C'est pas mon idée !

mercredi 7 décembre 2016

Mint inaugure le deuxième âge du PFM

Mint
Jusqu'à maintenant, Mint – comme ses concurrents – proposait aux utilisateurs de sa solution de gestion de finances personnelles (PFM) de mieux surveiller leurs comptes bancaires. Or, avec la prise en charge des règlements de factures, le doyen du domaine s'aventure désormais dans l'exécution de transactions, avec quelques avantages inédits.

Alors que le service dédié existant « Mint Bills » permettait déjà aux consommateurs de centraliser leurs factures courantes (un modèle relativement répandu en Amérique du Nord), son intégration au cœur de la plate-forme de PFM la rend à la fois plus facile d'usage et, surtout, beaucoup plus efficace dans son ambition d'éviter les retards de paiement. L'enjeu laisse pantois, estimé annuellement à 77 milliards de dollars (!) en pénalités et intérêts pour les étourdis qui oublient de régler leur dû avant échéance.

Concrètement, dès la mise en œuvre de la nouvelle option (gratuite), l'analyse intelligente des comptes connectés à l'outil de PFM identifie automatiquement, parmi les opérations capturées, les factures récurrentes et les fournisseurs concernés. Il n'en faut pas plus pour initier le mécanisme de suivi et d'alertes, personnalisé en fonction des habitudes de l'utilisateur (par exemple, selon qu'il préfère régler à réception ou à l'échéance). Naturellement, les notifications offrent aussi la possibilité de payer en quelques gestes.

Mint sur tablette

Historiquement, le concept de PFM a toujours eu vocation à représenter, pour le consommateur, un point central de reprise de contrôle de son destin financier. Longtemps cantonné à un rôle plutôt passif de collecte d'informations et de restitutions sous des formes variées, il va rapidement prendre une autre dimension en s'appropriant un rôle de conseil individuel auquel il associera de plus en plus une capacité d'action, dont l'automatisation simplifiera toujours plus la vie quotidienne de l'utilisateur.

Dans cette vision générique, l'initiative de Mint ne constitue, évidemment, qu'une première étape, particulièrement aisée à déployer (notamment au vu de l'existant). En perspective, elle esquisse la véritable révolution à venir de la « banque plate-forme », agrégeant les produits et services de différents fournisseurs au sein d'un ensemble homogène, d'abord en termes d'interface graphique et d'expérience client, en attendant l'introduction d'agents intelligents capables de conseiller et accompagner l'utilisateur dans ses décisions importantes et de le remplacer pour l'exécution des tâches les plus triviales.

mardi 6 décembre 2016

Amazon Go, le supermarché sans caisse

Amazon
Quand Amazon se lance dans le commerce de proximité, ce ne peut être que pour y introduire la révolution. Comment ? En supprimant la caisse et en faisant disparaître le paiement de l'expérience client. L'idée n'est pas entièrement nouvelle mais, grâce à quelques technologies de pointe, elle atteint ici un degré de sophistication inédit.

Le principe d'Amazon Go consiste à tout organiser pour faire oublier au consommateur les tracas des courses. Dans ce supermarché expérimental installé à Seattle, le visiteur enregistre son passage à l'entrée, via l'application mobile dédiée. Dès lors, les articles qu'il saisit au fil de son parcours dans les allées sont enregistrés automatiquement dans son panier virtuel, qu'il peut consulter à sa convenance sur son smartphone. Un produit remis dans son rayon ? Il est immédiatement retiré de la liste de ses achats.

Dès la porte de sortie franchie, le règlement est effectué, toujours sans aucune intervention humaine, et un ticket de caisse électronique est délivré dans l'application. Par quelle sorcellerie le système opère-t-il ? Des caméras et des capteurs variés suivent en permanence les faits et gestes des clients dans le magasin et des algorithmes avancés analysent en temps réel les données ainsi collectées, de manière à déterminer à tout instant ce que chacun d'eux emporte effectivement (dans les mains ou dans son sac).

Plus de caisses, plus de queues pour payer ses achats, plus de porte-monnaie à sortir… les avantages pour les consommateurs sont séduisants. Naturellement, l'enjeu pour Amazon est également d'automatiser au maximum les opérations, afin de démultiplier l'efficacité du point de vente. Disparaissent de la sorte caissières et caissiers, agents de surveillance… Le lieu n'est pas encore totalement déshumanisé, car il subsiste quelques personnes pour préparer des sandwiches, mais la tendance est claire…

Amazon Go

Pour l'instant, les 170 m2 de la boutique sont réservés aux collaborateurs d'Amazon, le temps de mettre au point les derniers détails et, probablement, d'entraîner les algorithmes d'apprentissage automatique pour un fonctionnement sans faille lors de l'ouverture au public, prévue au début de l'année prochaine. Il faudra donc encore patienter avant de pouvoir mesurer la réponse des consommateurs à cette nouvelle expérience. En effet, rien ne permet aujourd'hui de garantir le succès de cette approche…

Après tout, des tentatives similaires – bien que moins abouties – ont déjà été orchestrées par le passé, depuis celle de Square (il y a déjà 5 ans) jusqu'à celle de Google (au début de cette année, la plus proche d'Amazon Go, fonctionnellement), en passant par celle de PayPal. Or il ne semble pas que les résultats de ces initiatives aient été concluants. Il est vrai qu'en déployant sa solution dans son propre supermarché, le géant du e-commerce s'affranchit de l'épineuse étape de conquête de marchands.

Toujours est-il que les clients pourraient s'inquiéter d'un magasin dans lequel ils sont littéralement surveillés par des robots, les mêmes qui vont encaisser le prix de leurs achats… Cette déshumanisation risque de déstabiliser plus d'une personne. D'autre part, il na faut pas être naïf : la capture des comportements précis des visiteurs constituera une source d'informations extraordinaire pour Amazon et son modèle économique. La prise de conscience de cette capacité est aussi potentiellement dérangeante.

Quelles que soient les suites de cette aventure, elle offre aux institutions financières une leçon essentielle : les commerçants sont absolument déterminés à faire disparaître les frictions du paiement de leurs parcours client, emportant avec elles un moment d'interaction, aussi fugace soit-il. En conséquence, il va leur falloir apprendre, d'une part, à fournir des services qui s'intègrent aisément dans ces modèles émergents, et, d'autre part, à identifier d'autres moyens de maintenir le contact avec leurs clients. Et le paiement n'est que le premier de leurs métiers dans lequel cette mutation va intervenir…

lundi 5 décembre 2016

Moven vise l'épargne intelligente

Moven
Après une émergence timide dans quelques startups spécialisées, le principe de l'épargne intelligente s'invite pour la première fois dans une banque, même si celle-ci n'est pas la première venue. Avec son « Smart Savings Account », Moven poursuit ainsi son ambition de restituer aux consommateurs le pouvoir sur leurs finances personnelles.

La nouvelle fonction, qui n'est proposée, pour l'instant, qu'à une sélection de clients, en attendant une généralisation promise à brève échéance, n'étonnera pas par rapport à ce que nous ont montré des spécialistes tels que Digit, Hip Money ou Chip (pour ne citer que ceux-là) par le passé. À partir d'une définition de ses objectifs à court ou long terme, de ses habitudes comportementales et de ses préférences en matière financière, l'application de Moven suggère au mobinaute une stratégie d'épargne personnalisée.

En pratique, en plus de la possibilité d'alimenter le compte d'épargne en quelques clics, des recommandations ponctuelles peuvent être émises dans les moments opportuns – par exemple une période de moindres dépenses par rapport à l'habitude déclenchera une proposition de mettre de côté les économies accumulées – la décision d'agir revenant toutefois à la personne, in fine. Grâce à une intégration avec les outils d'agrégation de Yodlee, le service permet en outre à l'utilisateur, s'il le souhaite, d'obtenir une vue à 360° de l'ensemble de son épargne, investissements et plans de retraite compris.

Moven Smart Savings Account

C'est justement dans cette direction que les choses commencent à devenir intéressantes. En effet, Moven envisagerait, à terme, de compléter son dispositif et notamment de prendre en charge la totalité des besoins d'épargne de ses clients. Il inclurait alors la planification et l'assistance aux gestes quotidiens destinés à les aider à réaliser tous leurs projets, depuis l'achat d'un micro-ordinateur ou d'une voiture jusqu'à la préparation de leur retraite ou la création d'une réserve d'argent afin de financer les futures études des enfants. Pour ce faire, une plate-forme d'investissement serait dans les cartons…

En apparence, la motivation de la néo-banque est de conquérir de nouveaux clients qui fassent d'elle leur établissement primaire (celui où ils domicilient leurs revenus). En fait, et l'enjeu est beaucoup plus critique, il s'agit avant tout de continuer à convaincre les consommateurs qu'elle agit dans leur intérêt. L'idée peut paraître futile. Elle deviendra pourtant sous peu son avantage concurrentiel numéro 1, alors que les critères de confiance vis-à-vis des entreprises évoluent rapidement parmi les jeunes générations.

Les sceptiques peuvent déjà observer les résultats obtenus en quelques mois par les deux premières banques partenaires de Moyen, en Australie (Westpac) et au Canada (TD Bank), dont les applications qu'elle leur a fournies ont conquis plus d'un million d'utilisateurs et sont les plus populaires de leur catégorie. Sans oublier que 3 nouveaux établissements suivront en 2017, en Asie et… dans l'Union Européenne… La banque réellement au service de ses clients n'est plus une chimère, c'est un impératif !

dimanche 4 décembre 2016

Le dilemme du paiement en temps réel

Crédit Agricole
D'un côté, le Conseil Européen des Paiements (EPC) ouvre officiellement la voie vers des paiements transfrontaliers en moins de 10 secondes. De l'autre, la mésaventure d'un jeune mobinaute, qui doit attendre 2 jours avant d'exécuter un virement… Décidément, la route vers les transferts d'argent en temps réel reste semée d'embûches.

En guise d'entrée en matière, je vous propose cette petite anecdote. Sur Twitter, un client du Crédit Agricole Centre-Est – mais ce pourrait être une autre enseigne – interpelle sa banque, expliquant, captures d'écran à l'appui, qu'il lui est impossible de réaliser un virement de 50€ sur le web et sur mobile. La réponse ? Un délai de 48 heures est imposé avant de pouvoir effectuer un transfert vers un nouveau bénéficiaire, la seule solution pour accélérer le traitement étant de faire les démarches dans son agence.

On l'aura compris, les risques de fraude expliquent la mise en place de cette restriction classique. Est-elle pour autant justifiée ? Du point de vue de l'utilisateur du service, certainement pas : il lui paraîtra totalement absurde d'être obligé de se rendre, en personne, à un guichet de manière à confirmer un paiement, alors que les outils en ligne sont justement là pour faire gagner du temps (à tout le monde !). Au XXIème siècle, il est du devoir de la banque de fournir à son client le service qu'il attend, sans complications.

Problème de virement…

Il est tentant pour les institutions financières de considérer qu'une attente de 2 jours, dans certaines circonstances, n'est pas dramatique. Malheureusement, ce raisonnement, encore largement présent aujourd'hui, devient dangereux. En premier lieu, il ignore une exigence de plus en plus forte des consommateurs pour des transactions en (quasi) temps réel, à l'instar de toute leur vie « digitale » (comment accepter qu'un règlement prenne 2 jours alors qu'Amazon livre une commande en 2 heures ?).

En outre, il s'agit aussi pour les banques de s'ajuster à l'évolution de leur environnement concurrentiel. L'envoi d'argent via PayPal ou Lydia, par exemple, est à la fois immédiat et plus facile d'accès que le virement SEPA traditionnel. Et la tendance va se généraliser, puisque l'EPC souhaite une mise en place de son dispositif de transferts rapides d'ici à novembre 2017, reconnaissant explicitement que la demande ne peut être écartée plus longtemps et qu'il est désormais urgent de la prendre en compte.

Naturellement, passer à l'instantanéité universelle, tout en garantissant la sécurité des échanges et la protection des consommateurs n'est pas tâche aisée. Elle n'est cependant pas insurmontable (les exemples abondent), pour peu qu'on se donne la peine de réfléchir en profondeur à la problématique posée et, surtout, qu'on ne s'en tienne pas à des solutions de facilité qui ne satisfont personne. Seuls les acteurs qui feront les efforts nécessaires continueront à bénéficier de la confiance de leurs clients.

samedi 3 décembre 2016

Paris peut-elle devenir capitale de la FinTech ?

La révolution FinTech
Jeudi dernier, 1er décembre 2016, j'étais invité par les organisateurs du premier MOOC FinTech français à participer à une table ronde autour de la question « Londres est-elle vouée à rester la capitale européenne de la FinTech ? ». Voici, en synthèse, les raisons pour lesquelles je crois que la réponse sera « oui » pour encore quelque temps…

Naturellement, l'intitulé de l'intervention ne trompe personne : le sujet qui figurait réellement au cœur du débat était de savoir si Paris avait une quelconque chance de prendre la place de Londres dans le cœur des entrepreneurs, à la faveur du Brexit à venir. Joëlle Durieux, directrice générale du Pôle Finance Innovation, était d'ailleurs là pour défendre becs et ongles cette idée et présenter tous les avantages de la France dans la bataille qui se joue actuellement dans toutes les métropoles européennes.

Alors, puisqu'il s'agit d'une bataille, la première règle pour un bon stratège est de connaître parfaitement son adversaire principal, et, surtout, ses forces et ses faiblesses. Pas la peine de s'étendre sur ces dernières, la faille qui a créé l'opportunité de mettre en cause la position jusque alors inébranlable du Royaume-Uni est sa sortie programmée de l'Union Européenne et sa conséquence directe, à savoir la perte probable, pour les entreprises qui y résident, d'un accès simplifié au reste du continent.

Attardons-nous donc sur ce qui attire et retient les startups de la FinTech à Londres. Logiquement, les premiers critères qui viennent à l'esprit sont la fiscalité – universellement considérée comme plus légère, pour les entreprises et pour les entrepreneurs – et la réglementation, avec les multiples efforts engagés par les autorités de supervision afin de créer des conditions favorables à l'innovation dans le secteur financier (sans pour autant compromettre la protection des consommateurs).

Mais ces deux facteurs ne sont que la partie émergée d'un iceberg. La présence d'investisseurs internationaux, susceptibles de couvrir toutes les phases de levées de fonds (de l'amorçage au développement), est également un atout incontestable de la place britannique. En outre, leur rôle est important à un second titre : ils participent plus ou moins directement (quand ce sont des banques, par exemple) à la définition des problématiques que cherche à résoudre la FinTech et constituent de la sorte un riche écosystème de partenaires potentiels.

Ce privilège se traduit notamment par le nombre incroyable d'incubateurs et d'accélérateurs londoniens dédiés à la FinTech, dont beaucoup sont portés ou soutenus par des institutions financières issues de tous horizons (mais pas uniquement, loin de là). Ces structures contribuent à l'attractivité de la City, non seulement en proposant des capacités d'accueil et d'accompagnement d'excellence, mais aussi en créant une émulation contagieuse qui anime et stimule l'entrepreneuriat dans la FinTech.

Enfin, la dernière grande force de Londres est sa capacité à attirer des talents étrangers, européens d'abord, mais aussi du reste de la planète. En dépit d'un ralentissement juste après le référendum du Brexit et grâce à un régime favorable, les demandes de visas pour venir travailler dans l'industrie technologique (en général, et dans la FinTech en particulier, selon une responsable de Starling Bank interviewée par Share Radio) sont maintenant à nouveau reparties à la hausse, de manière exponentielle.

Table ronde FinTech du 1er décembre 2016

La réalité commence ainsi à prendre forme : la puissance de la FinTech britannique n'est pas due au hasard ni à une ou deux conditions spécifiques, c'est un environnement global et cohérent qui la façonne. À y regarder de près, on peut même retrouver dans cet assemblage la sorte d'alchimie qui fait de la Silicon Valley le siège de l'innovation technologique mondiale, indétrônable malgré les tentatives répétées de différents pays au cours des ans. Prendre la place de Londres ne sera donc pas tâche aisée.

Maintenant, observons les caractéristiques de Paris en comparaison de sa concurrente. Le côté réglementaire – bien que le gouverneur de la banque de France ait récemment réitéré son opposition à la création d'un bac à sable – n'est pas le plus problématique. En effet, si les promesses du guichet unique et de l'accompagnement des jeunes pousses sont tenues, la différence avec la situation britannique ne sera pas si importante qu'il y paraît (la « sandbox » londonienne n'étant pas si libérale qu'on le croit généralement).

La fiscalité représente probablement un frein beaucoup plus sensible. Paris Europlace a beau présenter un rapport selon lequel Paris serait la mieux positionnée pour attirer les entreprises, il faut malheureusement tempérer ce bel optimisme, pour au moins deux raisons. En premier lieu, les chiffres de l'étude ne concernent que l'Europe continentale et ignorent donc la concurrente numéro 1. D'autre part, comme l'explique Philippe Gélis, co-fondateur de Kantox (basée à Londres), les faits ne sont pas suffisants, c'est une réputation exécrable qu'il faudrait combattre, en priorité.

Est-il ensuite utile de s'attarder sur la faiblesse de l'investissement dans l'hexagone ? Les initiatives des pouvoirs publics sont loin de pouvoir combler le déficit de capitaux. Il est d'usage de rappeler que 4 banques françaises figurent dans le top 20 mondial mais cela ne suffit visiblement pas non plus à compenser une présence d'établissements étrangers souvent limitée à une représentation commerciale. Ne parlons pas de leur pusillanimité en matière d'innovation (dans un registre proche, aucune n'apparaît au classement des dépenses de R&D parmi 1 000 entreprises européennes)…

Ces carences entraînent automatiquement le quasi-désert parisien en structures d'accompagnement spécialisées (heureusement que l'accélérateur FinTech de l'Atelier BNP Paribas sauve l'honneur !). Quant à capter des talents étrangers… Certes, le système éducatif français forme d'excellents ingénieurs et parvient à attirer les étudiants des quatre coins du monde (autre motif d'auto-satisfaction de Paris Europlace). Hélas bien peu restent en France, après leur cursus, pour créer des entreprises…

En conclusion, s'il n'est pas totalement impossible pour Paris de viser une place de choix dans la FinTech, s'emparer du titre de capitale mondiale exigera un engagement et un plan d'action à la hauteur du défi (en termes d'étendue comme de profondeur) et ne pourra se contenter de simples campagnes de communication… Pour paraphraser un personnage célèbre, « on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant Paris ! Paris ! Paris !… mais cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien ».

vendredi 2 décembre 2016

À quand le conseil en ligne ?

Celent
Si les consommateurs donnent parfois l'impression de se défier des services en ligne pour souscrire de nouvelles offres, l'absence de conseil personnalisé y est pour beaucoup. Cette thèse, défendue par Karlyn Carnahan dans le blog de Celent, s'applique aussi bien au domaine de l'assurance qui l'intéresse qu'au secteur bancaire.

Le constat initial est celui que font toutes les institutions financières : leurs clients continuent à privilégier une relation avec un interlocuteur humain – de préférence en face à face – au moment de choisir une solution, parce qu'ils ressentent le besoin d'un conseil personnalisé. Incidemment, ce désir est d'autant plus marqué avec des produits impliquant un engagement fort et durable (par exemple le prêt immobilier), sans qu'il soit nécessaire d'invoquer une quelconque complexité intrinsèque, qui n'est, dans une large mesure, qu'un mirage savamment entretenu par les acteurs du sérail.

Or, les plates-formes numériques actuelles – sur le web et mobiles – sont désespérément indigentes en matière de conseil, en particulier lorsque celui-ci doit être personnalisé. La présentation des catalogues génériques est souvent indigeste et il est beaucoup trop rare de trouver des explications pratiques permettant au visiteur de vérifier si tel ou tel produit correspond à ses attentes. Quant à la possibilité de recevoir une recommandation « sur mesure » pour un besoin déterminé, ce n'est qu'un rêve, aujourd'hui.

Apparemment, de petits efforts sont pourtant susceptibles de produire des résultats significatifs : préciser dans quelles circonstances réelles une assurance est utile ferait augmenter les ventes de 20 à 30%. Par extension, il est aisé d'imaginer les miracles que pourrait accomplir la fourniture d'un conseil ajusté aux besoins et aux préférences du client. Et, contrairement aux apparences, cette idée ne tient pas de la science-fiction, les informations captées sur les utilisateurs – notamment s'ils sont identifiés – étant généralement suffisantes pour personnaliser leur expérience.

Quand les banques et les compagnies d'assurance offriront aux consommateurs la possibilité de souscrire tous leurs produits en ligne et quand elles accompagneront leur offre d'un moteur de recommandations adapté à leurs attentes (au lieu de la focaliser sur leur point de vue de fournisseur), les ventes « digitales » commenceront à décoller. Il est vrai qu'alors les agents humains, qui, hélas, ne procurent souvent qu'une illusion de conseil personnalisé, risquent de souffrir de la concurrence des outils web et mobiles.

Bouteille à la mer

jeudi 1 décembre 2016

Pssst ! Les beacons sont morts…

Diebold Nixdorf
Le beacon. Voilà l'exemple d'une technologie qui, parée de toutes les vertus lors de son émergence, il y a plus de 3 ans, a suscité une multitude d'expérimentations, dont toutes (dans l'univers de la banque, en tous cas) ont échoué, à des degrés divers. Pourtant, contre vents et marées, elle refuse de mourir. À tel point que Diebold Nixdorf continue à en rechercher des applications possibles dans ses automates.

L'approche proposée par le constructeur – en collaboration avec Cuscal Limited, entreprise propriétaire d'un des réseaux de GAB les plus denses d'Australie – n'essaie même pas d'explorer des voies nouvelles. Actuellement en expérimentation dans un laboratoire à Sydney, elle consisterait en effet simplement à permettre aux institutions financières de détecter la présence d'un client à proximité d'un distributeur (ou d'une agence), de manière à lui pousser des offres promotionnelles diverses et variées.

Outre le maillage important des automates bancaires dans les zones urbaines, les partenaires de l'opération invoquent comme avantage de leur solution sa capacité à établir une communication personnalisée avec les consommateurs pendant leur « attente », avant d'avoir inséré leur carte dans l'appareil. Un petit handicap, tout de même : pour recevoir les messages, le destinataire devra disposer de l'application mobile ad hoc, activer l'interface Bluetooth de son téléphone et accepter d'être ainsi sollicité.

Cependant, même sans cette friction d'usage qui est déjà probablement, en soi, rédhibitoire, rien ne permet de penser que les banques soient attendues par leurs clients pour répondre à leur appétence pour des promotions ciblées (que reflète une enquête citée par Diebold Nixdorf selon laquelle 3 personnes sur 4 se disent influencées dans leurs achats par ce type d'offres). Au contraire, les expériences passées laissent supposer que ces stratégies sont inopérantes, quand elles ne soulèvent pas l'indignation.

En vérité, rien de surprenant à cela : les individus appréciant les avantages offerts par leurs commerçants préférés savent aussi reconnaître la publicité quand elle envahit leur espace privé. Et ils ne semblent pas particulièrement intéressés par celle que pourrait leur pousser leur banque, surtout si celle-ci utilise manifestement des données personnelles pour être plus pertinente. Ce n'est pas en brandissant un argument (incongru) d'expérience client améliorée que Diebold Nixdorf s'affranchira de ce « réflexe ».

J'ai eu, par le passé, l'occasion d'exprimer mes doutes sur le potentiel des applications des beacons pour le secteur financier. Que vous les partagiez ou non, je vous invite à retenir au moins une certitude : le seul envoi de messages marketing – qui, de surcroît, peut être implémenté avec des moyens beaucoup plus simples et accessibles – n'est définitivement pas un cas d'usage porteur de valeur ! Si vous tenez vraiment à déployer des beacons, recherchez une opportunité dans une autre direction…

Cuscal Limited

mercredi 30 novembre 2016

Fintech Village ING, deuxième saison

ING
Un an après sa promotion inaugurale, le FinTech Village d'ING revient ces jours-ci pour une deuxième saison. Quelques évolutions marquent ce retour, dont la principale est l'accent mis sur la collaboration avec les startups accueillies, autour d'un certain nombre de challenges spécifiques qui constituent les priorités du moment dans la banque.

Commençons par rappeler ce qui ne change pas dans le programme concocté par ING avec ses deux partenaires, Deloitte et Swift Innotribe : le lieu d'hébergement, à Bruxelles, la durée limitée (classiquement) à 16 semaines, le dispositif d'accompagnement, avec, toujours, son impressionnant aréopage de mentors, dont la plupart sont désormais issus de la banque (en dehors des deux entreprises associées à l'initiative, les intervenants extérieurs qui contribuaient à la précédente édition semblent avoir disparu ?).

En revanche, c'est bien une orientation différente que prend donc le FinTech Village, puisque sa cible est maintenant d'introduire les solutions des jeunes pousses au sein des métiers d'ING. Et les moyens mis en œuvre sont à la mesure de cette ambition : chacune des 7 à 10 candidates retenues bénéficiera du parrainage d'un responsable haut placé dans le groupe, dont le rôle sera d'assurer la mise à disposition des moyens (humains) nécessaires au développement d'un « proof of concept » pertinent pour lui.

ING FinTech Village

Les thèmes privilégiés par les futurs sponsors de l'accélérateur ne surprendront pas outre mesure, même s'il faut souligner qu'ils témoignent d'une vision plutôt avancée des tendances les plus importantes pour les années à venir, entre l'ultra-personnalisation des services offerts à la clientèle, la sécurisation de la banque sans impact sur l'expérience utilisateur, les gains d'efficacité dans les méthodes de travail des collaborateurs et les idées « révolutionnaires » susceptibles de renverser les modèles existants.

Le FinTech Village nouveau sera donc résolument mis au service de l'innovation dans ING, de préférence sous un mode de diffusion large dans l'organisation, porté par le haut de la hiérarchie. Le principe rappellera immanquablement l'approche adoptée par L'Atelier BNP Paribas avec son propre accélérateur, dont les résultats paraissent plutôt positifs (un de ses derniers avatars en date étant une prise de participation dans PayCar, une startup ayant bénéficié du programme). Les stratégies de collaboration des institutions financières avec l'univers de la FinTech sont clairement en train de se raffiner…

mardi 29 novembre 2016

Face aux robo-advisors, Barclays joue son atout

Barclays
Conquises par le principe du conseil en investissement automatisé des robo-advisors, plusieurs institutions financières cherchent à en répliquer le modèle, soit par elles-mêmes, soit à travers des partenariats. Barclays est une des premières à esquisser une voie originale, en explorant d'abord les moyens de capitaliser sur ses forces historiques.

Certes, l'annonce de la britannique peut laisser le lecteur sur sa faim : il n'est même pas question de gestion assistée, puisque son nouveau service se contente d'offrir aux clients un accès à ses outils existants d'investissement individuel au cœur de sa plate-forme de banque en ligne. La seule concession faite à l'émergence des trublions de la FinTech est une tarification relativement modérée et qualifiée de transparente (mais qui reste encore bien loin d'atteindre les « standards » qu'imposent les startups en la matière…).

Alors, il faudra de l'imagination pour se projeter au-delà de ce que le directeur de l'investissement et du patrimoine de Barclays présente comme une « première étape », en évoquant l'évolution nécessaire du conseil financier, au Royaume-Uni, face à une population souvent peu au fait des opportunités de l'épargne sur les marchés. Et il ne faut pas chercher très longtemps pour comprendre que l'intégration d'une plate-forme d'investissement dans la gestion de comptes recèle un potentiel inexploité…

Rêvons (?), par exemple, à une solution qui, à partir d'une analyse des transactions courantes de la famille et des projets d'avenir qu'elle a enregistrés dans un module de planification budgétaire, se verrait automatiquement proposer, avec une approche pédagogique claire, une stratégie d'investissement adaptée, capable de l'aider à atteindre ses objectifs à court et long terme, dans le respect de son profil d'appétence aux risques (déterminé, lui aussi, par les habitudes déduites de son activité quotidienne).

Naturellement, contrairement à nos voisins d'outre-Manche, nos banques hexagonales incluent déjà l'accès à la bourse dans leurs services en ligne. Il est toutefois difficile de parler d'intégration, tant la gestion de portefeuille est généralement isolée des comptes courants et d'épargne. Un rapprochement « intelligent » entre ces deux mondes apporterait pourtant une valeur ajoutée importante aux clients, tout en constituant un facteur de différenciation concurrentielle imbattable vis-à-vis des nouveaux entrants…

Barclays

lundi 28 novembre 2016

Paiement et sécurité sont-ils conciliables ?

EBA
Tandis que je réagissais, l'été dernier, aux propositions dangereusement rétrogrades de l'EBA (European Banking Authority) quant à l'application des dispositions relatives à l'ouverture des données des clients inscrites dans la directive des services de paiement (« PSD2 »), des acteurs du e-commerce ont aussi commencé à s'émouvoir, plus récemment.

Directement concerné par le volume de transactions à distance qu'il gère, bien qu'il ne fasse pas partie du « sérail », Visa était le premier à s'inquiéter des nouvelles exigences d'authentification forte que le texte imposerait pour toute transaction d'un montant supérieur à 10 euros. Depuis, avec d'autres, la Fevad (fédération professionnelle du e-commerce) rejoignait le mouvement, en interpellant les autorités sur les déséquilibres introduits par les mesures envisagées et demandant une concertation plus large.

L'enjeu du débat est extrêmement important, car il est connu (et reconnu) que l'ajout d'une étape supplémentaire dans le parcours d'achat des e-consommateurs conduit à des abandons de paniers massifs et, par voie de conséquence, des baisses significatives de chiffres d'affaires. Visa souligne notamment l'impact potentiel sur les sites où des efforts considérables ont été mis en œuvre afin de fournir une solution de paiement en un clic (Amazon n'est pas le seul !), tout en maîtrisant les risques de fraude.

Car les marchands et leurs représentants rappellent que leur approche de sécurité graduée – qui consiste à exiger un complément d'authentification (par exemple via un code 3D-Secure envoyé par SMS) pour les transactions considérées suspectes – constitue aujourd'hui une réponse satisfaisante à la cyberciminalité. Ils ne manquent d'ailleurs pas de s'indigner que ce principe soit entièrement écarté du texte de l'EBA, alors qu'il est explicitement inscrit dans la directive européenne qu'il est censé implémenter.

Naturellement, les intérêts divergents entre les banques et les commerçants seront toujours difficiles à concilier. Alors que les seconds veulent réduire les frictions dans l'expérience client, les premières privilégient exclusivement la sécurité et, de préférence, sans avoir à y consacrer trop de ressources. Pour elles, une authentification forte systématique est la solution de facilité, alors qu'elles sont parfois très attardées – et je suis convaincu qu'il s'agit d'un choix délibéré – en matière d'analyse contextuelle et en temps réel des risques (comme j'ai pu moi-même en faire l'amère expérience).

Cette stratégie pourrait s'avérer extraordinairement dangereuse, d'abord parce que la dépendance excessive vis-à-vis d'un seul mécanisme de protection (non exempt de failles, comme il a été démontré à plusieurs reprises) tient de l'inconscience. Il est au contraire impératif de multiplier les niveaux de défense et de developper les expertises de sécurité dans toutes les directions afin d'être prêt à répondre aux progrès constants des menaces. À plus long terme, il faudrait également préparer les futurs modèles de paiement qui permettront (rêvons un peu) de s'affranchir des problèmes de sécurité.

EBA