C'est pas mon idée !

mardi 23 avril 2019

Quand un assureur exploite les API bancaires

Friendsurance
En attendant une concrétisation du standard d'assurance ouverte que son responsable des partenariats appelle de ses vœux, Friendsurance, le trublion allemand du secteur, tire désormais parti de l'accès aux comptes bancaires des consommateurs autorisé par la deuxième directive européenne des services de paiement (DSP2).

C'est dans le cadre de son offre « Friendsurance Business » destinée aux institutions financières et, plus précisément, à l'occasion de l'annonce [PDF] de la collaboration de la startup avec la compagnie R+V Versicherung que Tim Kunde, son fondateur, révèle quelques détails de cette nouvelle approche. En l'occurrence, il s'agit de proposer aux clients particuliers de l'entreprise une application de gestion personnelle d'assurances, sorte d'équivalent de ce qu'est la gestion de finances personnelles pour l'argent.

Dans cet esprit, l'objectif de la solution est donc de fournir aux utilisateurs une vue à 360° de leurs couvertures (dans tous les domaines) et de se tenir à l'affût des opportunités de les optimiser au fil de leur vie quotidienne, en prodiguant toutes les recommandations pertinentes (qui, naturellement, se traduiront pour l'assureur partenaire par des possibilités de vente de produits). En arrière-plan, la magie de la promesse est rendue possible grâce à une analyse multi-dimensionnelle des transactions bancaires.

Afin de profiter pleinement de tous les avantages de l'application, le client est en effet rapidement invité à autoriser la consultation de ses comptes (par l'intermédiaire des interfaces de l'agrégateur finAPI). Il peut ainsi éviter, d'emblée, d'avoir à saisir lui-même les différentes polices d'assurance qu'il a souscrites : dans la plupart des cas, les règlements de primes détectés au sein de l'historique d'opérations suffisent pour identifier précisément les contrats correspondants, quels qu'en soient les fournisseurs.

Friendsurance Business

Mais la valeur de la connexion directe à la banque devient encore plus intéressante par la suite. Car le suivi de l'activité financière permet aux algorithmes de la jeune pousse de repérer les événements qui peuvent justifier des ajustements. Outre l'ajout au portefeuille des éventuelles nouvelles assurances acquises, les changements importants de situation personnelle ou familiale donneront lieu à des conseils contextualisés.

Par exemple, le versement d'une prime de naissance, laissant supposer que le foyer s'agrandit, procurera une occasion de suggérer d'étendre les bénéfices d'une couverture santé. Ou bien une évolution significative de loyer déclenchera une incitation à vérifier si les conditions de l'assurance habitation nécessitent une actualisation. Dans tous les cas, les recommandations peuvent être émises automatiquement dans l'application ou être d'abord soumises à un conseiller (humain) qui les évoquera avec son client.

La solution de Friendsurance intègre également, sans surprise, un module comparateur. Celui-ci se démarque des plates-formes traditionnelles en commençant par présenter une évaluation de la qualité des protections existantes (établie par un organisme tiers, Franke & Bornberg). Il suffit ensuite de répondre à quelques questions, permettant de préciser les besoins, pour obtenir une contre-proposition de la part de l'assureur partenaire, notée par la même société, qui ne sera alors recommandée que si elle semble meilleure.

Petit à petit, le potentiel de la banque ouverte prend corps : les acteurs de tous secteurs prennent conscience que l'accès aux comptes de leurs clients et prospects représente un moyen facile et objectif de découvrir leurs comportements, leurs habitudes, leur personnalité, leur situation… et de leur offrir, grâce à cette connaissance, des services ultra-personnalisés, adaptés au mieux à leurs attentes. Une question va toutefois rapidement émerger : jusqu'à quel point les consommateurs accepteront-ils d'accorder à (presque) n'importe qui un droit d'exploitation de leurs données si intimes ?

lundi 22 avril 2019

Deux visions opposées de la FinTech

FinTech
Quand Arun Krishnakumar, investisseur spécialisé dans l'inclusion, esquisse, au fil d'un article pour Daily FinTech, une vision de l'innovation financière contrastant les approches des marchés émergents avec celles des pays développés, il touche un nerf sensible qui mérite certainement d'être exploré un peu plus en profondeur.

Quelques exemples représentatifs de l'histoire de la FinTech en Asie et en Afrique permettent de prendre conscience d'une particularité qui peut être aisément généralisée (même si elle n'est pas entièrement exclusive) : depuis les débuts de m-Pesa au Kenya jusqu'aux incursions financières des acteurs de la mobilité alternative (Bykea, Go-Jek, Grab…), en passant par les incontournables Alibaba et WeChat, ce sont des frictions dans des expériences de vie courante qui ont déclenché la plupart de ces initiatives.

Ainsi, l'histoire des paiements via le téléphone mobile a commencé avant que des opérateurs ne s'en emparent, avec des consommateurs qui s'échangeaient des minutes de communication de manière informelle. Une fois l'opportunité détectée, il ne restait plus qu'à un industriel suffisamment attentif aux besoins de ses clients (Safaricom, en l'occurrence) de capitaliser sur la tendance, en simplifiant l'usage, puis en l'enrichissant de services complémentaires continuant à faire du sens pour les utilisateurs.

Du côté des trublions asiatiques, ce sont plutôt les parcours de consommation qui ont suscité les vocations : sous ses différentes facettes, le m-commerce se trouvait handicapé par des méthodes de paiement inadaptées et, surtout, réservées à une fraction de sa cible de clientèle. Afin de lever un tel frein à leur expansion, les startups locales se sont résolues à prendre le taureau par les cornes et créer leurs propres solutions… qui ne demandent plus ensuite qu'à se développer dans toutes les dimensions.

Par opposition, la FinTech de nos contrées (Amérique du Nord, Australie, Europe…) est beaucoup plus centrée sur le volet financier. Son objectif consiste souvent à tenter de ré-inventer l'expérience des produits et services bancaires (ou d'assurance) eux-mêmes, probablement parce que celle-ci est inscrite dans les habitudes de l'immense majorité de la population et qu'elle constitue de la sorte le point de focalisation des douleurs justifiant une innovation. L'archétype de cette orientation est la néo-banque à l'occidentale.

Le défaut de cette démarche est qu'elle limite singulièrement l'horizon sur les possibilités de rupture, car elle prend pour référence les systèmes existants, qu'il s'agit alors d'améliorer, sans fondamentalement les remettre en cause. Or, dans un monde en pleine transformation, il serait plus utile et, finalement, plus efficace de repartir d'une feuille blanche, afin d'imaginer les outils financiers qui seraient les plus appropriés pour nos nouvelles façons d'interagir, acheter, louer, vendre, échanger, partager…

Mais, en pratique, est-il envisageable d'adopter dans nos régions les recettes des stars chinoises et africaines ? Rien n'est moins sûr. D'une part, leurs solutions peuvent être difficiles à intégrer, telles quelles, dans des pratiques quotidiennes différentes de celles de leur marché d'origine. D'autre part, leurs processus de conception radicale se heurteraient ici aux dispositifs existants, dont l'expérience n'est pas si désastreuse qu'une autre puisse s'imposer rapidement et (plus ou moins) naturellement, par un avantage manifeste.

Pourtant, les exemples de services financiers immergés dans des moments de vie, qui représentent l'avenir du secteur partout sur la planète, apparaissent aussi dans les pays développés. La spécificité à laquelle ils sont confrontés est qu'ils ne peuvent jamais s'affranchir de l'environnement dans lequel ils sont déployés. C'est une contrainte que nul ne peut ignorer, surtout dans la recherche d'inspiration à l'autre bout du monde.

Immersion

dimanche 21 avril 2019

Brex, la carte de crédit des startups

Brex
Aussi brillantes soient leurs perspectives d'avenir, les startups qui n'ont pas (ou pas suffisamment) de revenus restent mal aimées des banques traditionnelles. La défiance de ces dernières implique souvent des difficultés pour obtenir des services basiques, tels qu'une carte de crédit d'entreprise. Aux États-Unis, Brex existe pour y remédier.

Après plusieurs tours de financement importants (auprès, entre autres, d'ex-fondateurs de PayPal), qui lui confèrent le statut de licorne, et un lancement de produit qui remonte à près d'un an, la jeune pousse revient actuellement dans l'actualité avec une nouvelle injection de fonds de 100 millions de dollars, sous forme de dette, par la branche investissement de Barclays. Autant d'indices qui justifient de se pencher sur elle et sur ce qu'elle apporte de réellement nouveau dans un environnement en voie de saturation.

Le point de départ de l'aventure est, comme il se doit, l'identification d'une friction majeure : l'impossibilité chronique pour des entreprises de forte croissance à passer les filtres habituels des banques, en particulier lorsqu'elles désirent souscrire une carte de crédit professionnelle. En l'absence de bilans comptables probants et quelle que soit leur situation, leurs fondateurs et dirigeants se voient exiger des garanties personnelles, qu'ils peuvent difficilement fournir s'ils ne se rémunèrent pas régulièrement.

Afin de résoudre ce dilemme, Brex recourt à des critères spécifiques, ignorés par les institutions financières et pourtant parfaitement adaptés à sa cible. En l'occurrence, ses décisions d'attribution de carte et les conditions associées (plafonds, taux d'intérêt…) reposent principalement sur le niveau de capitaux levés par l'entreprise et par la réputation et la qualité des investisseurs qui ont participé à ces opérations. Et, dans ces conditions, elle se vante de répondre aux demandes de souscription en 2 minutes.

Accueil Brex

Une fois les fondations assurées, Brex recherche aussi les moyens de satisfaire les autres besoins de ses clients. Sa solution inclut donc, par exemple, une fonction de rapprochement automatique des reçus de dépenses (qu'il suffit de photographier) de manière à simplifier les tracasseries administratives chronophages. Une autre de ses initiatives, nettement plus atypique, est l'ouverture d'un salon privatif, à San Francisco, pour travailler au calme, organiser réunions et entretiens ou échanger entre pairs.

Si, initialement, Brex s'adressait aux sociétés technologiques, elle a depuis étendu ses compétences d'analyse des risques aux acteurs du commerce en ligne. Il ne fait guère de doute qu'elle continuera à étendre son champ d'action, aussi bien en termes de secteurs d'activité que, vraisemblablement, de services en tout genre. Après la carte de crédit, il reste en effet bien d'autres produits financiers inaccessibles aux startups et la place ainsi laissée vacante par les banques ne tardera pas à être totalement comblée…

samedi 20 avril 2019

Comment ING a appris à mesurer son impact environnemental

ING
L'adage dit qu'il est impossible de gérer correctement – et encore plus d'améliorer – ce qu'on ne mesure pas. Il est peu de domaines dans lesquels il se vérifie mieux que l'environnement. Le responsable du développement durable d'ING s'est rapidement rendu compte de la difficulté que cette exigence introduisait dans sa mission.

Le premier obstacle qui se dresse sur la route d'une banque désireuse de connaître sa situation en matière d'empreinte carbone est celui de la disponibilité de l'information nécessaire. En effet, en dépit des efforts engagés pour tenter de réduire les carences actuelles (par exemple avec des obligations de déclarations dans les rapports annuels des groupes cotés), il reste aujourd'hui extrêmement difficile d'obtenir des données cohérentes et fiables pour l'ensemble des entreprises clientes ou partenaires.

À ce handicap s'ajoute en outre ce que Leon Wijnands, en charge du sujet pour le groupe ING, nomme le « défi de l'attribution ». L'interogation est simple : quelle part des émissions de ses parties prenantes la banque doit-elle prendre en compte dans son propre bilan ? La réponse peut être complexe : si, dans le cas d'un investissement, il suffit d'appliquer la proportion de capital détenue, quels critères doit-on appliquer dans le cas d'une ligne de crédit (syndiquée, éventuellement) ou d'une avance de trésorerie ?

Dans la plupart des organisations, la solution à un tel dilemme consisterait à faire appel, pour le meilleur et pour le pire, à un cabinet de conseil externe. À ING, le problème semble plutôt taillé sur mesure pour un de ses dispositifs d'innovation collaborative : un appel à volontaires est lancé à l'adresse des 54 000 salariés de l'entreprise. Toute personne intéressée par le challenge soumis est invitée à soumettre sa candidature, en vue de participer au projet, en détachement pour une période déterminée.

Développement durable à ING

C'est ainsi que Leon Wijnands s'est retrouvé avec une équipe composée de 3 membres, issus respectivement de la direction financière, de la banque de gros et de l'informatique. Ayant carte blanche pour répondre à la question posée, le trio commence par une remise en cause de tout ce qui avait été élaboré jusqu'alors, dans une pure démarche de créativité. Bien sûr, après cette phase initiale, s'est ensuivie une étape de re-convergence débouchant, 8 mois plus tard, sur la publication de l'approche « Terra ».

L'histoire n'est pas encore terminée. Une des conclusions des travaux menés est qu'il est essentiel d'aborder séparément les évaluations d'empreinte environnementale par secteur économique, voire par entreprise, chacun ayant ses propres spécificités. Dès lors, ING va se concentrer maintenant sur ses prêts aux sociétés des industries les plus productrices d'émissions de gaz à effet de serre – énergie, automobile, aviation, transport, immobilier… – en apportant son expertise en vue d'optimiser leur bilan.

Car Leon Wijnands a également appris avec cette initiative à réviser ses priorités. Sa quête d'une mesure précise de l'empreinte carbone, même si elle reste un objectif, passe au second plan derrière une recherche d'impact positif, comme avec le crédit indexé sur le développement durable. Il considère que c'est par le résultat de ce que finance la banque, et non de ce qu'elle ne finance pas, que la société peut progresser vers les objectifs de maîtrise du réchauffement climatique. Et il verrait bien son approche Terra, désormais ouverte aux autres institutions financières, devenir un standard de marché…

jeudi 18 avril 2019

Chase se diversifie dans les bons cadeaux

Chase
Si quelques banques s'aventurent directement dans le commerce sur mobile, l'américaine Chase préfère limiter sa diversification à un périmètre plus cohérent avec son métier d'origine : elle propose donc à ses clients d'acheter et envoyer à leurs proches des bons cadeaux depuis ses applications bancaires, sur le web et sur mobile.

Dans le sillage de l'intégration d'une fonction de paiement entre particuliers (fournie par l'incontournable Zelle), qui est désormais quasiment généralisée à tous les grands établissements financiers aux États-Unis, la nouvelle option repose sur le principe qu'il est tout de même plus agréable pour le destinataire, à défaut d'un véritable présent, de recevoir un bon d'achat plutôt qu'une simple somme d'argent. Selon cette logique, elle est intégrée dans des conditions et sous des modalités tout à fait similaires.

En pratique, l'utilisateur choisit parmi une soixantaine de grandes enseignes (la liste comprenant également quelques spécialistes multi-marques), telles que Starbucks, Domino's, Sephora, The Home Depot…, auprès desquelles il achète un crédit de 5 à 100 dollars, qui sera débité sur son compte courant. Dès lors, il ne lui restera plus qu'à indiquer l'adresse mail du bénéficiaire et le tour est joué ! Ce dernier reçoit un message dans lequel le cadeau, utilisable immédiatement, est matérialisé par un code à barre, à scanner en caisse ou à saisir pour un règlement en ligne.

L'application intègre en outre une capacité de suivi de l'historique des cadeaux réalisés avec ce service et, plus intéressant, un mécanisme d'anticipation : il est, par exemple, possible de programmer à l'avance un envoi pour un anniversaire ou tout autre événement. Fini l'oubli d'une date importante ou la course de dernière minute (même s'il reste toujours préférable d'offrir un article plus personnalisé qu'un bon d'achat) !

Bons cadeaux Chase

La conversion finale s'avère un peu décevante : on aurait pu imaginer que Chase profiterait d'une telle opportunité pour tenter d'inciter (sans obligation, naturellement) les récipiendaires à, peut-être, télécharger une application (propre à la banque, et pouvant alors devenir un support marketing, ou en collaboration avec un tiers) leur permettant de conserver leurs bons à portée de la main, plutôt que de ressortir à des techniques d'ancienne génération, qui aboutiront fréquemment à une impression du code.

Cependant, la banque nous avertit : il ne s'agit, à ce stade, que d'une première itération et des services complémentaires seront rapidement ajoutés au dispositif. Et, même sans rechercher des modèles plus ou moins aisés à relier au secteur financier, il est clair que l'univers qui entoure les paiements offre un potentiel d'innovation qui n'a été, pour l'instant, qu'à peine effleuré. Les bons d'achats et, juste derrière, les promotions commerciales, représentent des gisements de valeur à explorer, sous différents aspects.

mercredi 17 avril 2019

Tully veut soulager le stress de l'endettement

Tully
Emprunter afin de réaliser ses projets n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Au contraire, il s'agit souvent de la meilleure solution pour atteindre ses objectifs plus rapidement. Pourtant, les personnes endettées sont, en majorité, angoissées face à l'engagement que représente cet acte banal. Heureusement, Tully vient à la rescousse !

Au Royaume-Uni, environ trois quarts de la population a un crédit en cours – ce qui est, a priori, parfaitement normal – mais deux tiers de ces individus, soit un britannique sur deux, sont constamment préoccupés par cette situation. De plus, qu'ils soient ou non dans une passe réellement difficile, la sorte de honte ou, à tout le moins, l'embarras que suscite le sujet dans l'inconscient de tout un chacun fait que la recherche d'une assistance n'est généralement considérée que comme un recours ultime, envisagé tardivement.

Telle est la raison pour laquelle Tully lance une plate-forme « digitale » gratuite, qui doit permettre à tous ceux qui s'inquiètent pour leurs finances personnelles de prendre le taureau par les cornes, sans avoir l'impression de se mettre à nu devant quelqu'un qui paraîtrait susceptible de les juger. L'ambition est à la fois d'établir un état des lieux objectif de l'endettement de l'utilisateur et, selon ce bilan, de le rassurer quant à la maîtrise de son avenir et/ou de lui suggérer des actions correctives pour surmonter ses difficultés.

Concrètement, la démarche commence par une analyse de la position financière globale du demandeur, prenant en compte l'exhaustivité de ses ressources et de ses obligations. S'il ressort de cette première étape un déséquilibre dangereux, Tully propose ensuite de se charger de négocier directement avec les créanciers des aménagements de leur plan de remboursement, dans une logique de bénéfice mutuel (d'un côté en mettant en balance le risque de défaut et de l'autre par un assainissement des comptes).

Accueil Tully

Ce faisant, la jeune pousse veut en outre intégrer les contraintes spécifiques du monde moderne au cœur de son approche. Ainsi, par exemple, la pratique historique des mensualités de montant fixe, lui semble peu adaptée à l'expérience que vivent une part de plus en plus importante de travailleurs indépendants et de consommateurs qui choisissent un mode de vie différent des standards. Elle souhaite donc, aussi, mettre en place des modèles plus dynamiques, mieux alignés avec ces évolutions sociétales.

À l'instar d'un nombre croissant de startups de la FinTech aujourd'hui, la mission que se donne Tully n'est pas tant de réinventer la finance et les produits financiers que de donner à ses concitoyens les moyens de maîtriser ceux qui existent et, de la sorte, de rendre leur quotidien moins stressant et plus agréable. Et il est incontestable que, dans ce domaine, les lacunes sont particulièrement criantes, alors que les technologies actuelles offrent une infinité d'opportunités de résoudre la plupart des problèmes courants…

mardi 16 avril 2019

Amazon aussi peut partager « ses » données

Mastercard
Quelques esprits chagrins se plaignent que l'obligation réglementaire faite aux institutions financières de partager les données qu'elles détiennent les exposent à une concurrence déloyale de la part des géants du web. Amazon leur répond, en quelque sorte, en fournissant à Mastercard les détails des transactions de ses clients professionnels.

Malgré le développement d'outils destinés à la simplifier, la gestion des notes de frais dans les entreprises reste une corvée pour leurs collaborateurs. Et même avec le déploiement de plus en plus fréquent de cartes « affaires » pour ceux qui engagent régulièrement des dépenses pour le compte de leur employeur, les exigences comptables entraînent des complications irritantes pour tout le monde, comme, par exemple, lorsqu'il faut détailler les coûts d'un achat comprenant des articles de natures différentes.

En raison de l'immense diversité de son catalogue, une plate-forme telle que celle d'Amazon est, de toute évidence, particulièrement concernée par ces difficultés. Aussi n'est-ce pas une surprise qu'elle se place en pointe pour essayer de rendre la vie plus facile à ses clients. Pour ce faire, elle transmet à Mastercard, pour chaque paiement effectué avec une carte éligible, la liste complète des items facturés (avec description, prix unitaire, quantité et taxes correspondantes) ainsi que les frais d'expédition.

Les informations collectées de la sorte sont alors directement intégrées dans les systèmes de gestion de dépenses des entreprises pour lesquels Mastercard propose une interface d'alimentation automatique ou, à défaut, dans le propre portail analytique « Smart Data » du réseau de paiement, enrichi pour l'occasion. Notons toutefois que, à ce stade, le service n'est disponible qu'en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, pour les clients de Bank of America, Barclays, Citi, J.P. Morgan, Lloyds, NatWest et RBS.

Amazon Business

Il n'est pas un secret qu'Amazon, comme tous les mastodontes technologiques, collecte et exploite des masses de données, à une échelle industrielle, afin de démultiplier son efficacité commerciale et opérationnelle, y compris, d'ailleurs, dans le domaine des services financiers. Parfois, comme ici avec Mastercard, il lui faut également savoir ouvrir ce trésor à des partenaires externes, de manière à mieux séduire ses clients, et la satisfaction de ce besoin ne doit certainement pas générer d'états d'âme.

La question que nous pouvons maintenant nous poser est de savoir si Amazon serait disposé à adopter la même transparence vis-à-vis d'une demande équivalente sur les emplettes des particuliers. Il est en effet aisé d'imaginer que les éditeurs de solutions de suivi de budget, par exemple, serait très intéressés d'obtenir un accès à des informations plus précises sur les tickets de caisse de leurs utilisateurs. Et une première percée par un acteur aussi incontournable pourrait déclencher une généralisation salutaire…

lundi 15 avril 2019

TSB dédommage toutes les fraudes

TSB
Dans le sillage du désastre de son changement de système informatique au printemps dernier, TSB poursuit ses efforts en vue de regagner la confiance de ses clients. Avec son initiative inédite de dédommagement systématique de toutes les fraudes dont sont victimes ses clients, elle prend une sérieuse avance dans sa course à la reconquête !

Bien qu'il subsiste une énorme marge de progrès, il semblerait que, ces derniers temps, les institutions financières prennent enfin conscience de l'enjeu réel que représentent les pertes subies par les consommateurs en raison de malversations en tout genre. En effet, qu'ils portent ou non une part de responsabilité dans leurs mésaventures, ils auront toujours l'impression que leur établissement n'assume pas totalement son rôle, soit dans la prévention, soit dans leur accompagnement pour la recherche d'une solution.

Dans une large mesure, la parade passe par une meilleure éducation de la population aux risques encourus et aux bonnes pratiques de protection. Tel est d'ailleurs l'axe principal de la plupart des programmes engagés par les banques. Mais il ne peut suffire. Il devient également indispensable d'admettre que ce qui semble évident à l'un ne l'est pas pour son voisin et que chacun d'entre nous est susceptible, à un moment ou un autre, de commettre une erreur. Et l'empathie est essentielle dans ces circonstances.

Pour une entreprise qui veut s'affirmer comme un partenaire privilégié dans l'ensemble de sa relation à l'argent, il ne vaudra rien d'expliquer à la victime qu'elle aurait dû être plus méfiante et qu'elle aurait dû écouter plus tôt les recommandations prodiguées… tant qu'elle n'aura pas surmonté le choc vécu. C'est la raison pour laquelle la démarche de TSB comporte aussi une dimension pédagogique, tout comme l'est, dans un registre certes différent, la mise en place d'une écoute personnalisée chez Danske Bank.

TSB Fraud Refund

La promesse de la filiale de Sabadell est de rembourser le préjudice subi en cas de fraude, quelles que soient les conditions dans lesquelles celle-ci est survenue (sauf complicité), même si elle résulte d'une imprudence. Ce principe, qui va bien au-delà des obligations réglementaires en vigueur, s'accompagne d'une seule petite obligation : lors de la déclaration de l'incident, la banque va en rechercher les causes et, le cas échéant, donner des conseils pour éviter qu'il ne se reproduise. S'ils ne sont pas appliqués, elle refusera une demande d'indemnisation ultérieure de faits similaires.

L'impact à attendre de ce dispositif est double. D'une part, le remboursement immédiat, procurant l'impression au client qu'il est entendu et compris par TSB dans une période de stress et d'inquiétude, devient un facteur de satisfaction, et de confiance, incomparable. D'autre part, dès la tranquillité d'esprit retrouvée, le moment difficile peut constituer une excellente opportunité de partager, avec une efficacité maximale, quelques éléments d'apprentissage de la lutte individuelle contre la fraude sur les comptes bancaires.

Le coût de cette nouvelle garantie sera probablement élevé, mais il est certainement à la mesure des bénéfices à en tirer, à la fois en termes d'éducation à la sécurité des clients et, surtout, de l'augmentation (ou, a minima, de la restauration) de leur fidélité, grâce à un avantage exclusif et particulièrement tangible pour beaucoup d'entre eux. Mais, à terme, peut-être faudra-t-il considérer de telles preuves de transparence dans la relation comme des composantes standards des offres des institutions financières ?

dimanche 14 avril 2019

Open banking : Standard Chartered vise l'interne

Standard Chartered Bank
Bien que son siège social soit installé à Londres, Standard Chartered opère principalement sur les marchés asiatiques, africains et moyen-orientaux. Aussi n'est-elle contrainte par la deuxième directive européenne des services de paiement (« DSP2 ») que marginalement. Elle a donc d'autres préoccupations en tête quand elle s'investit activement dans une démarche d'« open banking »

En l'occurrence, l'initiative émane de la branche indienne de l'institution, où, vraisemblablement, l'essentiel de ses forces vives de développement logiciel sont concentrées. Sa première brique est un incontournable portail d'APIs, baptisé aXess. Celui-ci donne accès, pour l'ensemble de ses pays d'implantation, à une sélection de services bancaires qui s'étend du standard « DSP2 » (consultation des soldes et des transactions, initiation de paiement) jusqu'au financement des échanges commerciaux.

La plate-forme s'adresse, classiquement, à des tiers – dûment habilités, le cas échéant, pour exploiter les fonctions les plus sensibles – désireux d'utiliser des données ou services bancaires dans leurs propres applications ou encore aux entreprises clientes de Standard Chartered souhaitant mieux intégrer leurs opérations financières dans leurs processus internes. Mais une autre population, souvent oubliée dans ce genre de programme, est également ciblée : les collaborateurs de l'établissement.

C'est donc à l'attention de ceux-là, et plus particulièrement des développeurs, que s'adressent les deux volets additionnels et complémentaires du dispositif qui vient d'être dévoilé : aXess Academy, pour la sensibilisation et la formation aux opportunités de la banque ouverte, et aXess Labs, consacré à l'accompagnement dans la conception et la mise en œuvre de solutions innovantes, dans une vision transverse de l'organisation.

Standard Chartered - Experience Open Banking

Le premier peut paraître redondant, au premier abord : que peuvent donc apprendre des professionnels du logiciel en matière d'APIs ? Ne font-elles pas déjà partie intégrante de leur quotidien ? En réalité, l'objectif recherché ne sera évidemment pas de découvrir un modèle de programmation, mais d'appréhender une véritable culture, généralement étrangère aux habitudes des directions informatiques des institutions financières.

En conséquence, outre l'acquisition des compétences élémentaires requises pour maîtriser les bons réflexes de mise en œuvre et d'utilisation des APIs bancaires, l'académie de Standard Chartered propose surtout des hackathons, conférences et autres occasions d'échanges avec des spécialistes de différents domaines, afin d'accoutumer les employés à envisager les métiers de l'entreprise sous la forme de jeux de services partagés, faciles à incorporer et combiner dans de nouvelles solutions.

Les « aXess Labs » complètent logiquement l'ensemble en mettant à la disposition des développeurs un espace physique (à Bangalore) au sein duquel ils peuvent s'approprier les dernières technologies en vogue et transformer leurs idées en produits, tout en se faisant les ambassadeurs de l'« open banking » – de ses capacités, de ses meilleures pratiques, de ses usages, de ses outils… – auprès de leurs collègues.

Je suis toujours amusé de rencontrer des personnes, dans les grandes entreprises que je fréquente, qui se posent simultanément les questions « à quoi peut bien servir de publier des APIs (au-delà des exigences réglementaires) ? » et « comment accélérer l'innovation ou faire fructifier nos collaborations avec la FinTech ? », sans réaliser que leurs réponses se font écho, au point même qu'il ne peut exister de vraie démarche d'innovation sans ouverture préalable d'interfaces logicielles… Et Standard Chartered l'a bien compris.

samedi 13 avril 2019

CommBank cède à la mode du coach d'épargne

CommBank
Petit à petit, l'idée de chercher à comprendre – puis à influencer – les comportements des consommateurs dans la gestion de leur argent fait son chemin au sein des banques. Comme un certain nombre de ses consœurs dans le monde, l'australienne CommBank choisit initialement de l'appliquer dans le but d'inciter ses clients à mieux épargner.

Avec le nouveau service « Goal Tracker », intégré à son application mobile de gestion des comptes, l'institution reprend un principe déjà ancien. L'utilisateur est en effet d'abord invité à définir un projet ou un rêve et à en faire un objectif d'épargne à atteindre, assorti d'un montant et d'une échéance. À partir de ce moment, un algorithme adaptatif va l'accompagner étape par étape, jusqu'au succès, en prodiguant régulièrement des conseils avisés, qui vont également prendre en compte les aléas du quotidien.

Ainsi, la première recommandation consistera, trivialement, à mettre en place un transfert récurrent vers un compte d'épargne. À défaut, une notification – hebdomadaire par exemple – incitera le client à effectuer lui-même le virement nécessaire. Mais l'application ajoutera à ces bases quelques coups de pouce supplémentaires, tels que la suggestion de mettre de côté une somme fixe à la réception du salaire, afin d'accélérer la réalisation de l'objectif, ou de mesures correctives en cas de négligence dans les versements.

CommBank Goal Tracker

Depuis le lancement de « Goal Tracker » en février 2019, les clients de CommBank y ont créé plus de 250 000 projets, dont les plus populaires concernent un voyage (dans 27% des cas), une acquisition immobilière (19%) ou un achat important (15%). En outre, près de la moitié des adeptes (44% exactement) ont aussi choisi de mettre en place un virement automatique pour concrétiser leur démarche, démontrant de la sorte que le simple fait de matérialiser l'objet de l'épargne est un stimulant efficace.

L'introduction de « Goal Tracker » s'inscrit dans un mouvement – initié, dans CommBank, avec un dispositif d'alerte aux pénalités de retard sur les cartes de crédit – qui reflète un changement de perspective dans l'approche traditionnelle de la banque. Quand les clients exigent la transparence, il ne peut plus être question de prospérer sur leur ignorance et leur distraction. Il faut au contraire adopter une posture de compagnon financier, toujours prêt à les aider à profiter au mieux de leur argent et à combler leurs désirs. Il reste toutefois du chemin à parcourir avant de voir le concept généralisé…