C'est pas mon idée !

samedi 22 novembre 2014

Le Crédit Agricole lance une solution d'identité numérique

CA Conect
Après avoir été évoquée à plusieurs reprises par ses concepteurs, notamment lors des célébrations du deuxième anniversaire du « CA Store », la nouvelle solution d'identité numérique du Crédit Agricole, baptisée « CA Connect », fait désormais l'objet d'une vidéo de présentation, qui semble indiquer un lancement officiel imminent.

Dans le monde numérique d'aujourd'hui, chacun d'entre nous utilise quotidiennement une infinité de services en ligne qui nous demandent de nous identifier et nous imposent donc de mémoriser un mot de passe pour y accéder. De plus en plus souvent, les sites web adoptent les outils de « fédération d'identité » proposés par les géants du web (Google, Facebook…) afin de simplifier ce casse-tête. Une seule connexion suffit alors pour être reconnu automatiquement sur toutes les plates-formes qui ont fait un tel choix.

Avec son initiative, le Crédit Agricole veut proposer une alternative au quasi-monopole qu'exercent les grandes entreprises américaines du web dans ce domaine (il faut également signaler l'offre de La Poste, qui se positionne cependant sur un créneau légèrement différent, avec la validation formelle de l'identité des individus). Si la banque verte atteint son objectif, nous verrons donc bientôt fleurir sur le web français des boutons « CA Connect » permettant une ouverture de session, totalement sécurisée, en un clic.

A ce stade, les entités internes du Crédit Agricole constituent les premières cibles. En effet, les multiples activités du groupe – et leurs services en ligne associés – fournissent à elles seules un cas d'utilisation pertinent : par exemple, le client qui dispose d'un compte personnel et d'un compte professionnel auprès d'une caisse régionale, d'un compte Tooket (la monnaie virtuelle solidaire originaire de Pyrénées-Gascogne), d'un livret BforBank et d'un contrat d'assurance Pacifica doit gérer 5 identifiants différents ! Un moyen d'accès unique lui facilitera certainement la vie…

Présentation CA Connect

Les origines de « CA Connect » expliquent d'ailleurs très simplement cette approche initiale, puisqu'elles peuvent être recherchées dans le système d'identification utilisé pour les applications du « CA Store », qui intègrent justement les services de la banque. Dans la même logique, les logiciels d'agrégation de comptes (du style de Bankin ou Linxo) sont également perçus comme candidats sérieux à son adoption. Puis, en perspective, le Crédit Agricole évoque une intégration possible par quelques grandes organisations (impôts, Voyages-SNCF, EDF…).

Dans la bataille pour la gestion de l'identité numérique, et en dépit d'un retard important sur les géants du web, les banques ont quelques arguments de séduction à faire valoir. En premier lieu, elles disposent d'un capital confiance inégalé auprès des consommateurs, notamment en termes de sécurité et de protection de la vie privée. D'autre part, et le Crédit Agricole ne manque pas de mettre l'accent sur ce point, elles ne sont pas (aussi) intéressées par les données de connexion que les entreprises qui vivent de revenus publicitaires.

Cela suffira-t-il à à convaincre les éditeurs de services en ligne d'adopter « CA Connect » ? Il reste encore trop de questions sans réponses pour l'affirmer. Quel sera le modèle économique du service ? Sera-t-il ouvert à tous les internautes ou seulement aux clients du Crédit Agricole ? L'intégration sera-t-elle aussi simple que promis (d'un point de vue technique mais aussi contractuel et administratif) ? Les standards en matière de gestion d'identité (« Open ID », principalement) seront-ils respectés et permettront-ils une utilisation sur des sites internationaux ?

La mise en place d'un service d'identité numérique est depuis fort longtemps considérée comme une opportunité incomparable pour les institutions financières, au point qu'il est tout à fait incompréhensible qu'elle ne soit pas déjà banalisée. Or, même lorsqu'elles sont directement sollicitées, comme cela a déjà été le cas, entre autres (et sur des projets spécifiques), au Canada et au Royaume-Uni, elles ne se positionnent pas toujours (laissant la place à des acteurs tels que PayPal) ! Le Crédit Agricole fait ainsi à nouveau figure de pionnier…

vendredi 21 novembre 2014

Suivre son portefeuille d'actions sur Oculus Rift

Fidelity
Alors que son lancement officiel semble se rapprocher, le casque de réalité virtuelle immersive Oculus Rift commence à attirer l'attention des institutions financières, qui se mettent à la recherche d'idées pour en exploiter le potentiel. A travers ses « Labs », Fidelity est l'une des premières à se lancer concrètement dans l'aventure…

Le spécialiste de l'investissement vient donc de mettre en ligne « StockCity for Oculus Rift », sa nouvelle application de suivi de portefeuille d'actions. Au-delà de la seule expérimentation d'une technologie émergente, Fidelity profite de cette réalisation pour, principalement, explorer des pistes originales en matière de visualisation d'information. Il s'agit en effet d'un domaine actuellement en pleine effervescence à l'intersection du phénomène « big data » et des évolutions des interfaces utilisateur.

En l'occurrence, l'approche retenue avec StockCity est (comme son nom l'indique) de restituer l'état d'un portefeuille d'actions sous l'apparence d'une ville, dont chacun des immeubles – regroupés par secteur économique – représente un titre, sa hauteur correspondant à son cours et sa surface au volume négocié récemment, tandis que la météo ambiante évoque la tendance du marché. L'utilisateur plongé dans cette cité virtuelle peut se déplacer dans ses rues pour consulter les détails de ses investissements sans avoir à absorber des montagnes de chiffres plus ou moins abstraits.

StockCity for Oculus Rift

Certes, l'effort est encore modeste, mais, comme souvent avec les expérimentations des Fidelity Labs, l'objectif recherché est d'abord une appropriation précoce d'un nouveau concept (technique) ainsi qu'une volonté de partager rapidement un prototype avec les consommateurs (clients ou non) afin de mesurer leur intérêt et de recueillir leurs avis et commentaires. Nul exemple n'est plus illustratif que cette tentative avec le casque Oculus Rift (encore à l'état de projet), dont il est bien difficile d'imaginer a priori quels usages il peut avoir dans le secteur financier…

Quelques banques (dont Société Générale, lors d'un de ses hackathons) ont déjà tenté de faire appel à la créativité du public pour développer des applications adaptées à la réalité virtuelle immersive. L'étape suivante, qu'a donc abordée Fidelity, est maintenant de tester les idées les plus prometteuses en conditions réelles. Contrairement à d'autres secteurs d'innovation où l'enjeu est de tirer parti d'une tendance confirmée, l'attrait particulier est ici de participer aux tout premiers pas de ce qui sera peut-être la prochaine révolution technologique. Voilà une position bien inhabituelle pour une institution financière…

jeudi 20 novembre 2014

Quel avenir pour les néo-banques ?

Simple
La vague des néo-banques – pour qualifier ainsi ces établissements sortis tout droit de la révolution numérique – n'a que quelques années, mais elle rencontre ses premiers hoquets : problèmes techniques chez Simple, changement de modèle économique pour Moven… Ces trublions approcheraient-ils déjà de leur fin de parcours ?

C'est la question que pose Stephen Greer, analyste du cabinet Celent, dans un billet de blog, en notant que les grandes institutions financières prêtent grande attention à la popularité des nouvelles entrantes, même si beaucoup d'entre elles ne les considèrent pas comme une réelle menace. En guise de réponse, il propose 3 scénarios principaux pour les néo-banques, reléguant la possibilité qu'elles deviennent une alternative viable aux acteurs traditionnels au rang de la plus grande improbabilité. Or, il me semble que cette vision est partielle (et, indirectement, partiale).

L'une des hypothèses formulées est, il est vrai, incontestable : les approches originales adoptées par les startups du secteur vont nécessairement influencer la manière dont les entreprises historiques considèrent leur métier à l'ère numérique. En particulier, l'obsession de l'expérience client est en passe de devenir une caractéristique indispensable pour survivre dans les années qui viennent. Et, en théorie, grâce à l'étendue de leurs offres, les « vieilles » banques devraient même être en meilleure position dans la course à l'excellence.

Hélas, la réalité est bien différente. Leurs lourdeurs internes limitent autant leur capacité à rattraper leur retard en matière de relation client numérique que leur faculté à intégrer leurs services dans un ensemble homogène. Dès lors, le deuxième scénario qui consiste à imaginer que les institutions financières créeront leurs propres banques « digitales » est totalement illusoire. Ainsi, les initiatives en ce sens ne sont souvent que de pathétiques ré-habillages des services existants, loin des attentes réelles de la clientèle.

Dernière option évoquée, suivant l'exemple du rachat de Simple par BBVA, les néo-banques seraient acquises par leurs « ancêtres », offrant à ces dernières un raccourci dans la mise en place d'une vision plus disruptive, en parallèle de leurs établissements classiques. Une telle stratégie fait beaucoup plus de sens que celle d'une création de nouveaux modèles en interne mais il est peu vraisemblable qu'elle se généralise tant elle est éloignée de la culture du secteur (relativement à l'innovation, au repli sur soi…).

Conséquence directe de l'immobilisme de leurs aînées, les petites agitatrices ont donc encore le temps d'affuter leurs armes et d'affiner leurs approches avant de les voir se transformer en concurrentes sérieuses sur le terrain de la banque « digitale ». L'une des voies qu'elles exploreront afin de surmonter les difficultés qu'elles doivent affronter est celle des partenariats, que ce soit entre « pairs » (pour enrichir leur spectre de services) ou, peut-être, avec des acteurs d'autres domaines (la grande distribution ?).

Naturellement, il serait beaucoup plus confortable pour les institutions financières de croire que les néo-banques ne sont qu'un phénomène passager et qu'elles auront tôt fait d'en absorber les impacts, via une acquisition ou grâce à leurs propres stratégies numériques. Ce serait pourtant une erreur tragique, qui les rendrait encore plus vulnérable face à l'évolution des usages…

Vidéo promotionnelle Moven

mercredi 19 novembre 2014

Société Générale expérimente avec ses clients

L'Appli Lab
Lors du lancement de « L'Appli » pour iPhone, Société Générale avait déjà proposé a ses clients de participer à sa conception en leur demandant de désigner sa neuvième fonction. Dorénavant, ils ont à leur disposition une application [iTunes] pour tester les nouveautés à venir et influer sur leurs caractéristiques.

L'« Appli Lab », qui vient de faire son apparition dans l'AppStore d'Apple (et promise pour bientôt sur Android Market), propose donc aux clients de la banque d'expérimenter une fonction originale, sur laquelle ils sont invités à donner leurs avis et proposer leurs idées d'amélioration. Après quelques itérations, si les retours s'avèrent positifs, la nouvelle option devrait être ajoutée à l'application mobile « standard » et une autre pourra alors être soumise aux utilisateurs. L'objectif serait d'atteindre 3 ou 4 cycles sur l'année.

Dans la première version, c'est un concept de « reste à dépenser » qui est mis en œuvre. Son principe est cependant différent de celui qui existe, par exemple, chez Simple (aux États-Unis) ou Axa Banque (en France). Ainsi, à partir d'une analyse des flux financiers sur un an, le logiciel détermine une enveloppe budgétaire mensuelle (qui peut également être ajustée) et offre un aperçu de la position instantanée des comptes du client par rapport à cette cible. Plus qu'un simple réaménagement (essentiellement de forme) du solde de compte, il entre ici une intéressante dimension statistique.

L'Appli Lab sur iPhone

L'idée du « reste à dépenser » est souvent plébiscitée par les consommateurs, qui y voient une vraie aide à la gestion de budget. En revanche, il est possible de la décliner dans tellement de variantes différentes qu'une approche expérimentale est largement justifiée pour tenter de satisfaire le plus grand nombre. Le défi pour Société Générale sera, bien entendu, d'avoir la réactivité nécessaire afin de faire évoluer l'« Appli Lab » régulièrement en fonction des commentaires qu'elle recevra.

Plus généralement, il faut espérer que la banque maintienne ses efforts dans la durée, contrairement à l'initiative similaire de BNP Paribas (« Le Lab », lancé au début 2012 et qui semble avoir été totalement abandonné presque aussitôt…). Il est vrai que la focalisation sur une seule fonction élémentaire – bien que probablement moins séduisante a priori pour les utilisateurs – est un moyen de mieux maîtriser le contenu de l'application et son évolution, avec un niveau d'ambition raisonnable.

Depuis longtemps, les startups et les géants du web ont habitué les consommateurs à la distribution de services non finalisés, autant pour en éliminer les anomalies (« versions beta ») que pour vérifier leur attractivité et susciter des interactions permettant de les améliorer. Si ces méthodes sont aux antipodes de la culture informatique historique des banques, elles deviennent pourtant indispensables pour mieux répondre aux attentes (changeantes) des clients et aux évolutions (rapides) de la concurrence. Société Générale est visiblement sur la voie de la transition…

L'Appli Lab

mardi 18 novembre 2014

Lloyds recrute dans la génération numérique

Lloyds Banking Group
La transformation numérique figure désormais à l'agenda de la plupart des grandes institutions financières. Cependant, pour une bonne partie d'entre elles, il s'agit avant tout de déployer de nouvelles technologies. Seules quelques-unes, plus rares, considèrent que la dimension humaine doit jouer un rôle tout aussi – voire plus – important.

Parmi ces dernières, Lloyds Bank prend le problème à bras le corps puisqu'elle met en place un cursus de recrutement spécifique, visant tout simplement à conquérir une future génération de collaborateurs, capables de dessiner la banque numérique de demain (mission qui leur est explicitement assignée). Fort logiquement, plutôt que de compter sur une hypothétique adaptabilité des populations expérimentées, ce sont les jeunes diplômés férus de « digital » qui sont sollicités à travers cette campagne.

Le programme concocté pour les candidats retenus sera lui-même adapté à l'objectif fixé. Ainsi, un accompagnement dédié sera mis sur pied, avec la participation d'experts de l'« Académie Digitale » de la banque et un soutien personnalisé assuré par une équipe de mentors. Plus original, l'intégration des jeunes recrues se déroulera en 3 grandes étapes, de 8 mois chacune, dans 3 métiers différents. Cette découverte initiale leur permettra à la fois de faire leur choix en connaissance de cause et de mieux appréhender l'environnement global de l'entreprise.

Lloyds Banking Group - Talent Digital

Il convient d'ailleurs de noter que, dans la logique de Lloyds Bank, « numérique » n'est pas synonyme de technologie. Au contraire, les domaines dans lesquels les nouveaux arrivants feront leurs premières armes comprennent, naturellement, le e-commerce et l'expérience client, mais également le développement de produits, « le marketing digital », la sécurité et la lutte contre la fraude, la gestion des risques, les opérations… Nulle part n'est évoqué le Système d'Information, même s'il est évidemment présent en filigrane !

Après l'annonce récente de la suppression de 9 000 emplois (et la fermeture de 150 agences), Lloyds Bank engage donc le deuxième volet de sa transition numérique. Et quoi de plus logique que de faire appel aux talents des nouvelles générations pour conduire celle-ci dans les prochaines années ? Encore faut-il leur en donner l'envie… L'approche adoptée ici fait preuve d'une certaine intelligence dans sa manière d'attirer l'attention des jeunes, notamment en jouant (un peu) sur leur culture de zapping.

lundi 17 novembre 2014

CNIL : démarches simplifiées pour l'assurance

CNIL
L'assurance est l'un des premiers domaines intéressés par l'émergence de nouveaux modes de production, de collecte et d'exploitation de données, dont beaucoup concernent les personnes. Afin de faciliter la tâche des acteurs du secteur dans le respect des règles en la matière, ils disposent désormais d'un pack de conformité CNIL.

Premier d'une série qui devrait progressivement couvrir d'autres domaines d'activité, ce référentiel [PDF], conçu avec les organismes représentatifs des professionnels de l'assurance, a une triple vocation : faciliter la mise en œuvre de nouveaux produits et services respectueux de la vie privée des individus, réduire les risques liés à la collecte et à l'utilisation de données personnelles et simplifier les démarches administratives engendrées par l'application des règles édictées par la CNIL.

Pour répondre à ces objectifs, le pack de conformité se présente d'abord sous la forme de 5 fiches pratiques décrivant par le menu et de manière très concrète les principes existants, déclinés dans le cadre spécifique des métiers de l'assurance. Chacune d'elles traite d'un contexte particulier – gestion des contrats, gestion commerciale, lutte contre la fraude… – et précise les finalités considérées, les catégories de données prises en compte, les destinataires possibles, les contraintes de sécurisation…

Ce corpus documentaire s'accompagne de mesures d'allègement des formalités, comprenant, selon les cas, des normes simplifiées (un engagement de conformité sera ainsi suffisant pour la gestion des contrats et la gestion commerciale) ou des procédures de déclaration unique (couvrant en une seule étape tous les traitements relatifs à la collecte des numéros de sécurité sociale, la consultation du référentiel national d'identification des personnes physiques – RNIPP – et la lutte contre la fraude).

A l'ère des « big data » et de l'internet des objets – qu'il s'agisse de mieux piloter les contrats avec des capteurs de comportement de conduite, de la recherche d'information sur les réseaux sociaux pour aider à la détection de la fraude ou encore de récompenser les bonnes habitudes de santé – la clarification des exigences de protection des données personnelles sera accueillie à bras ouverts par les assureurs, qui voient fréquemment dans celles-ci l'un des principaux freins à leurs initiatives (un autre étant la crainte du rejet par les consommateurs).

Hélas, il faudra pourtant déchanter face à la promesse affichée de faciliter le développement de nouveaux produits et services : les fiches pratiques censées détailler les modalités d'application sont totalement muettes quant aux approches émergentes. Les données citées restent (tristement) traditionnelles puisque ce sont celles qui figurent sur tous les formulaires de souscription du monde. Tant pis pour les sources d'information alternatives, les capteurs en tout genre… tout cela n'est pas à l'ordre du jour.

Ceux qui souhaiteront explorer (voire déployer) ces nouvelles opportunités devront donc en rester aux (lourdes) démarches habituelles auprès de la CNIL et espérer que le « club conformité » de l'assurance, créé simultanément et dont le rôle est de faire vivre le pack conformité, se penchera rapidement sur ces questions.

Pack de Conformité CNIL pour l'Assurance

dimanche 16 novembre 2014

Comment Fifth Third aide ses clients en difficulté

Fifth Third Bank
Pour une fois, dans ces colonnes, il ne sera pas question de technologie mais l'initiative « NextJob Homeowner Reemployment » de la Fifth Third Bank – qui vient de remporter un trophée aux « BAI - Finacle Global Banking Innovation Awards » – représente un magnifique exemple d'innovation abordée par un renversement de perspective.

Le fait est largement connu, la crise financière de 2007-2008 a profondément affecté les ménages américains propriétaires de leur logement, du fait à la fois de son impact sur le marché immobilier et de ses implications globales pour l'économie, qui ont fortement fragilisé les plus modestes. Pour ces derniers, la conséquence directe a souvent été l'expulsion, tandis que les banques qui leur avaient consenti un prêt hypothécaire ont enregistré des pertes colossales sur les défauts de remboursement.

Dans la panique qui s'est ensuivie, et dont les effets n'ont pas fini de se faire sentir, les établissements prêteurs ont, au mieux, tenté de sauver – en partie – la situation en déployant une stratégie classique : ils ont proposé à leurs clients de renégocier les termes de leur emprunt. Malheureusement, il ne peut s'agir là d'une solution pérenne puisqu'elle ne cible que les symptômes des difficultés rencontrées et non leurs causes réelles, qui sont, dans près de la moitié des cas, une perte d'emploi.

Fifth Third a donc choisi une autre approche, destinée à traiter le cœur du problème. Elle a commencé par identifier ses clients sans travail ayant accumulé deux mois ou plus de retard dans leurs paiements et elle leur a offert un programme de retour à l'emploi auprès d'une entreprise spécialisée. Bien entendu, l'objectif est de donner à ces personnes l'occasion de gagner un salaire et de retrouver ainsi une certaine stabilité financière, qui leur permettra de rembourser leur dette et de conserver leur logement. Tout le monde en sort gagnant !

NextJob Homeowner Reemployment Program

Loin d'être une simple œuvre sociale, le concept est fondé sur un raisonnement économique sérieux. Les seuls coûts de personnel générés par une forclusion sont du même ordre que le financement du programme pour une personne (environ 1 500 $), pris en charge intégralement par la banque. Une fois intégrés les pertes de revenus, les frais judiciaires et les autres charges liées à un défaut, le bénéfice devient évident. D'autant plus que, lors d'un pilote mené en 2012, 40% des clients inscrits ont effectivement retrouvé un travail après, en moyenne, 22 mois de chômage.

Un aspect étonnant et instructif de l'expérience de Fifth Third est la réticence initiale des personnes contactées, qui – autre effet majeur de la crise – sont devenues extrêmement méfiantes vis-à-vis des institutions financières. Face à cette crise de confiance, la banque a du parfois engager des efforts significatifs pour convaincre les clients de sa volonté réelle de les aider. A l'inverse, cette initiative aura certainement un impact positif important et durable sur sa réputation…

Fifth Third se décrit elle-même comme la « banque curieuse » (« The Curious Bank ») et elle mérite bien ici ce titre (dans les deux sens du terme « curieux », d'ailleurs). Dans un contexte exceptionnel, elle ne sont en effet pas nombreuses à appréhender les défis avec un œil différent et un esprit ouvert. Heureusement, dans la foulée de son succès, quelques autres établissements commencent maintenant à s'engager dans la même voie.

BAI-Finacle Banking Innovation Awards

samedi 15 novembre 2014

A quoi ressemblerait une compagnie d'assurance créée avec Kickstarter ?

Kickstarter
Dans le secteur de l'assurance plus que dans tout autre, l'innovation tend à s'imposer à petits pas, sans rupture majeure. Alors, pour imaginer ce qu'il pourrait devenir dans quelques années, un analyste de Celent, Tom Scales, propose de se projeter dans la peau d'un entrepreneur qui lancerait une nouvelle compagnie via Kickstarter

Le but de l'exercice n'est bien évidemment pas de suggérer à quiconque de se lancer dans une telle entreprise (encore que…), mais plutôt de démontrer aux acteurs historiques combien l'environnement actuel est différent de celui-dans lequel ils ont bâti leurs modèles et en quoi cela affecte la manière d'envisager l'assurance du monde d'aujourd'hui. Pour ce faire, il leur suffit de se poser la question : en partant de rien, comment serait conçue leur concurrente numérique de demain ?

Avant d'aborder les facteurs les plus intéressants, commençons immédiatement par ce qui constitue un obstacle majeur : le capital. En effet, les besoins de financement pour établir une compagnie d'assurance restent importants. Ils ne sont pas raisonnablement à la portée du crowdfunding (tant pis pour Kickstarter…) et l'argent des investisseurs se fait rare. Pourtant, ces mêmes barrières n'empêchent pas quelques banques startups d'émerger. L'idée n'est donc peut-être pas si utopique qu'il y paraît.

D'un point de vue opérationnel, comment un projet de ce type pourrait-il être assemblé ? En fait, rien de plus simple : les briques nécessaires sont désormais disponibles auprès de fournisseurs tiers. Services commerciaux et marketing, gestion financière et comptable, actuariat… tout peut être sous-traité. La vente directe, par internet ou via un centre d'appel (externalisé), est également prête à remplacer les agents. Il est presque possible de gérer une compagnie sans salariés : bienvenue dans l'entreprise virtuelle !

Naturellement, ce n'est pas ainsi que l'innovation parviendrait à s'emparer de l'assurance et cette approche ne ferait que reproduire les modèles existants, dans une version plus efficace et agile. Il peut certes s'agir d'un objectif en soi, parfaitement légitime. Ou bien elle pourrait poser les fondations d'une autre vision, dans laquelle une partie de l'activité, banalisée, s'appuie sur des solutions industrielles, tandis que la compagnie concentre ses efforts sur ses domaines d'excellence (par exemple l'expérience client ?).

Lever ou coucher de soleil ?

vendredi 14 novembre 2014

Le Crédit Mutuel Arkéa déploie des iBeacons

Crédit Mutuel Arkéa
Introduit par Apple en septembre 2013, le concept d'« iBeacon » n'a pas véritablement décollé et ses applications restent rares. Ces débuts timides n'empêchent pas le Crédit Mutuel Arkéa de se lancer [PDF] (prochainement) et de devenir ainsi la première banque française à déployer les fameuses balises dans ses agences.

Pour ceux qui l'auraient oublié, rappelons que le principe de l'« iBeacon » est celui d'un petit émetteur Bluetooth qui, disposé dans des lieux stratégiques, peut communiquer avec les téléphones intelligents des consommateurs dans un rayon de quelques dizaines de mètres au maximum, au besoin en exploitant leur position (approximative). Les usages envisagés vont, par exemple, de l'envoi de notifications géolocalisées (notamment à des fins marketing) à la reconnaissance des visiteurs.

Plusieurs banques à travers le monde ont déjà expérimenté l'utilisation de ces balises. Parmi les pionnières, l'australienne Westpac en avait installé quelques exemplaires dans un petit nombre d'agences pilotes, afin de tester la diffusion d'offres promotionnelles aux clients qui passent dans leur voisinage. En parallèle, nombreuses sont celles qui recherchent des scénarios d'application originaux (il s'agissait d'un des défis du hackathon Société Générale d'octobre dernier, entre autres).

Dans le cas du Crédit Mutuel Arkéa, la phase expérimentale est maintenant terminée et c'est donc bien à une généralisation que se préparent – pour le mois de décembre – les réseaux de ses 3 fédérations (Crédit Mutuel de Bretagne, Sud-Ouest et Massif Central). Dans un premier temps (?), les iBeacons y auront essentiellement pour rôle – également assez classique – d'alerter les conseillers de l'arrivée du client avec lequel ils ont rendez-vous, du moins si ce dernier a préalablement installé l'application idoine.

Entrez dans cette banque…

Les résultats des tests ont du être concluants, pour passer aussi « rapidement » à l'industrialisation ! La banque affirme que ses conseillers ont largement plébiscité le dispositif, tandis que les clients auraient apprécié la meilleure qualité d'accueil dont ils ont pu bénéficier. Rien de surprenant à cela, mais la question la plus importante reste en suspens : les consommateurs seront-ils nombreux à télécharger et utiliser une application qui les localisera et les identifiera dans les points de vente ?

Sans revenir sur les possibles inquiétudes vis-à-vis de l'invasion de la vie privée, il existe en effet une contradiction fondamentale dans l'approche : les petits et grands technophiles susceptibles d'adopter un outil de ce genre sont aussi, en moyenne, ceux qui se rendent moins souvent dans les agences bancaires. Ce n'est certainement pas un nouveau gadget qui changera leur comportement, aussi l'enjeu sera-t-il d'inciter les habitués des visites à leur conseiller à se mettre à l'« iBeacon ».

En réalité, ce ne peut être qu'en multipliant les usages – dont la plupart restent à inventer – que cette technologie apportera une quelconque valeur. Quoi qu'il en soit, le Crédit Mutuel Arkéa est désormais prêt pour ces futurs développements !

jeudi 13 novembre 2014

Une API pour créer son moyen de paiement

Marqeta
Dans le commerce en ligne comme dans les boutiques du monde réel, les marchands multiplient les initiatives pour conquérir et fidéliser leur clientèle. Constatant que le moyen de paiement en constitue souvent le point de convergence, Marqeta, jeune pousse américaine, a conçu un support universel pour répondre à leurs besoins.

Au premier abord, la société se présente comme un émetteur et processeur de paiements comme il en existe tant d'autres. Elle parvient néanmoins à se distinguer de la concurrence avec une offre beaucoup plus riche que la « normale ». Elle permet, entre autres, de créer des programmes de fidélité, des comptes prépayés aux innombrables options de rechargement, des systèmes fermés (fonctionnant uniquement dans certaines enseignes) ou à paramétrer (le porteur pouvant fixer des limites catégorielles)…

Toutes ces fonctions sont intégrées dans un support unique, qui peut être une carte (plastique) classique (compatible avec tous les terminaux, sans impact sur les infrastructures existantes) ou dématérialisée (ouvrant la voie aussi au porte-monnaie mobile, par exemple). Mais le véritable génie de la plate-forme réside principalement dans son API (« interface de programmation applicative »), qui donne le contrôle total et entièrement dynamique de l'ensemble de ses caractéristiques aux développeurs.

Marqeta

Avec les outils fournis et la documentation exhaustive qui les accompagne, le commerçant (ou un offreur de programme de fidélité, une institution financière…) peut donc créer un moyen de paiement précisément ajusté à ses besoins : carte « standard » adossée à une carte existante ou alimentée (automatiquement ou non) par virement bancaire, utilisation en « bon cadeau », gestion des échanges d'argent entre particuliers, contrôle des dépenses d'un enfant par ses parents… une infinité de scénarios sont envisageables et peuvent être combinés en toute simplicité.

Malgré sa jeunesse (son lancement date de 2012), la solution de Marqeta a déjà conquis quelques clients prestigieux : outre Oink (anciennement Virtual Piggy) et son offre pour mineurs, Facebook l'a également mise à contribution pour ses cartes-cadeaux. La disponibilité d'une API ouverte, facilitant grandement son intégration, devrait en démultiplier les opportunités d'adoption. Les commerçants peuvent désormais rêver de déployer un moyen de paiement propriétaire aussi performant que celui de Starbucks !

Dans une tendance inéluctable, tous les services financiers se voient « APIfier » de la sorte. Aujourd'hui l'émission de moyen de paiement, demain le crédit ou la gestion d'investissement, aucun secteur ne restera à l'écart. Et c'est ainsi que le modèle actuel de banque monolithique va progressivement laisser la place à une offre de services multi-forme, à assembler à la demande, en fonction d'un besoin spécifique. Une vision qui concerne autant les clients particuliers que les professionnels…