C'est pas mon idée !

mercredi 23 octobre 2019

Une FinTech qui ferme, des leçons à tirer…

Denizen
Lancée en mars 2018 après 18 mois de gestation, la jeune pousse américaine Denizen vient d'annoncer sa fermeture prochaine, en raison, officiellement, de son incapacité à atteindre la dimension nécessaire pour garantir la viabilité de son modèle de néo-banque à destination des expatriés. Quelles leçons tirer de cet arrêt brutal ?

Comme quelques autres acteurs positionnés sur le même segment, Denizen est née du constat de la difficulté pour des personnes vivant dans un pays étranger à accéder à des services financiers de qualité et à coût raisonnable : d'un côté, l'ouverture d'un compte local est rendue difficile par des formalités administratives inadaptées, de l'autre, le recours à sa banque d'origine induit des frais qui s'accumulent rapidement.

La solution consiste à proposer un compte multi-devises, opérant comme un produit natif dans chaque pays d'utilisation (pour Denizen, l'Union Européenne et les États-Unis). De la sorte, les transferts d'argent sont considérés comme des virements domestiques, les paiements réalisés avec la carte associée n'encourent aucune commission de change… Et l'application (mobile, généralement) qui l'accompagne permet de gérer les conversions entre les différentes monnaies détenues, à des conditions avantageuses.

Le concept constitue un exemple typique de la FinTech de niche, qui passe par l'identification d'un segment de clientèle mal servi par les établissements historiques, l'analyse de ses frustrations et de ses besoins et, enfin, la mise en place d'une réponse dédiée. Dans le cas de Denizen, le marché des expatriés paraissait idéal, par sa taille (plus de 8 millions d'américains sont concernés, notamment) et par la réticence réelle des banques à l'adresser. Alors pourquoi la startup n'a-t-elle pas réussi à le conquérir ?

Annonce de la fermeture de Denizen

La raison la plus probable de cet échec est le manque de différenciation. En effet, afin de convaincre des utilisateurs d'adopter une innovation, il ne suffit pas de démontrer qu'elle apporte une amélioration par rapport à la situation existante. Il faut que la différence de valeur qu'elle crée soit assez importante (et visible) pour les inciter à surmonter les efforts et les craintes instinctives que suscite un changement d'habitude.

En l'occurrence, les entreprises ciblant les résidents à l'étranger commettent deux erreurs qui concourent à réduire leur avantage concurrentiel apparent, par les deux extrémités : en amont, elles tendent à surestimer les frictions auxquelles leur cible est confrontée, entre autres parce qu'elles sont généralement ponctuelles, et, en aval, les bénéfices qu'elles promettent ne sont pas aussi clairs qu'elles l'imaginent, ne serait-ce que parce que la comparaison des coûts est quasiment impossible a priori.

Il est tout à l'honneur de l'équipe fondatrice d'avoir compris ces limitations dans un délai raisonnable, sans chercher à s'entêter à tout prix. Mais il sera encore plus intéressant de voir si BBVA (qui a investi dans Denizen, via sa filiale américaine) réussit également à capitaliser sur cette expérience, car si la solution envisagée n'est finalement pas très innovante, elle peut certainement être intégrée dans l'offre standard de la banque, en évitant ainsi les problématiques d'échelle d'une approche exclusivement de niche.

mardi 22 octobre 2019

Investissement responsable personnalisé et automatisé

BNP Paribas
Parce que ses clients deviennent toujours plus exigeants, notamment en matière d'engagement sociétal et environnemental, Bank of the West a conclu un partenariat avec OpenInvest, qui lui permettra de leur offrir des possibilités enrichies de personnalisation de leurs portefeuilles d'investissement, respectant leurs préférences individuelles.

La nouvelle solution sera déployée auprès des conseillers de la division de gestion patrimoniale de la filiale américaine de BNP Paribas, BancWest Investment Services. Ainsi armés, ils pourront prendre en compte les demandes spécifiques de chacun de leurs clients tout en continuant à bénéficier de l'expertise, de la rigueur réglementaire et des capacités industrielles existantes de la banque. L'ambition ultime est de fournir au plus grand nombre un service de haut de gamme, aujourd'hui réservé aux très riches.

Pour ce faire, la technologie d'OpenInvest propose une approche entièrement automatisée, seule capable de prendre en charge sa vision de « personnalisation de masse ». S'appuyant, en entrée, sur, d'une part, la découverte des valeurs que souhaite porter l'investisseur et, d'autre part, l'analyse, régulièrement actualisée, des indicateurs financiers et non financiers des entreprises, elle conçoit des portefeuilles uniques, capables de répondre aux attentes exprimées, dans le cadre fixé par la banque.

Au-delà de la simple promesse de respect des critères sélectionnés, la plate-forme délivrera également aux clients de BancWest, chaque trimestre, en complément du traditionnel rapport de performance, un état des lieux de l'impact concret de leurs investissements, qui pourra comprendre, pour reprendre les exemples cités, une estimation du volume d'émissions de gaz à effet de serre évité ou de la réduction de la production annuelle de cigarettes (ce qui mériterait quelques éclaircissements).

OpenInvest

La prise de conscience récente (pour la majorité de la population) des enjeux de développement durable induit un désir d'action qui ne s'accommode plus de discours creux et de campagnes de communication sans substance. Désormais, il faut savoir satisfaire les choix de société des clients, ce qui implique à la fois d'adapter les produits commercialisés et de renforcer la transparence dans toutes les opérations des institutions financières. Naturellement, le mouvement étant encore balbutiant, il constitue une opportunité incomparable pour les pionniers de prendre un avantage décisif.

Cependant, une autre perspective, bien plus large, se dessine derrière cette première évolution : la généralisation des offres personnalisées. Après tout, s'il est possible de créer des portefeuilles d'investissement intégrant des préoccupations environnementales, ne pourrait-on pas envisager d'inclure des facteurs de tous ordres (tels que des préférences sectorielles ou géographiques) ? Et pourquoi ne pas étendre le principe à d'autres produits et à toutes les catégories de clientèle, en poussant l'automatisation ?

lundi 21 octobre 2019

Les absurdités de la réglementation

ABN AMRO
Depuis quelques mois, une campagne massive de vérification des identités des clients des institutions financières est menée à travers plusieurs pays européens, dans un effort de renforcement de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (« LAB-FT »). Elle expose les incohérences et les absurdités qui règnent partout…

Un exemple frappant des situations ubuesques auxquelles conduit l'application de consignes plus strictes est donné par ICS, une filiale de la banque néerlandaise ABN AMRO dédiée à l'émission de cartes de paiement internationales. Contrainte de re-valider l'identité de ses 3 millions de clients, elle en est réduite à mandater une entreprise tierce pour organiser des rendez-vous de contrôle individuels, en face à face (à domicile), car elle ne dispose pas des moyens de réaliser cette opération en ligne.

Moins extrême mais tout aussi révélatrice, la récente demande, toujours pour des raisons de conformité réglementaire, d'une litanie de justificatifs par l'établissement teneur du compte (depuis sa naissance) d'une entreprise que je gère offre une autre illustration du phénomène. En l'occurrence, la possibilité de transmettre les documents nécessaires par messagerie électronique est un peu plus confortable… mais, a minima, leur nature physique laisse rêveur quant à la réalité du monde « digital » qu'on nous vante tant.

Cependant, avant de revenir sur ce point, arrêtons-nous d'abord sur le mépris pour leurs clients qu'affichent les institutions financières, probablement sans même s'en rendre compte, lorsqu'elles exigent de leur part des informations qu'elles pourraient obtenir par elles-mêmes. L'extrait K-bis (la carte d'identité des sociétés françaises) et la déclaration des bénéficiaires effectifs, entre autres, sont disponibles publiquement (sans risque de fraude) et ne méritent certainement pas de faire perdre du temps au dirigeant.

Avec à peine plus d'audace, à l'ère des promesses miraculeuses de la science des données (dont la capacité de reconnaître un individu par 4 transactions de paiement), ne serait-il donc pas possible pour un émetteur de cartes de confirmer l'identité d'une personne grâce aux informations existantes, en interne et à l'extérieur ? À tout le moins, une telle méthode ne suffirait-elle pas à éviter de déranger l'immense majorité des clients qui n'ont rien à se reprocher et ne sont pas concernés par l'objet réel de la loi ?

Procédure de confirmation d'identité ICS

Naturellement, l'état miséreux de la dématérialisation des procédures est un autre aspect choquant de ces différentes démarches. Non seulement leur efficacité est-elle alors catastrophique, pour toutes les parties concernées (celle qui doit imprimer un formulaire et lui apposer sa signature manuscrite comme celle qui le réceptionne et le vérifie – tâches difficiles à automatiser), mais, en outre, les éléments transmis peuvent être aisément falsifiés, ce qui va directement à l'encontre de l'ambition initiale.

Le pire en la matière est évidemment la gestion des documents d'identité : qu'ils soient transmis sous forme de photographie ou contrôlés de visu par un être humain, quelle confiance peut-on réellement leur accorder aujourd'hui ? N'est-ce pas, fondamentalement, au législateur qui impose aux acteurs économiques de vérifier à qui ils ont affaire d'en fournir les moyens techniques, adaptés à notre époque, plutôt que de laisser tout un chacun se débrouiller avec des supports archaïques et totalement dépassés ?

Entre la tendance des banques à considérer la réglementation plus sous l'angle d'un corpus de règles à appliquer que par l'objectif sous-jacent qu'elle porte et l'incapacité des législateurs à appréhender le monde « digital » et les transformations qu'il entraîne, les conséquences sont dramatiques puisque, d'une part, le client final est, une fois de plus, laissé pour compte, l'expérience utilisateur étant la dernière préoccupation des départements de conformité, et, d'autre part, la lutte contre la criminalité est affaiblie.

dimanche 20 octobre 2019

Les banques peuvent-elles être sauvées ?

Marcus by Goldman Sachs
Les institutions financières historiques n'ont d'autre choix pour survivre dans le monde « digital » que de se transformer en profondeur. Or, qu'elles cherchent à faire évoluer leurs modèles existants ou qu'elles tentent de (re)partir à zéro, comme le fait Goldman Sachs avec Marcus, les obstacles paraissent de plus en plus insurmontables…

L'annonce de la fermeture de Finn par Chase montrait déjà que l'audace que requiert la création d'un nouvel établissement, voué à cannibaliser celui qui fonctionne et est rentable depuis toujours, manque cruellement aux dirigeants. Malheureusement, l'analyse du cas de Goldman Sachs – totalement insensible à ce syndrome puisqu'elle n'opérait pas, jusqu'alors, d'activités de banque de détail – révèle d'autres handicaps, inhérents à la culture des grand groupes, tout aussi néfastes pour ce genre de démarches.

L'alerte est donnée par la confirmation, lors de l'annonce des résultats trimestriels de l'américaine, du gouffre financier que représentent ses aventures dans l'univers grand public. Que les responsables du projet appellent ses investisseurs à la patience n'est (évidemment) pas une surprise : le lancement d'une nouvelle marque dans le secteur, même par un acteur reconnu, est une course de longue haleine, au cours de laquelle doit se bâtir la confiance nécessaire à la conquête d'une solide base de clientèle.

Cependant, le montant de la facture – environ 1,3 milliards de dollars de pertes enregistrées après 3 ans d'exercice – donne à réfléchir. En effet, outre les doutes que de tels coûts induisent automatiquement sur la viabilité (autonome) de Marcus (d'autant que nul ne se risque à estimer quand l'équilibre serait atteint), ils soulèvent, surtout, de sérieuses questions sur la capacité réelle de la banque à mener à bien la construction d'une entreprise adaptée au contexte et aux exigences du XXIème siècle.

Marcus by Goldman Sachs - You can Money

En l'occurrence, le concept de plate-forme que tente de concrétiser Goldman Sachs porte une vision d'avenir extrêmement pertinente et les premières étapes de sa réalisation confirment une intention inébranlable de la poursuivre jusqu'au bout. Une composante essentielle semble pourtant plus ou moins perdue de vue dans l'approche : le besoin d'efficacité opérationnelle et, plus spécifiquement, de l'optimisation technologique qui constitue un des principaux terrains de la concurrence de demain.

La répartition des investissements consentis sur Marcus n'est pas précisée, mais on peut soupçonner qu'une partie significative est consacrée à l'informatique, probablement dans des proportions déraisonnables. Il s'agit là d'un défaut courant dans les institutions historiques : accoutumées aux projets pharaoniques dotés de budgets quasiment infinis, elles ont du mal à maîtriser leurs dépenses (comme le font les startups qu'elles tentent d'imiter) et, au bout du compte, à créer un modèle économique compétitif.

Encore une fois, le problème ne réside pas tant dans les sommes englouties en valeur absolue (qui, incidemment, peuvent également paraître excessives chez certaines jeunes pousses) que la manière dont les équipes en charge du projet travaillent ou non sous la contrainte de ressources limitées (et, parfois, incertaines). Car celle-ci, en induisant une obligation d'agilité et d'efficacité permanente, est critique pour le succès de l'innovation et, donc, ici, pour la création d'une banque « digitale » viable.

samedi 19 octobre 2019

Arkéa assure les paiements par virement

Crédit Mutuel Arkéa
Entre l'introduction des services d'initiation de paiement par API, imposés par la réglementation européenne (DSP2) entrée en vigueur le mois dernier, et le lancement dans tout le continent de plates-formes de transferts instantanés, les banques cherchent maintenant à explorer de nouvelles opportunités autour des virements interbancaires. Arkéa est ainsi la première [PDF] à leur greffer des assurances.

L'offre est proposée gratuitement aux clients de toutes les entités du Groupe (Crédit Mutuel de Bretagne, Crédit Mutuel du Sud-Ouest, Arkéa Banque Privée, Fortunéo, mais également Max) détenant une carte de paiement. Son concept est simple : elle leur permet de bénéficier automatiquement des mêmes garanties et protections, avec des conditions identiques, lorsqu'ils règlent une dépense (auprès d'une entreprise ou d'un professionnel) par virement, classique ou instantané, que s'ils utilisaient leur carte.

Elle comprend donc, d'une part, une solution d'assistance, fournie par Europ Assistance, prenant en charge les incidents affectant les voyages, et, d'autre part, une garantie contre les accidents et les dommages aux biens matériels, mise en œuvre par Suravenir, la filiale d'assurances d'Arkéa. De la sorte, le consommateur qui, par exemple, paye par virement à son agence un tour organisé pourra être indemnisé en cas d'annulation de ses vacances, à hauteur du montant prévu par son contrat existant.

Annonce Arkéa

En l'état actuel du marché hexagonal, les transferts directs de compte à compte étant relativement peu usités dans le commerce de détail (par rapport aux autres instruments disponibles), l'impact immédiat de l'initiative restera probablement assez limité. En revanche, il représente une avancée essentielle pour la stratégie – encore timide mais résolue – des institutions financières de développer un substitut à la carte bancaire, notamment pour les transactions à distance, sur le web et via mobile, en capitalisant sur les progrès récents qui rendent l'hypothèse de plus en plus réaliste.

Le chemin sera en effet encore très long avant de parvenir à imposer un changement des habitudes de paiement établie par des décennies de pratique. Non seulement sera-t-il d'abord nécessaire d'inventer et concrétiser une expérience utilisateur au moins aussi performante que celle d'aujourd'hui, mais encore faudra-t-il l'accompagner de tous les avantages auxquels nous nous sommes accoutumés au fil du temps. Or les assurances qui accompagnent les cartes, bien que rarement activées, sont très présentes dans l'esprit du public (en particulier en raison de leur mise en avant par le marketing)…

jeudi 17 octobre 2019

Zopa éclaire les dessous du score de crédit

Zopa
C'est un des secrets les mieux gardés dans les institutions financières : à quels critères recourent-elles donc pour décider d'accorder un crédit à un demandeur et déterminer les conditions applicables ? Dans un effort de transparence inédit, le pionnier britannique du prêt participatif Zopa lève désormais le voile sur ses propres pratiques.

Directement intégré dans l'application mobile de la jeune pousse, « Borrowing Power » offre d'abord une vue instantanée sur l'évaluation globale de la capacité d'emprunt de l'utilisateur, sur une échelle de 0 à 10. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas juste de son score de crédit, car cette note est précisément celle qui sert à établir le montant maximal, la durée et le taux d'un prêt auquel il peut effectivement prétendre sur la plate-forme… et qu'il peut obtenir immédiatement en quelques actions supplémentaires.

Naturellement, Zopa ne s'en tient pas à partager cette information, certes essentielle mais encore très opaque. Elle l'enrichit donc de sa décomposition détaillée (propriétaire), selon tous les axes pris en compte pour la calculer : le score de crédit « officiel » (transmis par un partenaire spécialisé), qui reste le point de départ incontournable, les crédits ouverts (par exemple sur des cartes de crédit), leur part déjà utilisée, les consultations auprès des agences de notation et la proportion moyenne de revenus disponible.

Pour chacune de ces rubriques, une estimation du positionnement individuel de l'utilisateur lui est fournie, afin de l'éclairer sur les facteurs qui affectent son éligibilité finale et, en particulier, sur celui ou ceux qui représentent un handicap pour ses projets, le cas échéant. De plus, des explications complémentaires sont proposées dans le but de décrire ce qui, concrètement, du point de vue du prêteur, justifie, et dans quelle mesure, l'utilisation de chaque catégorie de données pour juger du risque de défaut.

Zopa – Borrowing Power

Un dernier module, plus proactif, vient enfin parfaire le dispositif. Des recommandations opérationnelles, personnalisées en fonction des faiblesses spécifiques observées sur son score, sont en effet prodiguées dans le but d'accompagner le futur emprunteur dans l'amélioration de sa situation. Qu'il s'agisse d'adopter de bonnes habitudes pour ne pas mettre en danger son potentiel ou d'agir rapidement pour relever un score défaillant, l'objectif est de faciliter l'accès au crédit, aux meilleures conditions possibles.

L'initiative de Zopa constitue une réponse cinglante à l'une des plus importantes frustrations de la relation du consommateur avec une institution financière : l'incompréhension face à un refus de crédit (ou à l'acceptation à un coût largement supérieur à celui affiché par la publicité). La généralisation de cette transparence est d'autant plus inéluctable que les inquiétudes sur les méthodes employées (notamment avec l'émergence de l'intelligence artificielle dans les algorithmes) vont se multiplier.

En rendant son outil « Borrowing Power » accessible à tous, utilisateurs ou non de sa plate-forme de financement participatif, la startup met en outre une pression considérable sur les acteurs traditionnels, sinon pour qu'ils s'alignent sur sa démarche (du moins pas tout de suite), mais a minima pour être en mesure d'apporter des explications crédibles (et comparables) aux décisions qu'ils annoncent à leurs clients…

mercredi 16 octobre 2019

AXA Banque met de l'intelligence dans son app

AXA
Encore balbutiant dans le monde entier, aussi bien du côté des nouveaux entrants que des établissements historiques, le concept d'assistant virtuel débarque aujourd'hui dans l'application mobile d'AXA Banque, où il se tient prêt à interpeller et aider son utilisateur dès que son intelligence artificielle estime que les circonstances l'exigent.

Relativement discret et donc volontairement peu intrusif, c'est un bouton, assorti d'un chiffre indiquant le nombre de messages en attente, qui permet d'accéder depuis la page d'accueil aux alertes et autres informations susceptibles de requérir l'attention du client. D'emblée, la variété des conditions évaluées saute aux yeux : il n'est pas uniquement question ici d'être prévenu d'un risque de découvert ou de l'évolution des dépenses de mois en mois, il s'agit d'un véritable centre de contrôle des finances personnelles.

La plate-forme est ainsi capable d'identifier et signaler des anomalies possibles dans l'historique des opérations, telles que des paiements en double, des dépenses récurrentes dont le montant varie de manière surprenante ou des rentrées d'argent habituelles qui semblent être en retard… Plus original, une liste des commerçants auprès desquels est enregistré un achat pour la première fois facilitera, notamment, la détection de fraudes, tandis que, dans une autre approche prédictive, une évaluation de la capacité d'épargne procure une occasion d'inciter à mettre de côté les disponibilités à venir.

Dans tous les cas où une action de l'utilisateur est souhaitable, l'application fournit en outre un raccourci pour l'exécuter sans attendre. Par exemple, la suspicion d'une opération indue propose d'appeler un conseiller (dommage qu'il n'existe pas, à ce stade, de possibilité de déclaration en ligne), le passage imminent du compte dans le rouge ou bien, à l'inverse, l'anticipation d'un solde positif à la fin du mois s'accompagne d'une invitation à réaliser directement un virement depuis ou vers un livret d'épargne…

Assistant Virtuel AXA Banque

Par ailleurs, AXA Banque désire également personnaliser l'expérience de chacun de ses clients avec son assistant virtuel. Parce que tout le monde n'a pas envie ou besoin de recevoir des alertes pour toutes les situations prévues, chaque message transmis peut être évalué, d'un geste, sur son utilité perçue (à travers une échelle classique de 1 à 5 étoiles), ce qui servira par la suite, nous promet-on, à ajuster dynamiquement les catégories d'information à privilégier ou à mettre en retrait pour chaque individu.

L'initiative, inédite, je crois, en France, est bienvenue, surtout de la part d'un établissement qui paraissait avoir mis l'innovation en veille depuis quelques années. Et si elle prend un sens particulier au sein de son modèle essentiellement en ligne, elle matérialise, plus généralement, l'indispensable introduction d'un vraie dimension de conseil – de proximité bien qu'automatisé – dans la gestion de finances personnelles qui occupe désormais une place centrale dans les stratégies de la plupart des banques.

mardi 15 octobre 2019

La faillite des fausses néo-banques

Compte C-Zam
S'il faut en croire cet article de BFM Business, le compte C-zam de Carrefour Banque, lancé en fanfare en avril 2017, devrait être la première « pseudo-néo-banque » à prendre la direction du cimetière. Mais elle ne sera certainement pas la dernière, y compris parmi celles qui semblent aujourd'hui parvenir à tirer leur épingle du jeu.

Au milieu d'une vague qui s'étale de Hello Bank! par BNP Paribas jusqu'à Ma French Bank par La Banque Postale, en passant par Orange Bank ou Eko (pour ne citer que celles-là), le géant de la distribution imaginait pouvoir capitaliser sur la fréquentation de ses points de vente pour conquérir 2 millions de clients en 5 ans. Présenté sous forme d'un « pack », vendu 5 euros dans ses rayons, C-zam offre un compte courant assorti d'une carte de débit et de quelques avantages spécifiques pour 1 euro par mois.

Ses concepteurs ont cependant rapidement déchanté : les quelques 120 000 comptes activés à ce jour (aux dernières nouvelles) sont très loin des ambitions initiales et tout espoir de remonter la pente paraît maintenant abandonné. Il reste donc à s'interroger sur les raisons de cet échec, afin d'en tirer, si possible, des enseignements sur les attentes profondes des consommateurs, sur le marché bancaire hexagonal (voire au-delà) et, surtout, sur ce qui attend probablement les innombrables acteurs désormais présents.

Tout d'abord, l'explication principale donnée par BFM Business est, de mon point de vue, choquante, mais finalement révélatrice d'un état d'esprit généralisé dans les grands groupes, qu'il s'agisse de Carrefour, d'Orange ou de BNP Paribas. Ainsi, si le manque de personnel pour accompagner le produit (dans les centres d'appel ou via la formation des caissiers) mis en cause par les journalistes est réel, c'est, plus structurellement, une faillite de l'entreprise à créer un véritable modèle « digital » qu'il faut incriminer.

Accueil C-zam

En effet, les établissements qui cherchent à émuler les néo-banques avec des approches 100% mobiles n'ont aucune chance de s'imposer s'ils ne sont pas capables de répliquer leur efficacité opérationnelle, qui passe par la prédominance de la technologie sur les effectifs humains (à l'exception des ingénieurs informatiques, bien sûr). Or des pénuries apparentes de personnel (qui affecteraient aussi Ma French Bank, actuellement), notamment dans le support aux clients, tendent à signaler que l'expérience utilisateur n'est pas au niveau des meilleurs, ce qui menace directement la viabilité du projet.

Plus fondamentalement, il faut également s'interroger sur la valeur ajoutée et la différenciation concurrentielle de cette multitude de concurrents nouveaux qui naissent sur le marché. Si les consommateurs peuvent trouver leur compte avec des solutions offrant des parcours ultra-fluides, portant la promesse à long terme d'une relation différente, personnalisée…, quel sens ont leurs sous-imitations, toutes identiques, se contentant d'un compte et d'une carte basiques et de quelques gadgets génériques ?

La plupart de celles-ci n'ont rien d'autre à proposer qu'un prix réduit (même pas la gratuité !), aussi n'ont-elles que peu de chances de s'imposer, au vu des frictions que représente un changement de domiciliation, sauf en appoint ou en phagocytant une offre traditionnelle (généralement celle du même fournisseur). Il faut croire, pour conclure, que les acteurs historiques peinent toujours à comprendre ce qui distingue, en pratique, une banque « digitale » (Revolut, N26…), d'une banque transposée sur mobile.

lundi 14 octobre 2019

Quel avenir pour l'assurance télématique ?

Groupama
Quand la filiale italienne de Groupama a mis en place, il y a 4 ans, son programme télématique d'assurance automobile, son objectif était d'abord de mieux maîtriser la fraude et les vols de véhicule. Au fil du temps, les usages ont énormément progressé et des services additionnels sont régulièrement expérimentés, au profit de tous.

Dans un pays où la criminalité (organisée, notamment) reste extrêmement présente, la possibilité d'équiper les voitures d'un dispositif de géolocalisation a permis à l'assureur d'offrir aux conducteurs qui acceptaient de l'installer des économies de 15 à 25% sur leurs primes. Mais, rapidement, une deuxième opportunité a pris corps et les multiples capteurs embarqués ont commencé à être utilisés pour détecter les accidents en temps réel et dépêcher les secours automatiquement si les circonstances semblent l'exiger.

Par la suite, d'autres applications ont émergé au sein de l'entité dédiée à l'activité télématique chez Groupama, G-Evolution, internalisée depuis 2017, en collaboration avec IBM. L'assistance à la réduction des comportements dangereux au volant et la surveillance des déplacements des enfants par leurs parents angoissés en sont deux illustrations classiques. Désormais, la masse de données collectées grâce aux appareils déployés laisse entrevoir une exploitation à la fois plus ambitieuse et plus subtile.

Une première idée consisterait ainsi à identifier les défauts d'infrastructures, tels que les nids de poule sur les routes, et à partager ce type d'information avec les autorités locales. Au-delà du simple geste citoyen que représenterait l'initiative, l'assureur y trouverait évidemment son intérêt, car un meilleur entretien est un facteur important de diminution des risques d'accidents et des dommages aux véhicules, tandis que les automobilistes sont susceptibles d'y gagner en confort et, peut-être, en rapidité sur leurs trajets.

G-Evolution

Une autre option explorée est la recherche d'itinéraire personnalisée. Dans le prolongement de l'outil de calcul de parcours sécurisé testé par Groupama en France il y a quelque temps (et maintenant suspendu), il s'agirait d'ajuster les recommandations formulées en fonction des conditions (de circulation, météorologiques…) et des habitudes de l'utilisateur. Pour prendre un exemple, le conducteur abordant souvent les virages à grande vitesse sur une portion de voie où les accidents sont nombreux sous la pluie se verrait recommander un itinéraire différent en cas de précipitations annoncées…

Les données générées aujourd'hui par tous les appareils qui nous entourent créent un potentiel quasiment infini de solutions capables d'améliorer non seulement notre vie quotidienne mais également celle de la collectivité. Si un individu n'est pas réceptif aux stimuli destinés à changer un comportement dangereux, alors une autre approche est envisageable… En revanche, on peut regretter que Groupama, sous prétexte de respect absolu de la vie privée et de protection des informations personnelles, paraisse écarter a priori toute hypothèse de coopération avec des acteurs complémentaires (sauf IBM !).

dimanche 13 octobre 2019

L'UNICEF se met aux cryptomonnaies

UNICEF
Déjà impliqué dans plusieurs programmes de recherche visant à explorer les opportunités de la blockchain dans le cadre de sa mission en faveur de l'enfance, l'UNICEF devient maintenant la première organisation des Nations Unies à adopter les crypto-monnaies, grâce auxquelles elles espère développer la portée de ses actions.

Dès maintenant, les comités nationaux du fonds en France, Australie, Nouvelle-Zélande et aux États-Unis proposent à leurs donateurs d'effectuer un versement en Bitcoin, Ether, Litecoin… et une poignée d'autres crypto-devises parmi les plus populaires du moment. Outre le paiement ponctuel, il est également possible de mettre en place, très simplement, un financement récurrent, en désignant l'agence comme bénéficiaire direct d'opérations de minage (à travers les adresses de ses porte-monnaie).

Contrairement à la majorité des implémentations existantes d'acceptation de crypto-monnaies pour les échanges financiers, notamment dans l'e-commerce, l'UNICEF ne se contente pas d'une intégration « superficielle », dans laquelle les montants reçus seraient immédiatement convertis en devise fiduciaire. En effet, son objectif est bien de les conserver et les utiliser sous leur forme d'origine. C'est la raison pour laquelle cette partie de son action est réservée, pour l'instant, à 3 partenaires spécifiques.

UNICEF – Faire un don en cryptomonnaie

Les sommes collectées seront donc apportées aux initiatives – à base de blockchain, naturellement – de Prescrypto, un outil sécurisé de gestion des prescriptions médicales d'origine mexicaine, Atix Labs (argentine) et Utopixar (tunisienne), fournissant toutes deux des solutions technologiques destinées à faciliter le financement de projets à vocation sociale. Par ailleurs, le premier contributeur au nouveau fonds en crypto-monnaie est la fondation Ethereum, qui pilote le développement de la plate-forme éponyme.

En s'immergeant profondément dans l'écosystème, la démarche de l'UNICEF représente incontestablement une avancée intéressante et prometteuse pour l'univers des crypto-monnaies. Il faut admettre que, en particulier, les promesses d'inclusion financière fréquemment associées au concept ont tout pour séduire une organisation œuvrant dans de nombreuses régions où règnent de fortes inégalités et une instabilité endémique. Voilà qui permettra peut-être de concrétiser les espoirs idéalistes qui ont historiquement donné naissance au Bitcoin et qui ont plus ou moins disparu aujourd'hui…