C'est pas mon idée !

vendredi 3 juillet 2015

AXA crée l'assurance habitation connectée

AXA
Les assureurs du monde entier sont largement engagés dans la révolution de l'internet des objets et les initiatives ponctuelles – par exemple dans l'automobile – se développent rapidement. Dans le cas d'AXA, la phase suivante est déjà engagée et elle sera ouverte, intégrée, multi-dimensionnelle et ultra-simple à mettre en œuvre.

Alors que le projet est encore en cours et ne sera pas près avant l'automne, quelques représentants de la compagnie donnait hier (2 juillet) un premier aperçu de la concrétisation de cette vision, dans le contexte de l'assurance habitation. Ce domaine a été retenu pour des raisons bien particulières : d'un côté, l'automobile a ses premières solutions, de l'autre, la santé suscite des inquiétudes pour la vie privée dans le grand public, tandis que la protection du domicile semble bien perçue comme un terrain d'entente possible autour de l'utilisation des données produites.

La proposition de valeur d'AXA traduit une évolution de son métier à l'ère numérique : il n'est plus question aujourd'hui d'être uniquement l'assureur qu'on appelle à l'aide à l'occasion d'un sinistre. Il lui faut également assumer un rôle de prévention, être capable de procurer une assistance efficace dans les circonstances qui le requièrent et déployer les moyens permettant de limiter les impacts d'un sinistre lorsque, par malheur, il survient. La nouveau service dévoilé ce jeudi rassemble justement tous ces aspects dans un même univers, au sein de l'application mobile Mon AXA.

Pour couronner le tout, les objets connectés sont donc placés au centre du dispositif, afin de capter les informations nécessaires à la réalisation de sa promesse. Il faut noter à ce stade que la compagnie n'entend pas imposer ses choix, voire ses propres matériels : il s'agit d'intégrer dans l'univers de l'assurance les équipements dont dispose le client, et qu'il a sélectionnés en toute indépendance (même si, via des partenariats, AXA a des préconisations à offrir). Naturellement, tous les gadgets de la terre ne pourront (hélas) être acceptés, seules des marques majeures seront représentées.

En pratique, comment tout cela fonctionne-t-il ? Dans la tour de contrôle que constitue Mon AXA, une fois inscrit tous les objets de son logement, l'utilisateur va pouvoir, d'un seul geste du doigt, contrôler son installation en incluant automatiquement tous les composants concernés parmi ceux qui sont déployés dans l'habitation, y compris, parfois, en détournant les usages de certains d'entre eux.

Tout est tellement plus simple avec Mon Axa

Une démonstration portant sur un service de gestion d'absences illustre ce principe : l'activation d'un bouton permet de mettre en route une caméra de surveillance et différents capteurs d'intrusion ou de simulation de présence – notamment, le cas échéant, par l'accès à des ampoules « intelligentes » alors que ce n'est pas là leur vocation initiale. Il est aussi prévu, en option, de déclencher une notification lors de l'éloignement du domicile. Au-delà de 200 km, un rappel est émis et il est alors possible de souscrire immédiatement, dans l'app, un contrat d'assistance, pour 2 jours, 1 semaine, 1 mois…

En cas d'alarme, les différents paramètres disponibles peuvent être contrôlés au même endroit : par exemple, un clic affiche la capture vidéo qui l'a déclenchée. Si l'assuré est inaccessible, il lui est proposé de renseigner les coordonnées de proches (voisins, famille…), qui recevront alors exactement les mêmes informations. Si le sinistre est avéré, une action supplémentaire permet de contacter le service d'assistance, sous réserve qu'il ait été souscrit. Et là, une autre dimension de la solution entre en action.

En effet, outre les options classiques de vérification à distance et de déplacement d'une personne, si nécessaire, AXA prolonge son action après le constat du sinistre, en initiant les réparations d'urgence nécessaires, en établissant un périmètre de protection contre le pillage et autres mesures du même acabit. Voilà ce que la compagnie entend par « limitation des impacts ». Et, si j'évoquais jusque ici la gestion des absences, les mêmes mécanismes sont déclinés pour la protection contre les incendies et, peut-être bientôt, les dégâts des eaux, soit les principaux sinistres observés sur le terrain.

Le lancement de ces services n'est (malheureusement) pas pour tout de suite : une première phase de tests sera lancé en octobre prochain auprès de 2 000 clients, qui seront recrutés par une centaine d'agents généraux préalablement formés. Les résultats de cette expérimentation seront ensuite analysés et pourront donner lieu à des évolutions avant d'envisager la généralisation. Pour AXA, l'objectif est avant tout de profiter de son avance pour apprendre, autant sur le volet de la technologie que des usages réels.

Il faudra donc encore un peu de patience avant de goûter les bénéfices de l'assurance connectée, son approche de bout en bout (de la prévention à la gestion des sinistres, en passant par l'assistance), son asservissement unifié des objets de la maison à sa protection, sa promesse d'accès à tous les services du bout des doigts… L'ambition d'AXA est, tout simplement, de démocratiser l'internet des objets et de l'intégrer de manière totalement transparente dans une vision à 360° de l'assurance de demain.

jeudi 2 juillet 2015

Les anglais aussi, parfois, marchent sur la tête

bPay by Barclaycard
Il y a à peine un mois, Apple annonçait, lors de sa conférence annuelle pour les développeurs, le lancement au Royaume-Uni de sa solution de paiement sans contact sur mobile – Apple Pay. Or, depuis cette date, il commence à se produire des événements assez étranges et peu rationnels chez certains acteurs britanniques du secteur.

Déjà, sitôt la fête terminée, la communication officielle de la firme à la pomme sur son produit laissait entrevoir une première difficulté, due à l'une de ces incongruités qui parsèment depuis des années la longue route du paiement sans contact universel. En effet, en raison de l'équipement trop ancien d'une bonne partie des commerçants, les utilisateurs d'Apple Pay risquent de se voir refuser les transactions de plus de 20 livres, pour lesquelles ils devront donc ressortir leur bonne vieille carte en plastique.

En dehors de cet incident anecdotique (dont l'impact n'est tout de même pas négligeable), le plus surprenant est la réaction de Barclays, qui, ayant choisi de ne pas s'embarquer dans l'aventure Apple Pay, cherche maintenant d'autres moyens de séduire ses clients, et, peut-être, éviter leur fuite vers des établissements plus accommodants avec le constructeur. Cependant, la mise sur le marché toute récente, par sa filiale Barclaycard, de bracelets, porte-clés et autres stickers sans contact est-elle vraiment la solution ? Qu'il me soit permis d'en douter…

bPay by Barclaycard

Cette offre, baptisée bPay, est un bien piètre substitut aux promesses du paiement avec l'iPhone, que la comparaison porte sur la sécurité des transactions, l'expérience utilisateur globale ou les possibilités (à venir sous peu) d'intégrer les coupons et autres programmes de fidélité, de manière totalement transparente. Pire, ce que Barclaycard propose n'est en réalité qu'un porte-monnaie prépayé, qu'il faut donc recharger régulièrement (même si une option d'alimentation automatique est incluse). Au bout du compte, la carte sans contact reste probablement plus pratique à utiliser que ces gadgets !

Ce bPay n'est, de surcroît, qu'un moyen de paiement supplémentaire venant s'ajouter à la panoplie actuelle de la marque, aux côtés, en particulier, de l'outil 100% mobile Pingit, dont le fonctionnement est radicalement différent (les transferts d'argent reposent dans ce cas sur un mécanisme de virement interbancaire instantané), mais qui a l'avantage d'être extrêmement populaire, au-delà de la seule clientèle de la banque. Une idée réellement innovante (et nettement plus ambitieuse) aurait consisté à décliner ce succès dans un modèle de transactions de proximité sans contact…

Au lieu de quoi, Barclays se perd dans une initiative qui n'apporte rien de très nouveau et qui n'a pratiquement aucune chance de conquérir une proportion significative de consommateurs (clients ou non), notamment parmi ceux qui seront potentiellement attirés par les sirènes d'Apple. Il semble décidément difficile pour les institutions financières d'appréhender avec cohérence ce qui distingue les innovations qui rencontrent leur public des idées sans avenir…

mercredi 1 juillet 2015

Une Caisse d'Épargne réorganise son réseau

Caisse d'Épargne
Après des années de déni, la réalité serait-elle en train de prendre le dessus ? Parmi d'autres, l'annonce d'une profonde réorganisation du réseau d'agences de la Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes semble l'indiquer, en dépit (ou dans la lignée ?) du projet « Réseau Humain et Digital » qu'elle présentait au printemps dernier.

Naturellement, il n'est pas (pour l'instant) question de fermer des points de vente. La transformation à venir n'en est pas moins de grande ampleur : un quart des agences actuelles, parmi les moins fréquentées, vont ainsi être partiellement transformées en simple vitrine. Elles seront désormais ouvertes aux opérations courantes pendant 2 jours et demi par semaine, tandis que, le reste du temps, elles ne seront utilisés, le cas échéant, que pour des rendez-vous planifiés par avance.

Aucun collaborateur ne sera plus directement rattaché à ces installations, qui comptaient jusque alors 1 ou 2 conseillers. Ces derniers seront « rapatriés » sur une agence proche, de plus grande taille. Ils continueront vraisemblablement à assurer les permanences et (au moins en partie ?) les rendez-vous pris, dans leurs anciens bureaux. De toute évidence, la banque profitera de la rationalisation de son réseau pour réaliser des économies, qui se traduiront certainement, à terme, par des réductions d'effectifs.

Un tel programme ne peut surprendre, alors que la croissance des usages numériques et les progrès des services à distance conduisent inexorablement à une forte désaffection des agences. Dans ce contexte, les réseaux très denses des grandes banques françaises ne sont plus économiquement viables : comment justifier d'entretenir une présence humaine à plein temps pour permettre à une poignée de clients de réaliser quelques virements par mois et proposer un entretien approfondi de temps en temps ?

Projet « Réseau Humain et Digital » de la Caisse d'Épargne

Incidemment, le cas de la Caisse d'Épargne Aquitaine Poitou-Charentes est emblématique, car sa situation ne semble pas – a priori – critique. Son réseau, qui comprend moins de 400 des 4200 points de vente de l'enseigne en France, est certes important mais pas dans des proportions catastrophiques. Dans un autre registre, son rapport annuel 2014 indique que moins de 15% de ses 2 millions de clients sont utilisateurs réguliers de la banque en ligne (6% pour les services sur mobile) : la relation de proximité doit donc encore être primordiale pour la majorité d'entre eux…

Or, ce sont peut-être justement ces chiffres modestes qui justifient une réaction apparemment démesurée : si la transition d'une minorité de personnes vers les canaux numériques a déjà un effet sensible, il vaut la peine de s'inquiéter sérieusement des impacts à venir, quand les proportions s'inverseront. Et, vue la dimension des transformations nécessaires, il est préférable de les préparer au plus tôt (même si on peut arguer qu'elles auraient pu être anticipées depuis quelques années).

Quand l'établissement présente son projet « Réseau Humain et Digital », l'accompagnant d'une réflexion sur l'aménagement de ses agences, il serait facile de croire que sa volonté est de maintenir l'équilibre existant entre relation de proximité et services à distance. En réalité, il n'en est rien, et c'est heureux : il s'agit avant tout d'admettre que les efforts portés sur le numérique sont devenus extraordinairement insuffisants par rapport à la prépondérance historique des réseaux physiques, dont il faut accepter l'inéluctable déclin.

Titre modifié le 03/07/2015 : pas question de « réduire la voilure » dans cette opération, il s'agit, selon son responsable, d'une réorganisation à périmètre constant.

Information repérée grâce à A. Jaeger (merci !)

mardi 30 juin 2015

Quels objets connectés pour la banque ?

US Bank
L'internet des objets est largement considéré comme une des prochaines grandes révolutions technologiques, appelée à transformer la manière dont nous interagissons avec le monde qui nous entoure. Or, si les applications dans le domaine de l'assurance commencent à se répandre, la banque est toujours à la recherche de cas d'usage…

Comme plusieurs de ses consœurs à travers le monde, l'américaine U.S. Bank explore actuellement les possibilités offertes par les objets connectés qui envahissent le marché, afin d'identifier ceux qui pourraient représenter des opportunités intéressantes pour ses clients et son activité. Première étape de sa démarche, son laboratoire d'innovation a publié une courte vidéo [YouTube] (cf. ci-dessous) présentant quelques concepts et appelant les fournisseurs de solutions à lui proposer de nouvelles idées.

Car, en effet, les exemples proposés pour l'instant ne font pas beaucoup rêver. Il est d'abord question de la balance communicante du français Withings, plutôt envisagée dans un contexte d'assurance santé, permettant à son propriétaire de surveiller son poids et l'aidant à atteindre les objectifs qu'il se fixe. Vient ensuite Automatic, qui établit le lien entre l'automobile et internet, et pourrait être directement connecté au compte bancaire en vue de commander automatiquement les pièces – voire une intervention – lorsque le système détecte le besoin d'une réparation ou d'une maintenance.

Expérimentation US Bank

Enfin, le dernier gadget présenté est le cube lumineux d'ORBneXt, qui informe le consommateur d'un événement quelconque (préalablement programmé) en changeant de couleur. Pour la banque, il pourrait ainsi alerter d'un découvert imminent en devenant rouge ou prévenir de la réception d'un virement important en passant au vert. Rien de terriblement révolutionnaire, donc, et qui, de plus, n'aurait véritablement d'intérêt que si les comptes étaient tenus en temps réel, de manière à offrir les moyens de réagir…

En France, les Banques Populaires font partie des établissements qui sont en quête d'applications utiles. Après un premier démonstrateur sur le lapin Karotz (depuis porté disparu), l'équipe d'innovation de sa structure informatique i-BP exposait une tirelire connectée (purement expérimentale) lors des Web2Day de Nantes, au début du mois. Incidemment, une idée similaire avait déjà été testée auprès du grand public par Société Générale, en 2012, sans grand succès, apparemment.

Dans tous ces cas, la seule constante est que le sujet n'en est aujourd'hui qu'au stade exploratoire : aucune mise en œuvre n'est encore suffisamment convaincante pour considérer que la banque parvient à s'approprier l'internet des objets. Les recherches et les tâtonnements seront donc encore nécessaires pendant quelques temps et cette période est idéale pour interroger – comme le fait U.S. Bank à la fin de sa vidéo – les fournisseurs d'objets communicants ou, pourquoi pas, les consommateurs, sur les usages susceptibles de prendre du sens dans la gestion de leurs finances personnelles…

lundi 29 juin 2015

ING nomme un responsable de la FinTech

ING
Je crois qu'il s'agit d'une première dans le monde : Benoît Legrand – qui est actuellement directeur général d'ING France – prendra, à compter du 1er octobre prochain, la tête d'une nouvelle activité consacrée à l'écosystème de la FinTech, dans la maison mère de la banque orange, sous l'égide de sa direction de l'innovation.

Le communiqué de presse annonçant la nomination est plutôt laconique. La seule précision supplémentaire qu'il nous donne est que l'objectif pour le nouveau promu sera de développer une stratégie en direction des startups technologique de la finance, dans une logique d'accélération de l'innovation dans la banque. Alors, rêvons un peu à ce que pourrait recouvrir un tel rôle, certainement plus concret que celui des CDO (« Chief Digital Officer ») dont on entend beaucoup (trop ?) parler actuellement…

Si je devais choisir une priorité dans la définition de poste correspondante, je pense que l'établissement de partenariats avec l'écosystème de la FinTech devrait aujourd'hui être la principale mission à remplir. Les consommateurs et les entreprises expriment des attentes nouvelles, auxquelles les établissements traditionnels ne savent pas bien répondre, tandis que les jeunes pousses qui savent apporter les solutions ont des difficultés à nouer les collaborations dont elles ont besoin pour se lancer.

La tâche est donc simple (en apparence, du moins) : il « suffit » d'aller chercher les idées innovantes auprès des entrepreneurs, les accompagner dans la maturation de leurs modèles, expérimenter une mise en œuvre… et, ainsi, avec eux, ouvrir des marchés jusque-là inaccessibles ou décupler l'efficacité des processus existants. La banque y gagne une agilité incomparable, tout en limitant ses risques, quand la startup va profiter de l'occasion pour ajuster sa stratégie et valider sa vision, dans un contexte opérationnel.

Benoît Legrand

Dans un registre légèrement différent, mais qui peut être étroitement associé au précédent, il est aussi possible pour une institution financière de s'inspirer de la FinTech afin de développer une culture d'innovation qui soit ancrée au plus profond de son organisation. Une technique utilisée dans ce but consiste à créer une structure (une sorte d'incubateur ou un lab) dans laquelle les collaborateurs (et pas uniquement ceux de la direction de l'innovation) sont immergés dans un environnement d'entrepreneurs.

Enfin, il restera encore les opportunités d'investissement, qui peuvent également être combinées avec les deux autres approches. Dans ce cas, le défi sera essentiellement d'identifier les futures géantes de la FinTech – à un stade plus ou moins avancé de leur gestation – et de les aider à croître, dans le but soit de réaliser une bonne opération financière soit, plus ambitieusement, de se préparer à en faire les têtes de proue de la banque de demain, quand les anciens modèles se seront effondrés.

Voilà quelques exemples qui donnent crédit à cette idée d'un(e) « Head of FinTech » dans une banque : il y a largement matière à créer un poste dédié et, qui plus est, de ceux qui pourraient transformer le visage de l'entreprise à moyen terme. Il y a deux mois, Benoît Legrand clamait « Changeons la banque ! » en titre de son livre. Il va désormais pouvoir passer à la pratique, à grande échelle ! Bonne route !

dimanche 28 juin 2015

Givesurance, entre courtage et charité

Givesurance
Voilà une idée qui va faire hurler les courtiers d'assurance, au moins autant que les chauffeurs de taxi face à la menace Uber ! Givesurance se propose en effet de les remplacer, purement et simplement, en promettant de reverser une partie des revenus de son activité à des associations caritatives. Comment ne pas aimer ?

Sur son site web, la promesse de la jeune pousse est incroyablement alléchante : le visiteur n'a qu'à fournir quelques informations sur son contrat (compagnie, date d'expiration, numéro de police…) et, si son assureur fait partie des quelques 200 partenaires enregistrés (parmi lesquels figurent de grands noms, tels que Progressive, MetLife, Zurich…), il va pouvoir bénéficier immédiatement d'une ristourne, pouvant atteindre 5% de ses primes mensuelles, à distribuer à l'association de son choix.

Où est l'arnaque, vous demandez-vous ? Il n'y en a pas. Le principe consiste en fait à redéfinir la chaîne de valeur de la distribution des produits d'assurance. Aujourd'hui, les compagnies dépensent jusqu'à 10% de leurs revenus en publicité, tandis que les coûts d'acquisition et de rétention des clients engloutissent environ la moitié des commissions que perçoivent les courtiers. Alors, pour accomplir son petit miracle, Givesurance opère comme ces derniers, mais sans jamais débourser un seul centime en marketing.

Car, de l'autre côté du miroir, la startup a également établi des collaborations avec quelques associations importantes (Habitat for Humanity, Books for Africa, PeaceNow.com…), qui se chargent, elles, de promouvoir (gratuitement) sa solution après de leurs millions de membres. En contrepartie de cette publicité directe, elles espèrent naturellement collecter les donations promises aux assurés.

Accueil Givesurance

Lorsqu'un internaute s'engage avec Givesurance, celle-ci prend la place de son ancien intermédiaire, sans requérir la moindre intervention de sa part et sans qu'aucune modification (notamment tarifaire) ne soit apportée à sa police. Cependant, dès cet instant, l'assuré bénéficie d'une rétrocession des commissions de courtage (à hauteur de 30%, à peu près), dont il peut disposer auprès d'une ou plusieurs associations caritatives, grâce à un tableau de bord en ligne.

En synthèse, l'innovation introduite par Givesurance ne concerne pas tant le secteur de l'assurance lui-même qu'une approche originale de communication et de marketing visant le cœur de ses modèles de distribution historiques, avec tous leurs défauts. L'estimation d'une possible manne (pour les seuls États-Unis) de 100 milliards de dollars à distribuer aux associations laisse imaginer l'ampleur de la disruption qui pourrait secouer le métier du courtage à partir d'une idée presque triviale…

À lire aussi sur Givesurance, cet article de TechCrunch.

samedi 27 juin 2015

L'accélérateur de Barclays met le turbo

Barclays Bank
Un après son lancement effectif, le « Barclays Accelerator » présentait récemment sa deuxième promotion de startups. Il faisait la démonstration, au passage, de la valeur que la banque britannique retire de cette initiative : à des degrés divers, elle est dès à présent engagée dans des projets concrets avec 7 des 10 entreprises accompagnées.

Le programme mis en place par Barclays est résolument classique dans son genre : pendant 13 semaines, les jeunes pousses sélectionnées bénéficient d'un hébergement, d'un mentorat, de mises en contact avec des partenaires et investisseurs potentiels et d'une assistance dans le développement de leur modèle d'affaires, de leur stratégie, de leur produit. Ce 22 juin, un nouveau groupe d'entrepreneurs achevait son parcours par une séance de démonstrations devant une audience de plus de 400 personnes.

Parmi celles-ci, figuraient naturellement un certain nombre de représentants de la banque, puisque l'objectif de l'accélérateur est bien de rechercher des entreprises susceptibles de transformer le secteur financier, en capitalisant sur l'effervescence actuelle de la « FinTech ». Et, dans le cas de Barclays, il ne s'agit pas que d'un discours : consciente des mutations qui se dessinent, elle se veut en pointe de la révolution numérique, afin de devenir la destination préférée des consommateurs. Et, pour ce faire, elle est prête à s'engager tôt dans des directions innovantes mais incertaines.

Barclays Accelerator

Les trois exemples qu'elle donne de collaborations initiées avec les startups tout juste incubées sont représentatives à la fois de la diversité des thèmes embrassés et de l'audace dont fait preuve Barclays dans sa démarche. En commençant pas la moins ambitieuse d'entre elles, elle s'apprête à inclure dans ses programmes de recrutement de jeunes diplômés la plate-forme ludique d'apprentissage et d'évaluation de StockFuse, reposant sur un moteur de trading virtuel.

Déjà plus inédit, elle va aussi explorer les usages potentiels de bitcoin avec Safello, dont le service de change trans-européen a déjà conquis plus de 20 000 clients. Enfin, elle devrait implémenter les solutions de sécurité de PostQuantum, qui semblent mystérieuses mais dont le seul nom évoque l'avenir de la protection des données et des transactions en ligne, quand les méthodes et les systèmes d'aujourd'hui seront devenus obsolètes face à la puissance de calcul disponible grâce à l'informatique quantique…

Depuis quelques années, la création d'incubateurs (ou de structures équivalentes) est devenue une mode dans les institutions financières, avec, dans la plupart des cas, une volonté exprimée de renforcer leurs capacités d'innovation. Il demeure pourtant rare de voir des résultats concrets émerger de ces initiatives. En ce sens, Barclays constitue donc une exception, dont il restera à voir si elle se confirme dans la durée, avec une mise en œuvre effective et fructueuse des solutions découvertes de la sorte… En attendant, une nouvelle session va démarrer en juillet, à New York, cette fois.

vendredi 26 juin 2015

Une néo-banque pour le Royaume-Uni

Atom Bank
Le gouvernement britannique l'a voulu : les créations de banques se multiplient sur l'autre rive de la Manche et chacune apporte son lot d'innovations. Après Metro Bank, au modèle plutôt traditionnel, puis My Community Bank, et en attendant Starling, Atom Bank vient de recevoir [PDF] sa licence et prépare son lancement 100% mobile.

Cet aspect n'est pourtant pas sa caractéristique la plus originale, car, après tout, la génération des néo-banques sur smartphone a commencé à émerger il y a quelques années (aux États-Unis, notamment). Ce qui distingue vraiment Atom de ces pionnières est que, tandis que ces dernières se « contentaient » d'offrir une expérience rajeunie sur un socle fourni par un établissement traditionnel, elle veut devenir une banque à part entière, totalement indépendante. D'où l'importance pour elle d'obtenir cette licence.

Dans un sens, la nouvelle venue apprend des erreurs de ses prédécesseurs, en particulier Simple, qui a rejoint le giron de BBVA (au moins en partie) de manière à se libérer des contraintes induites par son partenaire existant. Le choix est ambitieux et requiert des moyens importants (l'équipe compte déjà une centaine de personnes) mais il permet à la banque d'être seule maîtresse de son destin. Elle a d'ailleurs indiqué qu'elle avait sélectionné la solution de FIS [PDF] pour son cœur de système informatique, sur la base duquel elle développera ses applications mobiles.

Atom Bank

Grâce à son autonomie, Atom Bank entend redéfinir le concept de banque et démontrer que les startups de la FinTech ne font que gratter la surface des défis qui agitent aujourd'hui le secteur financier. Elle vise ainsi à concevoir, pour les particuliers et les entreprises, une expérience transparente et intuitive, intégrant l'innovation technologique dans ce qu'elle a de meilleur à apporter, tout en promouvant un modèle à bas coût, rendu possible par l'efficacité de ses infrastructures.

Les services à venir ne sont pas encore dévoilés mais on sait déjà que l'ouverture de compte sera menée de bout en bout sur le smartphone, que la sécurité prendra en compte les plus récentes évolutions de la biométrie, que les processus seront intégralement dématérialisés (signature électronique incluse ?), que les conseils deviendront prédictifs au fur et à mesure que la banque connaîtra plus intimement ses clients… Plus étonnant, il est aussi question d'une interface interactive en 3D, fondée sur un socle de jeu vidéo (Unity pour ceux qui connaissent).

Avec de telles promesses, on ne peut qu'être impatient de voir le résultat, qui s'annonce en effet bien différent des offres habituelles. Il ne sera peut-être pas du goût de tous, surtout dans un pays où il semblerait que la banque sans agences ne soit pas aussi populaire qu'on pourrait l'imaginer, mais c'est justement une autre spécificité d'Atom : elle ne cherche pas à conquérir le monde, convaincue que les petites structures sont mieux à même de répondre aux attentes de leurs clients que les grands groupes.

jeudi 25 juin 2015

Deutsche Bank : 3 labs = 3 fois plus innovant ?

Deutsche Bank
Dans le sillage de la présentation de sa nouvelle stratégie, dont un des piliers est un investissement massif (jusqu'à 1 milliard d'euros dans les 5 ans à venir) pour sa transformation numérique, Deutsche Bank annonçait récemment sa décision d'ouvrir 3 labs d'innovation, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Tous les chiffres qui entourent l'initiative sont impressionnants. Autre exemple de gigantisme, l'objectif fixé à ces structures sera d'évaluer 500 idées de startup par an ! Pourtant, au-delà du volume et de l'effet d'annonce qu'il engendre, le projet soulève des questions sur sa valeur : la démesure est un peu la marque de fabrique des grandes organisations – surtout en matière de communication – mais elle n'est certainement pas une preuve d'efficacité. Analysons donc les détails de plus près…

La mission officielle des labs est d'améliorer les produits, les services et les processus de la banque, dans tous ses domaines d'activité. Dans une moindre mesure, ils doivent aussi contribuer au renforcement de ses capacités d'innovation, tout en approfondissant ses relations avec les écosystèmes de startups technologiques. Ainsi, tout laisse à penser que la priorité est mise sur des améliorations incrémentales et beaucoup moins sur des ruptures. Des moyens si importants sont-ils vraiment justifiés pour une telle cible ?

Dans un registre différent, chacun des 3 labs de Deutsche Bank sera piloté conjointement avec un partenaire : Microsoft à Berlin, HCL à Londres et IBM dans la Silicon Valley. La logique de ces coopérations est aisée à comprendre, entre apport d'expérience (plus ou moins avérée) dans ce genre d'exercice et probable contribution financière et logistique. Le principe même ne peut être discuté, car l'innovation est toujours plus productive quand elle mixe les perspectives. En revanche, le choix des acteurs suscite des interrogations.

Écartons d'emblée HCL, qui, en tant qu'intégrateur et spécialiste de l'outsourcing, semble particulièrement hors de son élément et attardons-nous sur les deux autres. En surface, Microsoft et IBM axent leur développement sur l'innovation et peuvent donc paraître légitimes dans cette démarche. J'y vois pourtant plusieurs risques, liés principalement à la nature de ces entreprises (et de leur activité) et à leurs stratégies, pas nécessairement alignées ou compatibles avec celles de la banque.

Car il ne faut pas perdre de vue que Microsoft et IBM sont toutes deux dans une période d'incertitude face à la transformation numérique, qui leur impose de réinventer leurs métiers pour demain. Et, comme toutes les grandes entreprises confrontées à ces défis, elles sont écartelées entre un désir d'innovation de rupture sincère et une forte tentation d'essayer d'adapter leurs « vieux » modèles à l'air du temps, moyennant un simple rhabillage marketing (cf. l'exemple des offres « big data » sur mainframe…).

Encore plus dans une collaboration avec un client historique, déjà équipé de leurs solutions, le danger est que l'innovation ne soit que cosmétique, se résumant au déploiement de nouvelles versions de produits, sans apporter de valeur additionnelle significative. En parallèle, la sensibilité purement technologique des partenaires peut faire craindre que les enjeux les plus importants pour la banque – autour de l'expérience client – ne soient rapidement perdus de vue sous une approche focalisée sur l'outillage.

Par ailleurs, si le fait de travailler avec des acteurs d'une taille équivalente à la sienne est naturellement plus « confortable » pour Deutsche Bank, il tend à être contre-productif, ne serait-ce que parce qu'il évite de bousculer les habitudes. Enfin, mais c'est un débat beaucoup plus large, le concept de lab autonome dans l'organisation peut également constituer un handicap dans le besoin de faire évoluer la culture globale (ce qui est aujourd'hui considéré comme le premier axe de progrès dans la transition numérique).

Peut-être Deustche Bank a-t-elle bien appréhendé l'ensemble de ces risques. Il est tout de même extrêmement ambitieux de sa part de lancer simultanément 3 initiatives de grande ampleur sans en avoir préalablement éprouvé son modèle. Mouvement de panique ou simple opération de communication qui restera sans suite ? En tous cas, je ne recommanderais pas une telle stratégie à une banque en mal d'innovation…

Deutsche Bank

mercredi 24 juin 2015

Quand la micro-finance s'allie au crowdfunding

Lending Club
Il y a longtemps, quand naissaient les premières plates-formes de prêts-emprunts P2P (Zopa et Prosper), leur ambition était d'offrir un accès au crédit à ceux qui étaient exclus des circuits traditionnels. Un peu éclipsée depuis, cette vision reprend forme aujourd'hui, différemment, dans un partenariat conclus entre Lending Club et l'Opportunity Fund.

La réalité du marché actuel est que les grands acteurs de la finance participative cherchent avant tout à capter des emprunteurs à faible risque, comme les banques, en leur promettant des conditions plus avantageuses que ces dernières, grâce à leurs structures de coût optimisées. Et, dans bien des cas, ils utilisent les mêmes outils qu'elles pour évaluer la « qualité » des dossiers, ce qui laisse donc toujours à l'écart les personnes hors système, quel que soit leur potentiel. De ce point de vue, Lending Club, le numéro 1 du secteur aux États-Unis, ne se distingue pas de ses confrères.

Cependant, à travers un accord original, le géant du crowdfunding va faire profiter l'association Opportunity Fund de son expertise technique afin qu'elle optimise son modèle (sans but lucratif) de prêt aux PME. En pratique, les demandes écartées par Lending Club seront requalifiées automatiquement selon les critères de l'organisation, de manière à lui être directement transférées, le cas échéant. Là, elles seront revues (manuellement) selon les procédures en vigueur en vue d'un éventuel micro-financement.

opportunity Fund

Avec cette opération, l'Opportunity Fund espère distribuer 10 millions de dollars de prêts à quelques 400 petites entreprises californiennes mal servies par les dispositifs classiques, en se fixant pour objectif de contribuer de la sorte à la création de 1 000 emplois. La collaboration avec Lending Club doit rendre possible une identification plus rapide et plus efficace des bénéficiaires, tandis que la plate-forme P2P en profite, elle, pour s'offrir une image positive (dans une sorte de retour aux sources), tout en évitant de décourager totalement des utilisateurs susceptibles de revenir un jour.

En réalité, la stratégie de la startup multi-milliardaire est de couvrir tous les étages de la fusée du crédit, qui lui permettra de conserver le contact avec ses « clients » en permanence, quelle que soit leur situation et quel que soit leur besoin. D'un côté, ce sont des accords avec des banques grâce auxquels elle devient la solution de repli des demandeurs non éligibles, de l'autre, elle reporte elle-même les dossiers les plus risqués sur d'autres partenaires. Au milieu, elle prend en charge le gros de l'activité. Et, sans y paraître, Lending Club devient ainsi le point d'entrée privilégié des enprunteurs…