C'est pas mon idée !

jeudi 24 avril 2014

Big Brother arrive dans les banques russes

AlterGeo
Nous le savons tous, les technologies modernes sont aujourd'hui capables de nous suivre à la trace, voire même de prédire ce que nous allons faire avant que nous y pensions. Nous sommes également conscients que des entreprises exploitent ces possibilités à des fins commerciales. Mais jusqu'à quel point est-ce acceptable ?

La question va commencer à se poser très sérieusement, lorsqu'on découvre ce que concoctent actuellement quelques banques russes – non nommées – en collaboration avec la startup locale AlterGeo. Pour le contexte, rappelons que cette dernière est à l'origine d'un réseau social géolocalisé, semblable à celui de FourSquare (certainement plus connu), via lequel les consommateurs peuvent à tout moment partager leur position avec leurs amis et, le cas échéant, obtenir des promotions et autres cadeaux de la part des partenaires commerciaux de la jeune pousse.

AlterGeo diffère cependant de son homologue américaine sur deux points principaux. Tout d'abord, côté technique, le système russe met en œuvre une plus large palette de méthodes pour localiser l'utilisateur, qui lui permet d'être à la fois plus précis et de fonctionner correctement en milieu urbain et à l'intérieur de bâtiments. Plus important, la société ne se contente pas du modèle économique classique de ce genre de solutions (essentiellement la distribution d'offres de commerçants), elle affirme aussi des ambitions étendues sur le marché B2B.

AlterGeo sur mobile

Dans ce dernier registre, elle compte déjà quelques clients importants, tels que les leaders (russes) mail.ru (plate-forme de messagerie électronique) ou Yandex (moteur de recherche), pour le ciblage marketing. Et, plus récemment, elle a donc conquis plusieurs banques qui ont l'intention d'utiliser sa technologie en vue d'affiner les scores de crédit de leurs emprunteurs en ligne. L'idée sous-jacente, présentée sans plus de détails, est d'exploiter les informations de localisation fournies par AlterGeo pour « valider la fiabilité et l'honnêteté d'une personne ».

Elle peut être (vaguement) rapprochée de l'utilisation faite par certaines banques de l'adresse de résidence, dont est déduite, statistiquement, une indication sur la « qualité » du client. Que penser alors d'une extension du concept, qui consisterait à analyser en détail (et en permanence ?) les lieux fréquentés, afin de déterminer – plus ou moins directement – le style de vie du demandeur et lui attribuer (ou non) un prêt sur ce critère ? Il s'agit probablement là d'une frontière qui ne devrait pas être franchie.

Que des banques s'aventurent malgré tout sur ce terrain (même si la Russie a une perception un peu particulière des enjeux de la vie privée) est une triste démonstration des dérives de la technologie : il existera toujours des acteurs prêts à les adopter à mauvais escient. Heureusement, la voix du consommateur prend désormais suffisamment d'importance – grâce à d'autres technologies – pour espérer que ces velléités seront réfrénées à temps. C'est-à-dire avant que Big Brother ne veille sur nous continuellement !

mercredi 23 avril 2014

Une idée pour le « Glass Camp Bank »

Crédit Mutuel Arkéa
Une fois n'est pas coutume, même si ce n'est pas la première, mais, après avoir été directement interpellé sur Twitter la semaine dernière, je vais aujourd'hui relever ce qui ressemblait alors à un défi. Voici donc une idée pour le « Glass Camp Bank » organisé par La Cantine de Brest et le Crédit Mutuel Arkéa.

Afin de ménager le suspense (!), revenons d'abord sur cet événement, qui se tiendra en terre bretonne les 23 et 24 mai prochains. Comme son nom peut le laisser imaginer, il s'agit d'un « hackathon » dédié aux lunettes connectées de Google. L'objectif fixé aux participants ? Imaginer de nouveaux usages pour la banque mobile. A l'issue des 2 jours de compétition, une équipe remportera un prix de 1 500 euros et pourra (éventuellement) se voir offrir un contrat par le Crédit Mutuel Arkéa pour l'utilisation de son concept.

L'établissement mutualiste est décidément très attiré par les Google Glass… En février dernier, il était en effet le premier en France à publier [PDF] une application dédiée aux lunettes interactives, proposant à ses clients de consulter leurs comptes, rechercher un GAB ou encore contacter un conseiller. Bien entendu, ce ne sont là que des fonctions relativement « basiques », permettant de mieux appréhender les opportunités portées par cette nouvelle catégorie d'appareils. Le « Glass Camp Bank » est maintenant l'occasion d'aborder la prochaine étape.

Glass Camp Bank

Alors, que peut-on imaginer d'autre, qui sorte un peu de l'« ordinaire » des applications bancaires sur Google Glass ? Je propose… le « retrait à vue » : vous arrivez devant un GAB Crédit Mutuel, arborant un magnifique QR Code, que vos lunettes connectées reconnaissent instantanément, vous invitant à interagir avec l'automate sans toucher à son clavier, par commande vocale. Après avoir confirmé votre identité par la reconnaissance de votre voix, vous énoncez votre demande qui, transmise via internet, est immédiatement satisfaite par le distributeur.

Je reconnais que cette idée est probablement un peu ambitieuse pour être implémentée en totalité pendant l'espace d'un « hackathon » (de 36 heures)… Serait-il tout de même possible d'en faire une démonstration ? Je ne serai malheureusement pas à Brest le jour dit pour tenter l'aventure, mais que ceux qui sont intéressés n'hésitent pas à s'en emparer ! J'espère en tous cas que les participants parviendront à réaliser quelques applications originales, le sujet étant largement propice à la créativité

Merci à Stéphane Castrec pour avoir inspiré ce billet !

mardi 22 avril 2014

ANZ à la conquête des médias sociaux

ANZ
Le lancement d'un nouveau support de communication en ligne, « BlueNotes », par la banque australo-néo-zélandaise ANZ peut paraître anodin. Il marque en réalité la première pierre d'une stratégie de « conquête » des médias sociaux, que son Directeur Général explique dans un de ses premiers articles.

Cette nouvelle impulsion n'a pas émergé spontanément : il aura fallu à Mike Smith un voyage au cœur de l'Amérique des technologies – à la rencontre de Google, Apple, LinkedIn… – pour comprendre que, au-delà de la transformation numérique du monde dans laquelle ANZ est engagée de longue date, les réseaux sociaux affectent profondément nos comportements, révolutionnant la manière dont nous recherchons et consommons l'information et comment nous envisageons le dialogue avec les entreprises.

A partir de ce véritable moment de vérité, Mike Smith a d'abord rejoint le programme « influenceurs » de LinkedIn, qui lui a donné l'opportunité de mesurer l'étendue du changement qui s'opère. De ces deux déclencheurs est née sa volonté de faire d'ANZ une entreprise « sociale », ce qu'il considère comme une évolution indispensable, pour laquelle il subsiste néanmoins un avantage important à faire partie des pionniers, surtout si la banque parvient de cette façon à ébranler sa culture relativement immobiliste.

Aujourd'hui, cette ambition se traduit concrètement par la priorité mise sur l'engagement dans les médias sociaux pour les 3 années à venir. L'objectif est d'établir une relation plus directe, plus profonde et plus authentique, non seulement avec les clients, mais aussi avec les collaborateurs, les actionnaires… A terme, il s'agit d'atteindre l'excellence dans la satisfaction client, la capacité à attirer et retenir des talents… et, par voie de conséquence, renforcer la position concurrentielle d'ANZ et réduire les coûts.

Dans l'esprit de Mike Smith, l'effet de mode n'a aucune place dans la réflexion et l'enjeu n'est pas technologique. Plus simplement, les partenaires de la banque sont déjà immergés dans le monde numérique et social, il est donc inconcevable que l'entreprise n'y soit pas avec eux. Il sait que la transition sera difficile mais il dessine un avenir dans lequel tous les collaborateurs de l'entreprise participeront à la conversation ouverte sur le web. Le « magazine » BlueNotes est un premier petit pas sur cette longue route…

En attendant de voir les prochaines étapes, contentons-nous pour l'instant de reconnaître que la vision du patron d'ANZ est plus avancée que celle d'une majorité de ses pairs à travers le monde (notamment en France). Il n'est pourtant que de bon sens de réaliser que les médias sociaux ont bouleversé les relations humaines et que leur impact sur les entreprises ne peut être que gigantesque. Il restera ensuite à déterminer comment appréhender ce « choc » dans les processus et dans l'organisation…

Jeff Weiner (CEO LinkedIn) & Mike Smith (CEO ANZ)
Jeff Weiner (CEO LinkedIn) & Mike Smith (CEO ANZ)

lundi 21 avril 2014

Fivory, porte-monnaie mobile du Crédit Mutuel

Fivory
Presque 3 ans après le lancement de Kwixo par le Crédit Agricole et 1 an et demi après celui de S-Money par BPCE, expériences dont les résultats sont pour le moins extrêmement mitigés, le Crédit Mutuel s'apprête à son tour à lancer son porte-monnaie mobile, selon Les Echos. Fivory saura-t-il tirer les leçons du passé ?

A défaut d'apporter une réponse définitive à cette question, la stratégie retenue, sensiblement différente de celle de ses prédécesseurs, peut incontestablement constituer un atout : plus qu'une solution d'échange d'argent entre particuliers et de paiement en ligne (la cible principale de Kwixo) ou en boutique (la priorité pour S-Money), Fivory entend se positionner avant tout comme une « application de shopping connectée ».

Que faut-il comprendre par là ? En fait, le porte-monnaie dont il est question ici ne sert pas uniquement à payer. Son rôle commence bien avant l'achat : les commerçants qui l'ont adopté sont référencés au sein d'une galerie virtuelle installée dans l'application. Comme dans une sorte de réseau social spécialisé, les consommateurs peuvent s'abonner à ceux qui les intéressent. Ils auront alors la possibilité de recevoir les informations ou bénéficier des promotions que proposent leurs marchands préférés.

Au bout de la chaîne, Fivory prend tout de même en charge les paiements. L'approche privilégiée pour ce faire est la technologie sans contact sur mobile, ce qui laisse, hélas, présager de difficultés de mise en œuvre : il est prévu une distribution (par les commerçants ?) de stickers NFC pour les porteurs de téléphones incompatibles (dont l'iPhone, évidemment), et, dans tous les cas, la procédure d'enrôlement risque d'être complexe (sauf si le Crédit Mutuel parvient à se distinguer de ses concurrents).

Heureusement, d'autres solutions techniques sont prévues, soit par capture d'un QR code soit par saisie du numéro de mobile du client. Cependant, celles-ci présentent aussi un inconvénient majeur : elles ne sont pas aujourd'hui intégrées nativement dans la plupart des terminaux d'encaissement équipant les commerçants (me semble-t-il). D'autres options sont déjà envisagées – par bluetooth (dans la lignée de la mode des « beacons »), par reconnaissance vocale… – mais elles ont le même handicap.

Fivory

Le lancement expérimental de Fivory est prévu le mois prochain, avec une centaine de boutiques de l'artère principale de Boulogne-Billancourt (92). A l'instar de son concurrent le plus proche, S-Money, son plus grand défi sera certainement de conquérir des marchands pour développer sa présence et sa notoriété. Pour ce faire, le choix a été fait d'aborder le déploiement par « proximité », en considérant que la constitution d'un écosystème local favorisera l'adoption par les consommateurs. Mais, quelles que soient les qualités de l'offre, la généralisation sera indubitablement longue et ardue.

En synthèse, le Crédit Mutuel s'inspire beaucoup plus des initiatives des grandes « startups » américaines (PayPal, Square Wallet, voire Google Wallet…) que des porte-monnaie mobiles des banques françaises : son objectif est d'occuper un espace plus large dans l'ensemble du processus d'achat, depuis la recherche d'un produit jusqu'à l'analyse des comportements et la fidélisation des clients (qui semblent être également présentes – à l'usage exclusif du commerçant – dans Fivory).

Dans ce cycle global, où le marketing devient prépondérant, le paiement ne représente finalement qu'une composante mineure (en tous cas pour la valeur apportée). Alors, au vu des difficultés qu'il induit et du risque qu'il constitue pour l'adoption, on pourrait se demander s'il a vraiment sa place dans la solution imaginée par le Crédit Mutuel, au moins dans un premier temps. Et si l'idée de Yaap (évoquée justement hier) de s'en affranchir totalement était la bonne ?

Information repérée grâce à A. Dyevre (merci !)

dimanche 20 avril 2014

Yaap : la banque à l'assaut du commerce de détail

Yaap
Le monde numérique qui est en train d'émerger crée une multitude d'opportunités pour de nouveaux acteurs mais également pour les entreprises établies. Dans cette perspective, deux banques (CaixaBank et Banco Santander) et un opérateur téléphonique (Telefónica) lancent une initiative commune en Espagne : Yaap.

La mission assignée à la structure tout juste créée est aussi claire qu'ambitieuse : offrir des services numériques ouverts qui améliorent la vie quotidienne de tout un chacun. A ce stade, rien n'est encore sorti, mais la joint-venture révèle déjà deux premiers services qui devraient être opérationnels dans les prochains mois. Tout d'abord, « Yaap Money » sera une classique application mobile d'échange d'argent entre particuliers, ouverte à tous les consommateurs, quels que soient leur banque et leur opérateur.

En revanche, la deuxième solution évoquée est beaucoup plus originale : « Yaap Shopping » est présenté comme une plate-forme de commerce virtuelle, sur laquelle des milliers de boutiques pourront interagir avec des millions de clients potentiels. Accompagnée d'une promesse de facilité d'intégration et d'utilisation, n'induisant aucun changement dans les habitudes d'achat (pour les commerçants comme pour les consommateurs), elle sera, elle aussi, accessible à tous, sans discrimination.

Page d'accueil Yaap

Concrètement, l'objectif pour « Yaap Shopping » est de devenir le plus grand réseau de programmes de récompenses d'Espagne. Pour cela, il veut cibler les petits commerces qui ne disposent pas, jusqu'à maintenant, des moyens leur permettant de développer une stratégie numérique pertinente et efficace. La plate-forme leur apportera donc des capacités d'animation marketing, simples à mettre en œuvre, incluant notamment gestions de coupons de réduction, promotions et autres cartes de fidélité…

Les précédentes incursions de banques dans le domaine de la « loyauté client » étaient toujours liées à des solutions d'encaissement (notamment sur smartphone). En comparaison, Yaap introduit une réelle rupture en se positionnant directement sur un marché qui n'est pas naturellement celui de ses partenaires fondateurs. De fait, la révolution numérique s'avère être un intense catalyseur de l'effacement des frontières entre des secteurs autrefois étanches. Pourquoi cette nouvelle porosité ne pourrait-elle pas aussi jouer en faveur des institutions financières ?

samedi 19 avril 2014

Qapital : épargner grâce au PFM

Qapital
En dépit de ses promesses, la gestion de finances personnelles (PFM) ne parvient pas à séduire durablement les consommateurs. En conséquence, une multitude de startups à travers le monde recherchent la recette magique qui en fera (enfin !) l'indispensable compagnon de la vie quotidienne, permettant à chacun de maîtriser son budget.

Aux côtés des approches prédictives, qui tentent d'apporter des conseils simples et pratiques en vue d'influer sur les comportements, une autre tendance se dessine ces derniers temps, consistant à rendre l'outil de PFM « actif », c'est-à-dire capable de réaliser – plus ou moins automatiquement – les opérations susceptibles de participer au « bien-être » financier de son utilisateur. La jeune société suédoise Qapital s'apprête à lancer une telle solution dans les mois qui viennent.

Son application mobile comporte, naturellement, toutes les composantes classiques du PFM : agrégation des comptes détenus dans différents établissements, catégorisation automatique des achats, analyses graphiques et suivi de l'évolution du budget, estimation permanente du « reste à dépenser » (prenant en compte les dépenses futures prévues)… Ce sont là les fonctions de base dont on sait désormais qu'elles ne sont pas suffisantes pour fidéliser les consommateurs.

Alors, Qapital ajoute à l'ensemble un module de gestion de projet dont le modèle est plus souvent rencontré dans les services offerts par les institutions financières que dans des solutions indépendantes. Grâce à celui-ci, l'utilisateur se fixe des objectifs (un voyage, un objet…) et suit ses progrès vers leur réalisation. Le dispositif est concrétisé par un véritable compte d'épargne, ouvert auprès d'une banque partenaire et destiné à recueillir les sommes mises de côté.

Qapital

Bien entendu, il est possible d'approvisionner les projets à tout moment. Mais surtout, afin de stimuler une gestion de budget saine, l'application permet aussi d'associer automatiquement de petits gestes d'épargne à des événements spécifiques (par exemple 10$ pour l'achat d'un nouvel appareil photo lorsqu'une image recueille 50 likes sur Instagram, 2$ pour l'inscription au marathon de New York à chaque course enregistrée dans un logiciel d'entraînement sportif…).

La startup est avare de détails sur le fonctionnement de son service mais les exemples proposés (il y a aussi le cas du café pris chez Starbucks – petite « mauvaise » habitude ? – déclenchant un transfert) semblent indiquer qu'il repose sur une connexion avec une multitude de services en ligne. Il ne s'agirait donc plus seulement d'agréger les comptes bancaires mais d'intégrer toute la vie numérique de l'utilisateur. Bien que potentiellement inquiétante, serait-ce là la fameuse recette magique du PFM ?

Quoi qu'il en soit, la combinaison de la gestion de finances personnelles et de l'épargne – déjà vue par le passé avec Earmark, dans une approche légèrement différente – est une idée qui devrait particulièrement intéresser les banques, idéalement positionnées pour la mettre en œuvre. A défaut, les jeunes pousses du PFM pourraient profiter de leur immobilisme pour ébranler leurs positions encore un peu plus, qui plus est en y trouvant peut-être un modèle économique viable…

vendredi 18 avril 2014

Axa lance un défi aux « data scientists »

Axa
Au cours de la semaine écoulée, Axa a encore occupé le devant de la scène de l'innovation, avec les annonces d'un partenariat avec Facebook et du soutien apporté au « Hello Tomorrow Challenge », une compétition internationale de startups, dont un des thèmes principaux fait partie des grandes préoccupations de la compagnie : « big data ».

C'est dans ce même domaine qu'une autre actualité, un peu moins visible, a attiré mon attention ces derniers jours : Axa organise un concours d'analyse de données sur la plate-forme DataScience.net. Cette dernière est consacrée exclusivement à des défis que lancent des entreprises à la communauté des spécialistes en matière de « big data ». Ouverte officiellement depuis peu, après une période de tests de quelques mois, ce challenge est le tout premier à y être ainsi présenté publiquement.

Choix particulièrement intéressant, la compétition proposée par Axa ne concerne pas directement le métier de l'assurance, pour lequel les actuaires en place sont certainement considérés comme suffisamment compétents. L'objectif fixé aux participants est en effet de prédire les comportements des clients à moyen terme (3 à 6 mois) en fonction de l'évolution du contexte économique (évolution des taux, prix de l'immobilier…). En cible, il s'agit de mieux préparer et orchestrer les actions de marketing.

Défi Axa

Le déroulement du concours est découpé en trois phases. Dans un premier temps, les « data scientists » inscrits vont concevoir et développer leurs modèles mathématiques grâce à un jeu de données de tests complet. Lorsqu'ils sont satisfaits des résultats auxquels ils parviennent (et aussi souvent qu'ils le souhaitent), ils publient un « score de fiabilité » établi (par la plate-forme) à partir d'un autre jeu de données, aveugle. A l'issue de cette première étape, Axa retiendra simplement les 3 participants ayant obtenu les meilleurs scores.

Dans la phase suivante, les finalistes devront transmettre une description détaillée de leur modèle, qui permettra au jury de vérifier qu'il s'appuie sur une méthodologie pertinente et conforme au règlement. Enfin, une soutenance sera organisée début juin pour désigner le vainqueur du défi, qui remportera un prix de 8 000 euros, ses dauphins étant gratifiés de 1 000 euros chacun. Visiblement, mais cela ne semble pas mentionné, les participants acceptent implicitement de céder les droits d'utilisation de leur modèle.

Au début de l'année, Axa évoquait la création d'un « datalab » dont on pourrait penser que ce serait sa mission de traiter ce genre de question. Cependant, il est évident aujourd'hui que les spécialistes capables de manipuler et analyser des données en masse sont encore rares et peu disponibles. Il est donc parfaitement raisonnable d'étendre le champ d'action le plus largement possible tant que la pénurie perdurera, surtout en faisant appel à une plate-forme qui se présente comme ayant vocation à fédérer les initiatives « big data » dans l'hexagone.

Incidemment, la compagnie d'assurance pourra probablement profiter de son challenge pour identifier, et peut-être séduire, quelques talents susceptibles de rejoindre sa structure…

jeudi 17 avril 2014

Le service client au cœur du mobile

NICE
La banque a beau devenir mobile et – avec un peu de chance – de plus en plus intuitive, elle n'en est pas pour autant toujours facile à aborder et maîtriser. Ainsi, même les utilisateurs les plus aguerris ont parfois besoin d'une assistance humaine. Dans ces cas-là, la solution « NICE Mobile Engage » pourrait faire la différence.

La dernière née de la société israélienne NICE – plus connue pour ses outils de lutte contre la fraude que pour ses incursions dans la relation client – est destinée à réduire les frictions entre l'application mobile et le centre d'appel, dans le cas où le libre service s'avère insuffisant. Où est le problème, vous demandez-vous ? Imaginez que vous découvriez sur votre téléphone que votre plafond de carte est atteint alors que vous avez justement un achat important à effectuer : vous tentez de joindre votre banque, vous vous battez avec un serveur vocal, vous raccrochez après 20 minutes d'attente, mécontent et pas plus avancé.

Avec « NICE Mobile Engage » intégré au cœur de l'application, les actions de l'utilisateur sont analysées en permanence et permettent de prendre en charge au mieux les demandes. Lorsque le client manifeste le désir d'être conseillé (et parfois même avant qu'il n'y pense), le système va suggérer les moyens de contact les plus appropriés (téléphone, mail, tchat…), en fonction de ses attentes (telles qu'elles sont « devinées »), de ses préférences, du statut des opérateurs, des objectifs commerciaux de la banque…

Cependant, c'est quand la communication est établie – directement, sans passer par le serveur vocal, en cas de réelle urgence détectée – que la solution de NICE se distingue particulièrement. Tout d'abord, le téléconseiller qui prend en charge l'appel dispose alors d'une vue complète sur le parcours du client, au sein de son application mobile, lui donnant la possibilité de mieux comprendre le contexte de la demande, voire de proposer spontanément une solution avant que le besoin n'en ait été exprimé.

NICE Mobile Engage

Ensuite, tout au long de la conversation, les interactions sont constamment enrichies : les actes du conseiller (par exemple une augmentation de plafond de carte ou la souscription d'un crédit à la consommation) sont répercutés dans l'application en temps réel, tandis que, inversement, le client peut transmettre à tout moment des documents (notamment des justificatifs, photographiés, pour les opérations sensibles). Enfin, il est également possible de passer d'un canal de communication à un autre, selon les circonstances.

Comme sur le web, les taux d'abandon sur mobile sont élevés : selon NICE (à prendre donc, avec une pincée de sel), 60% des transactions initiées ne sont pas menées à leur terme et plus d'un tiers des clients concernés ne tentent pas de contacter l'entreprise après leur échec. La capacité à fluidifier le recours à un conseiller pour conclure une opération, surtout lorsque celle-ci est à forte valeur ajoutée (et, étant souvent plus complexe, est aussi plus susceptible de ne pas aboutir), représente donc un enjeu extrêmement important.

Pour y répondre, « NICE Mobile Engage » apporte les qualités indispensables à une expérience client optimale sur smartphone : transparence dans l'utilisation, réactivité et service personnalisé. De plus, elle n'a pas que des inconvénients pour la banque qui craindrait de surcharger son centre d'appel : outre la possibilité de configurer les modes de contact, elle offre des gisements d'efficacité, en réduisant le temps nécessaire au traitement des demandes (grâce au partage de contexte), en permettant de cibler immédiatement le bon interlocuteur, par le « bon » moyen…

mercredi 16 avril 2014

Fidor libère la banque 2.0

FidorTecs
Depuis 2009, Fidor Bank développe (en Allemagne) une autre vision, communautaire, de la relation bancaire. Dorénavant, son modèle est également mis à la disposition d'établissements tiers, par l'intermédiaire de sa filiale technologique FidorTecs. Celle-ci vient d'annoncer [PDF] un premier partenariat avec une institution financière européenne.

La nouvelle offre, baptisée « Fidor Operating System » (fOS en version courte), est composée d'un ensemble de briques logicielles, couvrant tous les services déployés au fil des ans par la startup bancaire : compte courant, gestion de communautés, paiements… Sa conception est entièrement modulaire (notamment via des APIs ouvertes), ce qui permet d'intégrer facilement des fonctions provenant d'autres fournisseurs. De plus, elle adopte un modèle « libre » (open source), donnant à ses utilisateurs toute latitude de l'adapter à leurs propres besoins.

La solution est destinée aussi bien aux (hypothétiques ?) acteurs établis qui se laisseraient séduire par l'approche révolutionnaire de Fidor qu'à des spécialistes des paiements, acteurs des télécommunications et autres, qui souhaiteraient proposer une offre enrichie à leurs clients, ou encore à des jeunes pousses qui voudraient créer leur propre banque (répliquer Fidor Bank en France, quelqu'un ?). Dans ces derniers cas, outre sa technologie, la société peut aussi mettre à disposition sa gamme de produits et services financiers, sous couvert de sa licence officielle.

Offre FidorTecs

Le nouveau partenaire de FidorTecs – dont le nom n'est pas cité – va, dans un premier temps, développer un prototype sur la base de fOS, qui lui permettrait de proposer une offre bancaire originale. Cette dernière pourrait être ensuite déployée dans plusieurs pays (chacun disposant de son « système cœur » adapté au contexte local). L'expérimentation en cours n'est évidemment qu'un début, qui devrait au moins apporter la preuve des capacités de la solution et affirmer sa valeur sur le marché.

Non contente de bousculer les institutions traditionnelles, Fidor Bank veut donc maintenant affronter les fournisseurs de progiciels spécialisés, dont il est vrai que les produits restent souvent tristement banals. Le paiement par Twitter, la finance participative, les communautés de trading… directement intégrés au sein de la plate-forme sont quelques-unes des caractéristiques exclusives qui marquent la différence de fOS. Voilà donc une belle opportunité de faire émerger de nouvelles banques 2.0 à travers le monde !

mardi 15 avril 2014

Quand une banque se met au m-commerce

BZWBK24
Il est des pays où les leaders du commerce de détail essaient de prendre pied dans le domaine bancaire, il en est d'autres où c'est l'inverse. La Pologne est justement dans ce dernier cas, depuis le lancement par Bank Zachodni WBK, filiale locale du groupe Santander, d'une application mobile aux fonctions inédites.

Sous le « doux » nom de BZWBK24, celle-ci propose (naturellement) la consultation des soldes de comptes et des dernières opérations, la gestion des virements et autres options classiques du genre. A cela, elle ajoute un module de paiement par QR code (peut-être la solution commune des banques polonaises ?). Enfin, elle comprend également une plate-forme de m-commerce complète, intégrée aux services financiers, lui valant une qualification de « SuperWallet » (super porte-monnaie) mobile.

Conçue par le spécialiste technologique eLeader (qui pilote aussi l'écosystème de marchands partenaires), l'application permet – pour l'instant – aux consommateurs de faire leurs courses d'alimentation (livrées à domicile) et d'acheter des fleurs, des tickets de bus… Prochainement, il deviendra possible de réserver un vol, une chambre d'hôtel, une place de cinéma, un taxi… ou encore de commander un repas à emporter, dans plus de 1 500 établissements. Pour compléter le panorama et accompagner l'ensemble, une gestion de coupons de réduction est prévue.

BZWBK24 mobile

Cette intégration intime ente banque et commerce obéit à une certaine logique. Pour les consommateurs, le porte-monnaie mobile s'entend comme un outil offrant une riche palette de services, de l'achat sur internet au suivi des comptes bancaires, en passant par le paiement de factures et la gestion des programmes de fidélité, ce qui justifie le concept de « SuperWallet ». L'avantage spécifique du modèle de BZWBK24 est que la banque y introduit un haut degré de confiance, tout en simplifiant au maximum les interactions nécessaires (l'achat se fait réellement en 1 clic).

Pour les commerçants, la valeur du porte-monnaie réside principalement dans sa présence « par défaut » dans les poches des quelques 250 000 clients (identifiés et pré-qualifiés) de Bank Zachodni WBK utilisateurs de son application mobile. Enfin, pour cette dernière, le bénéfice de l'approche est de développer les usages de ses produits : en premier lieu ses moyens de paiement (cartes), mais d'autres sont envisageables (par exemple, une option de crédit immédiat pourrait être incluse à terme).

Pourtant, les institutions financières ont-elles vraiment intérêt à s'aventurer dans le secteur du commerce (ce qui semble être une théorie en vogue, ces derniers temps) ? Peut-être devraient-elles d'abord optimiser la qualité de l'expérience bancaire mobile qu'elles offrent à leurs clients, qui me semble largement prioritaire. Ensuite, plutôt que de vouloir empiéter sur un terrain qu'elles ne maîtrisent pas, elles pourraient commencer par fournir aux marchands les modes de paiement plus fluides qu'ils réclament à cor et à cri.