C'est pas mon idée !

mardi 28 février 2017

Alerte sur la finance participative !?

UFC Que Choisir
Dans un contexte morose pour l'épargne, les taux d'intérêt atteignant des niveaux historiquement bas, la finance participative promet des rendements attractifs. Miroir aux alouettes ? L'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir dénonce des pratiques abusives dans le secteur. Mais est-elle vraiment objective ?

La question se pose immédiatement quand l'épais dossier [PDF] qu'elle consacre au sujet s'ouvre sur une citation d'un ancien directeur de la FSA (régulateur britannique du secteur financier) déclarant que les placements participatifs augurent d'une catastrophe à un horizon de 5 à 10 ans. Il semble extrêmement regrettable d'instruire ainsi le dossier à charge alors que la protection des consommateurs mériterait l'objectivité vis-à-vis d'entreprises jeunes, qui, certes, commettent des erreurs (jusqu'à la faute, pour certaines), mais, surtout, ont tout intérêt à conquérir la confiance de leurs futurs clients.

L'argumentaire critique développé par UFC-Que Choisir s'articule autour de 3 constats principaux, tirés (a priori) de l'observation de 337 opération de financement réalisées sur 6 plates-formes françaises : la sélection des dossiers proposés aux consommateurs serait opaque et sujette à caution, les rendements promis minimiseraient les risques de défaut et les sites de crowdfunding ne respecteraient pas leurs obligations légales. Tentons une analyse critique de ces différents points, effectivement inquiétants de prime abord…

Globalement, le cœur du « litige » engagé par l'association porte sur la dissimulation supposée des risques encourus par les apporteurs de fonds : des présentations beaucoup trop optimistes, des simulations de rendement ignorant les risques de perte, des estimations de taux de défaut sous-estimées… Qu'en est-il exactement ? Il m'est impossible ici de reprendre tous les reproches formulés un à un mais prenons quelques exemples illustratifs d'une subjectivité patente qui ne rend service à personne.

Souligner l'absence des publication légales de leurs comptes annuels par 8% des entreprises à financer peut-il être reproché aux plates-formes de crowdfunding alors qu'il s'agit d'un fléau de notre économie ? Reprendre les calculs de risque de défaut à partir de statistiques nationales en ignorant le retour d'expérience de la finance participative (et ses aspects responsabilisants) ? Propager l'idée que les entreprises demandeuses sont celles qui ne sont pas jugées fiables par leur banque ? Introduire la confusion entre le risque en capital et les retards de remboursement ? Pourquoi cet acharnement ?

La finance participative est jeune, elle n'est certainement pas (encore) parfaite. Il est possible que certains acteurs franchissent les limites : ceux-là ne résisteront pas aux cycles d'évolution naturels et il est normal de les sanctionner. Les autres (les plus nombreux ?) sont encore à la recherche de leur modèle économique et de la confiance de leurs clients : ils n'ont d'autre choix, pour ce faire, que de renforcer leur transparence (dont il est vrai qu'elle laisse souvent à désirer). Plutôt que de les stigmatiser avant même qu'ils n'atteignent la maturité, il serait plus constructif de les aider à s'améliorer !

UFC Que Choisir

lundi 27 février 2017

Quand le dinosaure se cache dans le progiciel

Gartner
À l'ère de l'ouverture (des données et des API), les entreprises ont déjà fort à faire pour adapter leurs stratégies et profiter des nouvelles opportunités qui leur tendent les bras. Or, après une sombre histoire de licences logicielles récemment jugée au Royaume-Uni, un obstacle supplémentaire risque maintenant de se dresser sur leur route…

Elle semble sortie d'un autre temps, dans toute sa banalité, mais l'histoire date de seulement quelques jours. Tout commence quand Diageo, un distributeur de spiritueux, crée des applications à destination de ses clients, s'appuyant sur des données issues de ses systèmes SAP (dont l'entreprise utilise quasiment toute la suite de produits), par l'intermédiaire des API exposées par ceux-ci. Ce que découvrant, l'éditeur exige le paiement d'une redevance pour chaque utilisateur individuel des dites applications !

Ce genre de tactique constitue presque une tradition pour SAP (et beaucoup de ses concurrents), à la recherche de nouvelles sources de profits (sans investissement, sans rien développer et sans apporter de valeur ajoutée additionnelle), surtout quand les temps sont difficiles. Du point de vue de Diageo, la position de son fournisseur revient pourtant à lui dire : vos données sont prisonnières de mes outils, vous ne pouvez y accéder que moyennant le règlement d'une « taxe » s'ajoutant à vos licences existantes.

Loin d'être théorique, le débat prend une dimension véritablement inquiétante lorsqu'on découvre que la haute cour d'Angleterre et du Pays de Galles à retenu les arguments de SAP et a donc confirmé la facture de plus de 54 millions de livres due par Diageo. En réponse, on peut, comme le suggère l'analyste de Gartner qui aborde le sujet, s'émouvoir de l'incapacité des juges à comprendre tous les enjeux de leur décision ou inciter les entreprises à prendre des précautions avec leurs contrats. On peut aussi voir plus loin.

Le fond du problème dans cette affaire est la vision dépassée de SAP vis-à-vis de son métier. Comme les acteurs d'autres secteurs, l'éditeur s'endort dans un modèle historique dont la rentabilité se maintient, bon an mal an, même s'il faut la stimuler de temps en temps. Ce confort l'empêche de voir les changements qui se produisent autour de lui. Son aveuglement le rend arrogant alors qu'il devrait aujourd'hui se pencher sérieusement sur les besoins de ses clients afin de rester pertinent. À défaut, en prenant une analogie avec des exemples passés dans d'autres domaines, son destin sera de disparaître.

En conséquence, si la stratégie agressive de SAP ne suffit pas à faire fuir ses utilisateurs (ce dont un long passif de conflits similaires peut laisser douter), ces derniers devraient tout de même s'inquiéter de la pérennité à long terme d'un fournisseur souvent essentiel à la gestion de leur activité. Sa chute ne sera peut-être pas très rapide, mais il n'est pas inutile, au vu de l'ampleur de son impact potentiel, de se poser des questions maintenant plutôt que d'attendre une lente agonie, dont les clients pâtiront inévitablement.

En synthèse, pour exprimer mon analyse en termes plus concrets, les clients de SAP (et de nombre d'autres mastodontes du progiciel) devraient s'interroger : peuvent-ils continuer à confier une composante clé de leur activité à un éditeur visiblement incapable de comprendre que, pour une entreprise en 2017, ouvrir des API sur le monde extérieur n'est plus une option et ne peut en aucun cas justifier une facture de plusieurs dizaines de millions ? Partant, il restera à définir et mettre en place un plan d'action…

SAP

dimanche 26 février 2017

Crealogix présente le PFM en réalité virtuelle

Crealogix
En attendant la démocratisation promise par les analystes dans les quelques années à venir, la réalité virtuelle s'impose peu à peu comme un média à prendre en compte. À l'occasion de la conférence FinovateEurope 2017, l'éditeur suisse Crealogix présentait une des premières solutions dédiées de gestion de finances personnelles.

S'inspirant des jeux qui constituent aujourd'hui la majorité des applications développées pour la réalité virtuelle, « The ARCs » tente de mettre à profit l'expérience immersive de cette technologie pour permettre au consommateur de concilier une indispensable approche cartésienne de l'argent avec une perspective plus émotionnelle et créative, destinée à la fois à stimuler son engagement avec un sujet rébarbatif par essence et à accompagner une tendance naturelle à l'irrationnel face aux questions financières.

En pratique, la démonstration de Crealogix reprend d'abord l'essentiel des thèmes traditionnels du PFM, entre catégorisation automatique des opérations et suivi du budget au fil du temps. Déjà à ce stade, l'exploitation de l'« espace » offert par l'environnement virtuel montre ses bénéfices : l'utilisateur peut véritablement « embrasser » l'ensemble de ses finances personnelles en une vue unique et tous les éléments s'agencent et s'organisent les uns par rapport aux autres, de manière dynamique et intuitive.

Crealogix The ARCs

La présentation extrêmement graphique (les chiffres ne sont accessibles que sur demande) permet d'enrichir l'information délivrée. Le logiciel introduit ainsi une dimension prédictive omniprésente, quasiment inimaginable dans une application mobile classique : non seulement le suivi du budget propose-t-il un vision globale de la situation sur les 3 prochains mois, mais une projection des dépenses individuelles est-elle également intégrée, procurant de la sorte à l'utilisateur un contrôle plus fin sur l'avenir.

Dans un registre plus original, le concept est poussé un cran plus loin avec un mécanisme de scénarios hypothétiques. Celui-ci propose de choisir un projet parmi une liste prédéfinie (préparer un grand voyage, devenir parent, acheter une voiture…), son impact sur le budget existant étant alors immédiatement reflété, de manière à faciliter la prise de décision. Le système est même capable de proposer spontanément un investissement adapté aux préférences de la personne (dans un fonds « vert », dans la démonstration) dès que les disponibilités sur le compte courant semblent suffisantes.

Comme le souligne Crealogix, la réalité virtuelle n'a pas vocation à prendre la place des services en ligne ou des applications mobiles. Cependant, les nouvelles possibilités qu'elle offre devraient inciter les banques à explorer son potentiel. Après tout, le PFM a jusqu'à maintenant vu son adoption limitée (au moins sur le long terme) et il reste donc à trouver les solutions qui le rendront réellement indispensable aux consommateurs. En la matière, « The ARCs » est un premier essai, il n'est pas la fin de l'histoire…

samedi 25 février 2017

L'étrange plan de sauvetage de RBS

RBS
Huit ans après sa nationalisation, le groupe britannique RBS continue à accumuler les pertes, tout en échouant à remplir les conditions que lui avaient fixées les autorités européennes en contrepartie de son sauvetage par le gouvernement de sa Majesté. Ce dernier propose maintenant une autre approche, pour le moins originale…

Sur les 5 obligations imposées à RBS lors des négociations avec le commissaire européen à la concurrence en 2009 et en 2014, il en reste une qui n'a pas été remplie, dont l'échéance arrive à la fin de cette année et qui paraît maintenant impossible à satisfaire (notamment en raison du Brexit, selon ses responsables) : la séparation et la cession d'une partie de l'activité de la banque, matérialisée aujourd'hui par un réseau de 307 agences rassemblées sous la marque Williams & Glyn.

Devant cette impasse, le chancelier de l'échiquier a concocté un plan radicalement différent. Celui-ci préserverait l'objectif initial de la mesure de stimuler la concurrence sur les services financiers au Royaume-Uni, mais il présenterait l'avantage d'être beaucoup mieux adapté aux enjeux du secteur en 2017 et en parfait alignement avec la stratégie actuelle du gouvernement. Il s'agirait en effet de favoriser directement et concrètement le développement des banques « challengers », dont les startups de la FinTech.

En pratique, la formule retenue comprendrait 4 axes principaux : la mise en place d'un fonds indépendant affecté au financement des néo-banques pour l'extension de leurs services aux PME, une réserve destinée à soutenir les incitations aux entreprises à migrer leurs comptes vers les nouveaux entrants, la mise à disposition du réseau d'agences de RBS pour les opérations sur les espèces et les chèques des clients de ses petits concurrents et la création d'un fonds d'investissement dédié à la FinTech.

Le dispositif complet représenterait un coût de 750 millions de livres pour le groupe, qui l'a, d'ailleurs, déjà provisionné dans ses comptes de 2016. Et, pour résumer l'idée du gouvernement britannique, cette somme (conséquente) constituerait donc une contribution extraordinairement directe de RBS à la promotion de sa propre concurrence (jusqu'à pousser ses clients à la quitter pour les acteurs émergents !). Il faudra certainement instituer des contrôles sévères pour éviter toute dérive !

En tout état de cause, la détermination des autorités à faire de la Grande-Bretagne (et, surtout, de Londres) le paradis de la FinTech est plus forte que jamais et conduisent à des solutions aussi diverses qu'inédites. Outre la prise de conscience du besoin d'une concurrence locale plus vive, toutes ces démarches montrent aussi une volonté inébranlable de limiter les effets du Brexit sur un secteur extrêmement important pour l'économie du pays. Les places européennes qui veulent s'emparer de son titre n'ont pourtant pas l'air de prendre la mesure des moyens engagés dans cette bataille vitale…

Information Williams & Glyn

vendredi 24 février 2017

La menace quantique pèse sur la cybersécurité

Atome
Comme si la cybercriminalité quotidienne ne suffisait pas à empêcher les spécialistes de la sécurité de dormir, les progrès rapides de l'informatique quantique feraient maintenant planer une sérieuse menace d'obsolescence sur les algorithmes de chiffrement modernes. Mais faut-il vraiment s'en inquiéter dès aujourd'hui ?

Même si la perspective paraît encore lointaine, les premiers ordinateurs quantiques opérationnels ne devant pas arriver sur le marché avant une dizaine d'années, elle présente un défi d'une telle ampleur que la tension monte parmi les experts. En effet, toute nos données sensibles – qu'elles soient au repos (stockées sur des supports chiffrés) ou en transit (échangées via des protocoles comme HTTPS) – sont protégées par des algorithmes incapables de résister aux capacités de ces futurs calculateurs.

Face à ce danger, les intervenants d'une table ronde consacrée à ce sujet lors de la récente conférence RSA délivrent un message rassurant : ne paniquez pas et n'agissez pas dans la précipitation. Plus précisément, ils conseillent d'abord d'attendre les conclusions d'un chantier lancé à la fin de l'année dernière par le NIST (l'institut américain en charge des standards technologiques), actuellement en phase d'appel à contributions, et qui devrait aboutir à une recommandation officielle dans les 5 ans.

Il n'en reste pas moins que, dans l'intervalle, il n'est probablement pas inutile de se préparer. Car, quelle que soit l'échéance à laquelle la menace se concrétisera, il est au moins deux certitudes incontournables à prendre en compte sans tarder. En premier lieu, les techniques de chiffrement en vigueur en 2017 devront impérativement être remplacées, à terme. Or, au vu des délais de retrait des algorithmes devenus obsolètes par le passé, mieux vaut s'accoutumer tout de suite à l'idée du changement à venir…

D'autre part, la promesse de l'arrivée de systèmes capables de percer un jour des secrets pour l'instant inviolables donne des idées à certaines organisations, qui capturent et collectent des masses de données chiffrées en imaginant qu'elles pourront en tirer de la valeur quand elles disposeront des moyens de les exploiter. Cette hypothèse ne devrait pas angoisser la plupart des entreprises, mais peut-être vaut-il mieux s'en assurer et prendre des précautions spécifiques vis-à-vis des éventuels risques résiduels.

Les experts ne manquent pas de souligner que, avant la généralisation des ordinateurs quantiques, une multitude d'autres menaces, bien réelles, pèsent déjà sur la société de l'information – entre erreurs d'implémentation des protocoles existants et défauts logiciels – et doivent constituer la priorité des professionnels de la sécurité. De leur côté, les chercheurs ont un extraordinaire challenge à relever, celui de créer les algorithmes de chiffrement résistants de demain et, beaucoup plus difficile, d'en valider la robustesse.

Effet Quantique

jeudi 23 février 2017

Une boussole pour l'innovation

Celent
Maintenant que la plupart des dirigeants d'entreprise sont convaincus de la nécessité d'innover, ils se posent de nouvelles questions : face au foisonnement de technologies émergentes, aux changements dans les comportements des clients, aux acteurs disruptifs, comment identifier les pistes les plus prometteuses et quels moyens faut-il leur consacrer ?

Rebondissant sur un événement intitulé « Lost in Innovation » organisé à Londres par le cabinet Celent, Jamie Macgregor, SVP, se penche sur ce sujet dans le contexte spécifique de l'assurance. Là comme dans les autres secteurs économiques, les défis ne manquent pas, entre internet des objets, intelligence artificielle, blockchain… du côté des stimulants technologiques, et vague de l'InsurTech, développement de l'économie collaborative, dérèglement climatique… en guise d'aiguillons du changement.

Intuitivement, il semble évident qu'il est impensable pour une compagnie d'assurance de lancer des expérimentations tous azimuts, avec des budgets et des ressources illimités. En revanche, il est tout aussi impossible de savoir par avance quelles directions sont susceptibles d'aboutir à des solutions gagnantes. En conséquence, tous les acteurs de l'innovation finissent toujours par affronter le même dilemme : trouver l'équilibre parfait entre la diversité des projets et la répartition des moyens (limités) disponibles.

En simplifiant un peu le propos, la solution réside dans une culture d'exploration. En surface, cela revient à confirmer qu'aucune possibilité ne doit être négligée. Au préalable, il faut cependant définir un cadre permettant de fixer des limites et éviter les dérives (de coûts, notamment). Dès lors, les hypothèses peuvent être testées rapidement, donnant lieu systématiquement à une collecte d'information et une analyse des résultats avant d'envisager une suite. Le réflexe le plus dangereux est de vouloir industrialiser un concept trop tôt, avant qu'il n'ait réellement fait ses preuves, de préférence sur le terrain.

Pour accompagner cette démarche, quelques conseils utiles méritent d'être rappelés. Outre l'injection de « sang frais » provenant d'horizons différents (dont il faudra néanmoins prendre soin de maintenir la motivation), le recours à des partenariats est à placer en tête de liste, car il offre une réponse facile à la pénurie de ressources internes (que ce soit en termes de disponibilité ou de compétences). La mesure de la valeur de l'innovation est un autre sujet critique : pourquoi ne pas passer du sacro-saint ROI, généralement inepte avec des idées d'avant-garde, à une notion de « perte acceptable », par exemple ?

Enfin, l'innovation requiert un indispensable regard critique sur ce qui est produit, avec une évaluation permanente (en cycles extrêmement courts), objective et transparente du bénéfice apporté au client, à partir d'informations fiables. C'est à cette condition qu'il deviendra possible d'écarter rapidement les concepts à la mode mais sans avenir et de placer les efforts (et les budgets) sur les projets ayant à la fois le plus de chances de réussite et le meilleur potentiel de disruption (et, un jour, de retour sur investissement !).

Boussole

mercredi 22 février 2017

Naissance d'une méga-néo-banque ?

SoFi
Les signes de l'imminence du troisième âge de la FinTech se précisent peu à peu. Ainsi, quand SoFi, une des rares licornes de la finance participative, acquiert Zenbanx, fournisseur de compte mobile multi-devises, la voie est ouverte à l'émergence d'une néo-banque géante prête à fondre sur les marchés protégés des institutions traditionnelles.

À l'origine, Social Finance (SoFi) a été conçue comme une plate-forme de crowdfunding spécialisée dans le refinancement de prêts étudiants. Elle s'est ensuite diversifiée, notamment dans le crédit à la consommation et le crédit hypothécaire ainsi que, sur le versant investissement de son modèle, l'assurance vie et la gestion de patrimoine. Et même si les 12 milliards de dollars prêtés qu'elle affiche à ce jour sont une goutte d'eau dans le secteur, elle doit son titre de licorne non seulement à sa valorisation mais aussi aux presque 2 milliards que lui ont apportés plusieurs investisseurs renommés.

Zenbanx, de son côté, a été fondée par le pionnier de la banque à distance en Amérique du Nord, sur l'idée de créer un compte multi-devises, pour les citoyens du monde, simple d'accès, toujours disponible et économique. Sans être elle-même détentrice d'une licence bancaire, la jeune pousse s'appuie sur les services de partenaires locaux (au Canada et aux États-Unis, où sa solution est actuellement disponible) pour offrir à ses clients un véritable compte courant (assuré) et non seulement une carte prépayée.

Avec cette fusion, SoFi veut donc étendre son emprise au-delà du crowdlending. Or, contrairement à quelques précédents, l'objectif visé ici n'est pas seulement de capitaliser sur une clientèle existante susceptible d'adopter des produits supplémentaires. L'ambition commune affichée par les deux partenaires est en effet de bâtir un autre modèle de services financiers, reposant sur une expérience client optimisée, accessible partout et à tout moment, et couvrant toute l'étendue des besoins des consommateurs.

En pratique, le rapprochement est particulièrement significatif à la fois parce qu'il permet à SoFi de proposer à ses clients une palette de produits qui la place de plus en plus en concurrence directe des banques traditionnelles et également par la possibilité d'extension qu'il laisse entrevoir sur son modèle économique. Même s'il s'agit d'un retour à un modèle classique, l'ajout de capacités de financement des prêts par les dépôts sur les comptes courants peut représenter un intéressant accélérateur de son activité, d'autant qu'il pourrait tout de même prendre une forme d'épargne originale.

La stratégie esquissée SoFi et Zenbanx est claire et ambitieuse. Elle dénote peut-être un excès de mégalomanie de la part d'un acteur courtisé par les investisseurs et dont les coffres sont bien (trop ?) remplis. Toujours est-il qu'elle représente probablement une tendance qui va s'affirmer progressivement dans les prochains mois et années et qui finira inéluctablement par peser sur les institutions financières qui restent imperturbablement convaincues que les startups ne peuvent survivre sans collaborer avec elles.

Mariage entre SoFi et Zenbanx

mardi 21 février 2017

Un plan d'action « digital » concret pour BPCE

BPCE
Yves Tyrode, « Chief Digital Officer », nous l'avait promis peu de temps après son arrivée, le plan d'action « digital » de BPCE est maintenant arrivé. Et, en comparaison des orientations ultra-génériques dont les banques ont l'habitude, celui-ci fait montre d'une certaine substance, de bon augure. Il ne reste plus qu'à en assurer la mise en œuvre…

S'adapter à l'évolution des comportements des consommateurs, faire face à l'émergence d'une nouvelle concurrence, prendre en compte l'accélération technologique… ce sont les défis qu'identifient toutes les institutions financières et, au-delà, les entreprises de tous les secteurs. Et le besoin de placer le client au centre des préoccupations, la nécessité d'adopter d'autres manières de travailler (dont le fameux « mode startup »), l'exigence d'efficacité opérationnelle… constituent leurs réponses standardisées.

Malheureusement, beaucoup évitent soigneusement d'expliquer comment elles comptent passer de ces généralités (banalités ?) à la pratique. C'est la principale raison pour laquelle la présentation du plan de BPCE surprend : sans être excessivement détaillée, elle dessine clairement les contours des multiples chantiers à entreprendre. Ainsi, non seulement la banque se fixe-t-elle une cible de transformation à partir des constats (universels) qu'elle dresse, elle précise également comment elle espère l'atteindre.

En filigrane, c'est encore un autre aspect de cette description qui retient le plus l'attention. Car si quelques solutions destinées aux clients sont bien présentes dans le panorama (après tout, il s'agit de faire évoluer la banque de proximité !), un accent particulier est mis aussi (peut-être même plus) sur les fondations, parmi lesquelles figurent, notamment, les moyens nécessaires au changement de culture interne et le socle technique capable de supporter la future banque « digitale », dans un écosystème étendu.

Transformation de la Banque de Proximité BPCE

La mutation commence par l'organisation de l'informatique. Schématisée par un modèle à 3 niveaux – cœur bancaire, plate-forme d'API et applications –, elle reprend l'approche bi-modale chère à Gartner. Dans cette logique, le socle de base a vocation à être industrialisé à l'extrême, ce qui se traduit par des efforts de mutualisation et de rationalisation, matérialisés par un plan spécifique d'excellence opérationnelle, visant à économiser 350 millions d'euros (part de l'IT, sur un total d'un milliard) sur 3 ans.

Le versant applicatif, quant à lui, sera pris en charge par une « digital factory » – plus agile, conçue pour des cycles de développement rapides –, qui devrait rassembler 1 000 personnes et qui bénéficiera d'investissements significatifs, à hauteur de 750 millions d'euros. Enfin, entre ces deux univers, le lien sera assuré par une couche généralisée d'API industrielles. Là se situe la réserve que j'émettrai sur le projet (et, plus généralement, sur la recommandation de Gartner). En effet, l'articulation entre les deux modes est extraordinairement délicate, et pas uniquement sur le plan technique.

À partir de cette architecture ré-agencée, de nouvelles opportunités pourront être captées. Ce sera le cas, par exemple, de l'ouverture des services financiers à des partenaires – startups en tête –, qui deviendra un axe fort de développement pour BPCE, avec non seulement la mise à disposition de ces capacités informatiques mais également des dispositifs complémentaires : offre bancaire adaptée, « startup act » pour assouplir les processus d'achats, accès aux clients du groupe pour des tests…

Vient ensuite le volet « culturel », c'est-à-dire l'indispensable accompagnement de l'ensemble des effectifs dans une nouvelle ère de la banque. Dans ce registre, l'équipement individuel (matériel et logiciel, via un AppStore privé), le renforcement des moyens de collaboration interne (dont le réseau social d'entreprise), la mise en place de campagnes de développement « digital » personnel… sont quelques-unes des actions concrètes qui seront lancées pour éviter tout effet d'isolation de la « digital factory ».

La route est désormais tracée et elle ne sera certainement pas de tout repos. Quoi qu'il en soit, les ambitions affichées par BPCE et les moyens qu'elle se donne pour les satisfaire sont manifestement à la hauteur des enjeux, autant par la dimension pharaonique des travaux qu'elle veut engager que par l'« extensivité » de leur périmètre (et encore n'ai-je pas ici abordé les projets pour Fidor ou pour les réseaux d'agences). Rendez-vous est donc pris dans un peu moins de 4 ans avec une nouvelle banque « digitale »…

lundi 20 février 2017

Un bac à sable industriel pour le Royaume-Uni

Innovate Finance
Depuis quelques mois, les « bacs à sable » réglementaires se sont multipliés, permettant à de jeunes pousses d'expérimenter leur produit sous un régime simplifié. Au Royaume-Uni, où cette idée est née, une version plus technologique du même concept est actuellement à l'étude afin, toujours, de favoriser l'innovation dans le secteur financier.

Le projet n'en est aujourd'hui qu'au stade de la consultation publique, initiée par l'association Innovate Finance – dont les membres comprennent plusieurs banques, quelques grandes entreprises informatiques et une liste impressionnante de startups de la FinTech – sous l'impulsion de la FCA, le régulateur britannique. Il est vrai qu'il est suffisamment ambitieux pour nécessiter un temps de réflexion préalable, ne serait-ce que pour valider la convergence d'intérêts de tous les acteurs qu'il envisage d'impliquer.

Le principe du « bac à sable » consisterait en effet à établir un environnement virtuel, dans lequel seraient assemblés des données et des solutions technologiques, fournies par ses différents membres et partenaires. Ainsi armés, les entrepreneurs pourraient alors concrétiser leurs idées plus rapidement et accélérer leurs cycles de développement. Les institutions financières y trouveraient également leur compte grâce à la démultiplication des opportunités de co-innovation que procurerait l'ouverture de leurs ressources.

Un deuxième avantage d'un dispositif commun, dont l'enjeu est potentiellement colossal pour la place de Londres, serait sa possible capacité à fédérer l'écosystème de la finance (acteurs historiques et émergents confondus) autour de projets de place, tels que la gestion d'identité numérique, la lutte contre la fraude, la supervision des algorithmes d'intelligence artificielle…, dont on ne peut espérer raisonnablement qu'ils aboutissent rapidement si les efforts sont dispersés et produisent des solutions hétérogènes.

Naturellement, la démarche proposée risque de froisser les banques, pour lesquelles la proposition de valeur est susceptible de paraître déséquilibrée, puisqu'elles seraient vraisemblablement les principales pourvoyeuses de données, au profit de concurrents potentiels. Si elles ne parviennent pas à apprécier à sa juste mesure le retour qu'elle peuvent espérer sur un modèle d'innovation ouverte, il ne restera qu'au régulateur à leur donner un coup de pouce comme il en a le secret (vu à l'œuvre avec l'initiative midata).

Le « bac à sable » est encore loin du déploiement et bien des obstacles ralentiront certainement sa mise en place. Quoi qu'il en soit et même dans son état présent de simple concept, il constitue une arme supplémentaire dans l'armada britannique visant à défendre la place de numéro 1 de la FinTech qu'a acquise la ville de Londres. Et elle présente des arguments extrêmement convaincants aux entrepreneurs…

Appel à commentaires Innovate Finance

dimanche 19 février 2017

Offre bancaire différente pour clients différents

Barclays
Tandis que le monde change autour de nous, dans de multiples dimensions, les banques sont constamment mises au défi d'adapter leurs modèles séculaires aux nouvelles réalités. Parmi celles-ci, l'évolution des approches de l'emploi s'avère particulièrement difficile à appréhender. Barclays est une des premières à s'y attaquer…

Historiquement, la relation avec les institutions financières repose pour une large part sur la domiciliation d'un salaire fixe. Encore régulièrement exigée pour l'ouverture d'un compte courant, cette condition devient (presque) impérative pour espérer obtenir un crédit immobilier. Le niveau de rémunération de l'emprunteur est alors le critère principal utilisé pour fixer le montant maximal du prêt et plafonner sa capacité de remboursement. Conséquence, une personne sans revenu stable est (plus ou moins) exclue.

Si les occurrences de ce genre étaient jusqu'à récemment, sinon rares, du moins cantonnées à quelques cas relativement bien maîtrisés (professions libérales, artisans, CDD…), elle deviennent maintenant beaucoup plus fréquentes et, surtout, correspondent à des situations extrêmement diverses, entre le chauffeur Uber et le fondateur de startup, par exemple. De plus en plus de personnes étant concernées, les banques n'ont d'autre choix que d'adapter leurs offres à ces clients qu'elles considèrent atypiques.

C'est donc ce que tente de faire, plutôt timidement pour l'instant, Barclays au Royaume-Uni, en abordant une frange spécifique de population : les entrepreneurs de secteurs de forte croissance. Concrètement, sa nouvelle offre de crédit hypothécaire prend en compte, au-delà des salaires (peu représentatifs de leur situation globale), les revenus de leurs investissements et ceux qu'ils tirent de leur propre entreprise, intégrant ainsi dans l'évaluation de leur capacité d'emprunt des sources de profits plus incertaines.

Bien sûr, on est encore très loin, ici, de l'inclusion financière des modèles d'emploi alternatifs, d'autant que l'initiative émane de la banque privée de Barclays et qu'elle ne s'adresse donc qu'à des clients préalablement identifiés comme possédant un patrimoine. Ce choix présente cependant l'avantage de permettre un « filtrage » manuel et individualisé (car ciblant un faible nombre de bénéficiaires potentiels), grâce auquel une démarche expérimentale est probablement plus simple à mettre en œuvre.

Rapidement, les banques devront apprendre à gérer des populations aux profils variés, pour lesquelles leurs vieux standards sont inapplicables. Pour ce faire, il leur faut identifier les tendances émergentes de l'emploi et réfléchir aux critères spécifiques à chacune d'elles, qui leur fourniront la mesure de risques dont elles ont besoin pour remplir leur rôle tout en continuant à respecter leurs normes de sécurité. À défaut, de nouveaux acteurs arrivant sur le marché avec des solutions de niche capteront les opportunités…

Barclays pour les entrepreneurs