C'est pas mon idée !

jeudi 18 avril 2019

Chase se diversifie dans les bons cadeaux

Chase
Si quelques banques s'aventurent directement dans le commerce sur mobile, l'américaine Chase préfère limiter sa diversification à un périmètre plus cohérent avec son métier d'origine : elle propose donc à ses clients d'acheter et envoyer à leurs proches des bons cadeaux depuis ses applications bancaires, sur le web et sur mobile.

Dans le sillage de l'intégration d'une fonction de paiement entre particuliers (fournie par l'incontournable Zelle), qui est désormais quasiment généralisée à tous les grands établissements financiers aux États-Unis, la nouvelle option repose sur le principe qu'il est tout de même plus agréable pour le destinataire, à défaut d'un véritable présent, de recevoir un bon d'achat plutôt qu'une simple somme d'argent. Selon cette logique, elle est intégrée dans des conditions et sous des modalités tout à fait similaires.

En pratique, l'utilisateur choisit parmi une soixantaine de grandes enseignes (la liste comprenant également quelques spécialistes multi-marques), telles que Starbucks, Domino's, Sephora, The Home Depot…, auprès desquelles il achète un crédit de 5 à 100 dollars, qui sera débité sur son compte courant. Dès lors, il ne lui restera plus qu'à indiquer l'adresse mail du bénéficiaire et le tour est joué ! Ce dernier reçoit un message dans lequel le cadeau, utilisable immédiatement, est matérialisé par un code à barre, à scanner en caisse ou à saisir pour un règlement en ligne.

L'application intègre en outre une capacité de suivi de l'historique des cadeaux réalisés avec ce service et, plus intéressant, un mécanisme d'anticipation : il est, par exemple, possible de programmer à l'avance un envoi pour un anniversaire ou tout autre événement. Fini l'oubli d'une date importante ou la course de dernière minute (même s'il reste toujours préférable d'offrir un article plus personnalisé qu'un bon d'achat) !

Bons cadeaux Chase

La conversion finale s'avère un peu décevante : on aurait pu imaginer que Chase profiterait d'une telle opportunité pour tenter d'inciter (sans obligation, naturellement) les récipiendaires à, peut-être, télécharger une application (propre à la banque, et pouvant alors devenir un support marketing, ou en collaboration avec un tiers) leur permettant de conserver leurs bons à portée de la main, plutôt que de ressortir à des techniques d'ancienne génération, qui aboutiront fréquemment à une impression du code.

Cependant, la banque nous avertit : il ne s'agit, à ce stade, que d'une première itération et des services complémentaires seront rapidement ajoutés au dispositif. Et, même sans rechercher des modèles plus ou moins aisés à relier au secteur financier, il est clair que l'univers qui entoure les paiements offre un potentiel d'innovation qui n'a été, pour l'instant, qu'à peine effleuré. Les bons d'achats et, juste derrière, les promotions commerciales, représentent des gisements de valeur à explorer, sous différents aspects.

mercredi 17 avril 2019

Tully veut soulager le stress de l'endettement

Tully
Emprunter afin de réaliser ses projets n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Au contraire, il s'agit souvent de la meilleure solution pour atteindre ses objectifs plus rapidement. Pourtant, les personnes endettées sont, en majorité, angoissées face à l'engagement que représente cet acte banal. Heureusement, Tully vient à la rescousse !

Au Royaume-Uni, environ trois quarts de la population a un crédit en cours – ce qui est, a priori, parfaitement normal – mais deux tiers de ces individus, soit un britannique sur deux, sont constamment préoccupés par cette situation. De plus, qu'ils soient ou non dans une passe réellement difficile, la sorte de honte ou, à tout le moins, l'embarras que suscite le sujet dans l'inconscient de tout un chacun fait que la recherche d'une assistance n'est généralement considérée que comme un recours ultime, envisagé tardivement.

Telle est la raison pour laquelle Tully lance une plate-forme « digitale » gratuite, qui doit permettre à tous ceux qui s'inquiètent pour leurs finances personnelles de prendre le taureau par les cornes, sans avoir l'impression de se mettre à nu devant quelqu'un qui paraîtrait susceptible de les juger. L'ambition est à la fois d'établir un état des lieux objectif de l'endettement de l'utilisateur et, selon ce bilan, de le rassurer quant à la maîtrise de son avenir et/ou de lui suggérer des actions correctives pour surmonter ses difficultés.

Concrètement, la démarche commence par une analyse de la position financière globale du demandeur, prenant en compte l'exhaustivité de ses ressources et de ses obligations. S'il ressort de cette première étape un déséquilibre dangereux, Tully propose ensuite de se charger de négocier directement avec les créanciers des aménagements de leur plan de remboursement, dans une logique de bénéfice mutuel (d'un côté en mettant en balance le risque de défaut et de l'autre par un assainissement des comptes).

Accueil Tully

Ce faisant, la jeune pousse veut en outre intégrer les contraintes spécifiques du monde moderne au cœur de son approche. Ainsi, par exemple, la pratique historique des mensualités de montant fixe, lui semble peu adaptée à l'expérience que vivent une part de plus en plus importante de travailleurs indépendants et de consommateurs qui choisissent un mode de vie différent des standards. Elle souhaite donc, aussi, mettre en place des modèles plus dynamiques, mieux alignés avec ces évolutions sociétales.

À l'instar d'un nombre croissant de startups de la FinTech aujourd'hui, la mission que se donne Tully n'est pas tant de réinventer la finance et les produits financiers que de donner à ses concitoyens les moyens de maîtriser ceux qui existent et, de la sorte, de rendre leur quotidien moins stressant et plus agréable. Et il est incontestable que, dans ce domaine, les lacunes sont particulièrement criantes, alors que les technologies actuelles offrent une infinité d'opportunités de résoudre la plupart des problèmes courants…

mardi 16 avril 2019

Amazon aussi peut partager « ses » données

Mastercard
Quelques esprits chagrins se plaignent que l'obligation réglementaire faite aux institutions financières de partager les données qu'elles détiennent les exposent à une concurrence déloyale de la part des géants du web. Amazon leur répond, en quelque sorte, en fournissant à Mastercard les détails des transactions de ses clients professionnels.

Malgré le développement d'outils destinés à la simplifier, la gestion des notes de frais dans les entreprises reste une corvée pour leurs collaborateurs. Et même avec le déploiement de plus en plus fréquent de cartes « affaires » pour ceux qui engagent régulièrement des dépenses pour le compte de leur employeur, les exigences comptables entraînent des complications irritantes pour tout le monde, comme, par exemple, lorsqu'il faut détailler les coûts d'un achat comprenant des articles de natures différentes.

En raison de l'immense diversité de son catalogue, une plate-forme telle que celle d'Amazon est, de toute évidence, particulièrement concernée par ces difficultés. Aussi n'est-ce pas une surprise qu'elle se place en pointe pour essayer de rendre la vie plus facile à ses clients. Pour ce faire, elle transmet à Mastercard, pour chaque paiement effectué avec une carte éligible, la liste complète des items facturés (avec description, prix unitaire, quantité et taxes correspondantes) ainsi que les frais d'expédition.

Les informations collectées de la sorte sont alors directement intégrées dans les systèmes de gestion de dépenses des entreprises pour lesquels Mastercard propose une interface d'alimentation automatique ou, à défaut, dans le propre portail analytique « Smart Data » du réseau de paiement, enrichi pour l'occasion. Notons toutefois que, à ce stade, le service n'est disponible qu'en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour les clients de Bank of America, Barclays, Citi, J.P. Morgan, Lloyds, NatWest et RBS.

Amazon Business

Il n'est pas un secret qu'Amazon, comme tous les mastodontes technologiques, collecte et exploite des masses de données, à une échelle industrielle, afin de démultiplier son efficacité commerciale et opérationnelle, y compris, d'ailleurs, dans le domaine des services financiers. Parfois, comme ici avec Mastercard, il lui faut également savoir ouvrir ce trésor à des partenaires externes, de manière à mieux séduire ses clients, et la satisfaction de ce besoin ne doit certainement pas générer d'états d'âme.

La question que nous pouvons maintenant nous poser est de savoir si Amazon serait disposé à adopter la même transparence vis-à-vis d'une demande équivalente sur les emplettes des particuliers. Il est en effet aisé d'imaginer que les éditeurs de solutions de suivi de budget, par exemple, serait très intéressés d'obtenir un accès à des informations plus précises sur les tickets de caisse de leurs utilisateurs. Et une première percée par un acteur aussi incontournable pourrait déclencher une généralisation salutaire…

lundi 15 avril 2019

TSB dédommage toutes les fraudes

TSB
Dans le sillage du désastre de son changement de système informatique au printemps dernier, TSB poursuit ses efforts en vue de regagner la confiance de ses clients. Avec son initiative inédite de dédommagement systématique de toutes les fraudes dont sont victimes ses clients, elle prend une sérieuse avance dans sa course à la reconquête !

Bien qu'il subsiste une énorme marge de progrès, il semblerait que, ces derniers temps, les institutions financières prennent enfin conscience de l'enjeu réel que représentent les pertes subies par les consommateurs en raison de malversations en tout genre. En effet, qu'ils portent ou non une part de responsabilité dans leurs mésaventures, ils auront toujours l'impression que leur établissement n'assume pas totalement son rôle, soit dans la prévention, soit dans leur accompagnement pour la recherche d'une solution.

Dans une large mesure, la parade passe par une meilleure éducation de la population aux risques encourus et aux bonnes pratiques de protection. Tel est d'ailleurs l'axe principal de la plupart des programmes engagés par les banques. Mais il ne peut suffire. Il devient également indispensable d'admettre que ce qui semble évident à l'un ne l'est pas pour son voisin et que chacun d'entre nous est susceptible, à un moment ou un autre, de commettre une erreur. Et l'empathie est essentielle dans ces circonstances.

Pour une entreprise qui veut s'affirmer comme un partenaire privilégié dans l'ensemble de sa relation à l'argent, il ne vaudra rien d'expliquer à la victime qu'elle aurait dû être plus méfiante et qu'elle aurait dû écouter plus tôt les recommandations prodiguées… tant qu'elle n'aura pas surmonté le choc vécu. C'est la raison pour laquelle la démarche de TSB comporte aussi une dimension pédagogique, tout comme l'est, dans un registre certes différent, la mise en place d'une écoute personnalisée chez Danske Bank.

TSB Fraud Refund

La promesse de la filiale de Sabadell est de rembourser le préjudice subi en cas de fraude, quelles que soient les conditions dans lesquelles celle-ci est survenue (sauf complicité), même si elle résulte d'une imprudence. Ce principe, qui va bien au-delà des obligations réglementaires en vigueur, s'accompagne d'une seule petite obligation : lors de la déclaration de l'incident, la banque va en rechercher les causes et, le cas échéant, donner des conseils pour éviter qu'il ne se reproduise. S'ils ne sont pas appliqués, elle refusera une demande d'indemnisation ultérieure de faits similaires.

L'impact à attendre de ce dispositif est double. D'une part, le remboursement immédiat, procurant l'impression au client qu'il est entendu et compris par TSB dans une période de stress et d'inquiétude, devient un facteur de satisfaction, et de confiance, incomparable. D'autre part, dès la tranquillité d'esprit retrouvée, le moment difficile peut constituer une excellente opportunité de partager, avec une efficacité maximale, quelques éléments d'apprentissage de la lutte individuelle contre la fraude sur les comptes bancaires.

Le coût de cette nouvelle garantie sera probablement élevé, mais il est certainement à la mesure des bénéfices à en tirer, à la fois en termes d'éducation à la sécurité des clients et, surtout, de l'augmentation (ou, a minima, de la restauration) de leur fidélité, grâce à un avantage exclusif et particulièrement tangible pour beaucoup d'entre eux. Mais, à terme, peut-être faudra-t-il considérer de telles preuves de transparence dans la relation comme des composantes standards des offres des institutions financières ?

dimanche 14 avril 2019

Open banking : Standard Chartered vise l'interne

Standard Chartered Bank
Bien que son siège social soit installé à Londres, Standard Chartered opère principalement sur les marchés asiatiques, africains et moyen-orientaux. Aussi n'est-elle contrainte par la deuxième directive européenne des services de paiement (« DSP2 ») que marginalement. Elle a donc d'autres préoccupations en tête quand elle s'investit activement dans une démarche d'« open banking »

En l'occurrence, l'initiative émane de la branche indienne de l'institution, où, vraisemblablement, l'essentiel de ses forces vives de développement logiciel sont concentrées. Sa première brique est un incontournable portail d'APIs, baptisé aXess. Celui-ci donne accès, pour l'ensemble de ses pays d'implantation, à une sélection de services bancaires qui s'étend du standard « DSP2 » (consultation des soldes et des transactions, initiation de paiement) jusqu'au financement des échanges commerciaux.

La plate-forme s'adresse, classiquement, à des tiers – dûment habilités, le cas échéant, pour exploiter les fonctions les plus sensibles – désireux d'utiliser des données ou services bancaires dans leurs propres applications ou encore aux entreprises clientes de Standard Chartered souhaitant mieux intégrer leurs opérations financières dans leurs processus internes. Mais une autre population, souvent oubliée dans ce genre de programme, est également ciblée : les collaborateurs de l'établissement.

C'est donc à l'attention de ceux-là, et plus particulièrement des développeurs, que s'adressent les deux volets additionnels et complémentaires du dispositif qui vient d'être dévoilé : aXess Academy, pour la sensibilisation et la formation aux opportunités de la banque ouverte, et aXess Labs, consacré à l'accompagnement dans la conception et la mise en œuvre de solutions innovantes, dans une vision transverse de l'organisation.

Standard Chartered - Experience Open Banking

Le premier peut paraître redondant, au premier abord : que peuvent donc apprendre des professionnels du logiciel en matière d'APIs ? Ne font-elles pas déjà partie intégrante de leur quotidien ? En réalité, l'objectif recherché ne sera évidemment pas de découvrir un modèle de programmation, mais d'appréhender une véritable culture, généralement étrangère aux habitudes des directions informatiques des institutions financières.

En conséquence, outre l'acquisition des compétences élémentaires requises pour maîtriser les bons réflexes de mise en œuvre et d'utilisation des APIs bancaires, l'académie de Standard Chartered propose surtout des hackathons, conférences et autres occasions d'échanges avec des spécialistes de différents domaines, afin d'accoutumer les employés à envisager les métiers de l'entreprise sous la forme de jeux de services partagés, faciles à incorporer et combiner dans de nouvelles solutions.

Les « aXess Labs » complètent logiquement l'ensemble en mettant à la disposition des développeurs un espace physique (à Bangalore) au sein duquel ils peuvent s'approprier les dernières technologies en vogue et transformer leurs idées en produits, tout en se faisant les ambassadeurs de l'« open banking » – de ses capacités, de ses meilleures pratiques, de ses usages, de ses outils… – auprès de leurs collègues.

Je suis toujours amusé de rencontrer des personnes, dans les grandes entreprises que je fréquente, qui se posent simultanément les questions « à quoi peut bien servir de publier des APIs (au-delà des exigences réglementaires) ? » et « comment accélérer l'innovation ou faire fructifier nos collaborations avec la FinTech ? », sans réaliser que leurs réponses se font écho, au point même qu'il ne peut exister de vraie démarche d'innovation sans ouverture préalable d'interfaces logicielles… Et Standard Chartered l'a bien compris.

samedi 13 avril 2019

CommBank cède à la mode du coach d'épargne

CommBank
Petit à petit, l'idée de chercher à comprendre – puis à influencer – les comportements des consommateurs dans la gestion de leur argent fait son chemin au sein des banques. Comme un certain nombre de ses consœurs dans le monde, l'australienne CommBank choisit initialement de l'appliquer dans le but d'inciter ses clients à mieux épargner.

Avec le nouveau service « Goal Tracker », intégré à son application mobile de gestion des comptes, l'institution reprend un principe déjà ancien. L'utilisateur est en effet d'abord invité à définir un projet ou un rêve et à en faire un objectif d'épargne à atteindre, assorti d'un montant et d'une échéance. À partir de ce moment, un algorithme adaptatif va l'accompagner étape par étape, jusqu'au succès, en prodiguant régulièrement des conseils avisés, qui vont également prendre en compte les aléas du quotidien.

Ainsi, la première recommandation consistera, trivialement, à mettre en place un transfert récurrent vers un compte d'épargne. À défaut, une notification – hebdomadaire par exemple – incitera le client à effectuer lui-même le virement nécessaire. Mais l'application ajoutera à ces bases quelques coups de pouce supplémentaires, tels que la suggestion de mettre de côté une somme fixe à la réception du salaire, afin d'accélérer la réalisation de l'objectif, ou de mesures correctives en cas de négligence dans les versements.

CommBank Goal Tracker

Depuis le lancement de « Goal Tracker » en février 2019, les clients de CommBank y ont créé plus de 250 000 projets, dont les plus populaires concernent un voyage (dans 27% des cas), une acquisition immobilière (19%) ou un achat important (15%). En outre, près de la moitié des adeptes (44% exactement) ont aussi choisi de mettre en place un virement automatique pour concrétiser leur démarche, démontrant de la sorte que le simple fait de matérialiser l'objet de l'épargne est un stimulant efficace.

L'introduction de « Goal Tracker » s'inscrit dans un mouvement – initié, dans CommBank, avec un dispositif d'alerte aux pénalités de retard sur les cartes de crédit – qui reflète un changement de perspective dans l'approche traditionnelle de la banque. Quand les clients exigent la transparence, il ne peut plus être question de prospérer sur leur ignorance et leur distraction. Il faut au contraire adopter une posture de compagnon financier, toujours prêt à les aider à profiter au mieux de leur argent et à combler leurs désirs. Il reste toutefois du chemin à parcourir avant de voir le concept généralisé…

vendredi 12 avril 2019

Danske Bank étoffe son dispositif anti-fraude

Danske Bank
D'un côté, les cybermenaces sur les comptes bancaires des particuliers, toujours plus sophistiquées, se développent sans cesse. De l'autre, le manque d'éducation et d'accompagnement continue de laisser une immense majorité de la population exposée aux risques de fraude. Danske Bank UK réagit en mettant sur pied une équipe dédiée.

Bien sûr, les institutions financières sont parfaitement conscientes du fléau que représente la cybercriminalité pour leurs clients et elles ne restent pas inactives. Elles multiplient, notamment, les solutions de détection et de prévention automatiques au sein de leurs services en ligne, à l'image de la nouvelle option proposée par Santander qui demande à l'utilisateur de son application mobile de préciser le motif spécifique d'une transaction, de manière à pouvoir l'alerter (et bloquer l'opération) si elle paraît suspecte.

En revanche, il reste souvent de sérieuses lacunes dans les panoplies de protection des banques, surtout aux deux extrémités de l'expérience grand public de la fraude. En amont, d'abord, les efforts de sensibilisation et de formation des individus aux dangers qui les guettent, aux techniques permettant de les débusquer et aux moyens de les contrecarrer semblent mal adaptés aux enjeux : entre avertissements à l'occasion d'attaques ciblées et contenus génériques rarement consultés, l'efficacité est douteuse…

Pour la filiale nord-irlandaise de Danske Bank, la réponse consiste à rassembler quelques spécialistes (ils sont 8, à ce stade) de la fraude sur les cartes, sur les chèques, sur les virements, sur les distributeurs automatiques, sur l'identité… et à leur confier la mission d'inculquer aux clients de l'établissement, voire aux citoyens en général, les connaissances fondamentales qui les aideront à identifier et éviter les escroqueries les plus fréquentes et à maintenir leur vigilance face à l'innovation du secteur.

L'équipe fraude et cybercriminalité de Danske Bank UK

Mais leur rôle ne s'arrête pas là. À l'autre bout du spectre, l'équipe assume également les tâches, ô combien importantes, de prendre en charge les clients qui ont été ou craignent d'avoir été victimes d'une malversation et de les accompagner dans la résolution de leur problème. En effet, s'il est une circonstance dans la vie où chacun d'entre nous peut ressentir le besoin de parler à un(e) professionnel(le) et de se sentir compris et véritablement assisté, la survenue d'une fraude est certainement celle-là.

Telle est bien la leçon qu'il faut tirer de l'initiative de Danske Bank, même s'il reste à voir comment elle sera concrètement mise en œuvre : tandis que la plupart des acteurs historiques veulent nous – et se – convaincre que la relation humaine est essentielle pour leur modèle, ils oublient de s'interroger sur sa valeur distinctive. Or, plutôt que d'user d'incantations pour faire revenir les clients dans leurs agences, peut-être vaudrait-il mieux commencer par découvrir et analyser dans quelles conditions ils apprécieront réellement d'avoir accès à un interlocuteur qui les écoute, les conseille et/ou les rassure…

jeudi 11 avril 2019

Banque Casino veut réduire les frustrations du centre d'appel

Banque Casino
De tout temps, appeler le service client d'une entreprise a constitué une expérience parsemée d'insatisfactions, petites et grandes. Les consommateurs demandant désormais une réponse instantanée à leurs questions, l'attente est, en particulier, une source majeure d'irritation. Banque Casino s'attelle à la réduire grâce à une approche innovante.

Tout d'abord, sa nouvelle solution, conçue et développée par Greenbureau, adopte les dernières technologies de reconnaissance vocale pour offrir une interface conviviale lors de la prise en charge d'un appel téléphonique. Au lieu d'avoir à parcourir (péniblement) des séries de menus, récités par une voie monocorde (« si vous avez perdu votre carte, tapez 1, pour consulter votre solde, tapez 2… »), c'est un robot doué de parole qui accueille la personne et qui lui permet d'être dirigé rapidement vers l'interlocuteur ou le service ad hoc, en fonction de son besoin, exprimé en langage naturel.

Mais là n'est (évidemment) pas le seul moyen mis en œuvre afin de réduire les frustrations courantes des interactions avec un centre d'appel. Ainsi, dans le cas où le système identifie un risque d'attente substantiel avant qu'un conseiller ne se libère, il cherche à éviter que le client ne s'énerve (en patientant au son de Vivaldi) et va donc lui proposer des options alternatives. Il pourra s'agir, par exemple, de demander à être recontacté ou de basculer sur une plate-forme de tchat (en général plus vite disponible car un même employé peut y assurer plusieurs conversations simultanément).

Centre d'appel

En outre, la spécificité du dispositif de Banque Casino est que les choix soumis à l'utilisateur sont contextualisés : s'il appelle depuis un téléphone fixe, il se verra prioritairement orienter vers une prise de rendez-vous, tandis que, sur un smartphone, une conversation par tchat sera plutôt mise en avant. Plus précisément encore, s'il est déterminé que son appareil est un iPhone, ce sera la messagerie professionnelle d'Apple, intégrée avec l'outil grand public iMessages de la marque, qui sera privilégiée.

Ce ciblage minutieux répond à une volonté de la banque d'ajuster au mieux les suggestions émises au profil de la personne qui sollicite un contact, à sa situation immédiate et à ses préférences les plus probables (à défaut de les connaître réellement). Les chances de satisfaire sont de la sorte maximisées et comme, dans tous les cas, aucune solution n'est imposée, les résultats ne peuvent être que globalement positifs.

Il n'est, bien sûr, pas toujours possible de répondre aux exigences de réactivité des consommateurs, mais il existe de nombreuses opportunités d'éviter bien des contrariétés, en fournissant la « bonne » information au bon moment, que ce soit une estimation d'une durée d'attente ou bien l'existence d'un autre média sur lequel le besoin exprimé, s'il est peu complexe, pourra être traité sans délai. Quand, de surcroît, cet effort en direction de la satisfaction des clients converge avec une amélioration de l'efficacité…

mercredi 10 avril 2019

L'ouverture des données bancaires suscite des vocations

The ID Co.
Le Royaume-Uni ayant entamé sa marche vers l'ouverture des données bancaires avant tous les autres pays d'Europe (et du monde), leurs usages s'y développent aussi plus tôt, naturellement. C'est ainsi que The ID Co., jeune pousse écossaise, s'est fait une spécialité de leur utilisation à des fins variées et dans différents domaines.

La nouvelle application que vient d'annoncer l'entreprise, par exemple, est conçue pour fournir aux établissements de crédit un relevé complet des revenus des personnes sollicitant un prêt. Le principe est relativement trivial (rappelant d'ailleurs une récente expérimentation de Sberbank en Russie) : plutôt que de demander leurs trois derniers bulletins de salaire aux emprunteurs, on leur suggère d'accorder un accès (ponctuel) à leurs comptes bancaires et une analyse des transactions – mettant en œuvre 6 algorithmes complémentaires – suffit alors à déterminer leur rentrées réelles.

Les avantages d'une telle approche ne se limitent pas au seul gain d'efficacité qu'autorise la recherche automatisée des informations nécessaires, par rapport à une vérification, souvent « manuelle », des justificatifs habituels. Les bénéfices se font immédiatement sentir également du côté du client, pour qui le processus devient infiniment plus simple, plus fluide et plus réactif, puisqu'il n'a plus à fournir une pile de documents dont il ne sait jamais où ils sont rangés et qu'il va pouvoir obtenir une réponse immédiate.

Il faut encore ajouter la réduction drastique des risques de fraude, cruciale à une époque où les falsifications de relevés imprimés sont monnaie courante. Enfin, l'information que dérive The ID Co. de son traitement des mouvements s'avère beaucoup plus riche qu'un montant de salaire : elle peut notamment couvrir une période étendue permettant d'en déterminer la variabilité dans le temps et elle sait aussi identifier les éléments de revenus annexes, qui méritent d'être pris en compte dans une évaluation de fiabilité financière.

The Id Co. Income Verification

Probablement parce qu'ils y sont immergés depuis longtemps, les fondateurs de The ID Co. visent d'abord le secteur du crédit avec ce produit. Mais il est évidemment susceptible d'intéresser une multitude d'autres acteurs qui pourraient exploiter ce modèle de contrôle des revenus d'un individu ou d'un ménage – propriétaires immobiliers cherchant un locataire, organismes d'aides publiques… – d'autant qu'il est extrêmement facile à intégrer dans toutes sortes de plates-formes, avec un widget de connexion et, au choix, un tableau de bord ou une API pour la restitution des calculs.

La généralisation des accès ouverts aux comptes aidant, l'idée (déjà ancienne) de valoriser le trésor qui gît aujourd'hui dans les tréfonds des systèmes d'information des banques commence enfin à se matérialiser concrètement, jusqu'à susciter la création d'entreprises dédiées, telles que The ID Co. Si elles n'y prennent pas garde et si elles ne s'emparent pas rapidement des opportunités béantes qui s'offrent à elles, les institutions financières courent le danger de n'être que spectatrices de l'émergence de nouveaux pans d'activité promis à un avenir brillant et potentiellement très lucratifs…

mardi 9 avril 2019

Envel met la banque sur pilote automatique

Envel
Pour la plupart des individus, la gestion des finances personnelles est une corvée dont ils préféreraient ne pas avoir à se préoccuper et que, d'ailleurs, beaucoup d'entre eux négligent, à leurs propres dépens. La jeune pousse américaine Envel estime que les technologies modernes sont désormais en mesure de suppléer à leurs réticences.

Même si nous sommes tous plus ou moins conscients de la nécessité de veiller régulièrement à notre utilisation de l'argent, établir et suivre un budget, avec rigueur et dans la durée, paraît souvent complexe et toujours rébarbatif. Pourtant les quelques bonnes pratiques essentielles d'une gestion saine s'avèrent finalement plutôt simples à appliquer. Pourquoi alors ne pas utiliser des algorithmes (dotés d'un soupçon d'intelligence artificielle) pour automatiser ce que nous refusons de faire nous-mêmes ?

Avec sa solution, actuellement en cours de développement, Envel s'attelle précisément à concrétiser cette vision d'une banque qui exécute spontanément les gestes élémentaires que tout consommateur devrait adopter afin de se faciliter la vie financière. Premier principe du dispositif, les avoirs de l'utilisateur sont répartis dans 4 enveloppes (virtuelles) distinctes : celle destinée à payer les frais récurrents, une réserve pour les urgences, une épargne à long terme et le reste à dépenser, pour les achats du quotidien.

La banque sur pilote automatique

Au fur et à mesure des transactions réalisées, grâce à des techniques d'apprentissage automatique, l'application analyse les habitudes du client, comprend ses besoins, détecte ses défauts, identifie les opportunités de correction… qu'elle affine continuellement. À partir de cette connaissance, elle va pouvoir intervenir à bon escient, par exemple en veillant à constituer puis maintenir une épargne de précaution ou en aidant à maîtriser les achats impulsifs (via un mécanisme d'allocation des fonds à dépenser chaque jour).

Pour ajouter un peu de sel à l'expérience et compléter son approche de détournement des envies consuméristes vers une recherche de sécurité financière, Envel inclut dans sa panoplie un système de récompenses (symboliques), attribuées pour chaque geste considéré comme « positif », qui sert à un établir un classement sur lequel les utilisateurs peuvent comparer leurs performances. La startup imagine même de faire de cet indicateur du comportement réel un substitut au score de crédit traditionnel.

Depuis la nuit des temps, l'être humain s'est ingénié à créer des outils capables de le libérer des tâches ingrates et pénibles. La gestion de finances personnelles entre certainement dans cette catégorie et il est donc plus que temps que les solutions logicielles disponibles aujourd'hui s'y attaquent. Il ne faudrait toutefois pas tomber dans un excès de contrôle – Envel semble notamment plafonner effectivement, au niveau de la carte, les dépenses quotidiennes – sous peine d'effrayer les clients potentiels.