, en réalité, de ne souvent s'intéresser qu'à une fraction spécifique de la population à qui elle veut s'adresser, celle qui lui ressemble, « geek » et californienne, pour simplifier.

Ce handicap n'empêche pas quelques réussites ou semi-réussites, comme l'illustre l'évolution de Hangouts. À l'origine conçu pour les besoins internes de Google, le service de collaboration à distance a trouvé son audience parce que d'autres entreprises vivaient les mêmes frustrations. En revanche, son adaptation au grand public n'est pas convaincante (ce qui devrait mener, encore, à un abandon), sans surprise, puisque rien n'a été vraiment fait pour résoudre des problématiques courantes au sein de cette cible.

La morale de l'histoire de Google est donc à double face. D'une part, elle rappelle que les bénéfices de l'innovation sont directement proportionnels à la prise de risque admise pour sa mise en œuvre. D'autre part, elle expose la difficulté à bien sélectionner les problématiques à traiter pour espérer faire la différence. Même pour un acteur qui a parfaitement intégré qu'il fallait partir d'une douleur à résorber, il n'est pas nécessairement aisé d'évaluer correctement la portée réelle de la solution qu'il envisage.

samedi 8 décembre 2018

FinTech de Grande-Bretagne, unissons-nous !

GoCompare
Lancée au début de l'année par le comparateur de prix britannique GoCompare mais plutôt discrète jusqu'à maintenant, l'initiative Machine Learning for the FinTech Community (ML4FinTech) revient aujourd'hui au premier plan avec l'accueil d'un nouveau partenaire, le spécialiste de la gestion de finances personnelles Money Dashboard.

C'était à l'occasion d'un congrès de l'intelligence organisé à Londres en janvier. Jackson Hull, le responsable des opérations de GoCompare présentait ce concept, destiné à accélérer l'innovation dans le secteur financier, qui proposait à tous les acteurs intéressés de mettre en commun leurs modèles d'analyse de données. Afin d'initier le mouvement, l'entreprise offrait elle-même à ses partenaires ses fonctions de catégorisation de transactions et de prédictions de comportements futurs.

En pratique, elle fournit une API, via laquelle le demandeur (préalablement agréé) soumet une liste d'opérations bancaires (anonymisées) et en obtient en retour un résumé structuré. Grâce à l'arrivée de Money Dashboard dans l'aventure, on peut imaginer que les fonctions mises de la sorte à la disposition des utilisateurs vont s'enrichir de possibilités supplémentaires, notamment dans les domaines de la planification et de la gestion budgétaire qui constituent les spécialités de la jeune pousse.

Machine Learning for the FinTech Community

Au premier abord, l'idée de partager ses procédés techniques peut paraître absurde de la part d'une startup dont ils représentent probablement une bonne partie de la valeur ajoutée. D'ailleurs, cette réserve explique peut-être pourquoi GoCompare a conquis peu de partenaires au cours de ces derniers mois. Pourtant, les arguments ne manquent pas en faveur de l'ouverture, comme pour toutes les démarches similaires.

En premier lieu, l'approche se veut (apparemment) équilibrée, reposant sur un modèle de distribution réciproque dans lequel ceux qui apportent leur expertise bénéficient de celle de leurs pairs. Elle contribue ainsi concrètement à l'ambition de développer plus rapidement des services qui améliorent le bien-être financier des consommateurs, en mettant en commun les moyens les plus sophistiqués du moment dans ce but. La pénurie actuelle de compétences en intelligence artificielle la rend particulièrement pertinente.

Ce qu'essaie de bâtir GoGompare avec ML4FinTech est donc un véritable écosystème, perçu comme le meilleur moyen de capitaliser sur les opportunités des technologies modernes – en comparaison de projets qui seraient menés isolément – mais sans pour autant menacer la spécificité et la viabilité de chaque acteur y participant. Ce paradigme de la collaboration pourrait alors même devenir un incontournable, notamment pour optimiser la création de solutions à vocation plus ou moins sociale.

vendredi 7 décembre 2018

Voici une banque digitale… sans code !

ThinkMoney
Ce n'est pas encore tout à fait une réalité, mais la vieille promesse de créer des applications informatiques sans écrire de code est en train de prendre forme, doucement. Si l'utilisation des plates-formes de conception visuelle était encore récemment restreinte à la réalisation de prototypes, elle s'invite maintenant au cœur d'une stratégie bancaire.

L'annonce émane d'un éditeur leader du domaine, OutSystems, et de la banque en ligne britannique ThinkMoney, née en 2001. Grâce aux outils dits « low code » de la première, la seconde vise d'abord à reprendre le contrôle sur les services qu'elle propose à ses clients, de manière à mieux répondre à leurs attentes. Elle se réapproprie ainsi le développement des solutions de gestion budgétaire et d'assistance au pilotage des finances personnelles qu'elle met à leur disposition avec son offre de compte courant.

Le choix de s'appuyer sur une telle plate-forme répond à un objectif d'efficacité économique, bien sûr, mais sa principale motivation est avant tout l'exigence de réactivité que doit affronter la banque aujourd'hui. En effet, en 2018, il n'est plus envisageable d'attendre plusieurs mois pour transformer un nouveau concept en une fonction dans une application mobile. Il faut pouvoir l'implémenter rapidement, de manière à en éprouver l'usage par les clients en conditions réelles et l'adapter à leurs réponses.

Grâce à la technologie d'OutSystems, ThinkMoney espère multiplier par 6 sa productivité, tout en disposant d'un environnement complet, couvrant l'ensemble des besoins d'une banque « digitale », dont des capacités d'intégration avec les systèmes existants et une ouverture sur des écosystèmes externes, une expérience mobile native à l'état de l'art, des mécanismes de sécurité au niveau des standards de l'industrie…

ThinkMoney Helpful Banking

Naturellement, à ce stade, il n'est pas question de développer toutes les composantes informatiques de la banque sans écrire la moindre ligne de code. D'une part, seules les applications mobiles (et, peut-être, web) destinées aux clients sont concernées par la transition vers le « low code », tandis que le cœur de système reste bâti sur des fondations classiques. D'autre part, la solution mise en œuvre permet d'implémenter une partie significative des logiciels par assemblage graphique mais leur finalisation requiert toujours un minimum de programmation traditionnelle.

ThinkMoney esquisse tout de même une tendance inéluctable. Entre le désir de maîtriser les applications qui constituent l'essence de sa différenciation concurrentielle, l'impératif de réactivité et d'efficacité dans sa production logicielle et la difficulté croissante à recruter et conserver des professionnels performants, les arguments en faveur des outils de développement rapide se multiplient et leur sophistication et leur qualité en rend viable l'utilisation pour des fonctions stratégiques (bien qu'ils ne soient pas dénués d'inconvénients, tels que, par exemple, la dépendance au fournisseur).

jeudi 6 décembre 2018

LastMinute.com lance sa carte de paiement

LastMinute.com
Les dix millions d'utilisateurs qui se connectent chaque mois sur le site de LastMinute.com se voient désormais proposer [PDF] un nouveau service : la carte prépayée LM Card, conçue en collaboration avec Wirecard, leur permettra de bénéficier d'un moyen de paiement multi-devises, adapté à leurs besoins au cours de leurs voyages.

Il n'est pas question ici de développer un produit particulièrement sophistiqué mais seulement de fournir aux personnes qui apprécient la simplicité du site de réservation un instrument obéissant aux mêmes principes : facilité d'utilisation d'une carte Visa (avec son immense réseau d'acceptation), pilotage en temps réel de l'ensemble de ses fonctions, grâce à une application mobile, et conditions financières avantageuses notamment par rapport aux opérations de change réalisées par les moyens usuels.

Commercialisée uniquement au Royaume-Uni, pour l'instant, la LM Card est normalement facturée 6 livres à l'émission – en dehors de la période de lancement actuelle pendant laquelle elle est gratuite – et ne comporte aucune autre forme de charges fixes ou récurrentes. Elle supporte simultanément 3 devises – dollar, euro et sterling, chacune possédant son compte spécifique, avec son propre solde – et elle se recharge à partir de l'application mobile associée, via un paiement par carte de débit.

Lors d'un paiement à l'étranger, la devise du pays du commerçant est toujours privilégiée, par souci d'économie. Si le solde disponible sur le compte correspondant est insuffisant, une conversion automatique est effectuée instantanément depuis les autres sources, au taux en vigueur au jour de l'opération. Le porteur a également, à tout moment, la possibilité de transférer des fonds d'une devise à l'autre, toujours depuis son smartphone, de manière à fixer ses frais de change pour la durée de son voyage.

LM Card

Les cartes multi-devises existent depuis longtemps et la plupart d'entre elles sont beaucoup plus riches et plus complètes (par exemple en nombre de devises prises en charge) que celle de LastMinute.com. Mais ce qui rend la LM Card attractive est justement sa focalisation étroite sur les besoins essentiels des visiteurs du site de réservation en ligne. Incidemment, celle-ci rappelle la promesse originelle de Revolut, qui fit son succès initial, alors que sa diversification récente paraît moins convaincante.

Cette initiative représente un jalon supplémentaire dans l'inéluctable tendance vers l'intégration des services financiers au cœur de la chaîne de valeur d'autres secteurs. Aujourd'hui, il devient ainsi parfaitement naturel qu'un professionnel du voyage intègre à son catalogue une carte de paiement personnalisée pour ses clients. Et ces derniers seront d'autant plus aisément convaincus et séduits par ce produit que, sauf exception, leur banque habituelle n'a aucun équivalent à leur offrir et persiste au contraire à imposer des coûts parfois exorbitants et toujours opaques sur leurs opérations en devises.

mercredi 5 décembre 2018

La révolution de l'assurance arrive chez les courtiers

CoverWallet
Comme de nombreuses startups de l'InsurTech, CoverWallet a d'abord cherché à conquérir par la voie directe les PME qu'elle vise. Cependant, consciente que beaucoup de ces clients potentiels persistent à préférer passer par un intermédiaire pour leurs besoins d'assurance, elle met désormais aussi sa plate-forme à la disposition des courtiers.

Depuis ses débuts, en 2016, la jeune pousse américaine veut rendre l'accès à l'assurance plus simple pour les responsables d'entreprise. Son service, conçu comme un assistant personnel intelligent, les accompagne pas à pas dans la description de leur activité, dans la présentation détaillée des différentes couvertures dont ils peuvent avoir besoin et dans la sélection des solutions les plus pertinentes pour leur contexte, à partir d'un vaste catalogue de produits émanant des plus grands noms de l'assurance.

Rapidement les demandes ont afflué de la part de courtiers de bénéficier du même service. En l'occurrence et finalement sans surprise, ces professionnels du secteur désirent également disposer d'un outil qui leur permette de trouver rapidement tous les contrats adaptés aux circonstances de leurs clients, de souscrire en quelques instants, entièrement en ligne, et de les agréger dans un ensemble homogène, facile à présenter et gérer, sans avoir à jongler entre les applications spécifiques de chaque compagnie.

CoverWallet for Agents

Ainsi est née l'offre « CoverWallet for Agents » qui propose aux courtiers de recevoir instantanément une liste de devis de la part d'un large panel de fournisseurs, à partir d'une même demande, accompagnée de propositions de polices prêtes à signer, pour des garanties de responsabilité civile, de protection du chef d'entreprise, de compensations des salariés… Quelques options complémentaires viennent enrichir cette base, telles que paiement échelonné, gestion documentaire unifiée, analyse de risque et évaluation de coût moyen par région et par industrie, comparaisons des sinistres entre pairs…

Aujourd'hui, il existe 40 000 sociétés de courtage en assurance aux États-Unis et la vente directe entame relativement peu leur volume d'affaires, en particulier sur le marché des PME, dont les dirigeants restent attachés à la relation avec un interlocuteur de proximité, capable, entre autres, de prendre en charge de bout en bout les sinistres qui les affectent. Mais ces acteurs, généralement mal servis par leurs fournisseurs existants (en priorité les assureurs), demandent aussi à profiter des opportunités technologiques afin de faciliter leur travail et pouvoir mieux se concentrer sur les attentes de leurs clients.

mardi 4 décembre 2018

Le Brexit crée aussi des opportunités

Monese
Pendant que le Brexit suscite quelques inquiétudes sur l'avenir des néo-banques britanniques qui s'exportent en Europe continentale (pour ma part, je ne doute pas un instant qu'elles seront prêtes, quel que soit le scénario de sortie final), d'autres transforment l'événement en une opportunité commerciale. C'est notamment le cas de Monese.

Il est vrai que la jeune pousse dispose exactement de ce qu'il faut aux milliers de citoyens, des deux côtés de la Manche, qui, à l'approche de l'échéance et dans l'incertitude des futures conditions d'accueil, entament des démarches afin d'obtenir une double nationalité. En effet, la mission d'origine de la jeune pousse, qui consistait à faciliter l'ouverture d'un compte bancaire pour les résidents étrangers au Royaume-Uni (étendue par la suite à d'autres pays), s'adapte parfaitement à ces nouveaux « semi-expatriés ».

Pour les accompagner dans une transition parfois difficile et coûteuse (il faut compter plus de 1 000 livres de frais de naturalisation, en Angleterre), la solution Monese Premium – comprenant un double compte courant, l'un en euros, l'autre en livres, avec deux IBAN et deux cartes de paiement, sans frais de change, support en 11 langues… – leur est offerte gratuitement (au lieu du prix normal de 14,95£/€ par mois) sur simple justification de leur statut, par exemple en fournissant des copies de leurs deux passeports.

Monese Premium is Free!

Pour la startup, l'initiative est autant un manifeste politique qu'une véritable opération marketing. Elle a ainsi observé, entre 2017 et 2018, une multiplication par trois des souscriptions à son compte hybride, alors que les demandes de citoyenneté, au Royaume-Uni pour les européens ou dans un pays de l'UE pour les britanniques, ont explosé depuis le vote en faveur de la sortie de l'Union Européenne. Monese veut maintenant capitaliser sur ce mouvement pour développer sa clientèle rapidement.

Le cas est certainement extrême et il risque de paraître éloigné des préoccupations courantes des banques européennes. Pourtant, il démontre brillamment comment une situation inédite et potentiellement source de stress pour ceux qui la vivent directement peut être transformée en un avantage concurrentiel par un acteur particulièrement soucieux de simplifier la vie des consommateurs. Pourquoi aucun établissement traditionnel européen ne s'est-il positionné (à ma connaissance) sur ce créneau ?

lundi 3 décembre 2018

Un parcours de santé intégré avec CommBank

CommBank
En collaboration avec le service de recherche et d'évaluation de praticiens Whitecoat, la banque australienne CommBank profite de la position centrale des paiements dans la chaîne de valeur de la relation médicale pour proposer à l'ensemble des parties prenantes une expérience utilisateur intégrée, plus simple et plus fluide.

Imaginez… Après avoir pris rendez-vous avec le médecin qui correspond le mieux à votre pathologie et, éventuellement, sollicité un devis pour les soins que vous envisagez, vous vous rendez à son cabinet uniquement armé de votre téléphone. Avec ce dernier, à l'issue de la consultation, vous réglez votre dû d'un geste – sans contact – sur son terminal d'encaissement, matérialisé par une tablette dédiée « Albert » (dont la palette d'applications continue à s'enrichir régulièrement, depuis sa naissance en 2015).

En arrière-plan de cet acte apparemment anodin, les détails de votre assurance santé, que vous avez enregistrés au préalable dans votre porte-monnaie mobile, sont transférés au praticien. Une demande de prise en charge est alors automatiquement transmise auprès des services adéquats – sécurité sociale (Medicare) et organisme complémentaire – et, grâce à une connexion en temps réel à leurs systèmes, le remboursement des frais prévu selon votre couverture est effectué immédiatement sur votre compte.

Whitecoat

La même simplicité est, naturellement, au rendez-vous du côté des professionnels de santé. Pour eux, les démarches administratives sont réduites à leur plus simple expression : tout est géré par le logiciel installé sur la tablette. Celui-ci fournit en outre des outils sophistiqués d'analyse commerciale et de réconciliation comptable. Par ailleurs, il s'interface également, en standard, avec les principales plates-formes médicales spécialisées du marché, pour une gestion totalement transparente de l'activité.

La solution « CommBank Health Claim » – qui laisse encore dans l'ombre quelques questions (par exemple sur la répartition des rôles entre la banque et Whitecoat) – est aujourd'hui en phase pilote, pour un déploiement réel prévu au début de l'année prochaine. À ce moment-là, elle représentera la première déclinaison dans le monde de l'expérience de paiement invisible (ou presque) popularisée par Uber dans le domaine beaucoup plus exigeant, mais aussi plus propice à ses bénéfices, de la santé.

dimanche 2 décembre 2018

TD choisit l'expérience digitale ET humaine

TD Bank
Tandis que les banques se mettent progressivement à proposer la souscription de crédit immobilier intégralement en ligne, TD Bank place la priorité sur sa capacité à prendre en compte les préférences variées de ses clients, en leur laissant choisir à chaque instant le canal de leur choix, entre libre-service sur le web et conseil humain.

Au premier abord, la dernière annonce de l'établissement d'origine canadienne concerne surtout sa collaboration, aux États-Unis, avec Roostify, fournisseur de plates-formes technologiques, dans le but de procurer l'opportunité aux consommateurs de gérer toutes les étapes de leur crédit hypothécaire sur internet, depuis la recherche d'une solution adaptée à leur situation et l'évaluation de leur capacité d'emprunt, jusqu'à la soumission de leur demande, en quelques minutes, et la finalisation de leur contrat.

Cependant, TD Bank reste profondément attachée à sa différenciation concurrentielle par la qualité de la relation qu'elle optimise grâce à son réseau d'agences et ses conseillers humains. Aussi ne se contente-t-elle pas de mettre en place avec la souscription « digitale » de crédit un moyen de substitution à ses processus existants. Son objectif est plutôt d'introduire un outil complémentaire, dont l'objectif est de toujours mieux répondre aux attentes de ses clients, en toute circonstance, quelles que soient leurs préférences.

Or pour répondre à des besoins de contact qui peuvent être différents d'un individu à l'autre, il ne suffit pas d'avoir, d'un côté, une approche en face à face et, de l'autre, un parcours entièrement dématérialisé. En réalité, la plupart des personnes vont désirer un modèle mixte, qui leur permet de réaliser certaines actions en ligne, en toute autonomie et dans les conditions de leur choix, et d'autres avec l'accompagnement d'un professionnel – pas nécessairement les mêmes pour tout le monde, bien sûr.

Accueil Roostify

C'est la raison pour laquelle la plate-forme de Roostify est intimement intégrée non seulement avec le système de production de crédits hypothécaires de TD Bank mais également avec son dispositif de gestion de la relation client (CRM). Il s'agit de la sorte de faciliter – à tout moment (à l'initiative du client, principalement) – les allers-retours entre le processus « digital » et le dialogue avec un conseiller, ce dernier possédant tout l'historique de l'échange et étant capable de le reprendre sans rupture ni friction.

Une des principales exigences du consommateur contemporain est de bénéficier d'une expérience personnalisée et sa première expression est de lui laisser la liberté et le contrôle des modes d'interaction avec sa banque. Cette fameuse « omni-canalité » reste rare, notamment dans le traitement des opérations longues, telles que le crédit immobilier (qui en est souvent encore aux balbutiements de la « digitalisation »). Il resterait maintenant à vérifier si TD Bank parvient (enfin !) à la concrétiser effectivement…

samedi 1 décembre 2018

Belfius s'implique dans une monnaie locale

Belfius
Comme quelques autres communautés à travers le monde, la province de Limbourg, en Belgique flamande, s'est dotée d'une monnaie virtuelle destinée à promouvoir développement durable, esprit de partage et économie locale. Pour assurer son développement, elle recourt [PDF] maintenant au laboratoire d'innovation de Belfius.

Mis en œuvre aussi bien dans les commerces de proximité que dans l'organisation d'activités collectives – ramassage ou compostage des déchets, participation à des collectes de vêtements, don de sang… –, le LimbU porte une ambition particulièrement large, visant même, potentiellement, un fonctionnement en circuit fermé. Il est au service de presque 900 000 habitants répartis dans 44 communes, dont 9 ont déjà mis en place des mécanismes de soutien spécifiques afin de favoriser l'engagement citoyen.

Ses sponsors veulent maintenant passer à la vitesse supérieure et mettre en place une plate-forme à la pointe de la technologie pour supporter des usages en pleine croissance. L'association qui porte le dispositif, Uitmuntend Limburg, a donc recherché un partenaire disposant des ressources nécessaires et c'est The Studio – une filiale de la banque Belfius exclusivement dédiée à la conception de solutions innovantes à l'intention de ses clients, de ses partenaires ou pour ses propres besoins – qui vient d'être retenue.

LimbU

Dans cette collaboration, l'institution financière fournit principalement son savoir-faire informatique. En l'occurrence, celui-ci prend la forme d'un système flexible et évolutif de création et de gestion de monnaie électronique, basé sur une blockchain. Mais, outre une dimension de confiance importante pour un projet touchant à des actifs financiers, elle apporte également, grâce à sa licence bancaire, sa compétence et sa légitimité réglementaires, indispensables pour la viabilité du LimbU à long terme.

Voilà une démarche d'innovation exemplaire de la part de Belfius. Elle démontre la possibilité de faire d'un « lab » autonome un vecteur utile et performant de création de produits et services sortant des sentiers battus, jusqu'à leur déploiement en production et leur exploitation opérationnelle. Le LimbU, comme les autres monnaies virtuelles qui adopteront la même plate-forme, repose en effet sur un modèle économique sérieux (qui laisse toutefois le choix des acteurs supportant les frais de fonctionnement).