C'est pas mon idée !

vendredi 24 octobre 2014

La banque est-elle soluble dans le « digital » ?

Celent
Dans de nombreuses banques, la transformation numérique en est encore à ses balbutiements, quand ce n'est pas le concept même qui peine à résonner dans l'esprit de leurs décideurs. Dans le même temps, d'innombrables startups prennent pied sur le marché et deviennent rapidement les championnes du tout « digital »… Alors, seront-elles seules à percer dans ce nouveau monde ou bien les « vieilles » institutions y parviendront-elles aussi ?

Dans un billet de blog, Juan Mazzini, analyste du cabinet Celent, ne cherche pas à directement trancher la question mais il pose toutefois quelques éléments de réflexion intéressants, sur la base des échanges qu'il a modérés lors d'une table ronde réunissant plusieurs acteurs concernés (dont un banquier et un dirigeant de startup). Partons de ses points clés issus du débat pour essayer de comprendre quels sont les facteurs de blocage (ou, a minima, de handicap) de l'indispensable transition numérique…

Sans surprise, le premier critère de décalage entre banques traditionnelles et nouveaux entrants tient au poids du patrimoine informatique : les premières doivent composer avec des systèmes datant de plusieurs décennies, donc totalement inadaptés aux exigences modernes, tandis que les seconds, partant de rien, bâtissent leurs modèles en fonction des besoins émergents. Incidemment, les jeunes pousses les plus performantes à long terme seront celles qui comprennent dès maintenant qu'elles doivent se prémunir contre le risque de créer leur propre futur « boulet » historique.

Pourtant, les grandes institutions financières ont un avantage considérable, en termes de moyens et de ressources. Elles sont en effet capables d'investir des centaines de millions (voire des milliards, pour quelques-unes) pour faire évoluer leurs infrastructures et créer les solutions qu'attendent leurs clients. Avec de telles réserves, les limitations du Système d'Information existant ne devraient pas résister longtemps et il devrait être facile de faire mieux que des jeunes pousses ayant levé quelques millions pour se lancer.

Hélas, la résistance se déplace alors à un niveau qui n'est plus celui de la technologie. C'est en effet toute la culture d'entreprise qui limite la capacité à innover – étroitement liée à la notion de révolution numérique – et à appréhender les changements à orchestrer. Il s'agit, bien évidemment, d'un sujet que ne connaissent pas les jeunes entrepreneurs, et là se fait l'essentiel de la différence entre les deux univers. Savoir oser prendre une autre direction, à tous les niveaux de l'organisation, est la clé de la transformation.

Vient ensuite la nécessaire considération des besoins réels des clients d'aujourd'hui. Ainsi, il est peut-être inutile de créer de nouveaux produits financiers alors que les consommateurs sont d'abord demandeurs de solutions les aidant à gérer leur budget et à épargner et que les responsables de PME voudraient en priorité être accompagnés dans le développement de leurs activités. Il faudra aussi comprendre comment tous utilisent les technologies et où, dans leurs parcours, peuvent s'insérer les services de la banque.

Dans le même registre, surgit inévitablement la question des clients qui n'ont pas franchi le pas du « digital » et qu'il n'est pas envisageable de laisser sur le bord de la route. Or, dans ce domaine, les acteurs historiques se frottent les mains, puisqu'ils ont un réseau d'agences pour répondre aux besoins de ces personnes, contrairement aux startups opérant exclusivement en ligne. Seul bémol, un effort de rénovation important est nécessaire afin d'adapter les points de vente aux évolutions des comportements (tiens ! les budgets ne posent pas de problèmes, dans ce cas…).

Raisonnement étrange et schizophrénique car, d'une part, le temps que les institutions achèvent leur mutation, il y a fort à parier que tous leurs clients auront déjà effectué la leur, et, surtout, les modèles d'agence (« du futur » !) qu'elles mettent en place vont à contre-sens de la stratégie déployée. En effet, la plupart de ces initiatives vise à développer les outils en libre service, à grand renfort d'écrans divers et variés. Si l'objectif est de convaincre les utilisateurs des bienfaits du « digital », il faudrait commencer par aligner l'offre sur celle des ténors (qui, à défaut, les séduiront mieux)…

Enfin, la transformation de la banque ne se fera pas « auto-magiquement », il faudra au contraire y consacrer des efforts importants, dans la durée. L'analyste de Celent cite en exemple le rachat de Simple par BBVA (un investissement significatif, certes) mais le plus difficile et le plus long sera bien de changer la culture d'entreprise. Même le premier pas, qui consiste à évaluer la situation présente et à déterminer ce qu'il est possible et raisonnable d'entreprendre, peut constituer un défi dans certaines organisations…

Transformation numérique

jeudi 23 octobre 2014

Number26, première banque startup européenne

Number26
Il fallait bien que l'exemple de Simple finisse par inspirer une déclinaison de notre côté de l'Atlantique… C'est dorénavant chose (presque) faite : la nouvelle venue s'appelle Number26 et, non contente de vouloir bousculer la banque traditionnelle comme sa cousine américaine, elle entend déployer son emprise sur l'ensemble de l'Europe !

C'est à l'occasion du récent TechCrunch Disrupt de Londres que son lancement – pour l'instant uniquement en beta privée, en Allemagne, en Autriche et en Suisse – a été officialisé. Le contenu de son offre ne réserve a priori pas de grande surprise, pour sa catégorie (il rappelle notamment le modèle de Simple à ses débuts), puisqu'elle se limite à un compte courant, une carte de débit (MasterCard) et une application mobile pour la gestion. L'ensemble est totalement gratuit, y compris pour tous les paiements et retraits d'espèces dans le monde entier.

Ce n'est donc clairement pas grâce à sa palette de produits et services financiers que la startup va changer la donne en Europe. En revanche, plus encore que par son approche « low cost », et comme il se doit au XXIème siècle, c'est essentiellement sur l'expérience utilisateur que Number26 mise pour conquérir le vieux continent. Dans cette perspective, la société met en œuvre et assemble un certain nombre de mécanismes relativement originaux (quoique non exclusifs), susceptibles de répondre directement aux attentes des consommateurs de l'ère numérique.

En premier lieu, l'ouverture de compte est largement simplifiée, par rapport aux procédures en vigueur dans la plupart des établissements traditionnels. L'opération est réalisée entièrement en ligne, sans requérir le moindre envoi de document physique. Elle se conclut par un contrôle d'identité exécuté en visioconférence (comme le teste depuis peu ING-DiBa). Point besoin de rendez-vous, ni de se déplacer, ni de perdre une heure ou deux à remplir divers formulaires, 5 minutes suffisent pour finaliser l'entrée en relation.

Par la suite, l'utilisation du service au quotidien est également soignée. Ainsi, outre la possibilité – désormais classique – de suivre les dépenses par catégorie, l'application mobile reçoit une notification immédiatement après un achat. Le mécanisme retenu pour parvenir à cet exploit sans révolutionner les réseaux de paiement existants est basique (il s'appuie sur la demande d'autorisation transmise à chaque transaction) mais il donne au client une illusion de traitement en quasi temps réel pratique et rassurante.

Produits Number26

Il faut encore noter la présence – dès cette première itération de la solution – d'options qui restent trop rares aujourd'hui, dont, par exemple, l'activation et la désactivation à la demande de la carte (sur quelques critères spécifiques), afin d'en sécuriser l'usage, ou bien les échanges d'argent entre amis par SMS et par messagerie. Et les idées ne manquent pas aux fondateurs de la startup pour continuer à enrichir l'expérience, telles que l'utilisation des fonctions de géolocalisation du téléphone pour détecter des transactions suspectes.

À plus long terme, ils envisagent de faire de Number26 une plate-forme capable d'intégrer et fédérer autour du compte courant les services financiers proposés par d'autres acteurs disruptifs de la « fintech ». Il s'agit d'ailleurs d'une des pistes retenues pour établir un modèle économique viable – en complément des commissions perçues sur les paiements par carte et des intérêts collectés sur les dépôts des clients (pris en charge par une banque partenaire) – sur lequel la société est, soit dit en passant, d'une transparence exemplaire.

En synthèse, l'offre de Number26 ne comporte aucune réelle nouveauté (en France, elle rappellera Soon), hormis peut-être la notification des dépenses en « temps réel », mais elle se distingue tout de même par un assemblage cohérent de fonctions devenant indispensables au consommateur moderne. Comme toujours avec une startup, c'est aussi une promesse d'évolutions futures qui retient l'attention et, dans ce sens, la vision de « plate-forme » est séduisante, en particulier dans une logique de personnalisation permettant au client de panacher à sa guise les produits et services dont il a besoin…

mercredi 22 octobre 2014

Quand une banque se met au crédit P2P

RBS
Entre multiplication des solutions (dans le monde entier), introduction en bourse (pour Lending Club, aux États-Unis) et mise en place d'un cadre réglementaire favorable (en France), la finance participative a le vent en poupe. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les banques traditionnelles commencent à s'intéresser de près au sujet…

Jusqu'à maintenant, les quelques établissements qui se sont lancés dans l'aventure se sont, pour la plupart, contentés de conclure un partenariat de « référencement » avec un spécialiste (souvent pour la recommandation de clients non éligibles à un crédit conventionnel). Il s'agit même du modèle sur lequel repose en grande partie le succès de l'un des leaders mondiaux du secteur (Lending Club). Or, s'il faut en croire un article récent du Financial Times, la britannique RBS a des ambitions plus précises.

En effet, selon les informations du quotidien, la banque s'apprêterait à mettre en place sa propre plate-forme de financement des PME, avant la fin de cette année. Apparemment, le socle technique devrait être fourni par un partenaire, qui sera certainement l'une des (nombreuses) startups locales du crowdfunding. Il est vrai qu'après les déboires qu'elle a connus ces derniers temps avec son cœur de système, RBS a d'autres priorités informatiques que de développer un site de crédit P2P…

Toujours est-il que l'institution veut devenir un acteur à part entière de ce marché en émergence. L'idée est pleine de bon sens, d'autant que le législateur britannique – encore une fois visionnaire – est déterminé à contraindre les banques à suggérer des solutions tierces (concurrentes, le cas échéant) aux clients dont elles rejettent les demandes de prêt. Alors, plutôt que de voir ces derniers partir vers d'autres cieux, une meilleure idée n'est-elle pas de combler leurs attentes avec une offre alternative ?

L'initiative représente aussi un moyen pour RBS de tenter de reconquérir une clientèle de PME qui subit depuis plusieurs années une contraction du crédit et se sent délaissée par les banques. Elle vient d'ailleurs compléter d'autres actions visant au même objectif, dont, par exemple, la création de 8 accélérateurs disséminés dans le pays, destinés à mettre gratuitement à la disposition des entrepreneurs des espaces de travail, des programmes de mentorat et un accompagnement dédié de support et de conseil.

Dernier aspect à ne pas négliger dans cette approche, les apporteurs de fonds sur la plate-forme de financement P2P (en grande majorité des particuliers, en principe) représentent également un enjeu important, même s'ils ne s'intègrent pas dans les circuits d'épargne classiques. En effet, les clients existants auront ainsi accès à un nouveau « produit », différent et original, possible facteur de fidélisation. En parallèle, l'offre est susceptible d'attirer une clientèle additionnelle, avec toutes ses opportunités…

Les arguments ne manquent donc pas pour légitimer un positionnement des banques sur les prêts P2P – même sans le (futur) aiguillon réglementaire spécifique au Royaume-Uni – où elles peuvent apporter la confiance qui manque encore afin de convaincre le grand public d'investir dans ce type de solutions. A l'inverse, il reste tout de même à vérifier si l'irruption des institutions financières traditionnelles sur ce marché ne sera pas perçue comme une tentative d'étouffement d'une concurrence naissante…

Demande de prêt

mardi 21 octobre 2014

InsPeer prépare une assurance P2P française

InsPeer
L'Allemagne a (de longue date) Friendsurance, le Royaume-Uni a (depuis peu) Guevara, la France aura (bientôt) insPeer. Avec une stratégie sensiblement différente de celle des deux pionnières, la jeune pousse française s'apprête en effet à introduire un peu de « peer-to-peer » (P2P) dans le paysage hexagonal de l'assurance.

Fondée au début de l'année et actuellement hébergée au sein de l'incubateur du Pôle Finance Innovation, insPeer se trouve ces jours-ci sous les feux de l'actualité car elle a été sélectionnée pour faire partie des 40 finalistes des Grands Prix de l'Innovation de la Ville de Paris 2014, dans la catégorie des services aux particuliers. Il faudra attendre encore quelques semaines (mois ?) avant que son service ne soit effectivement opérationnel, mais quelques grandes lignes en sont déjà esquissées.

Le fonctionnement repose, comme toujours, sur la constitution de communautés d'utilisateurs. En l'occurrence, et en synthèse, le candidat à l'assurance insPeer va, après son inscription sur le site, inciter sa famille et ses amis à le rejoindre, afin de constituer un groupe de couverture mutuelle. Chacun des participants va alors apporter sa contribution – pour un montant pré-déterminé – à un fonds de garantie qui interviendra dès que l'un d'entre eux subira un dommage.

À cette base standard (dans le monde émergent de l'assurance P2P), insPeer ajoute quelques particularités notables. Tout d'abord, l'établissement d'un « contrat » entre les membres d'un groupe est uniquement basé sur la confiance et aucun transfert d'argent n'est impliqué à ce stade. Ce n'est qu'en cas de sinistre que des appels de fonds sont émis, par la plate-forme, pour un montant ajusté selon les frais réels engagés. Le risque de défaut n'est pas négligeable (bitcoin pourrait apporter une solution !) mais la gratuité initiale du service est une extraordinaire clé de séduction…

InsPeer

Plus important, le modèle d'insPeer a vocation – au moins dans un premier temps – à ne s'appliquer qu'aux franchises des polices d'assurances traditionnelles : le mécanisme proposé permet seulement aux utilisateurs de bénéficier d'une option de rachat à moindre frais. L'intérêt est multiple pour la startup : les montants couverts restent limités et les garanties peuvent ainsi être mises en place indépendamment des contrats existants, sans nécessité de partenariat compliqué avec une compagnie classique et, probablement, dans un contexte réglementaire allégé.

Bien que sur un périmètre réduit (de la franchise), les promesses d'insPeer à ses (futurs) clients sont identiques à celles de ses prédécesseurs : un meilleur contrôle des dépenses, assorti d'une transparence sans égale, l'ensemble reposant sur une notion de communauté choisie, au sein de laquelle la confiance prime. Il s'agit donc d'une application au secteur de l'assurance des principes de l'économie de partage. Et on peut gager que, si le concept se développe et conquiert les français, il pourra s'étendre aisément à d'autres types de garantie…

lundi 20 octobre 2014

Nouveau « data-gate », dans une banque suisse

PostFinance
Il y a quelques mois, aux Pays-Bas, ING s'était pris les pieds dans le tapis de l'exploitation commerciale des données de ses clients. Ces derniers jours, c'était au tour d'un établissement suisse, PostFinance, de déclencher la fureur des consommateurs dans des conditions similaires. Récit d'une maladresse invraisemblable…

Tout a commencé en août dernier, lorsque, en préparation du lancement d'une toute nouvelle version de son portail de services en ligne, la banque introduisait une clause d'importance dans ses conditions d'utilisation. Selon les termes employés dans ce texte, PostFinance s'octroyait le droit de collecter et exploiter les données des transactions de ses clients, afin de leur faire bénéficier d'offres promotionnelles personnalisées en fonction de leurs habitudes de consommation ainsi décryptées.

Intégrée discrètement dans une période estivale propice à ce qu'elle passe inaperçue, la mesure n'avait alors pas fait trop de remous, d'autant que les clients existants n'étaient pas obligés d'accepter les nouvelles conditions. Las, lorsque arrive l'automne et que la banque stipule que les utilisateurs qui ne donnent pas leur accord ne pourront plus accéder à leur espace en ligne, la révolte éclate et gagne rapidement les médias (à moins qu'ils ne soient eux-mêmes responsables de son déclenchement, d'ailleurs).

Les promesses autour de la protection de la confidentialité des informations, de la garantie d'anonymat vis-à-vis des partenaires commerciaux, de la possibilité de refuser les promotions proposées… n'ont pas suffi à calmer les esprits. Au contraire, l'annonce d'une option de désinscription totale (« opt-out ») disponible seulement à partir d'avril 2015, lorsque la plate-forme publicitaire serait mise en œuvre (alors que la collecte de données débutait le 12 octobre), a été perçue comme une provocation supplémentaire.

Finalement, PostFinance a été contrainte de se rétracter et d'offrir le choix à ses clients d'accepter les nouvelles conditions avec ou sans cette clause d'analyse de données. Naturellement, après une telle vague d'indignation, il est plus que probable que le taux d'adhésion aux offres promotionnelles soit particulièrement bas… Ainsi, du fait d'une grave erreur de jugement, la banque a non seulement sérieusement écorné son image mais elle a également, en grande partie, compromis la valeur de sa future solution.

Plus encore que dans le cas d'ING (qui a été surtout victime d'une mauvaise interprétation de ses intentions, aidée en cela par une communication un peu confuse), la faute de PostFinance est impardonnable : il est absolument exclu pour une institution financière de vouloir recueillir et (potentiellement) exploiter les données confidentielles de ses clients sans leur demander leur accord préalable (« opt-in »). C'est ce que le gendarme suisse de la protection des données à rappelé sans équivoque et que toutes les banques devraient garder précieusement en mémoire…

Information repérée grâce à b3b.info (merci Marc !)

PostFinance

dimanche 19 octobre 2014

CommBank ouvre un lab d'innovation collaboratif

CommBank
Depuis plusieurs années, et « C'est pas mon idée ! » s'en fait régulièrement l'écho, CommBank (« Commonwealth Bank of Australia ») innove constamment et multiplie les initiatives originales. Alors que la banque vient d'annoncer l'ouverture d'un « Lab », l'occasion est excellente de faire un point sur ce genre de démarche.

Car l'approche adoptée par l'australienne n'est pas tout à fait celle à laquelle nous ont habitués les innombrables exemples précédents. Plus précisément, il ne s'agit pas ici de mettre en place une vitrine essentiellement technologique, plus ou moins ouverte à toutes sortes de visiteurs, et tenant plus souvent du musée que d'un véritable espace de création. Au contraire, l'ambition de CommBank est d'inventer un lieu qui réponde réellement à la définition d'un laboratoire, dans lequel de nouvelles idées seront incubées et accélérées.

Le dispositif, occupant 690 m2 dans des locaux de la banque situés au cœur de Sydney, accueillera donc clients, partenaires, startups et autres experts, non seulement pour leur présenter de nouveaux concepts mais également – et surtout – pour les inviter à participer à leur création, leur développement, leur mise au point et leur déploiement. Des équipements à l'état de l'art seront mis à disposition des « résidents » afin de stimuler la collaboration autour de solutions concrètes, destinées à la clientèle des particuliers comme des professionnels.

CommBank affirme d'ailleurs qu'elle ne fait que répondre à une demande de plus en plus pressante de la part des acteurs de son écosystème de participer plus activement à la définition des services de demain. En pratique, la mission du « Lab » sera de transformer rapidement les idées en réalisations, en étroite collaboration autant avec les participants externes qu'avec les collaborateurs de la banque, pour lesquelles le défi sera d'appréhender la révolution culturelle en cours (et ses enjeux de partage, de transparence, d'agilité, d'accélération…).

CommBank

L'ouverture du nouvel espace d'innovation s'accompagne justement (et fort judicieusement) d'une autre initiative conçue exclusivement pour les équipes internes. Le programme « Unleashing Innovation » (« débrider l'innovation ») propose ainsi à tous les employés de soumettre leurs idées (rien de très original jusque-là) et de les accompagner dans leur incubation au « Lab », lorsqu'elles sont jugées viables (ce qui représente une bonne pratique encore trop rare dans les entreprises).

Il reste à voir comment s'y prendra la banque pour convaincre ses partenaires de participer à ses efforts (les moyens ne manquent pas mais la stratégie retenue n'est pas précisée). Quoi qu'il en soit, sa volonté de faire de son « Lab » un lieu de création change des installations statiques – dont la plupart ne produisent aucune résultat tangible – auxquelles nous ont accoutumés les institutions financières. L'ensemble dénote une incontestable maturité : contrairement à ceux qui débutent par là, Commbank a attendu d'acquérir une expérience de l'innovation avant de se lancer…

samedi 18 octobre 2014

Un hedge fund algorithmique en crowdsourcing

Quantopian
Lorsque je présentais Quantopian au début de l'année, il ne s'agissait encore que d'une plate-forme technique permettant aux quants désœuvrés de mettre au point leurs algorithmes de trading. Quelques mois plus tard, la jeune pousse annonce un prochain passage à la vitesse supérieure, qui passera par la création d'un hedge fund.

Le cœur de l'offre de Quantopian reste fondamentalement inchangé depuis son lancement : tout un chacun peut créer un compte, gratuitement, et profiter ainsi d'une riche collection de données de marchés (sur actions américaines) – à la fois historiques et en temps réel – ainsi que d'un environnement de développement extrêmement complet, grâce auxquels les inscrits peuvent concevoir, programmer (en langage Python ou via des outils graphiques) et tester des stratégies algorithmiques d'investissement.

A l'issue d'une période de déploiement limité, auprès de quelques 150 utilisateurs privés, la plate-forme a été ouverte plus largement en juin dernier, quoique toujours en version beta. A cette occasion, elle était déjà passée dans un mode plus opérationnel puisque les participants avaient alors la possibilité – en option – de connecter leur compte (auprès du courtier partenaire Interactive Brokers) pour exécuter sur un portefeuille réel leurs algorithmes ou ceux des autres quants qui partagent leurs réalisations sur le site.

Quantopian

L'étape suivante sera donc la création d'un fonds de gestion alternative (hedge fund) dont les stratégies d'investissement seront exclusivement basées sur les modèles les plus efficaces des utilisateurs de Quantopian. Le lancement effectif n'interviendra qu'en 2015 mais un appel à candidatures est ouvert dès maintenant car les performances de ces futurs « gestionnaires » devront être préalablement évaluées pendant une période minimale de 6 mois, sur les résultats concrets mesurés sur leur portefeuille.

Indépendamment de leurs activités pour compte propre, qu'ils pourront continuer à mener à leur guise, ces heureux élus (au moins ceux de la première promotion) devraient se voir confier chacun (ou, plus exactement, leurs algorithmes) un million de dollars à gérer, avec, à la clé pour eux, une rémunération directe sur les gains réalisés. Selon les données partielles sur lesquelles Quantopian a aujourd'hui une visibilité (tous les utilisateurs n'intègrent pas leur portefeuille), certains des participants actuels parviennent à des performances excellentes, qui laissent entrevoir un modèle gagnant pour tous.

Bien entendu, de nombreuses inconnues subsistent encore dans l'approche de la startup, mais les fonds traditionnels ont tout de même du souci à se faire, tellement ils se trouvent menacés sous une multitude d'angles différents. En effet, Quantopian bénéficie d'une réserve de talents – en crowdsourcing – sans équivalent et offre un avantage financier significatif pour tous les intervenants (notamment grâce à l'automatisation), tout en introduisant une transparence totalement inconnue dans le secteur (sur les performances des algorithmes, voire sur leur code source)…

vendredi 17 octobre 2014

Simplifié et ludique, voici le nouveau PFM

Fidelity
Après quelques années d'euphorie, il est temps de se rendre à l'évidence : la gestion de budget à base de catégorisation des dépenses et de graphiques d'analyse n'est pas une grande réussite. Parmi diverses tentatives de renouvellement du genre, le service Cinch de Fidelity Investments a plusieurs arguments intéressants à faire valoir…

Partant du constat que les consommateurs sont réticents à adopter – dans la durée – les méthodes classiques de classement des transactions, qu'elles soient automatiques (mais alors pas adaptées à chaque cas particulier) ou manuelles (et donc chronophages), l'institution financière a simplifié au maximum son approche. Ainsi, pour démarrer avec Cinch, l'utilisateur va confirmer son niveau de revenus, le montant de ses dépenses « essentielles », et il ne lui reste plus qu'à surveiller le reste de son argent et, éventuellement, en épargner une partie.

Ces étapes initiales sont elles-mêmes rendues extrêmement faciles à appréhender puisque l'outil, connecté aux différents établissements détenteurs des comptes de l'internaute, analyse l'historique de ses opérations pour, d'une part, tenter d'identifier automatiquement le salaire et, d'autre part, en soumettre une synthèse permettant de choisir très rapidement celles qui sont incontournables et en déduire les charges « obligatoires » (notion plus personnelle, qui peut, par exemple, inclure les dépenses de logement, de transport, de nourriture, les factures de base…).

La deuxième idée inédite – et séduisante – que propose Cinch est de faire du suivi du budget un (court) moment de (léger) divertissement. En effet, chaque nouvel achat apparaissant dans les comptes comporte un seul bouton, intitulé « Not Worth It » (« ne vaut pas le coup »), qui, une fois actionné, va ajouter le montant correspondant au montant des dépenses qui auraient pu donc être évitées. La mise en évidence de ces petits et grands gaspillages à la fin du mois doit, en principe, inciter le consommateur à faire plus attention le mois suivant…

Meet Cinch

Il faut encore signaler une autre particularité de la solution de Fidelity : afin qu'elle soit réellement utile, elle est conçue pour intégrer – automatiquement – les comptes de la plupart des institutions financières américaines, grâce à la mise en œuvre des fonctions d'agrégation de Yodlee. Bien que ce choix soit beaucoup moins étonnant de la part d'un spécialiste de l'investissement que d'une banque de détail, il reste notable. D'autant plus que l'établissement profite de cette quasi-universalité de Cinch pour en ouvrir l'accès à tous, clients et non clients.

Malgré toute la valeur et l'originalité de cette nouvelle vision du PFM (ou gestion de finances personnelles), je dois avouer que la réalité du concept de « worth it » m'a tout de même laissé sur ma faim. Car, dans un élan d'imagination incontrôlé (et probablement excessif), je voyais déjà une application capable de prédire, à la seule évocation d'un achat (décrit en quelques mots ou, mieux encore, par une prise en photo de l'objet convoité) s'il vaudrait la peine d'être réalisé. A tout moment, le téléphone deviendrait ainsi le conseiller intime du shopping avisé !

Trop ambitieux ? Science-fiction ? Pourtant, une analyse des dépenses passées et des avis « not worh it » précédemment enregistrés — combinés aux mêmes données collectées auprès d'autres utilisateurs au profil proche et mâtinés de quelques recherches de goûts et préférences personnels au fil des médias sociaux et d'avis de consommateurs sur des grands sites spécialisés – pourrait peut-être permettre de se rapprocher d'une telle vision. Celle-ci rassemblerait alors une trilogie idéale de la gestion de budget : simple, ludique… et prescriptive.

Le service Cinch est actuellement distribué en version beta et Fidelity affirme vouloir l'enrichir progressivement. Une prochaine itération prendra-t-elle cette direction ? A défaut, mon rêve pourrait inspirer d'autres acteurs…

jeudi 16 octobre 2014

Demain, quels services de banque en ligne ?

La Caixa
Depuis les premiers pas des banques sur le web, il y a une petite vingtaine d'années, les usages numériques des consommateurs ont profondément évolué. Pourtant, en dehors de quelques ajouts notables (notamment autour de la gestion de budget et du « PFM »), les services proposés restent toujours sensiblement les mêmes…

Pour ne prendre qu'un exemple, la classique vue par compte, pour la consultation des soldes et des opérations enregistrées, est un vestige d'une époque où les (rares) utilisateurs de la banque en ligne se connectaient peut-être une fois par mois, dans le but unique de surveiller l'état de leurs finances. Aujourd'hui, non seulement les accès sont devenus presque quotidiens (ou plus) mais, surtout, la vie s'est accélérée et l'« homo numericus » veut désormais obtenir instantanément l'information dont il a besoin, sans avoir besoin de la rechercher (c'est le « réflexe Google »).

En attendant de satisfaire entièrement cette demande, quelques banques commencent à transformer leur vision des services en ligne afin de mieux répondre à ces nouvelles attentes de leurs clients. La Caixa, en Espagne, entre dans ce club encore fermé en lançant l'option « Vista Rápida » (« vue rapide »). A ce stade, il s'agit simplement de proposer une perspective différente, puisque l'internaute sera dorénavant accueilli par un aperçu de l'ensemble des événements qui sont intervenus sur son compte depuis sa dernière connexion.

Sans aucune action de sa part, lui sera ainsi présenté un tableau de bord complet, comprenant les listes des dernières opérations sur les comptes principaux et sur les cartes de paiement qu'il détient, les nouveaux messages échangés avec l'établissement et autres reçus d'achat dématérialisés, un suivi des points collectés grâce au programme de fidélité intégré… Naturellement (au XXIème siècle), « Vista Rápida » est déployée aussi bien au niveau de la plate-forme web que des applications mobiles de La Caixa.

Vista Rápida

La banque profite de cet ajout pour y introduire une interface dynamique, que l'utilisateur peut personnaliser à sa convenance. Sur la base du tableau de bord fourni automatiquement, il lui est ainsi possible de ré-agencer ses différents modules d'« actualités » financières, d'en configurer quelques paramètres… et d'y installer des raccourcis d'accès rapides à ses actions favorites.

Cependant, dans un premier temps (au moins), la nouvelle présentation n'intégrera la page d'accueil que pour les utilisateurs qui le demandent explicitement (les autres y accéderont par l'intermédiaire d'un menu), probablement par crainte de trop perturber de (déjà) vieilles habitudes… Alors que les évolutions ont pourtant été conçues sur la base des desiderata des clients, qui expriment eux-mêmes le besoin d'un accès rapide aux informations, les études qui ont été menées ont certainement mis également en évidence la diversité des attentes des consommateurs…

Alors, au-delà d'une réponse ponctuelle à un besoin majoritaire justifiant la mise en place de « Vista Rápida », apparaît rapidement l'exigence progressivement incontournable d'une solution ajustable à chaque besoin individuel. Ce qui est esquissé ici – à travers l'ajout d'actions favorites – et que que les Banques Populaires, entre autres, ont poussé d'un cran supplémentaire – notamment en permettant d'installer un virement pré-paramétré sur la page d'accueil de leur application pour tablette – n'est que l'embryon des services ultra-personnalisés de la banque de demain…

Information repérée grâce à Frédéric Bois (merci !)

mercredi 15 octobre 2014

Visa signe le retour des offres liées à la carte

Visa
La tendance n’est pas très nouvelle mais, malgré plusieurs tentatives (émanant généralement de startups), les « offres liées à la carte » (CLO pour l’acronyme en anglais) n’ont toujours pas réellement décollé, au moins en Europe. Deux ans après le haut de la dernière vague, Visa décide maintenant de tenter sa chance…

Le principe de fonctionnement de la future plate-forme – elle prendra les traits d’un pilote d’ici la fin de l’année, pour une généralisation en 2015, initialement au Royaume-Uni, avant une éventuelle extension au reste du continent – reste résolument classique. L’analyse des transactions passées des consommateurs permet à Visa de connaître leurs comportements d’achat et, ainsi de leur proposer des promotions parfaitement ciblées, en fonction de leurs habitudes, goûts et centres d’intérêts.

Pour l’utilisateur final, le mode opératoire ne pourrait être plus simple : il lui suffit de régler ses dépenses avec sa carte Visa pour que les offres auxquelles il est éligible – réductions et autres cadeaux – lui soient automatiquement et immédiatement appliquées. Pour les commerçants participants, les bénéfices de la personnalisation mise en œuvre sont évidents : augmentation de la satisfaction et de la fidélité de leur clientèle, conduisant directement à un meilleur retour sur investissement…

Enfin, les institutions financières partenaires de Visa, qui sont, par nécessité, les premières cibles commerciales de la nouvelle solution, trouveront dans celle-ci une opportunité de proposer à leurs clients l’expérience riche et individualisée qu’ils réclament de plus en plus dans toutes leurs interactions avec les grandes enseignes, surtout lorsqu’il s’agit de marketing et de publicité, dont les traditionnelles méthodes de communication de masse sont désormais largement rejetées.

Edo Interactive

L’immense volume de paiements que traite Visa (un tiers des échanges en livres sterling passerait par ses réseaux) et la gigantesque accumulation d’information correspondante représentent son atout principal dans la bataille autour des CLOs. En arrière-plan de cette entrée sur un marché naissant, il faut cependant certainement voir d'abord une recherche de nouvelles sources de revenus, après les attaques répétées des régulateurs sur les commissions constituant la base de son modèle économique.

Malheureusement, la marque semble assez extrêmement mal armée pour prendre une position majeure. En effet, c’est en réalité la technologie d’une jeune pousse spécialisée – edo Interactive – qu’elle s’apprête à déployer. Or cette dernière est pour l’instant implantée uniquement aux États-Unis et elle ne dispose donc actuellement d’aucun réseau de commerçants affiliés en Europe, une absence qui est justement aussi le point faible de Visa, et qui justifie le recours à un acteur tiers.

Alors pourquoi les banques iraient-elles s’associer avec Visa plutôt qu’avec les quelques entreprises locales (dont BirdBack et Cardlinkin’, en France) proposant une offre équivalente et ayant déjà établi un premier écosystème d’enseignes partenaires ?